Le loueur en meublé non professionnel (LMNP) ne se constitue aucun droit à la retraite avec ses loyers. Le loueur en meublé professionnel (LMP) cotise au contraire comme travailleur indépendant et ces cotisations ouvrent des droits. Ce changement a deux faces. Il donne une retraite à celui dont la location est la seule activité, mais il crée aussi des contraintes au moment du départ, car les revenus tirés de la location deviennent des revenus d'activité qui se combinent avec la pension selon les règles du cumul emploi-retraite.
Ce chapitre traite de la retraite sous l'angle social. Il explique les régimes auxquels le loueur cotise, la validation des trimestres au régime réel et au régime du micro-entrepreneur, le passage au statut professionnel au moment de la retraite, le cumul emploi-retraite avant et après la réforme applicable en 2027, la retraite progressive et la cessation. Les cotisations elles-mêmes sont détaillées au chapitre 91, la préparation patrimoniale de la retraite au chapitre 128 et la cessation de l'activité au chapitre 123. Les bases sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Préparer sa retraite avec l'immobilier locatif.
Ce que le statut change pour la retraite
Des prélèvements sociaux ou des cotisations
Les bénéfices de location meublée non professionnelle supportent les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine. Ces prélèvements ne sont pas des cotisations et n'ouvrent aucun droit à pension. Le LMP verse au contraire des cotisations de travailleur indépendant à l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (Urssaf), dont une partie finance la retraite de base et une autre la retraite complémentaire.
La fiche du service public consacrée aux loueurs en meublé distingue plusieurs situations pour les revenus de 2026 (service-public.gouv.fr). Les recettes inférieures à 23 000 € ne donnent lieu à aucune cotisation. Au-delà, la location de longue durée qui remplit les conditions du statut professionnel relève du régime du micro-entrepreneur jusqu'à 83 600 € de recettes, puis du régime des travailleurs indépendants. La location de meublés de tourisme est soumise aux cotisations dès que ses recettes dépassent 23 000 €, même si le loueur reste non professionnel au regard de l'impôt.
| Situation | Prélèvement | Droits à la retraite |
|---|---|---|
| LMNP de longue durée | Prélèvements sociaux sur le bénéfice | Aucun |
| LMP au régime réel | Cotisations sur le bénéfice | Retraite de base et complémentaire |
| LMP micro-entrepreneur | Cotisations sur les recettes | Retraite de base et complémentaire |
| Meublé de tourisme au-delà de 23 000 € | Cotisations, même en LMNP | Retraite de base et complémentaire |
Une retraite qui dépend du revenu déclaré
Les droits ouverts dépendent du revenu soumis à cotisations. Au régime réel, ce revenu est le bénéfice, après déduction des charges, des intérêts d'emprunt et de l'amortissement. Au régime du micro-entrepreneur, les droits se calculent à partir des cotisations payées sur le chiffre d'affaires. Un loueur dont le bénéfice fiscal est faible parce qu'il amortit ses biens acquiert donc peu de droits, alors même que ses loyers sont élevés.
Les régimes de retraite du loueur affilié
La retraite de base
Le loueur professionnel relève, comme les artisans et commerçants, de la sécurité sociale des indépendants (SSI), dont la retraite est gérée par l'Assurance retraite. Selon la fiche du service public consacrée au régime de retraite de l'entrepreneur individuel, la cotisation de retraite de base des artisans et commerçants est de 17,87 % du revenu jusqu'au plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), puis de 0,72 % au-delà (entreprendre.service-public.gouv.fr). La même fiche signale que la base de calcul et certains taux évoluent en 2026, ce qui est présenté au chapitre 91.
Le PASS est fixé à 48 060 € pour 2026, selon la circulaire de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) n° 2026-01 du 5 janvier 2026. La pension de base au taux plein représente 50 % du revenu annuel moyen, calculé sur les 25 meilleures années, chaque année étant retenue dans la limite du PASS. Ce montant est ensuite proratisé selon le nombre de trimestres validés par rapport à la durée de référence.
L'âge et la durée d'assurance
L'âge minimum de départ dépend de l'année de naissance. Selon service-public.gouv.fr, il est de 62 ans et 9 mois pour les assurés nés entre le 1er janvier 1963 et le 31 mars 1965, de 63 ans pour ceux nés entre le 1er avril et le 31 décembre 1965, puis augmente de trois mois par génération jusqu'à 64 ans pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1969 (service-public.gouv.fr).
| Année de naissance | Âge minimum de départ |
|---|---|
| 1963 au 31 mars 1965 | 62 ans et 9 mois |
| Avril à décembre 1965 | 63 ans |
| 1966 | 63 ans et 3 mois |
| 1967 | 63 ans et 6 mois |
| 1968 | 63 ans et 9 mois |
| 1969 et après | 64 ans |
La durée d'assurance requise pour le taux plein va jusqu'à 172 trimestres pour les assurés nés à partir de 1966. Le taux plein est accordé sans condition de durée à 67 ans. Chaque trimestre manquant entraîne une décote de 1,25 %, dans la limite de 20 trimestres. Chaque trimestre cotisé au-delà de l'âge légal et de la durée requise donne une surcote de 1,25 % (entreprendre.service-public.gouv.fr).
La retraite complémentaire des indépendants
Les artisans et commerçants relèvent depuis 2013 d'un régime complémentaire unique, dont les droits sont acquis en points. Les cotisations versées sont divisées par la valeur d'acquisition du point de l'année. La pension complémentaire suit la retraite de base, elle est servie au taux plein lorsque la retraite de base l'est.
Pour 2026, la fiche consacrée à la retraite du micro-entrepreneur indique une valeur du point de 21,726 € pour les activités relevant de l'Assurance retraite (entreprendre.service-public.gouv.fr). Le relevé de points figure sur votre compte retraite, sur le site info-retraite.fr.
Valider des trimestres
La règle générale
Un trimestre est validé pour chaque tranche de revenu cotisé égale à 150 fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) horaire en vigueur au 1er janvier de l'année. Une année ne peut jamais donner plus de quatre trimestres. Les trimestres assimilés, comme les périodes indemnisées de maladie ou de maternité, s'ajoutent sous conditions, de même que les majorations pour enfants.
Le SMIC horaire brut est de 12,02 € au 1er janvier 2026, selon le site du Gouvernement info.gouv.fr. Le revenu nécessaire pour valider un trimestre est donc de 1 803 € en 2026 et de 7 212 € pour quatre trimestres, montants confirmés par la fiche consacrée à la retraite du micro-entrepreneur.
| Revenu cotisé 2026 | Trimestres validés |
|---|---|
| Moins de 1 803 € | Aucun, sauf cotisation minimale |
| De 1 803 € à 3 605 € | 1 |
| De 3 606 € à 5 408 € | 2 |
| De 5 409 € à 7 211 € | 3 |
| 7 212 € et plus | 4 |
Le loueur au régime réel et l'amortissement
Au régime réel, le revenu cotisé est le bénéfice de l'activité. L'amortissement des logements et du mobilier, les intérêts d'emprunt et les charges le réduisent fortement les premières années. Un loueur peut ainsi encaisser 60 000 € de loyers et déclarer un bénéfice proche de zéro. Ses cotisations sont faibles, mais ses droits le sont aussi.
Lorsque le revenu est faible ou déficitaire, un montant minimal de cotisations s'applique aux artisans et commerçants. La fiche du service public le chiffre à 967 € par an et précise qu'il permet d'acquérir trois trimestres (entreprendre.service-public.gouv.fr). Faites confirmer par l'Urssaf que ce minimum s'applique à votre activité de location et vérifiez sur votre relevé de carrière les trimestres réellement reportés.
Le second effet est moins visible. La pension de base se calcule sur les 25 meilleures années de revenus. Une année de location professionnelle à faible bénéfice n'améliore pas ce revenu moyen et ne compte pas parmi les meilleures années si vous avez eu des salaires plus élevés auparavant. Pour un loueur dont la location est l'activité principale pendant de longues années, l'écart peut en revanche peser lourd.
Prenons deux carrières complètes et illustratives, retenues au taux plein. Dans la première, les 25 meilleures années atteignent chacune 20 000 € de revenu cotisé. Le revenu moyen est de 20 000 € et la pension de base de 10 000 € par an. Dans la seconde, dix de ces 25 années sont des années de location professionnelle dont le bénéfice a été ramené à 6 000 € par l'amortissement. Le revenu moyen tombe à 14 400 € et la pension de base à 7 200 € par an, soit 2 800 € de moins chaque année.
Le loueur micro-entrepreneur
Au régime du micro-entrepreneur, les droits se calculent à partir des cotisations effectivement payées. La fiche du service public décrit le calcul. La part du forfait affectée à la retraite de base est divisée par le taux de cotisation vieillesse de 17,87 %, ce qui donne un revenu cotisé, puis ce revenu est divisé par 1 803 € pour obtenir le nombre de trimestres, arrondi à l'entier inférieur (entreprendre.service-public.gouv.fr).
Pour 2026, la même fiche indique un taux forfaitaire de 21,2 % pour la location de meublés hors tourisme, dont 43,45 % pour la retraite de base. Elle indique un taux de 6 % pour les meublés de tourisme, dont 50,20 % pour la retraite de base. Le chiffre d'affaires nécessaire pour valider des trimestres en découle. Les montants du tableau sont calculés par nos soins selon cette méthode, arrondis et illustratifs.
| Trimestres en 2026 | Location meublée hors tourisme | Meublé de tourisme |
|---|---|---|
| 1 | Environ 3 500 € | Environ 10 700 € |
| 2 | Environ 7 000 € | Environ 21 400 € |
| 3 | Environ 10 500 € | Environ 32 100 € |
| 4 | Environ 14 000 € | Environ 42 800 € |
Le loueur de longue durée micro-entrepreneur, dont les recettes dépassent nécessairement 23 000 €, valide donc ses quatre trimestres. Le loueur de meublés de tourisme, dont le taux est réduit, n'en valide que deux avec 30 000 € de recettes et doit dépasser 42 800 € environ pour en valider quatre. Le détail du régime figure au chapitre 96.
Les autres moyens d'améliorer ses droits
Le rachat de trimestres est possible sous conditions, notamment pour des années d'études supérieures ou des années incomplètes. Son coût dépend de l'âge et des revenus au moment de la demande et il ne se justifie qu'après une estimation chiffrée du gain de pension. La demande se dépose auprès de la caisse de retraite, qui communique un devis.
Le premier réflexe reste de contrôler le relevé de carrière. Les années de début d'activité, les années de changement de statut entre LMNP et LMP et les années de cotisation minimale sont celles où les erreurs de report sont les plus probables. Une anomalie se corrige plus facilement dix ans avant le départ que dans les mois qui le précèdent.
L'épargne retraite facultative du loueur professionnel
Le principe
Les régimes obligatoires ne sont pas la seule voie. Le LMP au régime réel peut verser sur un plan d'épargne retraite (PER) individuel, qui a succédé aux anciens contrats Madelin depuis le 1er octobre 2020 (service-public.gouv.fr). Pour un travailleur non salarié (TNS), les cotisations de retraite facultatives peuvent être déduites du bénéfice imposable dans des limites propres, prévues par l'article 154 bis du Code général des impôts (CGI) et présentées au chapitre 97 avec les autres contrats du cadre Madelin.
Les limites de déduction du bénéfice
Selon le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP), la limite est égale à 10 % du bénéfice imposable, retenu dans la limite de huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), majorée de 15 % de la fraction de ce bénéfice comprise entre une et huit fois le PASS. Elle ne peut être inférieure à 10 % du PASS (BOI-BIC-CHG-40-50-40-20, § 50). Avec le PASS de 2026, le plancher atteint 4 806 € et la limite maximale 88 911 €, montants calculés par nos soins.
| Bénéfice 2026 avant cotisations facultatives | Calcul | Limite de déduction |
|---|---|---|
| 0 € ou déficit | Plancher de 10 % du PASS | 4 806 € |
| 40 000 € | 10 % de 40 000 € inférieur au plancher | 4 806 € |
| 100 000 € | 10 000 € plus 15 % de 51 940 € | 17 791 € |
Le plancher joue même lorsque l'activité est déficitaire. Un LMP dont le bénéfice est réduit à zéro par l'amortissement peut donc encore déduire 4 806 € de versements pour un exercice clos en 2026, ce qui augmente son déficit imputable sur le revenu global (chapitre 77).
Les points de vigilance
Les versements déduits du bénéfice réduisent la limite de déduction de l'épargne retraite sur le revenu global de l'année suivante, selon un mécanisme que décrit le BOFiP consacré à ces limites. La part de cette limite qui n'a pas été utilisée une année peut être reportée. Selon la fiche du service public, la part non utilisée des plafonds à compter de 2026 reste utilisable pendant cinq ans, alors que celle des plafonds de 2024 et de 2025 ne l'est que pendant trois ans, soit jusqu'en 2027 et 2028. Ce report concerne la déduction sur le revenu global et non la limite propre aux travailleurs non salariés calculée sur le bénéfice.
Selon la fiche du service public, les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles depuis le 1er janvier 2026. À la sortie, le capital ou la rente issus de versements déduits sont imposables, selon des règles différentes pour le capital et pour la rente (même source).
Le PER ne valide aucun trimestre et ne remplace pas les régimes obligatoires. Il ne se justifie qu'au regard de votre taux marginal d'imposition actuel, de celui que vous prévoyez à la retraite et de votre besoin de disponibilité. L'épargne est en principe bloquée jusqu'au départ, sauf cas de déblocage anticipé limitativement prévus, parmi lesquels la cessation d'activité non salariée à la suite d'un jugement de liquidation judiciaire et l'invalidité.
Le passage à la retraite et le statut LMP
La pension compte parmi les autres revenus d'activité
Le statut LMP suppose que les recettes de location meublée du foyer dépassent 23 000 € et qu'elles excèdent les autres revenus d'activité du foyer. Les pensions de retraite font partie de ces autres revenus. Au moment du départ, la pension remplace un salaire souvent plus élevé et les recettes meublées peuvent alors la dépasser. Le foyer devient LMP sans avoir rien changé à son patrimoine. Le mécanisme est détaillé au chapitre 2 et dans le Guide du bailleur privé, Le statut de loueur en meublé professionnel.
Ce basculement entraîne une affiliation à la sécurité sociale des indépendants à un âge où le loueur ne cherche plus à acquérir des droits. Les cotisations dues sur la location deviennent alors des cotisations de retraité qui exerce une activité, régies par le cumul emploi-retraite présenté plus loin. Elles n'ouvrent de nouveaux droits que dans les cas prévus par ces règles.
Le loueur déjà professionnel qui part à la retraite
Le loueur qui est déjà professionnel avant son départ conserve en principe son statut si ses recettes continuent de dépasser sa pension. Il doit alors articuler deux calendriers, celui de la liquidation de sa pension et celui de son activité. La question n'est pas seulement fiscale. Elle détermine si la pension sera versée en totalité, réduite ou suspendue.
Cumuler la retraite et la location professionnelle
Les règles applicables aux départs jusqu'à la fin de 2026
Pour un départ jusqu'au 31 décembre 2026, deux formes de cumul coexistent. Le cumul intégral permet de percevoir la pension sans limite de revenus. Il suppose d'avoir obtenu toutes ses retraites de base et complémentaires, françaises et étrangères. Il faut en outre soit avoir atteint l'âge du taux plein automatique, soit réunir l'âge légal et la durée d'assurance requise. Selon l'Assurance retraite, l'activité professionnelle peut alors être poursuivie ou reprise immédiatement.
Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, le cumul est plafonné. Pour les travailleurs indépendants, la circulaire Cnav n° 2026-01 fixe le plafond à 24 030 € en 2026, porté à 48 060 € pour une activité exercée en zone de revitalisation rurale (ZRR) ou en quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV). En cas de dépassement, la retraite de base est réduite ou suspendue et la retraite complémentaire suit le même sort pour la même durée.
Depuis 2023, les cotisations versées pendant un cumul intégral peuvent ouvrir droit à une seconde pension, selon le portail info-retraite.fr. Cette seconde pension se demande à la fin de l'activité, par un service en ligne propre au cumul emploi-retraite. Les conditions détaillées et le montant doivent être vérifiés auprès de la caisse.
Les règles pour les départs à partir de 2027
L'article 102 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 réforme le cumul emploi-retraite pour les personnes qui partent à la retraite à partir du 1er janvier 2027 (service-public.gouv.fr). Les notions de cumul intégral et de cumul plafonné disparaissent. Seul l'âge au moment du départ compte.
| Âge au départ | Règle à partir de 2027 |
|---|---|
| Avant l'âge légal | Pension réduite du montant total des revenus d'activité et de remplacement |
| De l'âge légal à 67 ans | Cumul libre sous un seuil annuel, puis réduction de 50 % du dépassement |
| À partir de 67 ans | Cumul libre et nouveaux droits possibles |
Le seuil applicable entre l'âge légal et 67 ans doit être fixé par décret. Le service public et l'Assurance retraite évoquent un montant de 7 000 € bruts par an, mais l'Assurance retraite indiquait dans sa mise à jour du 24 septembre 2026 que le décret n'était pas encore publié et que sa parution était attendue avant la fin de 2026. À la date de ce guide, aucun décret n'a été repéré. Les périodes travaillées avant 67 ans ne donneront pas droit à une seconde retraite. Les personnes parties avant le 1er janvier 2027 conservent les anciennes règles, même si elles reprennent une activité plus tard.
L'Assurance retraite illustre la règle par un revenu de 10 000 € comparé à un seuil de 7 000 €, qui conduit à une baisse de pension de 1 500 €, soit la moitié du dépassement de 3 000 €. Avant l'âge légal, le service public précise que les revenus de remplacement, comme les indemnités journalières de maladie, sont déduits de la pension comme les revenus d'activité (service-public.gouv.fr). Les modalités de récupération des sommes doivent elles aussi être fixées par décret. Un simulateur est annoncé par l'Assurance retraite pour le premier trimestre de 2027.
Ce que cela change pour un loueur professionnel
Les revenus tirés d'une activité de travailleur indépendant sont des revenus d'activité. Un LMP qui partira à la retraite à partir de 2027, entre l'âge légal et 67 ans, verra donc sa pension comparée à ses revenus de location professionnelle. Le revenu exact retenu pour un indépendant, bénéfice fiscal ou assiette sociale, sera précisé par les textes d'application. Faites-le confirmer par la caisse avant de fixer votre date de départ.
Un exemple illustratif montre l'enjeu, en supposant le seuil fixé à 7 000 €. Un loueur part à 64 ans en 2027 et reste LMP avec un revenu professionnel de 15 000 € par an. Le dépassement est de 8 000 €. Sa pension serait réduite de la moitié, soit 4 000 € par an, jusqu'à ses 67 ans. Avec un revenu de 6 000 €, aucune réduction ne s'appliquerait.
Plusieurs paramètres pèsent sur cette situation, sans qu'aucun soit avantageux en soi. Le départ avant ou après le 1er janvier 2027 change les règles applicables. Le niveau du bénéfice, qui dépend de l'amortissement et des intérêts, change le revenu comparé au seuil. Le maintien ou la perte du statut professionnel change la nature même des revenus, puisque les revenus d'un LMNP ne sont pas des revenus d'activité. Ces choix se simulent avec un expert-comptable et la caisse de retraite.
La retraite progressive
La retraite progressive permet de percevoir une fraction de sa pension tout en réduisant son activité. Elle est ouverte aux travailleurs indépendants. Selon la fiche du service public, l'âge minimum est de 60 ans pour les pensions qui prennent effet à compter du 1er septembre 2025 (entreprendre.service-public.gouv.fr).
L'Assurance retraite précise les conditions propres aux indépendants. Il faut justifier d'au moins 150 trimestres, tous régimes confondus. Les revenus professionnels doivent baisser de 20 % à 60 %, la réduction étant vérifiée à partir du 1er juillet de la deuxième année. Les revenus de référence doivent atteindre au moins 40 % du SMIC annuel brut. La retraite progressive prend effet au 1er janvier de l'année qui suit la demande.
Pour un loueur, la condition de réduction d'activité se mesure sur les revenus et non sur un temps de travail. La baisse peut résulter d'une vente de logements, d'une réduction du nombre de lots exploités ou d'une hausse des charges déductibles. Elle doit être réelle et durable. Une baisse ponctuelle du bénéfice due à des travaux ne suffit pas à garantir le maintien de la pension partielle.
Cesser l'activité au moment de la retraite
Les formalités sociales
La demande de retraite se dépose quatre à six mois avant la date de départ, en ligne sur info-retraite.fr. La cessation de l'activité professionnelle se déclare au guichet des formalités des entreprises, qui transmet l'information à l'Urssaf et à l'administration fiscale (entreprendre.service-public.gouv.fr).
Les cotisations de la dernière période restent dues. Au régime réel, les cotisations provisionnelles sont régularisées sur le revenu définitif de l'année de cessation, ce qui peut produire un appel de cotisations plusieurs mois après l'arrêt. Conservez une réserve de trésorerie pour ce dernier appel, dont le calendrier est présenté au chapitre 91.
Les conséquences fiscales
La cessation d'une activité de LMP n'est pas un acte neutre. Le retrait d'un logement de l'activité pour l'occuper, le louer nu ou le donner peut faire naître une plus-value professionnelle imposable sans aucun prix encaissé. Les exonérations possibles, notamment celle liée au montant des recettes, sont présentées aux chapitres 78 et 79. La cessation complète est traitée au chapitre 123 et la sortie du statut sans vendre au chapitre 130.
L'exonération des plus-values professionnelles réalisées lors du départ à la retraite d'un exploitant est en principe sans incidence sur les plus-values immobilières, selon la doctrine reprise dans le guide du bailleur privé. Elle présente donc peu d'intérêt pour un loueur dont l'actif est composé de logements. Le chapitre 128 détaille les autres voies de préparation fiscale.
Cesser, réduire ou poursuivre
Le départ à la retraite oblige à choisir entre plusieurs voies, qui ont chacune un coût. Le tableau ci-dessous les résume du seul point de vue social. Les effets fiscaux doivent être chiffrés séparément.
| Voie | Effet sur la pension | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Poursuivre en LMP | Cumul selon l'âge et la date de départ | Réduction possible de la pension, cotisations dues |
| Réduire sous le statut LMP | Revenus de location non professionnels | Plus-values sur les biens retirés ou vendus |
| Louer nu tout ou partie | Revenus fonciers sans cotisations | Sortie d'actif, fin de l'amortissement |
| Céder l'activité | Fin des revenus d'activité | Plus-values professionnelles, calendrier de vente |
| Différer le départ | Surcote possible, pension plus élevée | Charge de gestion prolongée |
Le retour sous le seuil du statut professionnel peut résulter de la seule baisse des recettes ou d'une hausse des autres revenus d'activité du foyer, comme la reprise d'un emploi par le conjoint. Il ne nécessite aucune option. Ses conséquences sur les déficits et les plus-values sont présentées au chapitre 130.
Un exemple chiffré illustratif
Les montants qui suivent sont illustratifs. Ils ne tiennent compte ni de l'impôt sur le revenu ni du détail des cotisations, dont le calcul relève du chapitre 91.
Un loueur né en 1966 a été salarié pendant 25 ans, puis exploite depuis douze ans huit logements meublés de longue durée au régime réel. Ses recettes atteignent 52 000 € par an et son bénéfice, après amortissement et intérêts, oscille entre 4 000 € et 9 000 €. Il envisage de partir à 63 ans et 3 mois, l'âge minimum de sa génération.
Ses trimestres
Les années où son bénéfice a dépassé 7 212 €, au barème 2026, lui ont donné quatre trimestres. Une année à 4 000 € ne lui en a donné que deux, sauf application de la cotisation minimale qui en procure trois. Son relevé de carrière fait apparaître 160 trimestres, alors que 172 sont requis pour sa génération. Il lui manque douze trimestres.
S'il part à l'âge minimum, sa pension de base supporte une décote de 12 × 1,25 %, soit 15 %. S'il poursuit son activité trois années de plus en validant quatre trimestres par an, il atteint la durée requise et la décote disparaît. Le choix dépend aussi de son état de santé, de sa charge de gestion et de ses besoins de revenus, que l'exemple ne mesure pas.
Le cumul après le départ
Supposons qu'il parte en 2029 en conservant son parc. Son départ relève des règles applicables depuis 2027. Entre 63 ans et 3 mois et 67 ans, ses revenus de location professionnelle sont comparés au seuil fixé par décret. Avec un bénéfice de 9 000 € et un seuil de 7 000 €, le dépassement serait de 2 000 € et la réduction de pension de 1 000 € par an. Avec un bénéfice de 4 000 €, il n'y aurait aucune réduction.
Les voies possibles
Il peut vendre une partie de ses logements pour faire baisser ses recettes. Si elles deviennent inférieures à sa pension, il redevient LMNP et ses revenus de location ne sont plus des revenus d'activité, mais chaque vente déclenche une plus-value professionnelle à calculer. Il peut aussi différer son départ pour obtenir le taux plein. Aucune de ces voies n'est meilleure en soi. Seule une simulation conjointe de la caisse de retraite et de l'expert-comptable permet de les comparer.
Les erreurs fréquentes
- Croire que les loyers d'un LMNP ouvrent des droits à la retraite.
- Supposer qu'un LMP valide automatiquement quatre trimestres par an, alors que tout dépend du bénéfice ou des cotisations payées.
- Oublier que l'amortissement, utile pour l'impôt, réduit aussi la retraite de base.
- Payer ses cotisations en retard sans mesurer la perte de trimestres qui peut en résulter.
- Ignorer que la pension compte parmi les autres revenus d'activité et peut faire basculer le foyer en LMP au moment du départ.
- Fixer sa date de départ sans tenir compte de la réforme du cumul emploi-retraite applicable à partir du 1er janvier 2027.
- Cesser l'activité sans avoir chiffré les plus-values professionnelles sur les logements retirés.
- Demander sa retraite sans avoir contrôlé son relevé de carrière plusieurs années auparavant.
- Compter sur la retraite progressive sans pouvoir justifier une baisse réelle et durable des revenus professionnels.
- Croire qu'un PER valide des trimestres ou qu'il reste déductible après 70 ans.
- Oublier que le plancher de déduction de 4 806 € en 2026 reste ouvert même avec un bénéfice nul.
Liste de contrôle
- J'ai identifié, pour chaque année, si j'étais LMNP, LMP au réel ou micro-entrepreneur.
- J'ai téléchargé mon relevé de carrière sur info-retraite.fr et vérifié les trimestres de chaque année de location professionnelle.
- J'ai rapproché le bénéfice ou les cotisations de chaque année des seuils de validation.
- J'ai vérifié que toutes mes cotisations ont été réglées à temps.
- J'ai estimé ma pension et la durée qui me manque pour le taux plein.
- J'ai comparé mes recettes meublées prévisibles à ma pension nette pour connaître mon statut après le départ.
- J'ai situé ma date de départ par rapport au 1er janvier 2027 et aux nouvelles règles de cumul.
- J'ai fait chiffrer l'effet du cumul sur ma pension selon plusieurs niveaux de bénéfice.
- J'ai examiné la retraite progressive si je compte réduire mon parc progressivement.
- J'ai fait calculer par un expert-comptable les plus-values liées à une cessation, une sortie d'actif ou une vente.
- J'ai prévu la trésorerie nécessaire à la régularisation des cotisations de la dernière année.
- J'ai déposé ma demande de retraite quatre à six mois avant la date choisie.
- J'ai fait calculer ma limite de déduction des versements sur un PER et vérifié que je reste sous 70 ans au moment des versements.
- J'ai vérifié, après la fin de 2026, la publication du décret qui fixe le seuil de cumul et ses modalités de récupération.