Le même appartement ne vaut pas le même investissement selon la ville et la rue où il se trouve. Dans une commune qui perd ses habitants, un logement impeccable peut rester vide plusieurs mois et se revendre difficilement. L'étude de marché mesure ce risque avant d'acheter, avec des données vérifiables plutôt qu'avec des impressions.
Ce chapitre présente d'abord les sources publiques gratuites, puis les indicateurs à en tirer, la méthode d'étude d'un quartier, les visites et les entretiens avec les professionnels locaux. Il propose ensuite une grille d'analyse et un exemple chiffré qui compare deux villes moyennes, avant les pièges les plus fréquents. Le calcul de rentabilité d'un bien précis relève du chapitre 1, le choix du bien du chapitre 2 et la stratégie d'ensemble du chapitre 140.
Ce que l'étude doit établir
Une étude de marché locatif établit, dans cet ordre, l'existence d'une demande durable pour le type de logement envisagé, le loyer auquel il se louera réellement, son prix d'achat dans le secteur et les risques locaux, réglementaires ou physiques qui peuvent dégrader l'opération.
L'étude porte sur trois échelles successives. La ville donne la tendance de fond, le quartier la demande effective et le niveau de loyer, la rue et l'immeuble ce que les statistiques ne montrent pas.
Les sources publiques de données
Les sources qui suivent sont gratuites. Aucune ne suffit seule, car chacune mesure une chose différente.
L'INSEE et le dossier complet de la commune
L'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publie pour chaque commune, intercommunalité ou département un « dossier complet » issu du recensement de la population. La version disponible en 2026 s'appuie sur le recensement de 2023, avec des comparaisons avec 2012 et 2017 et des séries qui remontent à 1968 (insee.fr).
Pour un investisseur, les rubriques utiles sont les suivantes.
- Population. Évolution du nombre d'habitants, structure par âge, lieu de résidence un an auparavant, qui indique l'arrivée de nouveaux ménages.
- Couples, familles, ménages. Taille moyenne des ménages et part des personnes seules, qui orientent vers les petites ou les grandes surfaces.
- Logement. Répartition entre résidences principales, résidences secondaires et logements vacants, part des appartements, nombre de pièces, époque de construction, statut d'occupation et ancienneté d'emménagement.
- Diplômes et formation. Scolarisation par âge, qui renseigne sur la présence de jeunes en études.
- Emploi et chômage. Population active, taux de chômage, nombre d'emplois sur la commune et lieu de travail des actifs.
- Revenus et pauvreté. Revenu disponible médian, qui permet d'estimer le loyer supportable par les ménages du secteur.
À titre de repère national, le dossier complet de la France entière compte en 2023 environ 2,97 millions de logements vacants, soit 7,8 % du parc, ainsi que 40,3 % de ménages locataires (insee.fr). Ces moyennes nationales n'ont d'intérêt que comme point de comparaison avec la commune étudiée.
La définition de la vacance et ses limites
Pour l'INSEE, un logement est vacant s'il est inoccupé et proposé à la vente ou à la location, déjà attribué et en attente d'occupation, en attente du règlement d'une succession, conservé par un employeur pour un futur salarié ou sans affectation précise, comme un logement vétuste (insee.fr). Le chiffre mélange donc une vacance de rotation, normale, avec une vacance structurelle, qui signale des logements dont personne ne veut.
Une étude de l'INSEE publiée en janvier 2024 relève 3,1 millions de logements vacants en 2023 hors Mayotte, soit 8,2 % du parc, contre 7,2 % en 1990. Elle montre que la vacance est la plus élevée dans les départements ruraux peu denses et dans les petites aires d'attraction. Elle augmente davantage là où la population diminue. Elle rappelle que seules les sources fiscales renseignent sur la durée de la vacance, ce que le recensement ne permet pas (insee.fr). Les chiffres de l'étude et ceux du dossier complet diffèrent légèrement, car ils ne reposent pas sur les mêmes sources.
Les observatoires locaux des loyers
Les observatoires locaux des loyers (OLL) mesurent les loyers réellement pratiqués dans le parc privé, à partir de données collectées auprès des particuliers et des professionnels. Ils sont agréés par le ministère chargé du logement lorsqu'ils respectent les prescriptions méthodologiques d'un comité scientifique. Leurs résultats distinguent notamment l'époque de construction et l'ancienneté d'emménagement du locataire. Ils servent aussi à l'encadrement des loyers (ecologie.gouv.fr).
Selon l'Agence nationale pour l'information sur le logement (ANIL), qui coordonne le réseau, 37 observatoires couvraient 67 agglomérations au début de 2026 et des projets étaient en cours dans 8 autres (anil.org). Ils sont portés par des agences départementales d'information sur le logement (ADIL), des agences d'urbanisme et, pour l'agglomération parisienne, par l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne (OLAP). Leurs résultats se consultent sur le site commun du réseau des observatoires des loyers.
L'intérêt des observatoires tient à la distinction entre deux loyers. Le loyer des locataires en place reflète des baux parfois anciens, souvent inférieurs au marché. Le loyer des emménagés récents reflète le niveau auquel un logement se loue aujourd'hui. C'est ce second chiffre qui sert à estimer le loyer d'un achat.
La carte des loyers du ministère
Pour les communes qui n'ont pas d'observatoire, la carte des loyers publiée par le ministère chargé du logement et l'ANIL, en partenariat avec le groupe SeLoger et leboncoin, donne un indicateur pour chaque commune. Il s'agit de loyers d'annonce, exprimés charges comprises par mètre carré, pour des biens types mis en location au troisième trimestre 2025. Quatre types sont distingués, l'appartement toutes tailles, l'appartement d'une ou deux pièces, l'appartement de trois pièces et plus ainsi que la maison (ecologie.gouv.fr). La carte est mise à jour chaque année depuis 2022.
Trois précautions s'imposent. Un loyer d'annonce n'est pas un loyer signé. Le chiffre comprend les charges, à retrancher pour comparer à un loyer hors charges. Pour les communes sans annonce, l'indicateur est calculé sur des communes voisines aux caractéristiques proches. La documentation du jeu de données, publiée sur data.gouv.fr, recommande la prudence lorsque la commune compte moins de trente observations ou que l'intervalle de prédiction est très large.
Les prix de vente avec DVF
La base des demandes de valeurs foncières (DVF), produite par la direction générale des finances publiques (DGFiP), recense les ventes immobilières des cinq dernières années à partir des actes notariés et des informations cadastrales. Son accès est gratuit (service-public.gouv.fr). Elle se consulte notamment par l'explorateur cartographique proposé sur data.gouv.fr, qui affiche les ventes parcelle par parcelle avec leur date, leur prix et la surface déclarée.
La base est mise à jour deux fois par an, en avril et en octobre. Elle ne couvre ni le Haut-Rhin, ni le Bas-Rhin, ni la Moselle, ni Mayotte, où le régime de publicité foncière est différent. Dans ces départements, il faut s'adresser aux notaires ou aux agences. Les fichiers contiennent des données personnelles et la loi interdit de les utiliser pour réidentifier les vendeurs ou les acquéreurs.
Pour un propriétaire qui dispose d'un espace particulier sur impots.gouv.fr, le service Patrim permet aussi de rechercher des transactions comparables, avec des critères plus fins (service-public.gouv.fr). Les notaires publient enfin leurs propres statistiques de prix au mètre carré.
Les zonages et les règles locales
Plusieurs zonages publics renseignent sur la tension du marché et sur les règles qui s'appliqueront au bien.
- Le zonage A, A bis, B1, B2 et C. Il classe les communes selon la tension du marché du logement. Il sert à fixer les plafonds de ressources et de loyers de plusieurs dispositifs, dont le prêt à taux zéro et les dispositifs d'investissement locatif. Un simulateur de service-public.gouv.fr donne la zone de chaque commune (service-public.gouv.fr).
- La zone tendue. Elle entraîne l'encadrement de l'évolution des loyers à la relocation, le préavis réduit du locataire et la taxe annuelle sur les logements vacants. Un autre simulateur indique si la commune est concernée (service-public.gouv.fr). Les effets sur le loyer sont présentés au chapitre 96.
- L'encadrement du niveau des loyers. Il ne concerne que les villes et intercommunalités qui l'ont demandé. Leur liste figure au chapitre 97.
- Le permis de louer. Une commune peut soumettre la mise en location à une déclaration ou à une autorisation préalable dans certains secteurs (chapitre 95).
- Les restrictions de location touristique. Changement d'usage, quotas et enregistrement modifient le potentiel d'un bien destiné à la courte durée (chapitre 28).
Les autres sources utiles
D'autres données complètent le diagnostic. Le plan local d'urbanisme (PLU) et ses orientations d'aménagement révèlent les quartiers appelés à se densifier, donc à accueillir une offre nouvelle (chapitre 62). La plateforme Géorisques indique les risques naturels et technologiques de chaque adresse (chapitre 65). Les taux de taxe foncière votés par la commune et l'intercommunalité se lisent sur l'avis du vendeur et se comparent d'une commune à l'autre (chapitre 133). L'observatoire des diagnostics de performance énergétique de l'Agence de la transition écologique (ADEME) permet enfin d'apprécier la part de logements énergivores du secteur, donc la concurrence future une fois ces logements rénovés ou retirés du marché (chapitre 89).
Pour les villes étudiantes, le ministère chargé de l'enseignement supérieur publie les effectifs d'étudiants par site. Les résidences du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) et les résidences privées forment l'offre concurrente (chapitre 14).
Les indicateurs à suivre
Les données deviennent utiles une fois transformées en indicateurs comparables d'une ville à l'autre.
| Indicateur | Source | Lecture |
|---|---|---|
| Évolution de la population | INSEE, dossier complet | Une baisse durable réduit la demande à terme |
| Part des moins de 30 ans | INSEE | Une part élevée soutient les petites surfaces et la rotation |
| Personnes seules | INSEE | Une part élevée oriente vers les studios et les deux-pièces |
| Emplois et chômage | INSEE | Un bassin d'emploi actif attire des actifs mobiles |
| Étudiants | Ministère de l'enseignement supérieur | Une demande forte mais saisonnière et concurrencée par le CROUS |
| Part de locataires | INSEE, statut d'occupation | Un marché locatif profond se reloue plus facilement |
| Ancienneté d'emménagement | INSEE | Une part élevée d'emménagés récents signale une forte rotation |
| Taux de vacance | INSEE | Un taux nettement supérieur à la moyenne alerte |
| Loyer au mètre carré | OLL ou carte des loyers | Base de l'estimation du loyer |
| Prix au mètre carré | DVF | Base de l'estimation du prix et de la revente |
| Revenu médian | INSEE | Limite le loyer que les ménages locaux peuvent payer |
| Zonage et zone tendue | Simulateurs officiels | Règles de loyer et éligibilité aux dispositifs |
La tension locative
La tension se mesure d'abord sur le terrain, par le délai nécessaire pour relouer un logement comparable et par le nombre d'annonces concurrentes. Un stock d'annonces qui reste en ligne plusieurs semaines signale une offre abondante. Des annonces qui disparaissent en quelques jours signalent une demande supérieure à l'offre. Le classement en zone tendue confirme une tension reconnue par l'État, mais il est révisé peu souvent et ne descend pas à l'échelle du quartier.
Le rapport entre le prix et le loyer
Divisez le prix au mètre carré par le loyer annuel au mètre carré hors charges. Le résultat indique le nombre d'années de loyer nécessaires pour payer le bien, hors frais et charges. Un rapport faible signifie un rendement brut élevé, mais souvent aussi une demande faible. Un rapport élevé signifie un rendement brut faible, compensé parfois par une revente plus sûre.
Le loyer supportable
Rapprochez le loyer envisagé du revenu des ménages du secteur. Les assureurs de loyers impayés exigent souvent des revenus d'au moins trois fois le loyer charges comprises (chapitre 100). Si le loyer visé dépasse ce que la majorité des ménages locaux peut payer, la clientèle se réduit à quelques profils et la vacance s'allonge.
Étudier un quartier pas à pas
Une fois la ville jugée solide, l'étude descend à l'échelle du quartier. La méthode qui suit s'applique en quelques demi-journées.
- Délimitez le secteur. Tracez sur une carte un périmètre de quelques centaines de mètres autour du bien visé, en tenant compte des coupures comme une voie ferrée, une rocade ou une zone industrielle.
- Relevez les ventes. Dans DVF, notez les ventes de logements comparables des deux ou trois dernières années, avec leur prix au mètre carré. Écartez les ventes atypiques, comme une vente entre parents ou un lot avec garage dont la surface fausse le calcul.
- Relevez les loyers. Notez pendant plusieurs semaines les annonces de logements comparables, leur loyer hors charges, leur surface, leur caractère meublé ou non et la date de mise en ligne. Comparez-les à l'observatoire local ou à la carte des loyers.
- Mesurez le stock. Comptez les annonces actives pour le type de bien visé et notez combien de temps elles restent en ligne.
- Recensez la demande. Repérez les employeurs, l'hôpital, les établissements d'enseignement, la gare et les lignes de transport, ainsi que leur distance à pied ou en transport.
- Recensez l'offre future. Consultez en mairie le PLU, les permis de construire affichés et les programmes neufs en commercialisation. Une résidence étudiante de plusieurs centaines de lits peut changer l'équilibre d'un quartier en une rentrée.
- Vérifiez les règles. Zone tendue, encadrement des loyers, permis de louer, changement d'usage, risques naturels.
- Synthétisez. Reportez les résultats dans la grille d'analyse présentée plus loin.
Lire une annonce comme un indice
Une annonce republiée plusieurs fois dans l'année ou un loyer baissé en cours de diffusion indiquent une demande faible. Des annonces qui limitent le nombre de visites traduisent au contraire une demande forte.
Distinguer le loyer d'annonce du loyer obtenu
Le loyer affiché est un plafond, pas une moyenne. Retenez pour vos calculs le loyer des annonces qui partent vite, ou le loyer des emménagés récents de l'observatoire, plutôt que la moyenne des annonces encore visibles.
Les visites et les entretiens
Les données décrivent un marché. Les visites et les entretiens expliquent pourquoi il fonctionne ainsi et révèlent ce que les chiffres ne montrent pas.
Arpenter le quartier
Parcourez le secteur à pied un matin de semaine, un soir et un week-end. Observez le bruit, le stationnement, l'éclairage, les commerces de proximité et l'état des façades.
Repérez les boîtes aux lettres sans nom et les fenêtres sans rideaux, qui trahissent des logements vides, ainsi que l'accumulation de panneaux « à louer » dans une même rue.
Interroger les professionnels
Les agents immobiliers et les administrateurs de biens du secteur connaissent les délais de location, les loyers réellement signés et les profils de candidats. Présentez-vous comme un investisseur qui envisage un achat et posez des questions précises.
- Combien de temps faut-il pour louer un deux-pièces de ce quartier à tel loyer.
- Quel est le profil des candidats, étudiants, jeunes actifs, familles, retraités.
- Les locataires préfèrent-ils le vide ou le meublé et à quel écart de loyer.
- Quels sont les immeubles ou les rues à éviter et pourquoi.
- Quels programmes neufs ou quelles résidences vont arriver sur le marché.
- Quelle part de leurs dossiers échoue faute de garantie ou de revenus suffisants.
Interrogez au moins trois professionnels, car chacun a une clientèle et des intérêts propres. La concordance de leurs réponses compte davantage que chacune d'elles.
L'ADIL du département renseigne aussi gratuitement sur les règles locales et le service d'urbanisme de la mairie sur les projets d'aménagement.
La grille d'analyse
La grille qui suit permet de comparer plusieurs villes ou quartiers sur les mêmes critères. Chaque critère reçoit une note de 1 à 5 et un coefficient selon son importance pour votre projet. Les coefficients proposés sont indicatifs. Un investisseur qui vise les étudiants pondérera davantage la présence d'établissements d'enseignement, un investisseur qui vise les familles la qualité des écoles et la sécurité.
| Critère | Coefficient indicatif | Note de 1 | Note de 5 |
|---|---|---|---|
| Demande locative | 3 | Annonces en ligne plus de deux mois | Logements reloués en quelques jours |
| Démographie | 2 | Population en baisse depuis dix ans | Population en hausse régulière |
| Emploi | 2 | Chômage élevé, emplois en recul | Bassin d'emploi diversifié et actif |
| Rapport prix et loyer | 2 | Rendement brut inférieur à 4 % | Rendement brut supérieur à 8 % |
| Fiscalité locale | 1 | Taxe foncière parmi les plus élevées | Taxe foncière modérée |
| Règles locales | 1 | Règles lourdes et instables | Règles simples et connues |
| Revente | 1 | Ventes rares et longues | Marché de revente actif |
La note du rapport prix et loyer ne doit jamais compenser à elle seule une note faible de demande, car le loyer n'est pas encaissé pendant la vacance.
Un exemple chiffré comparant deux villes moyennes
L'exemple qui suit est une illustration. Les villes sont fictives, les chiffres sont des hypothèses construites pour la démonstration et ne décrivent aucune commune réelle.
Un investisseur hésite entre deux villes moyennes pour acheter un deux-pièces de 45 m² à louer nu.
- La ville A compte environ 45 000 habitants, une population stable sur dix ans, un centre hospitalier, une antenne universitaire et un taux de vacance proche de la moyenne nationale. Les agences indiquent qu'un deux-pièces correct se reloue en deux à trois semaines.
- La ville B compte environ 35 000 habitants, une population en baisse régulière depuis quinze ans après la fermeture d'un grand employeur et un taux de vacance nettement supérieur à la moyenne. Les agences indiquent qu'un deux-pièces reste souvent deux à trois mois sans locataire.
Les données relevées
| Donnée | Ville A | Ville B |
|---|---|---|
| Prix au m², ventes DVF comparables | 1 900 € | 1 100 € |
| Loyer au m² hors charges, emménagés récents | 10,50 € | 8,00 € |
| Prix du deux-pièces de 45 m² | 85 500 € | 49 500 € |
| Loyer mensuel hors charges | 472,50 € | 360 € |
| Rapport prix et loyer | 15,1 années | 11,5 années |
| Rendement brut sur le prix | 6,6 % | 8,7 % |
| Vacance retenue par an | 0,5 mois | 2,5 mois |
Si la ville A ne disposait que de la carte des loyers, l'investisseur partirait par exemple d'un loyer d'annonce de 12 € par mètre carré charges comprises et retrancherait une estimation des charges récupérables de 1,50 € par mètre carré, pour retrouver environ 10,50 € hors charges.
À la lecture du seul rendement brut, la ville B paraît plus intéressante de plus de deux points. L'étude de marché conduit pourtant à une conclusion inverse.
Le calcul après vacance et charges
L'investisseur retient des frais d'acquisition de 8 % du prix, aucune dépense de travaux, des charges de copropriété non récupérables de 420 € par an, une provision pour entretien de 350 € par an, une assurance de propriétaire non occupant (PNO) de 120 € par an et une garantie des loyers impayés de 3 % des loyers encaissés. La taxe foncière est plus élevée en ville B, dont la commune a relevé ses taux pour compenser la baisse de sa population.
| Poste annuel | Ville A | Ville B |
|---|---|---|
| Loyers encaissés après vacance | 5 434 € | 3 420 € |
| Taxe foncière hors ordures ménagères | - 850 € | - 950 € |
| Charges de copropriété non récupérables | - 420 € | - 420 € |
| Provision pour entretien | - 350 € | - 350 € |
| Assurance PNO | - 120 € | - 120 € |
| Garantie des loyers impayés | - 163 € | - 103 € |
| Revenu net avant crédit et impôt | 3 531 € | 1 477 € |
| Coût total avec frais d'acquisition | 92 340 € | 53 460 € |
| Rendement net | 3,8 % | 2,8 % |
Une fois la vacance et les charges prises en compte, la ville A dégage un rendement net supérieur d'un point à celui de la ville B. Les charges fixes pèsent beaucoup plus lourd sur un loyer faible et chaque mois de vacance supplémentaire retire environ 8 % des loyers de l'année.
La grille appliquée
Avec les coefficients de la grille proposée plus haut, l'investisseur attribue les notes suivantes.
| Critère | Coefficient | Ville A | Ville B |
|---|---|---|---|
| Demande locative | 3 | 4 | 2 |
| Démographie | 2 | 4 | 1 |
| Emploi | 2 | 4 | 2 |
| Rapport prix et loyer | 2 | 3 | 5 |
| Fiscalité locale | 1 | 3 | 2 |
| Règles locales | 1 | 4 | 4 |
| Revente | 1 | 4 | 2 |
| Total pondéré sur 60 | 45 | 30 |
La ville B ne l'emporte que sur le rapport prix et loyer. Elle n'est pas pour autant à exclure dans tous les cas. Un bien situé près d'un employeur qui recrute, dans la seule rue recherchée de la ville, ou acheté avec une décote très forte peut s'y justifier. Mais l'investisseur doit alors le démontrer avec des données propres au secteur plutôt qu'avec le rendement brut moyen de la commune.
Les cas particuliers
La ville étudiante
La demande étudiante est forte mais saisonnière. Les arrivées se concentrent entre juin et septembre et les départs en fin d'année universitaire. Une ville étudiante se juge sur ses effectifs, leur évolution et l'offre concurrente des résidences du CROUS et des résidences privées. Les règles propres à la location aux étudiants et au bail meublé de neuf mois figurent aux chapitres 12 et 14.
La commune touristique
Dans une commune touristique, la location à l'année et la location saisonnière obéissent à des logiques différentes. Les règles locales sur les meublés de tourisme, comme le changement d'usage ou les quotas, peuvent y évoluer rapidement (chapitres 28 et 30). L'étude porte alors sur les deux marchés et sur la stabilité de la réglementation communale.
Le quartier en renouvellement urbain
Un quartier qui fait l'objet d'un programme de rénovation urbaine, d'une nouvelle ligne de transport ou d'une zone d'aménagement concerté (ZAC) peut voir ses loyers et ses prix progresser. Le calendrier de ces projets dépend toutefois de décisions publiques et de financements qui peuvent glisser de plusieurs années. N'intégrez dans vos calculs que ce qui est engagé, jamais ce qui est seulement annoncé.
La ville sous encadrement des loyers
Dans une ville qui applique l'encadrement du niveau des loyers, le loyer de référence majoré fixe un plafond au mètre carré selon le secteur, l'époque de construction, le nombre de pièces et le caractère meublé ou non (chapitre 97). L'étude doit alors partir de ce plafond plutôt que des annonces, qui peuvent le dépasser illégalement. Un prix d'achat qui ne se justifie qu'avec un loyer supérieur au plafond est un prix trop élevé.
Les pièges à éviter
- Se fier au rendement brut moyen publié pour une ville, sans mesurer la vacance ni les charges propres au bien.
- Prendre les loyers d'annonce pour des loyers signés, alors que les logements trop chers restent en ligne et faussent la moyenne vers le haut.
- Oublier que la carte des loyers est charges comprises en comparant ce chiffre à un loyer hors charges.
- Confondre la vacance de rotation et la vacance structurelle, alors qu'un taux élevé peut tenir à un parc ancien inhabitable plutôt qu'à une faible demande.
- Raisonner sur une seule source, sans recouper l'INSEE, l'observatoire, DVF et les professionnels.
- Ignorer l'offre future, comme un programme neuf ou une résidence étudiante en construction dans le quartier.
- Négliger la revente, en achetant dans un secteur où les ventes sont rares et longues, même si le bien se loue bien.
- Étudier la ville sans étudier la rue, alors que deux adresses voisines peuvent présenter des demandes très différentes.
- Oublier les règles locales, comme le permis de louer ou l'encadrement des loyers, découvertes après l'achat.
Liste de contrôle de l'étude de marché
- L'évolution de la population, de l'emploi et du nombre de ménages est relevée sur le dossier complet de l'INSEE de la commune.
- Le taux de vacance de la commune est comparé à la moyenne nationale et à celui des communes voisines.
- La part de locataires et l'ancienneté d'emménagement confirment l'existence d'un marché locatif actif.
- Le loyer retenu provient d'un observatoire local ou, à défaut, de la carte des loyers corrigée des charges, recoupé avec les annonces qui partent vite.
- Le prix au mètre carré provient des ventes comparables relevées dans DVF ou, en Alsace et en Moselle, auprès des notaires.
- Le rapport entre le prix et le loyer est calculé et comparé à celui d'au moins une autre ville.
- Le loyer envisagé reste compatible avec les revenus des ménages du secteur.
- Le zonage, la zone tendue, l'encadrement des loyers et le permis de louer sont vérifiés sur les simulateurs officiels et en mairie.
- Les risques de l'adresse, les programmes neufs et les projets d'aménagement du quartier sont connus.
- Le quartier a été visité à plusieurs moments de la journée et de la semaine.
- Au moins trois professionnels locaux ont été interrogés sur les délais de location et les loyers signés.
- La vacance et la taxe foncière retenues dans le calcul de rentabilité proviennent de l'étude et non d'une moyenne nationale (chapitre 1).
- La grille d'analyse est remplie et conservée, pour être mise à jour avant toute décision d'arbitrage.