Acheter un terrain pour y faire construire n'obéit pas aux mêmes règles qu'acheter un logement. L'acquéreur d'un terrain à bâtir ne bénéficie pas, sauf exception, du délai de rétractation de dix jours et il achète un sol dont la valeur dépend presque entièrement de ce qu'il pourra y construire. Une erreur sur la constructibilité, l'accès, les limites ou la nature du sol se paie ensuite pendant toute l'opération.
Ce chapitre suit l'ordre des vérifications qu'un acquéreur doit mener avant de signer. Il distingue d'abord les notions de terrain à bâtir, de terrain constructible et de terrain viabilisé, puis le terrain isolé et le terrain en lotissement. Il détaille ensuite l'avant-contrat et ses conditions suspensives, le prix, les frais et la fiscalité de l'achat, avant un exemple chiffré et une liste de contrôle. La lecture du plan local d'urbanisme (PLU) et le certificat d'urbanisme sont traités au chapitre 62, le bornage et les servitudes au chapitre 63, la viabilisation au chapitre 64 et l'étude de sol au chapitre 65.
Trois notions à ne pas confondre
Terrain à bâtir, terrain constructible, terrain viabilisé
Le vocabulaire des annonces mélange souvent trois notions différentes. Les distinguer permet de savoir ce que vous achetez réellement et ce qui restera à votre charge.
- Le terrain constructible est un terrain sur lequel les règles d'urbanisme permettent d'édifier une construction. Cette qualité résulte du document d'urbanisme applicable, à savoir le règlement national d'urbanisme (RNU), la carte communale ou le PLU, éventuellement intercommunal (PLUi).
- Le terrain à bâtir est, au sens fiscal, un terrain sur lequel des constructions peuvent être autorisées en application du PLU ou d'un document en tenant lieu, ou de la carte communale (impots.gouv.fr). Cette définition commande le régime de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou de droits d'enregistrement de la vente.
- Le terrain viabilisé est raccordé ou immédiatement raccordable aux réseaux d'eau, d'électricité, d'assainissement, de téléphone et éventuellement de gaz (service-public.gouv.fr).
Un terrain peut donc être constructible sans être viabilisé. Le coût et le délai des raccordements s'ajoutent alors au prix (chapitre 64).
Terrain isolé ou terrain en lotissement
La seconde distinction tient au cadre de la vente. Un terrain isolé, dit aussi en secteur diffus, relève du PLU ou, à défaut, du RNU. Un terrain en lotissement relève en plus des règles propres au lotissement, à savoir son règlement et, s'il existe, son cahier des charges (service-public.gouv.fr).
| Critère | Terrain isolé | Terrain en lotissement |
|---|---|---|
| Règles applicables | PLU, carte communale ou RNU | Les mêmes, plus le règlement de lotissement et le cahier des charges éventuel |
| Bornage | Non obligatoire | Obligatoire (article L. 115-4 du Code de l'urbanisme) |
| Viabilisation | Peut être vendu non viabilisé | Lots viabilisés, la vente avant achèvement des travaux exigeant une autorisation |
| Délai de rétractation | Aucun | Dix jours lorsque le lotissement relève d'un permis d'aménager |
| Somme versée à la promesse | Librement fixée | Plafonnée à 5 % du prix lorsque le lotissement relève d'un permis d'aménager |
| Vendeur habituel | Particulier, parfois professionnel | Lotisseur, souvent professionnel |
Les règles de la vente en lotissement sont précisées plus bas. Le fonctionnement du lotissement lui-même, avec son association syndicale et la durée de vie de ses règles, est présenté au chapitre 67.
Vérifier la constructibilité
Le document d'urbanisme
Commencez par identifier le document d'urbanisme qui s'applique à la parcelle et la zone dans laquelle elle se situe. Le service d'urbanisme de la mairie vous renseigne et la plupart des documents sont consultables sur le Géoportail de l'urbanisme. Le règlement de la zone fixe ce qui peut être construit, l'implantation, la hauteur, l'emprise au sol et le stationnement exigé. Le chapitre 62 explique comment lire ces règles et en tirer une estimation de ce que la parcelle peut recevoir.
Vérifiez aussi les projets publics qui peuvent toucher le terrain, comme un emplacement réservé pour une voie ou un équipement, ainsi que les servitudes d'utilité publique, par exemple une canalisation, une protection de captage d'eau ou un périmètre de monument historique (service-public.gouv.fr). Ces éléments figurent en annexe du PLU ou dans le certificat d'urbanisme.
Le certificat d'urbanisme opérationnel
Le certificat d'urbanisme opérationnel indique si l'opération que vous projetez est réalisable sur le terrain et précise l'état des équipements publics existants ou prévus, ainsi que les taxes et participations applicables. Il est gratuit, peut être demandé par un futur acquéreur sans l'accord du propriétaire et la mairie dispose de deux mois pour le délivrer (service-public.gouv.fr). Pendant dix-huit mois, il garantit en principe que les règles d'urbanisme et les taxes qu'il mentionne ne seront pas remises en cause pour une demande de permis déposée dans ce délai.
Demandez-le avant de signer l'avant-contrat ou, à défaut, pendant le délai prévu pour réaliser les conditions suspensives. Un certificat positif ne vaut pas permis de construire, mais il sécurise le calendrier si le PLU est en cours de révision ou de modification. La procédure, le contenu et l'effet de cristallisation sont détaillés au chapitre 62.
Examiner le terrain sur place
L'accès et les servitudes
Visitez le terrain en observant l'accès, la pente, les murs de soutènement, le sol et la présence d'eau stagnante. Interrogez la mairie sur l'histoire du site, par exemple une ancienne carrière ou un remblai (service-public.gouv.fr).
Si le terrain n'a pas d'accès direct à une voie publique, vérifiez auprès du vendeur l'existence d'une servitude de passage écrite. À défaut, elle doit être constituée sur un terrain voisin avant le dépôt de la demande de permis de construire. Un accès insuffisant pour les engins de chantier, les véhicules de secours ou le nombre de logements envisagé peut aussi justifier un refus de permis. Les servitudes de passage, de vue, d'écoulement et de réseaux sont présentées au chapitre 63.
Les limites et le bornage
Le plan cadastral a une valeur fiscale et ne fixe pas les limites de propriété. Seul un bornage réalisé par un géomètre-expert les détermine (service-public.gouv.fr). La surface indiquée par le cadastre peut donc différer de la surface réelle, ce qui pèse sur le prix et sur les droits à construire calculés en proportion de la parcelle.
Pour un terrain isolé, le bornage n'est pas obligatoire, mais la promesse doit indiquer si le terrain a été borné ou non (service-public.gouv.fr). Pour un lot de lotissement, le bornage est obligatoire et le descriptif du terrain doit en résulter (article L. 115-4 du Code de l'urbanisme). Lorsque le terrain isolé n'est pas borné, vous pouvez demander au vendeur de le faire réaliser avant la vente ou en faire une condition de l'avant-contrat (chapitre 63).
La viabilisation et les raccordements
Repérez les réseaux présents en bordure de la parcelle, comme les coffrets électriques et les regards d'assainissement. Le certificat d'urbanisme opérationnel indique l'état des équipements publics desservant le terrain. Si l'assainissement collectif n'existe pas, un assainissement non collectif devra être installé et contrôlé, ce qui suppose un sol et une surface adaptés.
Demandez des estimations écrites aux gestionnaires des réseaux avant de fixer votre budget. Les démarches, les délais et la participation pour le financement de l'assainissement collectif sont traités aux chapitres 64 et 69.
Le sol, les risques et l'étude géotechnique
Le vendeur doit remettre l'état des risques dès la première visite. Avant la promesse ou l'acte de vente, il doit aussi fournir les documents propres aux zones concernées, notamment l'information sur la pollution des sols, l'état des nuisances sonores aériennes et l'étude géotechnique en zone d'argiles (service-public.gouv.fr).
Depuis la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (loi ELAN), le vendeur d'un terrain non bâti constructible situé dans une zone d'exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles doit fournir une étude géotechnique préalable. Elle comprend une enquête documentaire, une visite du site et, si nécessaire, des sondages. Elle est valable trente ans et l'étude de type G1, réalisée selon la norme NF P 94-500, vaut présomption de conformité (ecologie.gouv.fr). Elle est annexée à la promesse ou, à défaut, à l'acte authentique (articles L. 132-4 à L. 132-9 du Code de la construction et de l'habitation).
Un arrêté du 9 janvier 2026 a mis à jour la carte d'exposition établie par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Les zones d'exposition moyenne et forte couvrent désormais 55 % du territoire hexagonal, contre 48 % en 2020. Ce nouveau zonage s'applique aux promesses et actes de vente de terrains non bâtis constructibles conclus à compter du 1er juillet 2026 (ecologie.gouv.fr). Un terrain qui n'était pas concerné lors d'une précédente vente peut donc l'être aujourd'hui.
L'étude préalable du vendeur ne suffit pas pour construire. Avant de conclure le contrat avec un constructeur ou un maître d'œuvre, le maître d'ouvrage doit fournir une étude de conception, de type G2, propre à son projet, sauf à ce que le constructeur applique les techniques particulières fixées par la réglementation. Le contenu de ces études et leur incidence sur le coût des fondations sont détaillés au chapitre 65.
Les droits de préemption
Avant la vente, le notaire vérifie les droits de préemption qui peuvent s'exercer sur le terrain, notamment celui de la commune ou de l'intercommunalité dans les zones urbaines, celui des espaces naturels sensibles et celui de la société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) pour certains terrains agricoles (service-public.gouv.fr). Le titulaire du droit peut acquérir le terrain à votre place, aux conditions de la vente ou à un prix fixé par le juge. Le mécanisme de la déclaration d'intention d'aliéner (DIA) et son délai de deux mois sont présentés au chapitre 2.
L'avant-contrat
Promesse unilatérale ou compromis
La vente d'un terrain est le plus souvent précédée d'une promesse unilatérale ou d'un compromis. Dans la promesse unilatérale, le vendeur s'engage seul et l'acquéreur dispose d'une option qu'il est libre de lever. Dans le compromis, les deux parties s'engagent réciproquement à vendre et à acheter (service-public.gouv.fr).
La promesse peut être conclue sous signature privée ou devant notaire. Elle doit être passée en la forme authentique lorsque sa durée de validité dépasse dix-huit mois et que le promettant est une personne physique. Une indemnité d'immobilisation d'au moins 5 % du prix est alors obligatoire (articles L. 290-1 et L. 290-2 du Code de la construction et de l'habitation).
Une promesse unilatérale sous signature privée doit être enregistrée auprès du service des impôts dans les dix jours suivant son acceptation par l'acquéreur, à peine de nullité. L'enregistrement coûte 125 € (service-public.gouv.fr). Une promesse signée chez le notaire évite ce risque.
Les mentions et les annexes
La promesse d'un terrain isolé doit préciser la consistance du terrain et la surface de plancher constructible, l'existence ou non d'un bornage, le prix et le mode de financement, les hypothèques et servitudes qui grèvent le terrain, les délais de levée d'option et de réalisation des conditions suspensives ainsi que l'indemnité d'immobilisation (service-public.gouv.fr). Le compromis ajoute notamment les références cadastrales, le montant du dépôt de garantie et les honoraires de l'intermédiaire éventuel.
Les annexes à exiger sont les suivantes.
- L'état des risques et pollutions.
- L'étude géotechnique préalable lorsque le terrain est situé en zone d'exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles.
- L'état des nuisances sonores aériennes lorsque le terrain est situé dans une zone de bruit d'un plan d'exposition au bruit.
- Pour un lot de lotissement, le règlement, le cahier des charges éventuel et, pour un permis d'aménager, l'arrêté de permis et les statuts de l'association syndicale.
Le vendeur qui connaît une information déterminante pour votre consentement doit vous la communiquer. Interrogez-le par écrit sur les remblais, les anciennes constructions démolies, les cuves enterrées, les litiges de voisinage et les procédures en cours. Conservez ses réponses.
Les conditions suspensives
Une condition suspensive subordonne la vente à un événement futur et incertain. Si elle ne se réalise pas sans faute de votre part, la vente ne se fait pas et les sommes versées vous sont restituées. Pour un terrain à bâtir, les conditions suivantes sont les plus utiles.
- L'obtention du prêt. Elle est de droit lorsque l'achat est financé par un crédit, sauf renonciation manuscrite. Son délai ne peut être inférieur à un mois (articles L. 313-40 et suivants du Code de la consommation). Indiquez le montant, la durée et le taux maximal.
- L'obtention du permis de construire. Décrivez le projet de façon précise, par exemple une maison d'une surface de plancher donnée ou un nombre de logements. Fixez aussi une date limite de dépôt de la demande.
- L'absence de recours des tiers et de retrait. Le permis n'est sûr qu'une fois purgé du recours des tiers, ouvert pendant deux mois à compter du premier jour d'un affichage continu sur le terrain. Il doit aussi être purgé du retrait par l'administration, possible pendant trois mois après la décision (service-public.gouv.fr).
- Le résultat de l'étude de sol. Prévoyez que la vente ne se fera pas si l'étude de conception impose des fondations dont le coût dépasse un montant que vous fixez.
- La desserte par les réseaux. Lorsque le terrain n'est pas viabilisé, vous pouvez subordonner la vente à une confirmation écrite des gestionnaires sur la faisabilité et le coût des raccordements.
- La réalisation du bornage par le vendeur et à ses frais, lorsque le terrain n'est pas borné.
- La purge des droits de préemption, dont l'exercice empêche la vente à votre profit.
Chaque condition doit comporter un délai précis et décrire les démarches que vous devez accomplir. Une condition trop large ou laissée à votre seule appréciation peut être contestée par le vendeur. Une demande de prêt ou de permis non conforme à ce qui est prévu peut faire réputer la condition accomplie.
Le calendrier type
Le tableau suivant donne un ordre de grandeur pour un terrain isolé et un projet de maison individuelle. Les délais d'instruction sont ceux du cas général et s'allongent en secteur protégé (chapitre 68).
| Étape | Délai indicatif | Observation |
|---|---|---|
| Certificat d'urbanisme opérationnel | Deux mois d'instruction | À demander avant ou juste après la signature |
| Signature de la promesse | Jour J | Enregistrement sous dix jours si acte sous signature privée |
| Étude de conception et plans | Plusieurs semaines | Nécessaires pour déposer un dossier complet |
| Instruction du permis | Deux mois pour une maison individuelle si le dossier est complet | Peut être prolongée en cas de pièces manquantes |
| Purge des recours et du retrait | Deux mois d'affichage, trois mois pour le retrait | Faire constater l'affichage par commissaire de justice |
| Offre de prêt | En parallèle | Le prêteur exige souvent le permis purgé |
| Acte authentique | Après réalisation des conditions | Plusieurs mois après la promesse |
Prévoyez dans la promesse une prorogation automatique en cas de recours ou de retard d'instruction. Sans elle, la promesse peut expirer avant que le permis soit définitif.
La rétractation et les sommes versées
L'acquéreur d'un terrain isolé à bâtir ne bénéficie d'aucun délai de rétractation, ni après la promesse ni avant l'acte authentique (service-public.gouv.fr). Une fois engagé, vous ne pouvez vous retirer qu'en invoquant une condition suspensive non réalisée. L'indemnité d'immobilisation ou le dépôt de garantie, fixés librement et souvent compris entre 5 et 10 % du prix, sont de préférence versés au notaire, qui les conserve sur un compte bloqué.
Pour un lot de lotissement relevant d'un permis d'aménager, aucune promesse ni aucun acompte ne peut intervenir avant la délivrance de ce permis. La somme versée est plafonnée à 5 % du prix et placée sur un compte bloqué. L'acquéreur dispose d'un délai de rétractation de dix jours à compter du lendemain de la première présentation de la lettre recommandée qui lui notifie la promesse (service-public.gouv.fr). Pour un lotissement relevant d'une déclaration préalable, la promesse peut être signée avant la décision de non-opposition, mais l'acte définitif ne peut l'être qu'après. Aucune des parties ne peut se rétracter.
Prix, frais et fiscalité de l'achat
Estimer le prix
Le prix d'un terrain s'apprécie au regard de ce qu'il permet de construire et du coût de sa mise en état, plus qu'au mètre carré de sol. Comparez les ventes récentes de terrains comparables dans la commune à partir des données publiques de valeurs foncières publiées par l'administration fiscale (chapitre 4). Retranchez ensuite du prix demandé les dépenses propres au terrain, comme la viabilisation, le bornage, le défrichement, la démolition, le terrassement et les fondations spéciales.
Un terrain bon marché mais en pente, éloigné des réseaux ou exposé aux argiles peut coûter davantage, une fois prêt à bâtir, qu'un lot viabilisé de lotissement. L'exemple chiffré ci-dessous illustre ce raisonnement.
Droits d'enregistrement ou TVA
Le régime fiscal de l'achat dépend de la qualité du vendeur. Un particulier qui vend son terrain n'est pas assujetti à la TVA et l'acquéreur acquitte les droits de mutation. Un vendeur assujetti, comme un lotisseur ou un aménageur professionnel, vend en principe avec TVA, calculée sur le prix total ou, sous conditions, sur la marge (article 268 du Code général des impôts, chapitre 82).
| Vendeur | TVA | Droits et taxes payés par l'acquéreur |
|---|---|---|
| Particulier | Aucune | Droits de mutation au taux global maximal de 5,81 %, soit un droit départemental de 4,50 % au plus, une taxe communale de 1,20 % et des frais d'assiette de 2,37 % du droit départemental |
| Professionnel, TVA sur le prix total | 20 % en principe | Taxe de publicité foncière au taux réduit de 0,71 % |
| Professionnel, TVA sur la marge | 20 % sur la marge | Droits au taux normal, le plus souvent 5,81 % |
| Tous vendeurs | Sans objet | Contribution de sécurité immobilière de 0,10 % du prix |
Ces taux sont ceux indiqués par l'administration fiscale (impots.gouv.fr). Depuis le 1er avril 2025, les départements peuvent porter leur droit à 5 % pour les actes conclus jusqu'au 31 mars 2028, ce qui porte le taux global au-delà de 6,3 % (chapitre 1). Un taux réduit de TVA de 5,5 % peut s'appliquer, sous conditions de ressources et de localisation, à l'acquisition d'un terrain destiné à la résidence principale de l'accédant, ce qui ne concerne pas un projet locatif.
Les émoluments du notaire
Aux droits s'ajoutent les émoluments du notaire, dont le barème proportionnel applicable depuis le 1er janvier 2021 est de 3,870 % hors taxes jusqu'à 6 500 €, 1,596 % de 6 500 à 17 000 €, 1,064 % de 17 000 à 60 000 € et 0,799 % au-delà, majorés de la TVA à 20 % (service-public.gouv.fr). S'y ajoutent les émoluments de formalités et les débours, comme les extraits cadastraux et les états hypothécaires. Le montant total ne change pas si chaque partie a son propre notaire.
Les taxes liées au terrain et au projet
Le propriétaire d'un terrain nu au 1er janvier est redevable de la taxe foncière sur les propriétés non bâties pour l'année entière (impots.gouv.fr). L'acte de vente prévoit souvent un remboursement au vendeur au prorata de la période qui suit la vente. Cette taxe, puis celle sur les propriétés bâties après achèvement, sont présentées au chapitre 133.
La construction déclenche ensuite la taxe d'aménagement et, le cas échéant, la redevance d'archéologie préventive et la participation pour le financement de l'assainissement collectif. Le certificat d'urbanisme en donne la liste et le chapitre 69 en explique le calcul. Intégrez ces sommes dans votre budget dès l'achat du terrain, car elles se comptent souvent en milliers d'euros pour une maison.
Après l'achèvement, la construction doit être déclarée à l'administration fiscale dans les quatre-vingt-dix jours au moyen du formulaire H1 pour une maison ou H2 pour un appartement. Le dépôt dans ce délai conditionne, sous conditions, l'exonération temporaire de taxe foncière de deux ans (impots.gouv.fr).
Exemple chiffré
Exemple illustratif. Un investisseur hésite entre deux terrains pour faire construire une maison destinée à la location. Le terrain A est un terrain isolé de 900 m² vendu 85 000 € par un particulier, non borné et non viabilisé, situé en zone d'exposition moyenne aux argiles. Le terrain B est un lot de lotissement de 600 m² vendu 95 000 € par un lotisseur professionnel, borné et viabilisé, sous le régime de la TVA sur la marge. Le département applique un droit de 4,50 %. Les débours et formalités sont estimés à 800 €. Les autres dépenses sont des hypothèses de devis à remplacer par vos propres chiffres.
| Poste | Terrain A | Terrain B |
|---|---|---|
| Prix | 85 000 € | 95 000 € |
| Droits de mutation à 5,80665 % | 4 936 € | 5 516 € |
| Émoluments du notaire TTC | 1 292 € | 1 388 € |
| Contribution de sécurité immobilière | 85 € | 95 € |
| Formalités et débours (hypothèse) | 800 € | 800 € |
| Coût d'acquisition | 92 113 € | 102 799 € |
| Bornage (hypothèse) | 1 500 € | Inclus |
| Étude géotechnique de conception (hypothèse) | 2 500 € | 2 500 € |
| Raccordements aux réseaux (hypothèse) | 12 000 € | Inclus |
| Terrain prêt à bâtir | 108 113 € | 105 299 € |
Le terrain A, affiché 10 000 € moins cher, revient finalement plus cher une fois borné, étudié et raccordé. L'écart serait encore plus marqué si l'étude de sol imposait des fondations spéciales. Si le lotisseur avait vendu avec une TVA sur le prix total, l'acquéreur du terrain B aurait payé une taxe de publicité foncière de 0,71 %, soit 675 € au lieu de 5 516 €, sans que le prix affiché change.
La taxe d'aménagement et les frais du prêt ne sont pas inclus. Un bilan complet de construction destinée à la location est présenté au chapitre 76.
Cas particuliers
Le terrain détaché d'une propriété bâtie
De nombreux terrains proviennent de la division d'un jardin. La division doit avoir été autorisée par une déclaration préalable ou un permis d'aménager lorsqu'elle constitue un lotissement. L'accès comme les réseaux doivent être prévus pour le lot détaché. Vérifiez que l'acte prévoit les servitudes nécessaires, notamment de passage et de réseaux, au profit de votre lot (chapitres 63 et 66).
Le terrain avec un bâtiment à démolir
La démolition d'une construction existante peut exiger un permis de démolir selon la commune et le secteur. Faites-la chiffrer avant l'offre, amiante compris. Prévoyez si nécessaire une condition d'obtention du permis.
Le terrain en zone agricole ou naturelle
Les zones agricoles et naturelles ne sont pas constructibles en principe, sauf exceptions limitées comme les bâtiments d'exploitation ou certaines extensions de constructions existantes (service-public.gouv.fr). Un terrain présenté comme « bientôt constructible » dépend d'une évolution du document d'urbanisme que personne ne peut garantir, dans un contexte de réduction de l'artificialisation des sols (chapitre 85).
L'achat en société ou par un professionnel
Acheter le terrain par une société civile immobilière (SCI) change la fiscalité ultérieure de la location et de la revente, mais pas les vérifications décrites ici (chapitres 128 et 77). Un acquéreur qui achète des terrains pour les revendre ou pour y réaliser des opérations répétées peut relever d'un régime professionnel, avec des conséquences en matière de TVA et d'imposition des profits (chapitres 81 et 82).
Erreurs fréquentes
- Se fier à la mention « constructible » d'une annonce sans consulter le document d'urbanisme ni demander un certificat d'urbanisme opérationnel.
- Signer une promesse dont la condition de permis ne décrit pas précisément le projet envisagé.
- Oublier la condition d'absence de recours et de retrait, puis acheter avec un permis encore contestable.
- Ignorer l'étude géotechnique en zone d'argiles, alors que le zonage a été élargi pour les ventes conclues depuis le 1er juillet 2026.
- Acheter un terrain sans accès direct à la voie publique et sans servitude de passage écrite.
- Ne pas vérifier le régime de TVA d'un vendeur professionnel, qui conditionne le montant des droits.
Liste de contrôle avant de signer
- Identifier le document d'urbanisme applicable, la zone et ses règles, ainsi que les emplacements réservés et les servitudes d'utilité publique (chapitre 62).
- Demander un certificat d'urbanisme opérationnel décrivant votre projet.
- Visiter le terrain et vérifier l'accès, la pente, l'eau, les remblais et l'histoire du site.
- Vérifier l'accès à la voie publique ou l'existence d'une servitude de passage écrite (chapitre 63).
- Contrôler les limites et obtenir le procès-verbal de bornage, ou prévoir le bornage dans la promesse.
- Recenser les réseaux et obtenir des estimations écrites de raccordement (chapitre 64).
- Obtenir l'état des risques, l'étude géotechnique préalable en zone d'argiles et les autres annexes obligatoires (chapitre 65).
- Pour un lot de lotissement, obtenir le permis d'aménager ou la non-opposition, le règlement, le cahier des charges et les statuts de l'association syndicale (chapitre 67).
- Rédiger les conditions suspensives de prêt, de permis purgé, d'étude de sol, de réseaux et de bornage, chacune avec un délai précis.
- Prévoir une prorogation de la promesse en cas de recours ou de retard d'instruction.
- Faire transiter toute somme par le notaire.
- Vérifier le régime fiscal de la vente, droits de mutation ou TVA, puis chiffrer les frais.
- Budgéter les taxes d'urbanisme, la taxe foncière, le bornage, les études et les raccordements (chapitre 69).
- Comparer le coût du terrain prêt à bâtir avec d'autres terrains de la commune, plutôt que le seul prix affiché.