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Locafis

Guide du bailleur, chapitre 59

Louer un lieu pour un tournage, un événement ou une réception

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Une maison de caractère, une longère, une grange restaurée ou un appartement ancien peuvent intéresser une société de production, un photographe ou une famille qui cherche un lieu pour un mariage. Ces locations durent quelques heures ou quelques jours et paraissent simples à organiser. Elles mettent pourtant en jeu des règles que le bailleur d'habitation connaît mal, à savoir le louage de choses du Code civil, la sécurité des lieux qui accueillent du public, le bruit, la vente d'alcool et une fiscalité qui change selon que le lieu est nu, meublé ou équipé.

Ce chapitre distingue la mise à disposition ponctuelle d'un bien pour un tournage, la location occasionnelle d'une maison pour une fête privée et l'exploitation régulière d'un lieu de réception. Plus l'activité devient habituelle et organisée, plus les obligations se rapprochent de celles d'un professionnel. Plusieurs points dépendent de la commune et de la configuration du lieu, ce qui impose de consulter la mairie avant de développer l'activité.

Les situations couvertes et leur régime

Trois profils de location

Aucun texte ne consacre un régime propre à la location événementielle, à la différence du bail d'habitation, du bail commercial ou du meublé de tourisme. Le contrat relève donc du droit commun. Ce sont les circonstances qui déterminent les règles annexes applicables.

SituationExempleRégime du contratPoints de vigilance
Tournage ponctuelMaison louée trois jours à une productionLouage de choses du Code civilRemise en état, assurance, voisinage
Fête privéeMaison louée un samedi pour un anniversaireLouage de choses du Code civilCapacité, bruit, assurance
Séjour avec nuitéesGîte loué un week-end pour un mariageLocation saisonnière ou meublé de tourismeDéclaration en mairie, taxe de séjour
Lieu exploitéDomaine loué vingt week-ends par anLouage ou prestation de servicesSécurité du public, urbanisme, fiscalité

Le louage de choses du Code civil

La location d'un lieu pour un tournage ou une réception est un louage de choses au sens des articles 1709 et suivants du Code civil. L'une des parties s'oblige à faire jouir l'autre d'une chose pendant un certain temps, moyennant un prix. Les parties fixent librement la durée, le prix, le dépôt de garantie et les conditions d'usage. La loi du 6 juillet 1989 ne s'applique pas, puisque le lieu n'est pas loué comme résidence principale.

À défaut de clause contraire, le bailleur délivre le lieu en bon état et en assure la jouissance paisible pendant la durée convenue. Le locataire use des lieux raisonnablement selon la destination prévue au contrat. Il répond des dégradations survenues pendant sa jouissance. Ces règles générales restent trop sommaires pour un événement, d'où l'importance d'un contrat détaillé.

La frontière avec les autres régimes

Dès que les participants dorment sur place, la location peut changer de nature. Une maison meublée louée à une clientèle de passage pour un séjour est un meublé de tourisme, avec la déclaration en mairie, la taxe de séjour et les règles du Code du tourisme (chapitres 28 et 37). Si le lieu est votre résidence principale, les limites de la location en courte durée s'appliquent aussi (chapitre 30).

Lorsque vous fournissez des prestations significatives, comme le traiteur, le personnel de service, la décoration ou l'animation, l'opération devient une prestation de services. Elle se rapproche alors d'une activité commerciale, avec les conséquences fiscales décrites plus bas.

Avant de proposer votre bien

Vérifier que vous pouvez louer

Plusieurs situations empêchent ou limitent la location événementielle. Vérifiez-les avant de publier une annonce.

  • Le bien est loué. Le locataire en place a la jouissance exclusive du logement. Aucun tiers ne peut y être admis sans son accord.
  • Vous êtes vous-même locataire. Mettre le logement à disposition d'un tiers contre rémunération s'analyse comme une sous-location, interdite sans l'accord écrit du bailleur (chapitre 25).
  • Le bien est en copropriété. Le règlement peut restreindre l'usage des lots, notamment par une clause d'habitation bourgeoise. L'usage des parties communes relève de l'assemblée générale (chapitres 38 et 109).
  • Le bien est en indivision ou en société. L'accord des coïndivisaires ou une décision conforme aux statuts de la société civile immobilière (SCI) peut être nécessaire (chapitre 129).
  • Votre assurance limite l'usage. Le contrat multirisque habitation peut exclure les usages autres que l'habitation.

Évaluer le lieu et son environnement

Une équipe de tournage arrive avec des véhicules, du matériel lourd, des projecteurs et parfois un groupe électrogène. Une réception suppose du stationnement, des sanitaires suffisants, un office pour le traiteur et des issues dégagées. Faites le tour du bien en repérant les sols fragiles, les escaliers étroits, les garde-corps bas, la piscine et les zones dangereuses comme un étang, un puits ou des combles. Ces constats servent ensuite à fixer les zones interdites et le nombre de personnes admises.

Une soirée qui se termine tard, le va-et-vient des véhicules et une sonorisation en extérieur sont les premières sources de conflit avec les voisins. Dans un lotissement ou un centre-bourg, une fête par mois peut suffire à dégrader durablement les relations. Le propriétaire qui loue un lieu générant des nuisances répétées s'expose en outre à une action des voisins (chapitre 119).

Le contrat pas à pas

Les mentions essentielles

Un contrat de location événementielle comporte au minimum les éléments suivants. Ils évitent l'essentiel des litiges constatés après un tournage ou une fête.

  • Les parties. Identité complète du bailleur et du locataire, avec pour une société sa dénomination, son numéro d'immatriculation et son représentant.
  • L'objet. Nature exacte de l'événement, comme un tournage, une séance photo ou un mariage, à l'exclusion de tout autre usage.
  • Les lieux. Pièces et espaces extérieurs mis à disposition, zones interdites, accès et stationnement.
  • Les dates et horaires. Préparation, événement, heure de fin de la musique et heure de restitution des clés.
  • Le nombre de personnes. Effectif maximal présent en même temps, techniciens et prestataires compris.
  • Le prix. Montant total, échéancier, sort de la somme versée en cas d'annulation, frais d'électricité ou de ménage.
  • Le dépôt de garantie. Montant, date de versement, délai et conditions de restitution.
  • L'assurance. Attestation de responsabilité civile du locataire couvrant l'événement, remise avant l'entrée dans les lieux.
  • L'état des lieux. État des lieux contradictoire avec photographies, à l'arrivée puis au départ.
  • La remise en état. Délai, propreté attendue, évacuation des déchets et des décors.
  • Les règles de conduite. Tabac, feux d'artifice, bougies, barbecue, piscine, animaux, véhicules.
  • La responsabilité. Responsabilité du locataire pour les dégradations causées par lui, ses invités ou ses prestataires.

La procédure recommandée

  1. Recevez une demande écrite décrivant l'événement, le nombre de personnes, les horaires et les prestataires.
  2. Faites visiter le lieu au locataire et à ses principaux prestataires, comme le régisseur ou le traiteur.
  3. Envoyez un projet de contrat avec le plan des lieux et les zones interdites.
  4. Encaissez la somme prévue à la signature, selon les conditions d'annulation convenues.
  5. Recevez l'attestation d'assurance et le solde du prix avant l'entrée dans les lieux.
  6. Établissez l'état des lieux d'entrée avec photographies datées.
  7. Établissez l'état des lieux de sortie au moment convenu, puis chiffrez les dégradations sur devis.
  8. Restituez le dépôt de garantie dans le délai prévu, déduction faite des sommes justifiées.

Acompte, arrhes et annulation

Le contrat doit dire si la somme versée à la réservation est un acompte ou des arrhes. Les arrhes permettent en principe à chacune des parties de se dédire, le locataire en les perdant ou le bailleur en les restituant au double. L'acompte engage au contraire définitivement les parties. Une clause d'annulation graduée selon la date, rédigée en termes simples, évite les discussions.

Les spécificités du tournage

Le déroulement et le prix

La société de production fait d'abord repérer les lieux, puis revient avec le réalisateur et les chefs de poste avant de signer un contrat de mise à disposition. Le tournage est précédé de journées de préparation et de décoration. Il est suivi d'une journée de démontage et de remise en état. Les autorisations d'occuper la voie publique ou de stationner les véhicules techniques relèvent de la production, qui les demande à la mairie ou à l'autorité de police compétente.

Le prix est en général fixé à la journée, avec un tarif réduit pour la préparation et le démontage. Il peut inclure une indemnité pour la gêne subie si vous continuez d'habiter sur place. Les montants varient fortement selon le lieu, la production et la durée, de sorte qu'aucun barème ne peut être donné.

Les clauses propres au tournage

En plus des mentions communes, le contrat de tournage traite les points suivants.

  • Le décor. Liste des meubles déplacés, des peintures ou papiers peints posés, obligation de rétablir l'état initial.
  • L'électricité. Puissance prélevée, groupe électrogène éventuel, relevé du compteur avant et après.
  • Les véhicules. Nombre de camions, emplacement, protection des pelouses et des allées.
  • Les horaires. Tournages de nuit éventuels et information préalable du voisinage.
  • Les objets personnels. Mise à l'abri des objets de valeur dans une pièce fermée exclue du contrat.
  • L'image du lieu. Autorisation de filmer, supports d'exploitation, mention ou non du nom du lieu et de son adresse.
  • La confidentialité. Engagement de ne pas diffuser d'images avant la sortie de l'œuvre.

La jurisprudence de la Cour de cassation ne reconnaît pas au propriétaire un droit exclusif sur l'image de son bien. Elle lui permet en revanche de s'opposer à son utilisation lorsqu'elle lui cause un trouble anormal. La question se règle donc par contrat. Précisez si l'adresse peut être révélée, car un film connu peut attirer des visiteurs pendant des années.

Les réceptions et les événements privés

La fête de famille dans une maison

Pour la location d'une maison à l'occasion d'un anniversaire ou d'une fête de famille, le risque principal tient au nombre de personnes et au bruit. Fixez un effectif maximal cohérent avec la surface et les issues, une heure d'arrêt de la musique et l'interdiction de la musique amplifiée en extérieur la nuit. Interdisez la sous-location et la vente de billets, qui transformeraient la fête privée en soirée payante ouverte au public. Exigez que le signataire du contrat reste présent et joignable pendant tout l'événement.

Le lieu de réception exploité

Un domaine, une grange aménagée ou une salle louée régulièrement pour des mariages ou des séminaires relève d'une autre logique. L'activité devient habituelle, les participants sont nombreux et des prestataires extérieurs interviennent. Trois réglementations s'ajoutent alors au contrat, à savoir la sécurité des établissements recevant du public, l'urbanisme et la réglementation du bruit.

La vente de boissons

Tout établissement qui vend de l'alcool à consommer sur place ou à emporter doit posséder une licence. La vente sur place suppose aussi un permis d'exploitation obtenu après une formation ainsi qu'une déclaration en mairie au moins quinze jours avant l'ouverture. Les buvettes temporaires d'une foire ou d'une fête locale relèvent d'une simple autorisation du maire, avec des limites (entreprendre.service-public.gouv.fr).

Lorsque le client ou son traiteur sert lui-même les boissons à ses invités, vous n'êtes pas vendeur. Le contrat doit le préciser. Il rappelle aussi que le locataire et ses prestataires respectent les règles qui les concernent.

La sécurité des lieux qui reçoivent du public

La notion d'établissement recevant du public

Un établissement recevant du public (ERP) est un bâtiment, un local ou une enceinte dans lequel le public a un accès gratuit ou payant, libre ou restreint. Les ERP sont classés par type selon leur activité et par catégorie selon leur capacité d'accueil (entreprendre.service-public.gouv.fr).

Un lieu exploité régulièrement pour des réceptions entre en principe dans cette définition. Pour une maison d'habitation louée exceptionnellement pour une fête familiale, la qualification dépend des circonstances, notamment de la fréquence, de l'effectif et du caractère commercial de l'opération. Posez la question à la mairie avant de développer l'activité, car la réponse conditionne des travaux parfois lourds.

Les types et les catégories

Les salles de réunion, de conférence et les salles polyvalentes relèvent du type L. Les restaurants et débits de boissons relèvent du type N, les hôtels et pensions de famille du type O. La catégorie dépend de l'effectif admis simultanément, salariés compris pour les quatre premières catégories (entreprendre.service-public.gouv.fr).

CatégorieEffectif admis
1rePlus de 1 500 personnes
2eDe 701 à 1 500 personnes
3eDe 301 à 700 personnes
4eJusqu'à 300 personnes
5eSous le seuil propre à chaque type

Pour une salle de réunion ou une salle polyvalente de type L, la 5e catégorie vise un effectif inférieur au seuil de 200 personnes au total et de 100 en sous-sol. Pour une salle de spectacle, ces seuils sont de 50 personnes au total et de 20 en sous-sol. La plupart des lieux de réception tenus par des particuliers relèvent de la 5e catégorie.

Les obligations de l'exploitant

La commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité (CCDSA) contrôle les ERP à la construction, à l'ouverture puis en cours d'exploitation, en principe tous les trois ou cinq ans. Les ERP de 5e catégorie sans locaux d'hébergement sont exemptés de ces visites périodiques, mais pas des règles de sécurité (entreprendre.service-public.gouv.fr). Pour la 5e catégorie, la fiche officielle cite notamment les obligations suivantes.

  • Au moins un extincteur portatif pour 300 m² et au moins un par niveau.
  • Un personnel formé à la sécurité incendie.
  • La présence permanente d'au moins une personne pendant l'ouverture, sauf sous 20 personnes reçues et hors locaux où l'on dort.
  • Un système d'alarme, des consignes affichées et un plan schématique à l'entrée.
  • Des issues dont le nombre et la largeur sont adaptés à la capacité d'accueil.
  • Un registre de sécurité tenu à jour.

L'ouverture d'un ERP et les travaux qui le concernent suivent des procédures d'autorisation propres, instruites par la mairie avec l'avis des services de sécurité. En cas de danger, le maire peut ordonner la fermeture après une mise en demeure restée sans effet. Prenez contact avec la mairie et le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) dès la conception du projet.

L'urbanisme et la destination des locaux

Le Code de l'urbanisme classe les constructions en cinq destinations divisées en sous-destinations. L'habitation comprend le logement et l'hébergement. Les autres destinations comprennent notamment les activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, les salles d'art et de spectacles, les autres équipements recevant du public et les centres de congrès et d'exposition (service-public.gouv.fr).

Une location ponctuelle de votre maison ne modifie pas la destination de la construction. L'affectation durable d'un bâtiment à l'accueil d'événements peut en revanche constituer un changement de destination. Celui-ci exige une déclaration préalable sans modification de la façade ni de la structure porteuse, sinon un permis de construire. Le plan local d'urbanisme (PLU) doit en outre l'autoriser (service-public.gouv.fr).

En zone agricole ou naturelle, le changement de destination d'un bâtiment est souvent strictement encadré par le PLU. Consultez le règlement de zone avant tout achat fondé sur un usage événementiel. Le chapitre 92 détaille ces procédures.

Le bruit et le voisinage

Les règles générales

Un bruit de voisinage est sanctionnable de jour comme de nuit lorsqu'il dépasse les inconvénients ordinaires de la vie en collectivité par son intensité, sa durée ou sa répétition. Le tapage nocturne, entre 22 h et 7 h, est puni d'une contravention. Le maire peut fixer par arrêté des plages horaires où certains bruits sont interdits (service-public.gouv.fr).

La contravention pour bruit ou tapage nocturne peut atteindre 450 €, avec une amende forfaitaire de 68 € réglée dans les quarante-cinq jours ou de 180 € au-delà, selon la fiche vérifiée le 24 octobre 2025 (service-public.gouv.fr). Les voisins peuvent aussi agir au civil pour obtenir la cessation du trouble et des dommages et intérêts.

Les lieux qui diffusent de la musique amplifiée

Les lieux dont l'activité comprend la diffusion de sons amplifiés, comme les salles des fêtes ou les discothèques, sont soumis à des règles du Code de la santé publique et du Code de l'environnement. Elles fixent des niveaux sonores maximaux pour le public et des limites d'émergence pour le voisinage. L'exploitant doit faire réaliser une étude de l'impact des nuisances sonores. L'agence régionale de santé (ARS) précise les obligations applicables.

Un domaine qui accueille régulièrement des soirées dansantes doit donc anticiper ces exigences, qui peuvent conduire à installer un limiteur acoustique ou à interdire la musique en extérieur. Une fête familiale exceptionnelle relève plutôt des règles générales du bruit de voisinage.

L'assurance

Votre assurance multirisque habitation a été souscrite pour un usage d'habitation. La location du lieu à des tiers pour un tournage ou une réception peut aggraver le risque. Déclarez-la à votre assureur avant la première location et demandez une confirmation écrite de la couverture, en particulier pour l'incendie, les dégâts des eaux et votre responsabilité civile de propriétaire.

Exigez du locataire une attestation de responsabilité civile qui couvre l'événement et, si possible, les dommages aux lieux loués. L'assurance habitation d'un particulier qui organise une fête ne s'étend pas toujours à un événement dans un lieu loué. Un lieu de réception exploité régulièrement appelle un contrat professionnel couvrant la responsabilité civile d'exploitant et les bâtiments (chapitre 108).

La fiscalité

L'impôt sur le revenu

La catégorie de revenus dépend de ce qui est mis à disposition et du caractère ponctuel ou habituel de l'opération. La doctrine administrative distingue les cas suivants (bofip.impots.gouv.fr).

SituationCatégorie de revenus
Local nu ou espaces extérieurs pour un tournageRevenus fonciers
Local meublé pour un tournage ponctuelRevenus fonciers
Local meublé pour des tournages habituelsBénéfices industriels et commerciaux
Établissement loué avec le mobilier ou le matériel nécessaire à son exploitationBénéfices industriels et commerciaux en principe

Les revenus d'un tournage ponctuel dans votre résidence principale restent imposables comme revenus fonciers. Ce sont des revenus accessoires qui ne bénéficient pas de l'exonération prévue pour les logements dont le propriétaire se réserve la jouissance (bofip.impots.gouv.fr). Ils s'ajoutent à vos autres revenus fonciers, au micro-foncier ou au régime réel (chapitre 120).

La location habituelle d'un lieu équipé pour des réceptions relève en principe des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Cette activité n'est pas une location meublée d'habitation et ne relève donc pas du statut de loueur en meublé décrit au chapitre 121.

Pour 2026, le régime micro-BIC s'applique aux prestations de services lorsque le chiffre d'affaires hors taxes ne dépasse pas 83 600 €, selon la fiche vérifiée le 21 février 2026 (entreprendre.service-public.gouv.fr). Au-delà, le régime réel s'impose. Un expert-comptable vous aide à choisir le régime et à mesurer les cotisations sociales éventuelles.

La taxe sur la valeur ajoutée

La location de locaux nus est en principe exonérée de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). La location de locaux aménagés, munis de tables, de chaises et des équipements nécessaires à l'activité du locataire, est au contraire soumise à la TVA au taux normal. La documentation de la direction générale des collectivités locales applique ce principe aux salles des fêtes louées par les communes, ce qui éclaire la situation d'un particulier qui loue une salle équipée.

Le bailleur dont le chiffre d'affaires reste modeste bénéficie de la franchise en base de TVA et ne facture pas de taxe. Pour 2026, le seuil applicable aux prestations de services est de 37 500 € de chiffre d'affaires de l'année précédente, avec un seuil majoré de 41 250 € pour l'année en cours au-delà duquel la TVA est due dès le premier jour de dépassement (entreprendre.service-public.gouv.fr). Le service des impôts des entreprises (SIE) confirme le régime applicable à votre situation.

Les autres impôts

L'exploitation habituelle d'un lieu de réception peut rendre redevable de la cotisation foncière des entreprises (CFE), selon les règles présentées au chapitre 52. Le changement d'affectation d'un bâtiment se déclare à l'administration fiscale et peut modifier sa taxe foncière (chapitre 133). Si vous louez par une plateforme de mise en relation, celle-ci peut transmettre à l'administration fiscale les sommes perçues (chapitre 35).

Exemples chiffrés

Les exemples qui suivent sont illustratifs. Les prix retenus sont des hypothèses et non une référence de marché.

Un tournage dans une maison familiale

Un propriétaire loue sa maison meublée à une société de production pour trois jours de tournage, une seule fois dans l'année, au prix de 1 500 € par jour. Il perçoit 4 500 €. La mise à disposition étant ponctuelle, ces sommes sont des revenus fonciers. S'il relève du micro-foncier, avec moins de 15 000 € de revenus fonciers au total, il est imposé sur 3 150 € après l'abattement forfaitaire de 30 % (chapitre 120).

Un domaine loué pour des réceptions

Un couple loue une grange équipée de tables, de chaises, d'une cuisine et d'une sonorisation, vingt week-ends par an à 2 500 € chacun. Son chiffre d'affaires de 2025 atteint 50 000 €. L'activité relève des BIC et reste sous le seuil de 83 600 € du micro-BIC. Elle dépasse en revanche le seuil de 37 500 € de la franchise en base de TVA, qui est donc due à partir du 1er janvier 2026.

Si le couple maintient en 2026 un prix de 2 500 € toutes taxes comprises, chaque location rapporte 2 083,33 € hors taxes et 416,67 € de TVA à reverser. Sur vingt week-ends, la TVA reversée atteint 8 333,33 €. Le couple peut en contrepartie déduire la TVA payée sur ses équipements et ses travaux, ce qui suppose une comptabilité précise.

Cas particuliers

Le logement loué à l'année

Si votre bien est loué en résidence principale, aucun tournage ne peut y avoir lieu sans l'accord du locataire, qui a la jouissance du logement. Les conditions, notamment la rémunération de chacun et les modifications du décor, se négocient alors à trois avec la production. Toute mise à disposition rémunérée organisée par le locataire seul reste une sous-location soumise à votre accord écrit (chapitre 25).

Le bien en copropriété

Un tournage dans un appartement mobilise souvent le hall, l'escalier ou l'ascenseur, dont l'usage relève du syndicat des copropriétaires. Informez le syndic, qui peut fixer des conditions. Faites prévoir par la production la protection des parties communes et l'information des occupants. Pour les réceptions, la clause d'habitation bourgeoise du règlement de copropriété limite souvent fortement l'activité (chapitre 38).

Les espaces extérieurs seuls

La location d'un jardin, d'un parc ou d'un terrain nu pour un tournage relève des revenus fonciers lorsqu'aucune prestation n'est fournie (bofip.impots.gouv.fr). Le chapitre 56 présente la location d'un terrain. Une manifestation de plein air ouverte à un public nombreux obéit à des règles de sécurité propres, dont l'organisateur s'assure auprès de la mairie et de la préfecture.

Le lieu avec hébergement

Un domaine qui loue la salle avec des chambres cumule les régimes. L'hébergement relève selon le cas du meublé de tourisme ou de la chambre d'hôtes, avec leurs déclarations et la taxe de séjour (chapitres 28, 32 et 34). La sécurité incendie devient plus exigeante, puisque l'exemption de visite périodique de la 5e catégorie ne vaut plus en présence de locaux d'hébergement.

Erreurs fréquentes

  • Louer sur simple accord oral ou par messages, sans contrat détaillant l'effectif, les horaires et la remise en état.
  • Ne pas exiger l'attestation d'assurance du locataire avant l'entrée dans les lieux.
  • Omettre de déclarer l'activité à son propre assureur.
  • Accepter un événement dont l'effectif dépasse ce que le lieu peut accueillir en sécurité.
  • Vendre des boissons alcoolisées sans licence ni permis d'exploitation.
  • Développer une activité régulière sans vérifier la qualification d'ERP ni la destination de la construction.
  • Négliger le voisinage jusqu'à la plainte ou à l'arrêté municipal.
  • Déclarer en revenus fonciers une location habituelle d'un lieu équipé qui relève des BIC.
  • Oublier la TVA lorsque le chiffre d'affaires franchit le seuil de la franchise.

Liste de contrôle

  1. Vérifier l'absence de locataire en place, de clause restrictive de copropriété ou d'opposition d'un coïndivisaire.
  2. Déclarer l'activité à son assureur et obtenir une confirmation écrite.
  3. Évaluer la capacité du lieu, les issues, le stationnement et les zones dangereuses.
  4. Rédiger un contrat écrit sur l'objet, les lieux, les dates, l'effectif, le prix, le dépôt et la remise en état.
  5. Qualifier la somme versée à la réservation et fixer les conditions d'annulation.
  6. Pour un tournage, encadrer le décor, l'électricité, les véhicules et l'image du lieu.
  7. Recevoir l'attestation d'assurance du locataire avant l'entrée dans les lieux.
  8. Établir des états des lieux contradictoires avec photographies.
  9. Informer les voisins des dates et des horaires.
  10. Pour une activité régulière, interroger la mairie et le SDIS sur les règles des ERP.
  11. Vérifier la destination de la construction et déposer si nécessaire une autorisation d'urbanisme.
  12. Ne vendre d'alcool qu'avec la licence, le permis d'exploitation et la déclaration requis.
  13. Déterminer la catégorie de revenus et le régime fiscal applicable.
  14. Surveiller le chiffre d'affaires au regard des seuils de la franchise de TVA et du micro-BIC.