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Locafis®

Guide des stratégies immobilières, chapitre 69

Diviser un terrain pour valoriser

À jour au

Une grande parcelle bâtie contient souvent un terrain à bâtir qui ne dit pas son nom. Détacher une partie du jardin pour la vendre, découper un terrain hérité en plusieurs lots ou aménager un lotissement transforme une surface sans rendement en capital. La division foncière ne demande ni chantier lourd ni emprunt dans sa forme la plus simple. Elle reste pourtant une opération d'urbanisme, de fiscalité et de négociation, dont le résultat dépend autant de la perte de valeur du bien conservé que du prix du lot vendu.

Ce chapitre présente les formes de division, la méthode pour mesurer la valeur réellement créée, la fiscalité de la plus-value du terrain et le risque de requalification, puis un cas complet de division d'un grand terrain avec vente d'un lot et conservation de la maison. Les procédures sont détaillées dans le Guide du bailleur privé, Diviser un terrain et créer des lots et dans le Guide du bailleur privé, Le lotissement. La fiscalité figure dans le Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value des terrains à bâtir et des divisions. Le droit et les données sont ceux connus au 26 octobre 2026.

Les formes de division

Du lot détaché au lotissement

Le Code de l'urbanisme qualifie de lotissement toute division d'une unité foncière qui crée un ou plusieurs lots destinés à être bâtis, quel que soit le nombre de lots (article L. 442-1). Un seul lot détaché d'un jardin constitue donc un lotissement au sens de ce texte. La procédure dépend en revanche de ce que comporte l'opération.

FormeAutorisationTravaux du vendeurProfil de risque
Un ou plusieurs lots avec accès direct sur la voieDéclaration préalableBranchements en limite, clôtureFaible
Lots desservis par une voie ou des équipements communsPermis d'aménagerVoirie, réseaux, espaces communsÉlevé, proche d'une activité d'aménageur
Lots en secteur protégéPermis d'aménagerSelon le projetDélais allongés
Vente en bloc à un aménageur ou un promoteurAucune pour le vendeurAucunFaible, prix plus bas
Division primaire au profit d'un constructeurPermis du constructeurAucunRéservée aux opérations autres qu'une maison individuelle

Les cas de déclaration préalable et de permis d'aménager, tirés de la fiche officielle de l'administration, sont détaillés dans le Guide du bailleur privé, Diviser un terrain et créer des lots. La création d'une voie commune fait basculer l'opération vers le permis d'aménager. Une bande d'accès privative attachée à chaque lot permet souvent de rester en déclaration préalable, au prix d'une surface perdue.

Le contexte de la sobriété foncière

La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, dite Climat et résilience, a fixé un objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) à l'horizon 2050, avec une réduction de moitié de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers sur la décennie 2021 à 2031 (Guide du bailleur privé, Le foncier de demain, sobriété foncière et zéro artificialisation nette). Cette politique limite l'ouverture de nouveaux terrains à l'urbanisation et oriente la construction vers les parcelles déjà urbanisées. La division d'un grand jardin en zone urbaine ne consomme pas d'espace naturel au sens de ce suivi. Elle répond à cette orientation, mais les communes peuvent aussi l'encadrer par leur plan local d'urbanisme (PLU), par des règles d'emprise, de recul, de pleine terre ou de taille minimale de lots.

La méthode de décision pas à pas

  1. Lire le PLU et le cahier des charges éventuel. Vérifiez la constructibilité, la surface et la largeur de façade nécessaires, les reculs, l'emprise au sol, le stationnement et la position du règlement sur l'appréciation des règles lot par lot. Un ancien lotissement peut comporter des clauses contractuelles qui interdisent la subdivision.
  2. Demander un certificat d'urbanisme opérationnel si le projet est incertain.
  3. Vérifier les réseaux au droit de la parcelle, eau, électricité, assainissement collectif ou capacité du terrain à recevoir une installation individuelle, télécommunications.
  4. Faire tracer la division par un géomètre-expert, en tenant compte des règles que la maison conservée doit continuer à respecter après la création de la nouvelle limite.
  5. Estimer le prix du lot à partir des ventes de terrains à bâtir comparables relevées dans les demandes de valeurs foncières (DVF), en tenant compte de la surface, de la façade, de l'exposition et de la viabilisation.
  6. Estimer la perte de valeur du bien conservé, par comparaison avec des maisons vendues avec un terrain réduit.
  7. Chiffrer l'impôt avec le notaire, sans exonération de résidence principale pour le lot.
  8. Calculer la valeur créée nette et la comparer aux autres options, vente en bloc, plusieurs lots, conservation du lot pour construire.
  9. Choisir la procédure et le calendrier, en tenant compte des délais d'instruction, de recours et de validité de l'autorisation.

Les délais et la commercialisation

Le délai d'instruction est d'un mois pour une déclaration préalable et de trois mois en général pour un permis d'aménager. L'autorisation est valable trois ans et le délai de recours des tiers est de deux mois à compter de l'affichage sur le terrain. Avant l'autorisation, une promesse unilatérale de vente est possible pour un lot de déclaration préalable. Aucune promesse ni aucun versement n'est permis avant la délivrance d'un permis d'aménager. Vendre des lots sans l'autorisation requise expose à une amende de 15 000 € (Guide du bailleur privé, Diviser un terrain et créer des lots).

Le lot vendu doit être borné en lotissement et l'avant-contrat doit indiquer si le descriptif résulte d'un bornage. Lorsque le lot est situé dans une zone d'exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, l'étude géotechnique préalable est à la charge du vendeur. L'acquéreur d'un terrain à bâtir demande en général des conditions suspensives d'obtention de son permis de construire et de son prêt, ce qui allonge de plusieurs mois le délai entre la promesse et l'acte.

Mesurer la valeur créée

Les postes du calcul

PosteContenuRemarque
Prix du lotPrix de vente du terrain à bâtirDépend de la viabilisation et de la façade
Frais de venteCommission, diagnosticsDéductibles du prix de cession
Géomètre-expertRelevé, bornage, plan de division, document d'arpentageTraitement fiscal à fixer avec le notaire
Voirie et réseauxBranchements d'eau, d'électricité, d'eaux usées, télécommunications, accèsAjoutés au prix d'acquisition pour la plus-value
ÉtudesÉtude géotechnique en zone d'argiles, test de perméabilité si assainissement individuelÀ la charge du vendeur selon les cas
Clôture et aménagementsSéparation entre la maison et le lot, déplacement d'un abri ou d'un portailSouvent oubliés
ImpôtPlus-value du terrain à bâtir, taxes éventuelles sur les terrains devenus constructiblesAucune exonération de résidence principale
Perte de valeurMaison conservée avec un jardin réduit et un nouveau voisinEstimée par comparaison

La fiscalité du lot vendu

La plus-value d'un terrain à bâtir est imposée à 19 % d'impôt sur le revenu (IR) et à 17,2 % de prélèvements sociaux, après abattements pour durée de détention. Elle est exonérée d'IR après vingt-deux ans et de prélèvements sociaux après trente ans. Elle n'est pas soumise à la surtaxe sur les plus-values élevées et ne bénéficie pas du forfait de 15 % pour travaux (service-public.gouv.fr). Les frais de voirie, de réseaux et de distribution s'ajoutent au prix d'acquisition. La durée de détention du lot court depuis l'acquisition de la propriété d'origine, la division ne créant pas de nouvelle date d'acquisition.

Le prix d'acquisition retenu est la fraction du prix d'origine qui correspond à la partie vendue, avec les frais dans la même proportion. Elle doit reposer sur une méthode justifiable, par exemple une estimation de la valeur du terrain et de la maison à la date d'achat. La proportion des surfaces est contestable lorsque la maison concentre l'essentiel de la valeur (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value des terrains à bâtir et des divisions).

Le jardin de la résidence principale

L'exonération de la résidence principale ne couvre pas un terrain cédé comme terrain à bâtir, même détaché du jardin de la résidence principale et vendu en même temps que la maison. Lorsque le terrain entourant la maison est vendu avec elle sans être détaché comme terrain à bâtir, l'exonération porte en revanche sur l'ensemble, quelle que soit sa superficie (BOI-RFPI-PVI-10-40-10, § 340 et § 350). Ce point change la décision d'un propriétaire qui envisage de déménager. Vendre l'ensemble comme résidence principale est entièrement exonéré. Détacher un lot rapporte davantage mais le lot est imposé.

Les taxes sur les terrains devenus constructibles

Deux taxes peuvent s'ajouter à la plus-value lors de la première cession d'un terrain nu rendu constructible. La taxe de l'article 1605 nonies du Code général des impôts (CGI) vise les terrains rendus constructibles après le 13 janvier 2010, lorsque le prix dépasse dix fois le prix d'acquisition actualisé. La taxe communale facultative de l'article 1529 vise les terrains rendus constructibles depuis dix-huit ans au plus, lorsque le prix atteint le triple du prix d'acquisition. Elles restent dues même quand la durée de détention a effacé la plus-value (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value des terrains à bâtir et des divisions). Un jardin situé en zone urbaine depuis longtemps y échappe en général.

Dans les communes classées en zones A bis, A et B1, la vente d'un terrain à bâtir à un acquéreur qui s'engage à construire des logements collectifs peut bénéficier d'un abattement exceptionnel de 60 % ou de 85 %, pour des promesses ayant date certaine jusqu'au 31 décembre 2027. Les cessions à un organisme de logement social ou à un opérateur qui s'engage à réaliser des logements sociaux ou intermédiaires peuvent être exonérées jusqu'à la même date. Ces régimes ne concernent pas la vente d'un lot à un particulier pour une maison individuelle.

Le cas chiffré

Les hypothèses

L'exemple est illustratif. Les prix, les coûts et la perte de valeur de la maison sont des hypothèses, non des données de marché. Un couple marié sous le régime de la communauté a acheté en mars 2010, pour 210 000 € avec 15 500 € de frais, une maison sur un terrain de 3 000 m² en zone urbaine de la périphérie d'une ville moyenne. C'est sa résidence principale. En 2026, il détache un lot de 800 m² avec un accès direct sur la rue, obtient une décision de non-opposition à sa déclaration préalable et vend le lot en novembre 2026, après seize années pleines de détention.

HypothèseValeur retenue
Prix du lot78 000 €
Commission et diagnostics3 900 € et 200 €
Quote-part du prix d'achat30 000 €, selon une estimation à la date d'achat
Frais d'acquisitionForfait de 7,5 %, soit 2 250 €, supérieur au prorata des frais réels de 2 214 €
Branchements et accès10 000 €
Géomètre-expert3 800 €, non retenus dans la plus-value par prudence
Étude géotechnique préalable1 600 €
Clôture séparative4 500 €
Valeur de la propriété avant division330 000 €
Valeur de la maison après division312 000 €, soit une perte de 18 000 €
Classement du terrainZone urbaine depuis plus de dix-huit ans, pas de taxe sur les terrains devenus constructibles

Les branchements se décomposent en 2 600 € pour l'eau, 2 200 € pour l'électricité, 3 200 € pour les eaux usées, 500 € pour le fourreau de télécommunications et 1 500 € pour l'accès et l'abaissement du trottoir. Les faire réaliser jusqu'en limite du lot avant la vente facilite la commercialisation et évite de rouvrir ensuite le jardin de la maison conservée.

Les résultats

ÉtapeMontant
Prix de cession net de commission et de diagnostics73 900 €
Prix d'acquisition corrigé, 30 000 € plus 2 250 € plus 10 000 €42 250 €
Plus-value brute31 650 €
Base de l'IR après 66 % d'abattement10 761 €
IR à 19 %2 045 €
Base des prélèvements sociaux après 18,15 % d'abattement25 906 €
Prélèvements sociaux à 17,2 %4 456 €
Impôt total pour le couple6 500 €
Dépenses engagées24 000 €
Produit net après frais, travaux et impôt47 500 €
Perte de valeur de la maison18 000 €
Valeur créée nette29 500 €

Le couple encaisse 47 500 € de trésorerie, mais son patrimoine n'augmente que de 29 500 €, puisque sa maison vaut 18 000 € de moins. Le lot est imposé alors que la maison, vendue un jour comme résidence principale, restera exonérée. Aucune surtaxe ne s'applique à un terrain à bâtir. La répartition entre les deux époux est donc sans effet sur l'impôt dans ce cas.

Les autres options pour la même propriété

Le tableau compare trois découpages du même terrain avec les mêmes règles fiscales. Les prix des lots, les coûts et les pertes de valeur de la maison des options B et C sont aussi des hypothèses. L'option C suppose une voie commune, donc un permis d'aménager, des lots viabilisés avant la vente et une association syndicale ou une rétrocession de la voie à la commune.

IndicateurA, un lot de 800 m²B, deux lots de 700 m² en façadeC, quatre lots avec voie commune
Ventes78 000 €144 000 €280 000 €
Dépenses engagées24 000 €42 300 €173 700 €
Plus-value imposable31 650 €58 350 €37 700 €
Impôt6 500 €11 984 €7 743 €
Perte de valeur de la maison18 000 €34 000 €40 000 €
Valeur créée nette29 500 €55 716 €58 557 €
Valeur créée par euro dépensé1,23 €1,32 €0,34 €
Délai indicatifNeuf à quinze moisDouze à dix-huit moisDeux à trois ans

L'option C crée à peine plus de valeur que l'option B en engageant quatre fois plus de dépenses, dont 120 000 € de voirie et de réseaux à avancer. Elle exige aussi une garantie d'achèvement si les lots se vendent avant la fin des travaux. Le tableau suivant montre sa fragilité.

Coût de la voie et des réseauxPrix des lots moins 10 %Prix de base
120 000 €37 420 €58 557 €
Plus 25 %9 700 €34 719 €
Plus 50 %Moins 20 300 €6 300 €

Un dépassement de la moitié du budget de voirie, fréquent lorsqu'une extension de réseau s'avère nécessaire, réduit la valeur créée à 6 300 €. Combiné à une baisse de 10 % du prix des lots, il la rend négative. L'option C se rapproche en outre d'une démarche d'aménageur, ce qui pose la question de la TVA présentée plus loin.

Les tests de sensibilité de l'option A

Prix du lot et coût des réseaux

Le tableau donne la valeur créée nette selon le prix du lot et le coût des branchements, multiplié par un et demi ou par deux lorsque les réseaux sont éloignés ou qu'un renforcement est demandé.

Prix du lotRéseaux 10 000 €Réseaux 15 000 €Réseaux 20 000 €
Moins 20 %, 62 400 €17 723 €13 750 €9 777 €
Moins 10 %, 70 200 €23 612 €19 638 €15 665 €
Base, 78 000 €29 500 €25 527 €21 553 €
Plus 10 %, 85 800 €35 388 €31 415 €27 442 €

Perte de valeur de la maison et prix du lot

Perte de valeur de la maisonPrix moins 20 %Prix de basePrix plus 10 %
Aucune35 723 €47 500 €53 388 €
18 000 €17 723 €29 500 €35 388 €
30 000 €5 723 €17 500 €23 388 €
45 000 €Moins 9 277 €2 500 €8 388 €

La perte de valeur de la maison est la variable la plus sensible et la plus mal estimée. Un lot qui retire à la maison sa vue, son exposition ou l'intimité de son jardin peut lui faire perdre une part importante de sa valeur, surtout dans un marché où les acheteurs recherchent précisément des maisons avec terrain. Faites estimer la maison avant et après division sur plan, par comparaison avec des ventes réelles.

Le point mort et le scénario défavorable

Avec une perte de valeur de la maison de 18 000 €, la valeur créée devient nulle pour un prix du lot de 40 105 €, soit 48,58 % sous l'hypothèse. La marge de sécurité de l'option A est donc large, parce que les dépenses engagées restent faibles par rapport au prix du lot.

Le scénario défavorable combine un prix du lot inférieur de 20 %, des réseaux deux fois plus chers, une perte de valeur de la maison de 30 000 €, une étude de sol complémentaire de 3 000 € et une extension du réseau d'eaux usées de 9 000 € parce que l'assainissement individuel est impossible. L'impôt tombe à 1 403 €, mais la valeur créée devient négative de 14 223 €. La division appauvrit alors le couple, tout en lui procurant de la trésorerie.

Un terrain hérité en indivision

Les hypothèses

Le second exemple, également illustratif, concerne un frère et une sœur qui ont hérité en 2004 d'un terrain nu de 4 000 m² en zone urbaine, déclaré pour 40 000 € dans la succession, avec 1 200 € de frais réels. Après vingt-deux années de détention, la plus-value est exonérée d'IR et bénéficie d'un abattement de 28 % pour les prélèvements sociaux. Le forfait de 7,5 % pour frais n'est pas ouvert pour un bien reçu par succession. Les indivisaires comparent trois options.

OptionVentesDépensesPlus-valueImpôtNet par héritierDélai indicatif
Vente en bloc à un aménageur150 000 €2 000 €108 800 €13 474 €67 263 €Quatre à huit mois
Trois lots en façade, déclaration préalable216 000 €53 100 €137 000 €16 966 €72 967 €Douze à dix-huit mois
Six lots avec voie, permis d'aménager408 000 €265 400 €131 400 €16 273 €63 164 €Deux à trois ans

La lecture

Le lotissement de six lots génère le chiffre d'affaires le plus élevé mais le produit net le plus faible, après 215 000 € de voirie et de réseaux et 30 000 € d'études, d'architecte et de commercialisation. Le permis d'aménager d'un terrain de plus de 2 500 m² exige en effet le recours à un architecte ou à un paysagiste-concepteur. Pour égaler la vente en bloc, les six lots devraient se vendre en moyenne 69 642 €. Avec une voie plus chère de 30 % et des lots vendus 10 % moins cher, le produit net tombe à 17 928 € par héritier.

La division en trois lots en façade offre le meilleur compromis dans cet exemple, avec 5 704 € de plus par héritier que la vente en bloc. Ce gain rémunère une année de démarches supplémentaire, le risque de recours et la nécessité de s'entendre sur chaque vente. En indivision, la vente suppose en principe l'accord de tous les indivisaires. Un désaccord prolongé peut rendre la vente en bloc préférable même si elle rapporte moins.

Le risque de requalification

Le lotisseur et le marchand de biens

L'article 35 du CGI range parmi les bénéfices industriels et commerciaux (BIC) les profits des personnes qui cèdent un terrain divisé en lots destinés à être construits lorsque le terrain a été acquis à cet effet. La doctrine présume relever des plus-values des particuliers la vente par lots d'un terrain reçu par succession ou acheté sans intention de lotir, quel que soit le nombre de lots. Elle applique les BIC au terrain acheté pour être loti et aux sociétés constituées pour lotir (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles). L'intention s'apprécie au moment de l'achat, notamment au vu du court délai entre l'acquisition et le lotissement.

La situation la plus exposée est donc celle de l'investisseur qui achète une grande propriété pour en détacher aussitôt des lots et les revendre. Le profit relève alors des BIC, sans abattement pour durée de détention. Les donations consenties avant la vente sont en outre inopposables à l'administration pour l'application de ce texte. Une société civile dont les statuts prévoient la faculté de lotir peut aussi être regardée comme commerciale.

La TVA

Un particulier qui vend un terrain de son patrimoine privé n'est en principe pas assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cette présomption tombe lorsqu'il entreprend une démarche active de commercialisation foncière avec des moyens comparables à ceux d'un professionnel ou engage des dépenses d'aménagement significatives. Le terrain à bâtir est alors vendu avec une TVA de 20 % sur le prix total ou sur la marge (Guide de la fiscalité immobilière, Le terrain à bâtir et la TVA sur marge). Un lotissement avec voie commune, comme l'option C ou le second exemple à six lots, justifie une étude fiscale avant le dépôt du permis d'aménager.

L'abus de droit

Une vente fractionnée en plusieurs actes pour rester sous le seuil d'exonération de 15 000 €, une qualification de complaisance ou une ventilation artificielle du prix d'acquisition peuvent être écartées par l'administration. Les articles L64 et L64 A du Livre des procédures fiscales (LPF) visent les actes à but exclusivement ou principalement fiscal (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal). Le rescrit permet d'interroger l'administration avant une opération d'envergure.

Capital, temps, horizon et liquidité

Le profil de la stratégie

CritèreLot détaché par déclaration préalableLotissement avec voie commune
Capital requisFaible, quelques milliers à quelques dizaines de milliers d'eurosÉlevé, voirie et réseaux avancés avant les ventes
Temps de gestionMoyen, concentré sur quelques moisÉlevé, maîtrise d'œuvre, ventes, association syndicale
HorizonUn an environDeux à trois ans
LiquiditéDépend de la demande de terrains à bâtirDépend de l'écoulement de tous les lots
Risques principauxPerte de valeur du bien conservé, recours, réseauxCoût des travaux, lots invendus, requalification, TVA

Quand la stratégie cesse de fonctionner

La division foncière cesse de fonctionner lorsque la demande de terrains à bâtir faiblit, par exemple quand le coût de construction ou des crédits rend les projets des acquéreurs irréalisables. Elle cesse aussi de fonctionner lorsque le PLU réduit les droits à construire, impose des surfaces minimales de pleine terre ou des reculs qui rendent le lot inconstructible. Elle devient enfin un mauvais calcul lorsque le bien conservé perd plus de valeur que le lot n'en rapporte, ce qui arrive dans les marchés où la maison avec grand terrain est précisément ce que recherchent les acheteurs.

Les situations particulières

Le couple et la famille

Pour un bien commun, chaque époux est cédant pour sa quote-part. Le seuil de 15 000 € s'apprécie par cédant et par parcelle selon les cas, la surtaxe ne s'appliquant pas aux terrains à bâtir (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value en démembrement, en indivision et dans le couple). Des partenaires d'un pacte civil de solidarité (PACS) ou des concubins qui ont acheté ensemble sont indivisaires. Dans une famille recomposée, détacher un lot pour le donner à un enfant afin qu'il y construise sa résidence est une alternative à la vente, qui relève alors des droits de donation et non de la plus-value. Une donation suivie d'une revente rapide du lot par l'enfant, si le parent appréhende le prix, entre en revanche dans les schémas que l'administration examine au titre de l'abus de droit.

L'indivision et le démembrement

En indivision successorale, la division et la vente des lots supposent en principe l'accord de tous les indivisaires, sauf procédure particulière à examiner avec le notaire. Chaque indivisaire est imposé sur sa quote-part de la plus-value. En démembrement, la vente d'un lot exige l'accord de l'usufruitier et du nu-propriétaire. Le prix se répartit entre eux selon la valeur de leurs droits, sauf accord pour reporter l'usufruit sur le prix, la plus-value de chacun se calculant selon le barème fiscal de l'usufruit.

La société civile et la société à l'IS

Le terrain vendu par une société civile immobilière (SCI) soumise à l'IR donne lieu à une plus-value calculée par la société et imposée au nom des associés, sans surtaxe. Une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) est imposée sur la différence entre le prix et la valeur nette comptable, sans abattement pour durée de détention. Elle reste redevable de la taxe de l'article 1605 nonies si ses conditions sont remplies. Une SCI dont l'objet social prévoit la faculté de lotir s'expose à être regardée comme commerciale.

Le non-résident et l'outre-mer

Le non-résident qui vend un terrain à bâtir en France dépose la déclaration de plus-value propre aux terrains, sauf exonération par la durée de détention ou prix inférieur à 15 000 €. Il relève du prélèvement prévu pour les non-résidents (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value immobilière du non-résident). Dans les départements d'outre-mer, les règles fiscales sont les mêmes sous réserve des zonages applicables. La rareté du foncier constructible et la présence de risques naturels, à vérifier sur Géorisques, pèsent sur la constructibilité et le prix des lots.

Les types de marchés

MarchéIntérêt de la divisionLimite principale
Métropole et zone tenduePrix des terrains élevés, demande forteRègles de densité et de pleine terre, vente à un promoteur souvent plus pertinente
Ville moyenne et périurbainGrandes parcelles fréquentes, demande de maisonsPrix des lots modéré, perte de valeur de la maison à surveiller
RuralGrandes parcelles peu chèresDemande faible, assainissement individuel, constructibilité limitée par la carte communale ou les règles nationales
Outre-merFoncier rareRisques naturels, réseaux, délais

L'âge et l'horizon

Pour un propriétaire âgé dont le grand jardin devient difficile à entretenir, la division peut procurer un capital sans quitter sa maison, ce qui intéresse la préparation de la retraite (chapitre 128). Pour un ménage jeune qui achète une grande parcelle, la possibilité future de diviser est une option de valeur, qui ne doit pas devenir l'intention affichée de l'achat sous peine d'exposer la revente au régime du lotisseur. Pour la transmission, un terrain divisé en lots distincts se partage plus facilement entre héritiers qu'une grande parcelle indivise.

Le projet de loi de finances pour 2027

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé le 1er octobre 2026. Au 26 octobre 2026, il est en discussion et aucune de ses mesures n'est adoptée. Selon le suivi du guide fiscal, aucune mesure du projet ne modifie les articles 1529, 1605 nonies ou 150 VE du CGI. Un nouveau calcul des plus-values avec revalorisation du prix d'acquisition, voté en commission, est tombé avec le rejet de la première partie par la commission. Des amendements votés en séance prorogeraient les exonérations au profit des bailleurs sociaux, sans être adoptés définitivement (Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027).

Les erreurs fréquentes

Les montants qui suivent reprennent le cas chiffré et sont illustratifs.

  • Croire le lot exonéré comme partie de la résidence principale. Le couple doit 6 500 € d'impôt.
  • Ignorer la perte de valeur de la maison. Le gain apparent de 47 500 € n'est en réalité que de 29 500 €.
  • Oublier les frais de voirie et de réseaux dans la plus-value. L'impôt passe de 6 500 € à 8 554 €.
  • Calculer la quote-part du prix d'acquisition sur les surfaces. Retenir 800 m² sur 3 000 m² du prix d'achat, soit 56 000 €, minore la plus-value de 27 950 € et l'impôt de 5 740 €, ce qui expose à une rectification avec intérêt de retard.
  • Créer une voie commune sans l'avoir chiffrée. Dans l'option C, un dépassement de 50 % réduit la valeur créée de 58 557 € à 6 300 €.
  • Signer une promesse avant le permis d'aménager. L'acte est exposé à la nullité.
  • Acheter un terrain pour le diviser aussitôt. Le profit relève des BIC sans abattement pour durée de détention.

Liste de contrôle

  1. Lire le PLU, le cahier des charges éventuel et les règles qui s'appliquent à la maison conservée.
  2. Vérifier la desserte par les réseaux et la capacité d'assainissement de chaque lot.
  3. Choisir le découpage qui évite la voie commune lorsque c'est possible.
  4. Estimer le prix du lot à partir de ventes DVF de terrains comparables.
  5. Estimer la perte de valeur du bien conservé avant de décider.
  6. Établir la quote-part du prix d'acquisition par une estimation justifiée.
  7. Chiffrer l'impôt et les taxes éventuelles sur les terrains devenus constructibles avec le notaire.
  8. Comparer les options, vente en bloc, un ou plusieurs lots, construction sur le lot.
  9. Examiner le risque de requalification et la TVA si des travaux d'aménagement sont prévus.
  10. Faire réaliser bornage et branchements avant la commercialisation.
  11. Remettre à l'acquéreur l'autorisation, le plan de bornage, l'état des risques et l'étude géotechnique.
  12. Vendre dans le délai de validité de l'autorisation et suivre le projet de loi de finances pour 2027.