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Guide des stratégies immobilières, chapitre 75

La promotion immobilière à petite échelle

À jour au

La petite promotion consiste à acheter un terrain, à y faire construire quelques logements puis à les vendre, le plus souvent avant leur achèvement. Elle attire l'investisseur qui a déjà construit pour louer, l'artisan du bâtiment ou le propriétaire d'un terrain, parce qu'elle promet en deux ou trois ans une marge que la location met vingt ans à produire. Cette marge rémunère pourtant un risque concentré. Une baisse modeste des prix de vente, une hausse des travaux ou deux lots invendus suffisent à la faire disparaître, alors que les fonds propres engagés restent bloqués jusqu'à la dernière vente.

Ce chapitre présente le bilan promoteur et la marge, le préfinancement par les fonds propres, le crédit et les appels de fonds des acquéreurs, la commercialisation, les garanties et les risques de chantier et de marché. Il chiffre une opération de six logements avec un échéancier mensuel de trésorerie et une sensibilité au prix de vente. Le métier est décrit dans le Guide du bailleur privé, La promotion immobilière, le métier et le montage d'une opération, la société civile de construction-vente (SCCV) dans le Guide du bailleur privé, La SCCV et les sociétés de construction-vente et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dans le Guide de la fiscalité immobilière, La TVA du marchand de biens et du promoteur. Le droit et les données sont ceux connus au 26 octobre 2026.

Ce que recouvre la petite promotion

Cinq montages, cinq profils de risque

Le terme recouvre des montages très différents par le risque supporté et le capital immobilisé. Le tableau suivant les classe du moins au plus exposé, selon la présentation du Guide du bailleur privé, Construire plusieurs maisons en promoteur, pour vendre ou pour louer.

MontageCe que vend l'opérateurRisque principalMarge attendue
Lots à bâtir nusTerrains viabilisésRequalification en lotisseurFaible
Lots et contrat de construction signé par l'acquéreurTerrains, le constructeur traitant avec chaque acquéreurRequalification en vente d'immeuble à construireFaible
Maisons sous permis valant divisionMaisons en vente en l'état futur d'achèvement (VEFA)Commercial et techniqueMoyenne
Petit collectifAppartements en VEFA, copropriété à créerCommercial, technique, recoursMoyenne
Opération mixteUne partie vendue, une partie conservéeCumul des risques, deux fiscalitésVariable

Ce chapitre porte sur les montages qui construisent pour vendre. La division de terrain relève du chapitre 69, la construction pour conserver du chapitre 74 et l'achat-revente de biens existants des chapitres 67 et 76.

Quatre risques à porter

Le promoteur porte un risque foncier, avec la pollution, le sol ou une servitude découverts après l'achat. Il porte un risque administratif, avec le refus de permis, le recours d'un voisin ou le retrait. Il porte un risque technique, avec la dérive des travaux ou la défaillance d'une entreprise. Il porte enfin un risque commercial, avec des ventes plus lentes ou moins chères que prévu. Une petite opération ne mutualise aucun de ces risques entre plusieurs programmes.

Le bilan promoteur

La logique du compte à rebours

Le bilan part du chiffre d'affaires hors taxes que le programme peut atteindre au prix du marché. Il en retire tous les coûts puis la marge exigée. Le solde donne la charge foncière admissible, c'est-à-dire le prix maximal que l'opération peut payer pour le terrain, frais compris. Un terrain acheté au-delà de ce prix réduit la marge sous l'objectif avant même le premier coup de pelle.

Les postes à chiffrer sont la charge foncière, les travaux de construction et d'aménagement, les honoraires techniques, les assurances, les taxes d'urbanisme et la participation à l'assainissement, la commercialisation, la commission de garantie d'achèvement, la gestion, les aléas et les frais financiers. Le bilan se construit hors taxes, le promoteur collectant la TVA sur ses ventes et déduisant celle qu'il paie.

La marge et ce qu'elle rémunère

La marge s'exprime le plus souvent en pourcentage du chiffre d'affaires hors taxes. Les exemples des guides Locafis retiennent des objectifs de 8 à 12 %, qui sont des hypothèses d'usage et non des normes publiées. Rapportée aux fonds propres, la même marge paraît bien plus forte, parce que l'opération est financée en grande partie par le crédit et par les acquéreurs. C'est cette double lecture qui rend la promotion attirante et dangereuse.

IndicateurCe qu'il mesureUsage
Marge sur chiffre d'affairesCoussin contre une baisse des prix ou une hausse des coûtsDécider d'acheter le terrain
Marge sur fonds propresEnrichissement de l'apportComparer avec d'autres placements
Taux de rendement interne des fonds propresRendement annualisé selon la durée réelleMesurer l'effet d'un retard
Pic de besoin de financementTrésorerie maximale à couvrirDimensionner fonds propres et crédit

Le préfinancement

Fonds propres, crédit promoteur et appels de fonds

Les fonds propres paient les études, l'indemnité d'immobilisation de la promesse et une partie du terrain. Le crédit promoteur finance le solde du terrain et le début des travaux. Les paiements des acquéreurs en VEFA prennent ensuite le relais au rythme du chantier. Le crédit est remboursé au fil des encaissements et la banque contrôle les flux sur un compte unique.

En VEFA d'un logement, les paiements cumulés de l'acquéreur ne peuvent pas dépasser 35 % du prix à l'achèvement des fondations, 70 % à la mise hors d'eau et 95 % à l'achèvement de l'immeuble, le solde étant versé à la livraison, selon la fiche officielle vérifiée le 18 septembre 2026 (service-public.gouv.fr). Un lot vendu tard paie d'un coup les fractions déjà échues, mais un lot invendu ne rapporte rien et doit être financé par le crédit ou les fonds propres.

La garantie financière d'achèvement et la précommercialisation

Le vendeur en VEFA doit fournir une garantie d'achèvement, qui finance la fin des travaux en cas de défaillance, ou une garantie de remboursement, selon la même fiche. Sans elle, aucune vente sur plan n'est possible. La banque ou l'assureur qui la délivre fixe ses conditions, en particulier un niveau de fonds propres et un nombre minimal de réservations avant le démarrage du chantier. Aucun texte n'impose de seuil de précommercialisation, qui se négocie opération par opération.

Le pic de besoin de financement

Le besoin de trésorerie culmine en général entre l'achat du terrain et la mise hors d'eau, lorsque les travaux sont payés et que les acquéreurs n'ont versé que 35 %. Il se calcule mois par mois à partir du calendrier des dépenses et des encaissements. Un retard de chantier ou de ventes déplace ce pic et l'augmente, ce qui peut obliger les associés à apporter des fonds supplémentaires en compte courant.

La commercialisation

La réservation et l'acte de vente

Le contrat de réservation permet de prévendre avant l'acte. Le dépôt de garantie est plafonné à 5 % du prix si l'acte doit être signé dans l'année, à 2 % entre un et deux ans. Aucun dépôt ne peut être exigé au-delà. Il est versé sur un compte spécial ouvert au nom de l'acquéreur ou détenu par un notaire.

L'acquéreur dispose d'un délai de rétractation de dix jours, selon la fiche officielle vérifiée le 18 septembre 2026 (service-public.gouv.fr). L'acte de VEFA d'un logement est ensuite signé devant notaire avec les mentions d'ordre public décrites dans le Guide du bailleur privé, Vendre en VEFA et commercialiser des logements neufs.

Vendre au détail, en bloc ou à un bailleur social

La vente au détail obtient le meilleur prix mais dépend du rythme du marché local. La vente en bloc à un investisseur ou à un bailleur social sécurise l'opération dès l'origine, au prix d'une décote et d'une marge plus faible. Le plan local d'urbanisme (PLU) peut imposer une part de logements sociaux au-delà d'un certain nombre de logements, généralement vendus en bloc à un prix inférieur. Pour l'acquéreur, la vente soumise à la TVA sur le prix total réduit les frais d'acquisition à environ 2 à 3 % du prix, contre 7 à 8 % dans l'ancien, selon la fiche officielle précitée.

Les garanties et les assurances

Le maître d'ouvrage souscrit l'assurance dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier. Le vendeur d'un immeuble à construire est tenu envers les acquéreurs de la garantie de parfait achèvement pendant un an, de la garantie de bon fonctionnement pendant deux ans et de la garantie décennale, ce qui le conduit à souscrire une assurance de responsabilité de constructeur non réalisateur. Ces garanties survivent à la dissolution de la société venderesse. Les associés d'une SCCV peuvent être recherchés pour leur part des dettes sociales, comme l'expose le Guide du bailleur privé, Les assurances et garanties de la construction.

La fiscalité de l'opération

La TVA immobilière et les droits sur le terrain

La vente d'un logement neuf par un assujetti supporte la TVA de 20 % sur le prix total. La TVA sur la marge ne s'applique pas à un terrain acheté nu et revendu bâti. Le promoteur déduit la TVA payée sur les travaux, les honoraires et ses autres dépenses. L'acquéreur assujetti qui prend dans l'acte l'engagement de construire un immeuble neuf dans les quatre ans ne paie qu'un droit fixe au lieu des droits de mutation de droit commun, sous peine de rappel avec l'intérêt de retard en cas de manquement. Ces règles sont détaillées dans le Guide du bailleur privé, La fiscalité de la construction et de la promotion.

Les règles législatives de la TVA quittent le Code général des impôts pour le Code des impositions sur les biens et services le 1er janvier 2027, en application de l'ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 reportée par l'ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026, selon le même chapitre. Une opération lancée en 2026 et commercialisée en 2027 chevauche les deux codes. Faites vérifier par le notaire le régime retenu dans chaque acte signé à partir de cette date.

L'imposition du profit selon la structure

StructureImposition du profitResponsabilité
Particulier non requalifiéPlus-value immobilière, rarement possible pour une opération de vente sur planPatrimoine personnel
Particulier requalifié ou entreprise individuelleBénéfices industriels et commerciaux au barème, sans abattement pour duréePatrimoine professionnel, cautions en plus
SCCVRésultat déterminé au niveau de la société, imposé chez chaque associé selon son régimeIndéfinie, à proportion des parts
Société par actions simplifiée ou société à responsabilité limitéeImpôt sur les sociétés à 15 % jusqu'à 42 500 € sous conditions, puis 25 %Limitée aux apports, hors cautions

La SCCV relève du régime des sociétés de personnes de l'article 239 ter du Code général des impôts (CGI) si son objet se limite à la construction d'immeubles en vue de leur vente, comme l'expose le Guide des sociétés immobilières, La société de construction-vente et le marchand de biens en société. La distribution du résultat d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) supporte, pour les dividendes perçus en 2026, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %.

Le cas chiffré, six logements en petit collectif

Les hypothèses

L'exemple est illustratif et ses montants sont des hypothèses, non des données de marché. Deux associés personnes physiques créent une société par actions simplifiée (SAS) soumise à l'IS, remplissant les conditions du taux réduit, pour construire un petit collectif de six logements en périphérie d'une métropole régionale, puis les vendre en VEFA. Le terrain est acheté à un particulier avec un engagement de construire.

HypothèseValeur retenue
Programme2 deux-pièces de 45 m² et 4 trois-pièces de 65 m², soit 350 m² habitables, 385 m² de surface de plancher, 400 m² taxables, 6 places extérieures
Prix de vente4 500 € toutes taxes comprises par m² habitable, soit 3 750 € hors taxes
Terrain200 000 €, frais estimés à 3 500 € avec engagement de construire
Travaux1 650 € hors taxes par m² de surface de plancher et 45 000 € d'aménagements
Honoraires, assurances, aléas12 %, 3 % et 4 % des travaux
TaxesTaux de 4 % et 2,5 %, sans abattement par prudence, participation à l'assainissement de 12 000 €
Commercialisation, garantie, gestion4 %, 1 % et 2,5 % du chiffre d'affaires hors taxes
CalendrierTrois lots vendus avant le chantier, les autres aux mois 6, 9 et 12, chantier de quatorze mois, livraison au mois 15
Financement200 000 € de fonds propres, crédit promoteur à 5 %, frais de dossier de 0,5 % sur 700 000 €
ImpôtRésultat constaté en une fois à l'achèvement, distribution à la clôture

Les flux de trésorerie sont calculés hors taxes, la TVA collectée et déduite étant supposée neutre en trésorerie. La méthode de constatation du résultat se choisit avec l'expert-comptable.

Le bilan

PosteMontant hors taxes
Chiffre d'affaires1 312 500 €
Terrain200 000 €
Frais d'acquisition du terrain3 500 €
Travaux680 250 €
Honoraires techniques81 630 €
Assurances20 408 €
Taxe d'aménagement, 400 m² et 6 places24 334 €
Taxe d'archéologie préventive1 497 €
Participation à l'assainissement12 000 €
Taxe foncière du terrain1 000 €
Commercialisation52 500 €
Garantie financière d'achèvement13 125 €
Gestion, notaire et comptabilité32 812 €
Aléas27 210 €
Frais financiers8 165 €
Total des coûts1 158 431 €
Marge avant impôt154 069 €

Les résultats

La marge atteint 11,74 % du chiffre d'affaires hors taxes. L'IS s'élève à 34 267 €, soit 6 375 € au taux de 15 % puis 27 892 € au taux de 25 %. Il laisse 119 802 € à la société.

Les associés retrouvent leurs 200 000 € et perçoivent après prélèvement forfaitaire unique 82 184 € au bout de vingt-quatre mois. Cela correspond à un multiple de 1,41 et à un taux de rendement interne (TRI) des fonds propres de 18,78 % par an, ou 26,45 % avant imposition de la distribution. Le pic de crédit promoteur atteint 209 197 € et les intérêts ne coûtent que 4 665 €, parce que trois lots prévendus et les appels de fonds financent l'essentiel du chantier.

La société collecte 262 500 € de TVA sur les ventes. Si toutes ses dépenses de travaux, d'honoraires, de commercialisation, de gestion et d'aléas supportent la TVA, elle en déduit environ 174 881 € et reverse environ 87 620 €. Le terrain acheté à un particulier n'a supporté aucune TVA. Sans engagement de construire, les droits de droit commun au taux global de 6,3185 % ajouteraient 12 637 € et ramèneraient la marge à 10,78 %.

Le calendrier de trésorerie

L'échéancier mensuel qui fonde ces résultats suit les jalons ci-dessous. Les encaissements des lots vendus pendant le chantier rattrapent à la signature les fractions déjà échues. La taxe d'aménagement est payée en deux parts après l'achèvement.

MoisÉvénementEffet sur la trésorerie
0Achat du terrain, trois lots prévendus, frais de dossierFonds propres consommés, premier tirage du crédit
3Achèvement des fondationsAppel de 35 % du prix des lots vendus
8Mise hors d'eauAppel cumulé de 70 %, crédit promoteur remboursé après un pic de 209 197 € au mois 7
14AchèvementAppel cumulé de 95 %, dépôt de la déclaration d'achèvement
15LivraisonSolde de 5 %
17 et 23Taxe d'aménagementDeux parts égales
24Clôture des comptesDistribution aux associés

Le compte à rebours sur le terrain

Avec les mêmes hypothèses, la charge foncière admissible hors frais est de 247 219 € pour une marge de 8 %, de 222 038 € pour 10 % et de 196 681 € pour 12 %. Le terrain payé 200 000 € laisse donc une marge proche de l'objectif le plus exigeant. Un vendeur qui obtiendrait 250 000 € ferait tomber la marge sous 8 % sans que le promoteur ait commis d'erreur de chantier.

La sensibilité au prix de vente

Prix de vente et coût des travaux

Le tableau croise quatre niveaux de prix avec deux niveaux de travaux. Chaque cellule donne la marge avant impôt, son taux sur le chiffre d'affaires et le TRI des fonds propres après prélèvement forfaitaire unique.

Prix de venteTravaux au budgetTravaux plus 10 %
Moins 10 %31 863 €, 2,7 %, 4,5 %Moins 51 088 €, moins 4,3 %, moins 13,7 %
Moins 5 %93 086 €, 7,5 %, 12,0 %10 521 €, 0,8 %, 1,5 %
Au prix prévu154 069 €, 11,7 %, 18,8 %71 932 €, 5,5 %, 9,5 %
Plus 5 %214 955 €, 15,6 %, 25,2 %133 126 €, 9,7 %, 16,5 %

La marge s'annule pour une baisse des prix de 12,59 %, soit 3 933 € toutes taxes comprises par mètre carré, ou pour une hausse des travaux de 18,68 %. Chaque point de baisse des prix coûte environ 12 000 € de marge, alors que le taux du crédit pèse peu. Avec un crédit à 4 % ou à 6,5 %, la marge varie seulement de 155 011 € à 152 646 €.

La commercialisation lente

Si les deux derniers lots ne se vendent que neuf mois après la livraison, avec une décote de 8 %, la marge tombe à 112 009 €, soit 8,80 %. Les frais financiers passent à 14 150 €, le pic de crédit à 259 538 € et l'opération dure trente-six mois au lieu de vingt-quatre. Le TRI des fonds propres après prélèvement forfaitaire unique chute à 9,22 %, parce que la durée pèse autant que la perte de marge.

La vente en bloc

Vendre les six logements en bloc dès le démarrage à un investisseur, 12 % sous le prix au détail et sans frais de commercialisation, ramène la marge à 57 587 €, soit 4,99 %, ainsi que le TRI à 7,83 %. Le pic de crédit descend à 179 427 €. Cette voie échange la moitié de la marge contre la suppression du risque commercial.

Le scénario défavorable combiné

Le scénario défavorable cumule une baisse des prix de 7 %, une hausse des travaux de 8 %, un chantier de dix-sept mois, un crédit à 6,5 % et deux lots vendus douze mois après la date prévue avec une décote supplémentaire de 5 %. Le chiffre d'affaires tombe à 1 197 956 € pour 1 233 322 € de coûts, soit une perte de 35 366 €. Le pic de crédit monte à 376 379 € et l'opération dure trente-neuf mois. Les associés perdent environ 5,81 % par an sur leurs fonds propres, sans compter les apports supplémentaires que la banque peut exiger pour couvrir le pic.

L'opération mixte et les invendus mis en location

Vendre une partie du programme pour financer la partie conservée suppose de séparer dès le permis ce qui relève de la promotion et ce qui relève du patrimoine. Une société qui a déduit la TVA en vue de vendre puis loue nu un logement invendu doit reverser une partie de la TVA déduite, selon une régularisation étalée sur vingt ans pour les immeubles. Ce coût se chiffre avant de transformer un invendu en location, comme le rappelle le chapitre 74.

Capital, temps, horizon et liquidité

CritèreLots à bâtirPetit programme en VEFAOpération mixte
Capital requisTerrain et viabilisationFonds propres de 15 à 20 % du coût dans l'exemple, plus la réserveFonds propres et capacité d'emprunt de long terme
Temps de gestionMoyenTrès fort pendant deux à trois ansTrès fort, puis gestion locative
HorizonUn à deux ansDeux à trois ans, davantage en cas de recoursCourt pour la partie vendue, long pour la partie conservée
LiquiditéSelon le rythme des ventesFonds propres bloqués jusqu'à la dernière venteFaible
Risque principalRequalification en lotisseurCommercial et techniqueCumul, régularisation de TVA sur les invendus loués

La stratégie cesse de fonctionner lorsque les prix de vente du neuf baissent ou stagnent pendant que les coûts de construction montent, lorsque la banque durcit ses exigences de fonds propres et de précommercialisation, lorsqu'un recours bloque le permis pendant que la promesse expire ou lorsque l'opérateur ne peut pas porter deux lots invendus. Les fonds propres de l'exemple représentent 17 % du coût total.

Les situations patrimoniales particulières

Le couple et la caution personnelle

La banque exige souvent la caution personnelle des associés. Sous un régime de communauté, un époux qui se porte caution sans le consentement exprès de l'autre n'engage en principe que ses biens propres et ses revenus, selon l'article 1415 du Code civil. Les partenaires d'un pacte civil de solidarité (PACS) et les concubins engagent leurs biens personnels selon leurs propres règles, ce qui expose le logement familial détenu en indivision. Dans une famille recomposée, une opération déficitaire peut entamer la part des enfants de chaque lit, ce qui justifie de limiter les engagements personnels (chapitre 105).

L'indivision, le terrain familial et le démembrement

Le propriétaire d'un terrain familial peut l'apporter à la société de promotion ou le vendre à celle-ci, avec des conséquences fiscales différentes que le notaire chiffre. Des indivisaires doivent s'accorder sur la vente ou l'apport dans les conditions du Code civil. Lorsque les parts de la société sont démembrées, la répartition du résultat et des pertes entre usufruitier et nu-propriétaire se fixe dans les statuts avant le démarrage.

Les associés soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'IS

Dans une SCCV, un associé personne physique est imposé sur sa quote-part selon les règles des bénéfices industriels et commerciaux, un associé société à l'IS. Une société civile immobilière (SCI) patrimoniale à l'impôt sur le revenu (IR) associée d'une SCCV risque d'être regardée comme exerçant une activité commerciale, ce que le guide des sociétés cité plus haut déconseille. Le schéma usuel sépare une société de promotion pour la partie vendue et une société patrimoniale pour la partie conservée.

Le non-résident et l'outre-mer

Un non-résident peut être associé d'une société de promotion française, mais le suivi du chantier, les cautions et la relation bancaire se compliquent à distance (chapitre 103). En outre-mer, les taux de TVA propres aux départements concernés, les normes de construction et les dispositifs locaux de soutien au logement modifient le bilan, qui doit être établi avec un professionnel du territoire (chapitre 88).

Le type de marché

  • Métropole et zone tendue. Les prix permettent des marges, mais le foncier est cher, les recours plus fréquents et la part de logements sociaux imposée plus élevée (chapitres 84 et 87).
  • Ville moyenne. Le prix du neuf dépasse souvent de peu le coût de construction, ce qui rend la marge fragile et la vente en bloc difficile (chapitre 85).
  • Rural et périurbain. Le lot à bâtir et la maison individuelle dominent. Le rythme des ventes est lent et la demande sensible aux taux du crédit des acquéreurs (chapitre 86).

L'âge, l'horizon et le profil

La petite promotion convient à un investisseur qui dispose de fonds propres qu'il peut immobiliser deux ou trois ans et perdre en partie, d'un temps important et d'une équipe d'architecte, de notaire et d'expert-comptable. Elle ne produit pas de revenu récurrent. Pour un investisseur proche de la retraite, engager une caution personnelle sur un crédit promoteur contredit l'objectif de sécurisation du patrimoine (chapitre 101). Pour un investisseur jeune, une première opération en association avec un promoteur expérimenté réduit le risque d'apprentissage.

S'associer à un promoteur expérimenté

Un particulier peut entrer au capital d'une société de promotion aux côtés d'un professionnel qui apporte son savoir-faire, sa signature bancaire et souvent la gérance. Le professionnel perçoit alors des honoraires de gestion ou de maîtrise d'ouvrage déléguée qui réduisent la marge partagée, puis sa quote-part du résultat. Avant d'entrer, l'investisseur demande le bilan, l'échéancier, l'état des garanties et des cautions, la convention de compte courant et les règles de sortie. Un conseil indépendant du promoteur relit les statuts.

Les risques de requalification

  • Le particulier qui construit pour vendre. Construire plusieurs logements en nom propre pour les vendre aussitôt constitue l'exemple type d'une activité professionnelle. Le profit relève alors des bénéfices industriels et commerciaux sans abattement pour durée de détention et la vente devient passible de la TVA, selon le Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles. La stratégie du marchand de biens est traitée au chapitre 76.
  • La SCI qui construit pour vendre. Une SCI qui construit puis vend plusieurs logements sans les louer peut être regardée comme exerçant une activité commerciale et devenir passible de l'IS.
  • La SCCV qui sort de son objet. Une revente de terrain nu ou une activité d'achat-revente peut faire perdre le régime de l'article 239 ter du CGI.
  • L'abus de droit. Les articles L64 et L64 A du livre des procédures fiscales (LPF) permettent d'écarter un montage destiné à transformer artificiellement un profit de promotion en plus-value de particulier, par exemple une location fictive avant revente, selon le Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal.

Ce qui est en discussion au 26 octobre 2026

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion et aucune de ses mesures n'est adoptée. Son texte initial plafonne l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels, ce qui peut peser sur la demande des investisseurs acquéreurs de logements neufs. Le transfert des règles de TVA dans le Code des impositions sur les biens et services au 1er janvier 2027 résulte en revanche d'ordonnances publiées. Le suivi des mesures figure dans le Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027.

La méthode de décision pas à pas

  1. Établir les prix de vente à partir des ventes récentes de logements neufs comparables publiées dans les demandes de valeurs foncières (chapitre 81).
  2. Vérifier la constructibilité et la part de logements sociaux imposée par le PLU, puis demander un certificat d'urbanisme opérationnel.
  3. Construire le bilan et calculer la charge foncière admissible pour la marge exigée.
  4. Négocier le terrain sous conditions de permis purgé, d'études de sol, de financement et de précommercialisation.
  5. Bâtir l'échéancier mensuel et mesurer le pic de besoin de financement.
  6. Tester le prix, les travaux, le rythme des ventes et le taux, puis le scénario défavorable combiné.
  7. Choisir la structure et limiter les cautions personnelles.
  8. Obtenir la garantie d'achèvement et les assurances avant toute vente sur plan et toute ouverture de chantier.

Les erreurs fréquentes et leur coût

  • Payer le terrain au-delà de la charge foncière. Un terrain à 250 000 € au lieu de 200 000 € fait passer la marge de l'exemple sous 8 %.
  • Retenir des prix souhaités. Une baisse de 10 % ramène la marge de 154 069 € à 31 863 €.
  • Négliger le rythme des ventes. Deux lots vendus neuf mois après la livraison font tomber le TRI de 18,78 % à 9,22 %.
  • Oublier l'engagement de construire. Les droits de droit commun coûtent 12 637 € dans l'exemple.
  • Construire en nom propre pour vendre. Le profit est requalifié en bénéfices industriels et commerciaux, sans abattement, avec la TVA en sus.
  • Signer une caution illimitée. Dans le scénario défavorable, le pic de crédit atteint 376 379 €, soit 167 182 € de plus que prévu.

Liste de contrôle

  1. Les prix de vente reposent sur des ventes de logements neufs comparables datées.
  2. Le PLU, les servitudes, le sol et la part de logements sociaux sont vérifiés avant l'offre.
  3. Le bilan intègre toutes les taxes, assurances, frais commerciaux, garantie, aléas et frais financiers.
  4. La charge foncière admissible est calculée et respectée.
  5. La promesse comporte les conditions de permis purgé, d'études, de financement et de précommercialisation.
  6. L'échéancier mensuel et le pic de financement sont calculés et couverts.
  7. La sensibilité au prix, aux travaux, au rythme des ventes et au taux est chiffrée.
  8. La structure est créée avant l'achat du terrain et les cautions personnelles sont limitées.
  9. La garantie d'achèvement, la dommages-ouvrage et la responsabilité de constructeur non réalisateur sont obtenues.
  10. Le régime de TVA, l'engagement de construire et le code applicable en 2027 sont validés par le notaire.
  11. Les contrats de réservation et les actes de VEFA respectent les règles d'ordre public.
  12. Le risque de requalification et l'état des textes en discussion sont vérifiés à la date de l'acte.