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Locafis®

Guide des stratégies immobilières, chapitre 3

Évaluer son profil de risque d'investisseur

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Deux investisseurs aux revenus identiques peuvent supporter des risques très différents. L'un dispose d'un emploi stable, d'une épargne abondante et d'un long horizon. L'autre a des revenus irréguliers, peu d'épargne et besoin de son capital dans quelques années. À l'inverse, deux personnes dans la même situation financière ne vivent pas de la même façon une vacance de six mois ou une baisse de la valeur de leur bien. Le profil de risque combine ces deux dimensions, la capacité objective à supporter une perte et la tolérance subjective au risque.

Ce chapitre présente la façon de mesurer chacune d'elles, propose un questionnaire commenté et une échelle de trois profils, prudent, équilibré et dynamique, puis montre comment chaque profil se traduit en règles concrètes. Ces règles portent sur le levier maximal, la part de biens à rénover, la dispersion géographique et la réserve de trésorerie. Trois portefeuilles chiffrés sont ensuite soumis à des tests de sensibilité et à un scénario défavorable. Le questionnaire est un outil de réflexion. Il ne constitue pas un conseil personnalisé.

Ce que recouvre le risque immobilier

Le risque d'un investissement immobilier n'est pas une notion unique. Il se décompose en plusieurs risques qui ne frappent pas les mêmes profils de la même façon. Les chapitres de la partie X les traitent un par un.

RisqueCe qui se produitCe qu'il menaceChapitre
VacanceLe logement reste sans locataireLa trésorerie mensuelle108
ImpayésLe locataire cesse de payerLa trésorerie et le temps109
TravauxUne dépense imprévue ou un chantier qui dériveLa trésorerie et le rendement110
TauxLe coût du crédit augmente à l'origine ou en cours de prêtLa capacité d'emprunt et l'effort mensuel112
PrixLa valeur de revente baisseLe capital et la capacité à vendre sans perte113
LiquiditéLe bien ne se vend pas dans le délai vouluLa possibilité de mobiliser le capital113
Réglementaire et fiscalUne règle nouvelle réduit le loyer ou augmente l'impôtLe rendement net-net111
PersonnelPerte d'emploi, séparation, maladie, décèsToute la stratégie115

Cette décomposition a une conséquence pratique. Un profil peut être solide sur un risque et fragile sur un autre. L'exemple chiffré de ce chapitre montre qu'un investisseur qui apporte beaucoup de fonds propres réduit son risque de capital mais peut affaiblir sa trésorerie, alors qu'un investisseur entièrement financé garde de la trésorerie mais expose davantage son capital.

Le risque de prix n'est pas théorique. Selon les indices des prix des logements anciens publiés par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) avec les notaires, les prix en France hors Mayotte ont baissé de 3,9 % sur un an au quatrième trimestre 2023, puis de 2,1 % sur un an au quatrième trimestre 2024, avant de progresser de 1,0 % sur un an au quatrième trimestre 2025. Au deuxième trimestre 2026, selon des données provisoires publiées le 8 septembre 2026, ils reculent de 0,8 % sur un an et de 1,0 % sur le trimestre, les maisons baissant davantage que les appartements (insee.fr). Ces évolutions nationales masquent de fortes différences locales. Les performances passées ne préjugent pas des évolutions futures.

La capacité objective à supporter une perte

La capacité objective se mesure à partir de la situation financière du foyer, indépendamment de son état d'esprit. Elle répond à une question simple. Si le scénario défavorable se produit, le foyer peut-il y faire face sans vendre dans l'urgence, sans s'endetter à la consommation et sans compromettre ses dépenses essentielles.

Les critères de la capacité

CritèreCe qui renforce la capacitéCe qui l'affaiblit
RevenusDeux revenus stables, emploi public, anciennetéRevenu unique, contrat court, revenus d'indépendant irréguliers
Épargne de précaution du foyerPlusieurs mois de dépenses mis de côté hors immobilierÉpargne absorbée par l'apport
Patrimoine liquidePlacements mobilisables rapidementPatrimoine concentré dans la pierre
EndettementTaux d'endettement bas après le projetTaux proche du plafond de 35 %
HorizonCapital non nécessaire avant quinze ans ou plusBesoin du capital à court terme
Charges et engagementsPeu de charges de famille, aucune caution donnéePension alimentaire, caution d'un proche, études à financer

La capacité se calcule séparément pour chaque membre d'un couple puis pour le foyer. Une perte d'emploi de l'un des deux, une séparation ou un décès modifient brutalement la capacité, ce que l'assurance emprunteur et la quotité choisie par chaque co-emprunteur couvrent en partie seulement (chapitre 115).

Distinguer deux réserves

Deux réserves ne doivent pas être confondues. L'épargne de précaution du foyer couvre les aléas de la vie courante, comme une réparation de voiture ou une baisse temporaire de revenus. Elle n'a pas vocation à financer l'immobilier. La réserve de trésorerie immobilière couvre la vacance, les impayés, les travaux et les régularisations de charges. Compter la même somme deux fois revient à surestimer sa capacité (chapitre 116).

La tolérance subjective au risque

La tolérance mesure la façon dont vous vivez l'incertitude. Elle dépend de l'expérience, du tempérament et de la place que l'investissement occupe dans votre vie. Un investisseur qui consulte chaque mois l'évolution des prix de son quartier, qui dort mal pendant une vacance de deux mois ou qui vendrait au premier signe de baisse a une tolérance faible, même si sa capacité est élevée.

La tolérance compte parce qu'un plan que l'on ne supporte pas psychologiquement est souvent abandonné au mauvais moment. Vendre après une baisse de prix cristallise une perte qui aurait pu rester latente. Inversement, une tolérance élevée sans capacité correspondante conduit à prendre des risques que le foyer ne peut pas absorber.

La réglementation des conseillers financiers distingue ces dimensions. Selon l'article 325-8 du règlement général de l'Autorité des marchés financiers (AMF), un conseiller en investissements financiers (CIF) recueille notamment la situation financière du client, dont ses revenus, ses actifs liquides, ses biens immobiliers et ses engagements, ses objectifs, dont la durée de détention envisagée et sa tolérance au risque, ainsi que ses connaissances et son expérience. Faute de ces informations, il s'abstient de recommander. Ce cadre vise les instruments financiers. Il offre néanmoins une grille de lecture utile pour l'immobilier détenu en direct.

Le questionnaire commenté

Le questionnaire suivant comporte douze questions, six sur la capacité et six sur la tolérance. Chaque réponse vaut 1, 2 ou 3 points. Il est proposé par ce guide comme outil de réflexion. Il n'est ni une norme ni un test réglementaire.

La capacité

N°Question1 point2 points3 points
C1Stabilité des revenus du foyerRevenu unique ou irrégulierUn revenu stableDeux revenus stables ou emploi public
C2Réserve immobilière après apport, hors précaution du foyerMoins de six mois de mensualités et chargesSix à douze moisPlus de douze mois
C3Part de l'immobilier dans le patrimoine totalPlus de 80 %De 50 à 80 %Moins de 50 %
C4Taux d'endettement après le projetPlus de 30 %De 20 à 30 %Moins de 20 %
C5Délai avant un besoin probable du capitalMoins de huit ansDe huit à quinze ansPlus de quinze ans
C6Charges de famille et engagementsLourdsModérésFaibles

La tolérance

N°Question1 point2 points3 points
T1Votre réaction si la valeur de votre bien baisse de 10 %Vendre pour limiter la perteAttendre avec inquiétudeEnvisager d'acheter un autre bien
T2Effort mensuel supplémentaire supportable sans gêneAucunJusqu'à 200 €Plus de 200 €
T3Votre préférence entre revenu et gainRevenu sûr, même faibleUn compromisGain potentiel élevé, même incertain
T4Votre expérienceAucuneUn bien géré sans incident majeurPlusieurs biens, un impayé ou un chantier déjà vécus
T5Les travauxAucunUn rafraîchissementUne rénovation lourde
T6La distancePrès de chez vousDans votre régionPartout si les chiffres conviennent

Le commentaire des questions

La question C2 est la plus importante de la partie capacité. Elle porte sur la réserve qui reste une fois l'apport versé, pas sur l'épargne avant l'achat. Un foyer qui place toute son épargne en apport obtient souvent 1 point, quel que soit son niveau d'épargne initial. La question C5 mesure l'horizon réel. Un bien acheté par un foyer qui aura besoin de son capital dans six ans pour financer les études de ses enfants supporte mal une baisse des prix, car la revente avant la sixième année ne bénéficie d'aucun abattement sur la plus-value et subit les frais d'entrée et de sortie (service-public.gouv.fr).

La question T1 est la plus révélatrice de la partie tolérance. Les réponses données à froid sont souvent plus audacieuses que les réactions réelles. La question T4 corrige ce biais, l'expérience d'un impayé ou d'un chantier difficile donnant une mesure plus fiable de la tolérance que l'intention. Les questions T5 et T6 se traduisent directement en règles de part de biens à rénover et de dispersion géographique.

L'échelle des profils

Chaque partie est notée de 6 à 18 points. Un score de 6 à 9 correspond au profil prudent, de 10 à 14 au profil équilibré et de 15 à 18 au profil dynamique. Le profil retenu est le plus prudent des deux résultats.

L'exemple qui suit est illustratif. Un couple obtient 12 points en capacité, soit un profil équilibré. Le premier membre du couple obtient 16 points en tolérance, soit un profil dynamique. Le second obtient 9 points, soit un profil prudent. Pour leurs engagements communs, le profil retenu est prudent, sauf si une discussion fondée sur les chiffres de ce chapitre conduit le second à réviser sa position. Pour un investissement personnel du premier, le profil reste plafonné à équilibré par la capacité du foyer.

Traduire le profil en règles concrètes

Un profil n'a d'intérêt que s'il se traduit en limites applicables à chaque décision. Les repères suivants sont proposés par ce guide pour structurer la réflexion. Ils ne sont pas des normes et doivent être adaptés à chaque situation.

ParamètrePrudentÉquilibréDynamique
Levier maximalPrêt limité à 80 à 90 % du prix, frais et travaux apportésPrêt jusqu'à 100 % du prix, frais apportésPrêt jusqu'à 100 % du coût total, frais et travaux compris
Taux d'endettement viséMoins de 25 %Moins de 30 %Jusqu'à 35 %
Effort mensuel maximalUn quart de la capacité d'épargneLa moitiéLes trois quarts
Part de biens à rénoverAucune rénovation lourdeJusqu'à un tiers du coût du portefeuilleJusqu'à la moitié
Dispersion géographiqueUn bassin connu, proche du domicileDeux bassins étudiésPlusieurs bassins, y compris à distance
Réserve de trésorerie immobilièreDouze mois de mensualités et chargesSix moisQuatre mois au minimum
Durée du créditVingt ans au plusVingt ansJusqu'à vingt-cinq ans
Type de bienStandard, marché profondStandard et petites surfacesY compris rénovation lourde, division, bien atypique

Le plafond de 35 % de taux d'endettement et la durée de vingt-cinq ans correspondent aux normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) appliquées par les banques (Guide du bailleur privé, Constituer un patrimoine locatif étape par étape). Les profils prudent et équilibré s'imposent des limites plus strictes que la norme, ce qui laisse une marge en cas de hausse des taux ou de baisse des revenus. Le profil dynamique utilise la norme comme limite, sans marge.

Trois portefeuilles chiffrés

L'exemple qui suit est une illustration. Les montants sont des hypothèses arrondies, calculées avec un script vérifié. Ils ne valent pas calcul pour votre situation et les évolutions de prix testées ne sont pas des prévisions.

Les hypothèses

HypothèseValeur retenue
FoyerCouple de 40 ans, locataire de sa résidence principale, revenus nets de 5 200 € par mois
Épargne60 000 €, dont 10 500 € de précaution du foyer jamais engagés, soit 49 500 € mobilisables
Capacité d'épargne700 € par mois
Deux-piècesPrix 130 000 €, loyer 720 €, charges et taxe foncière 1 900 € par an
StudioPrix 80 000 €, loyer 480 €, charges et taxe foncière 1 300 € par an
Maison à rénoverPrix 110 000 €, travaux 40 000 €, loyer 850 € après travaux, charges et taxe foncière 2 000 € par an
Frais d'acquisition8 % du prix
Vacance5 %
Valeur des biensPrix d'achat, augmenté de la moitié des travaux pour la maison
Frais de vente5 % du prix

Les portefeuilles selon le profil

Le portefeuille prudent se limite au deux-pièces, financé à 80 % du prix sur vingt ans à 3,5 %. Une variante prudente le finance à 90 %. Le portefeuille équilibré ajoute le studio et finance 100 % des prix sur vingt ans à 3,5 %. Le portefeuille dynamique ajoute la maison à rénover et finance la totalité du coût, frais et travaux compris, sur vingt-cinq ans à 3,7 %.

IndicateurPrudentPrudent, varianteÉquilibréDynamique
Coût total140 400 €140 400 €226 800 €385 600 €
Prêt104 000 €117 000 €210 000 €385 600 €
Apport36 400 €23 400 €16 800 €0 €
Mensualité603,16 €678,55 €1 217,92 €1 972,01 €
Cash-flow mensuel avant impôtMoins 77 €Moins 153 €Moins 345 €Moins 458 €
Épargne mobilisable après apport13 100 €26 100 €32 700 €49 500 €
Réserve visée par le profil9 138 €10 043 €8 907 €9 621 €
Taux d'endettement10,6 %11,9 %20,2 %29,7 %

Le taux d'endettement divise ici la mensualité par les revenus nets augmentés de 70 % des loyers, pondération retenue comme hypothèse. Dans aucun portefeuille les loyers ne couvrent seuls la mensualité et les charges, même sans vacance. L'effort mensuel reste dans les limites de chaque profil, avec 11 % de la capacité d'épargne pour le prudent, 49 % pour l'équilibré et 65 % pour le dynamique.

La sensibilité de l'effort mensuel

Le tableau suivant fait varier la vacance et le taux du crédit obtenu à l'origine. Les montants sont des cash-flows mensuels avant impôt, arrondis à l'euro.

Portefeuille et tauxVacance 0 %Vacance 8 %Vacance 15 %
Prudent, taux de baseMoins 41 €Moins 99 €Moins 149 €
Prudent, plus 1 pointMoins 96 €Moins 154 €Moins 204 €
Prudent, plus 2 pointsMoins 154 €Moins 211 €Moins 262 €
Équilibré, taux de baseMoins 285 €Moins 381 €Moins 465 €
Équilibré, plus 1 pointMoins 395 €Moins 491 €Moins 575 €
Équilibré, plus 2 pointsMoins 511 €Moins 607 €Moins 691 €
Dynamique, taux de baseMoins 355 €Moins 519 €Moins 663 €
Dynamique, plus 1 pointMoins 571 €Moins 735 €Moins 878 €
Dynamique, plus 2 pointsMoins 798 €Moins 962 €Moins 1 105 €

Avec deux points de taux supplémentaires et 15 % de vacance, l'effort du portefeuille dynamique dépasse de 405 € la capacité d'épargne de 700 €. Celui de l'équilibré l'approche sans la dépasser.

Le point mort se lit ici comme la vacance qui porte l'effort au niveau de la capacité d'épargne. Il se situe à 91,5 % pour le portefeuille prudent, à 81,0 % pour sa variante, à 34,6 % pour l'équilibré et à 16,8 % pour le dynamique. Le dynamique ne supporte donc qu'environ deux mois de vacance par an en moyenne sur l'ensemble de ses biens avant de puiser dans la réserve.

La sensibilité du capital à la baisse des prix

Le tableau suivant indique, trois ans après l'achat, la valeur nette de vente diminuée du capital restant dû, selon l'évolution des prix. Il la compare au capital engagé, c'est-à-dire l'apport augmenté des efforts mensuels cumulés sur trente-six mois.

PortefeuilleCapital engagéPrix stablesPrix moins 5 %Prix moins 10 %Prix moins 20 %
Prudent39 190 €30 863 €24 688 €18 513 €6 163 €
Prudent, variante28 904 €19 284 €13 109 €6 934 €Moins 5 416 €
Équilibré29 205 €12 445 €2 470 €Moins 7 505 €Moins 27 455 €
Dynamique16 482 €Moins 32 834 €Moins 48 984 €Moins 65 134 €Moins 97 434 €

Même à prix stables, une revente au bout de trois ans fait perdre une partie du capital engagé, du fait des frais d'acquisition et de vente. Le portefeuille dynamique affiche une valeur nette négative de 32 834 € sans aucune baisse des prix, parce que les frais et la moitié des travaux ne se retrouvent pas dans la valeur. Il faudrait une hausse de 10,2 % pour la ramener à zéro. La baisse qui annule la valeur nette est de 24,9 % pour le prudent, de 15,6 % pour sa variante et de 6,2 % pour l'équilibré. Une baisse cumulée proche de 6 % a été observée au niveau national entre fin 2022 et fin 2024 selon les glissements annuels de l'INSEE cités plus haut.

Le scénario défavorable combiné

Le scénario défavorable cumule sur douze mois un crédit obtenu à un taux supérieur d'un point, une vacance de 15 %, la perte de six mois de loyer sur le bien le plus loué à la suite d'un impayé, 8 000 € de travaux imprévus et 1 500 € de frais de procédure. Le foyer subit en même temps une baisse de revenus qui réduit de moitié sa capacité d'épargne, ramenée à 4 200 € sur l'année.

Sur douze moisPrudentPrudent, varianteÉquilibréDynamique
Cash-flow mensuelMoins 204 €Moins 287 €Moins 575 €Moins 878 €
Choc ponctuel13 820 €13 820 €13 820 €14 600 €
Besoin net après capacité d'épargne12 071 €13 058 €16 523 €20 938 €
Épargne mobilisable13 100 €26 100 €32 700 €49 500 €
Reste après le choc1 029 €13 042 €16 177 €28 562 €
Réserve visée par le profil respectéeNonOuiOuiOui

Le résultat contredit une intuition répandue. Le portefeuille prudent, qui a apporté le plus de fonds propres, termine l'année avec 1 029 € de réserve, sous le seuil qu'il s'était fixé. Sa variante, qui emprunte 13 000 € de plus et garde cette somme disponible, termine avec 13 042 €. Le dynamique conserve le plus de trésorerie, mais au prix d'un capital fortement exposé. La prudence consiste donc moins à apporter le maximum qu'à garder une réserve proportionnée aux engagements.

Les situations particulières

Le couple

Chaque membre du couple remplit le questionnaire séparément. Les engagements communs, crédit solidaire, achat en communauté ou en indivision, retiennent le profil le plus prudent des deux, faute de quoi le plan repose sur l'adhésion d'un seul. Le statut du couple pèse aussi sur la capacité. En cas de séparation, le crédit solidaire continue d'engager les deux emprunteurs envers la banque tant qu'elle n'a pas accepté de libérer l'un d'eux, quel que soit le partage décidé entre eux (Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif). Pour des concubins ou des partenaires de pacte civil de solidarité (PACS), la capacité du survivant après un décès dépend de dispositions à prendre de leur vivant (chapitre 2).

La famille recomposée

Une famille recomposée cumule souvent des charges plus lourdes, comme une pension alimentaire ou les études d'enfants de plusieurs unions, qui réduisent la capacité. Le risque personnel y est aussi plus complexe, le décès de l'un des conjoints pouvant faire entrer dans l'indivision des enfants qui ne sont pas ceux du survivant. Le profil retenu doit en tenir compte, avec un levier plus faible ou une assurance emprunteur à quotité élevée (chapitre 105).

L'indivision et le démembrement

Une indivision réunit des profils différents, que le plus prudent des indivisaires bloque souvent en pratique. Une convention d'indivision qui fixe les règles de décision limite ce risque. Le nu-propriétaire supporte un risque particulier, celui d'un capital immobilisé sans revenu pendant toute la durée du démembrement et difficile à revendre avant son terme. Ce placement convient mal à une capacité fondée sur un besoin de revenus ou de liquidité (chapitre 58).

La détention en société

Détenir en société ne réduit pas le risque autant qu'on le croit. Les associés d'une société civile immobilière (SCI) répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital (Guide des sociétés immobilières, La responsabilité des associés). Les banques exigent presque toujours la caution personnelle des associés, y compris pour une société à l'impôt sur les sociétés (IS). Le profil de risque s'apprécie donc au niveau des personnes et non de la structure. La société à l'IS ajoute un risque fiscal propre à la revente, la plus-value étant calculée sur la valeur nette comptable sans abattement pour durée de détention (Guide de la fiscalité immobilière, Détenir en direct ou par une société, les enjeux fiscaux).

Les non-résidents

Un investisseur qui vit à l'étranger ajoute plusieurs risques. Si ses revenus sont dans une autre monnaie, une variation du change modifie l'effort réel. La gestion à distance allonge les délais de réaction face à une vacance ou à des travaux. L'accès au crédit en France est souvent plus restreint et demande un apport plus élevé. Sa tolérance déclarée doit être corrigée par ces contraintes (chapitre 103 et Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français).

L'outre-mer

Les marchés ultramarins exposent à des risques naturels marqués, à des coûts de construction et d'assurance spécifiques et, sur certains territoires, à des marchés plus étroits où la revente peut être lente. Un investissement outre-mer suppose une réserve plus élevée et une tolérance à la liquidité réduite. Les dispositifs fiscaux propres à ces territoires ajoutent un risque de remise en cause en cas de non-respect des engagements (Guide de la fiscalité immobilière, L'investissement immobilier outre-mer).

Les types de marchés

Le marché choisi doit correspondre au profil. Une métropole ou une zone tendue offre en général une demande profonde et une revente plus rapide, ce qui convient à un profil prudent, avec un rendement plus faible et un risque réglementaire lié à l'encadrement des loyers. Une ville moyenne combine des rendements plus élevés et une demande plus étroite. Une zone rurale ou un marché très local exposent à une vacance plus longue et à une liquidité réduite, que seul un profil disposant d'une réserve et d'un horizon longs peut absorber (partie VIII).

L'âge et l'horizon

L'âge agit surtout sur la capacité. Un investisseur de 30 ans peut attendre la fin d'une baisse des prix. Un investisseur de 60 ans qui aura besoin de son capital pour financer une dépendance ou une transmission ne le peut pas toujours. La tolérance évolue aussi avec l'expérience et avec les événements vécus. Le profil se réévalue donc à chaque étape de vie et au moins lors de la revue annuelle (chapitres 5 et 119).

Le profil et les risques de requalification

Un profil dynamique conduit plus souvent vers des opérations proches de frontières fiscales. Des achats suivis de reventes rapides, des divisions répétées ou des lotissements peuvent caractériser une activité de marchand de biens, imposée comme bénéfice industriel et commercial (BIC) sans abattement pour durée de détention (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles). Une stratégie de location meublée qui grandit vite peut faire franchir le seuil de 23 000 € de recettes du statut de loueur en meublé professionnel (LMP), lorsqu'elles dépassent aussi les autres revenus d'activité du foyer (Guide du bailleur professionnel, Le statut de loueur en meublé professionnel en détail).

Le risque fiscal fait partie du profil. Un montage dont l'intérêt repose principalement sur l'impôt évité expose à l'abus de droit des articles L64 et L64 A du livre des procédures fiscales (LPF), avec des rappels et des majorations qui peuvent dépasser le gain attendu (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal). Un investisseur à faible tolérance devrait écarter les stratégies dont l'équilibre dépend d'une interprétation fiscale incertaine.

Ce qui est en discussion au 26 octobre 2026

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion et aucune de ses mesures n'est adoptée. Selon le texte initial, son article 7 plafonnerait l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels (LMNP) personnes physiques (Guide du bailleur professionnel, La loi de finances et le projet de loi de finances pour 2027). Pour un profil prudent, un projet de location meublée devrait rester acceptable avec cet amortissement plafonné. Un profil dynamique peut accepter l'incertitude, à condition d'avoir chiffré le scénario où la mesure serait adoptée.

Les erreurs fréquentes

Les conséquences chiffrées reprennent les hypothèses de l'exemple et sont illustratives.

ErreurConséquence dans l'exemple
Retenir la tolérance plutôt que la capacitéPortefeuille dynamique dont la valeur nette est négative de 65 134 € après trois ans si les prix baissent de 10 %
Apporter le maximum sans garder de réserveRéserve ramenée à 1 029 € après le scénario défavorable, contre 13 042 € avec un apport réduit de 13 000 €
Confondre épargne de précaution du foyer et réserve immobilièreCapacité surestimée de 10 500 € dans l'exemple
Négliger le risque de prix sur un horizon courtValeur nette du portefeuille équilibré négative dès 6,2 % de baisse
Fixer l'effort mensuel sans test de tauxEffort sans vacance du portefeuille dynamique qui passe de 355 € à 798 € avec deux points de plus à l'origine
Remplir le questionnaire seul pour un projet de couplePlan fondé sur un profil dynamique alors que l'un des deux est prudent
Croire que la société limite le risqueCaution personnelle des associés et responsabilité indéfinie en SCI
Ne jamais réévaluer son profilLevier conservé à l'approche d'un besoin de capital

Liste de contrôle

  • Vous avez rempli séparément les parties capacité et tolérance du questionnaire.
  • Chaque membre du couple a rempli le questionnaire et le profil le plus prudent est retenu pour les engagements communs.
  • L'épargne de précaution du foyer est distincte de la réserve immobilière.
  • Le levier maximal, le taux d'endettement visé et l'effort mensuel maximal sont fixés par écrit.
  • La part de biens à rénover et la dispersion géographique correspondent au profil retenu.
  • La réserve visée par le profil reste disponible après l'apport.
  • L'effort mensuel a été testé avec une vacance plus forte et un taux plus élevé.
  • La valeur nette après une baisse des prix a été calculée sur un horizon de revente court.
  • Un scénario défavorable combiné a été chiffré et la réserve y résiste.
  • Les risques propres à la détention en société, à la non-résidence ou à l'outre-mer ont été examinés.
  • Les stratégies proches d'une requalification sont identifiées et documentées.
  • Aucune décision ne repose sur une mesure non adoptée du projet de loi de finances pour 2027.
  • Le profil sera réévalué à chaque étape de vie et lors de la revue annuelle.