Un investisseur ne peut pas maximiser en même temps le loyer, la valeur et le revenu disponible. Le bien qui rapporte le plus chaque mois se trouve rarement là où les prix progressent le plus et celui qui se valorise le mieux exige souvent un effort d'épargne pendant des années. Choisir sa priorité, c'est décider quelle grandeur doit être maximisée et lesquelles seront seulement contrôlées.
Ce chapitre oppose sur vingt ans un bien à fort rendement en ville moyenne et un bien patrimonial en métropole à faible rendement. Il calcule pour chacun le cash-flow, la valorisation, le produit de la revente et le taux de rendement interne (TRI) des fonds propres sous trois hypothèses d'évolution des prix, puis mesure l'effet du levier et de la fiscalité sur leur classement. Un second exemple traite l'investisseur qui achète comptant pour vivre de ses loyers. Les familles de stratégies sont présentées au chapitre 7 et la méthode du TRI au chapitre 17. Aucun résultat ne vaut recommandation personnalisée.
Trois priorités, trois indicateurs
| Priorité | Question posée | Indicateur principal | Indicateur de contrôle |
|---|---|---|---|
| Rendement | Le bien se finance-t-il sans effort d'épargne | Cash-flow après impôt | TRI, état du bien à la revente |
| Valorisation | Quel patrimoine net à l'horizon | Patrimoine net et TRI | Effort d'épargne cumulé |
| Revenus | Quel revenu net disponible chaque année | Revenu après impôt, sans crédit ou crédit soldé | Capital disponible au terme |
La priorité au rendement vise d'abord la trésorerie, ce qui préserve la capacité d'épargne et facilite l'acquisition suivante (chapitre 30). La priorité à la valorisation vise le patrimoine final et accepte un effort mensuel. La priorité aux revenus vise un flux disponible, souvent à l'approche de la retraite ou pendant celle-ci. Elle se pratique fréquemment sans crédit (chapitre 127).
| Critère | Priorité au rendement | Priorité à la valorisation | Priorité aux revenus |
|---|---|---|---|
| Capital requis | Apport modeste, réserve pour travaux | Apport et effort d'épargne mensuel durable | Capital important, souvent sans crédit |
| Temps de gestion | Élevé, rotation et petites surfaces | Faible à moyen | Selon le nombre de biens |
| Horizon | Court pour le revenu, long pour la sortie | Quinze à vingt-cinq ans | Durée de la retraite |
| Liquidité | Faible en ville moyenne ou rurale | Bonne sur un marché profond | Variable, à prévoir pour la dépendance |
| Risque principal | Vacance, fiscalité des loyers | Prix stables, taux | Érosion du capital, état des biens |
| Condition de rupture | Vacance au-delà du point mort | Valorisation inférieure au point de bascule | Revenu net inférieur aux besoins |
Ce que montrent les données publiques
Les séries publiques rappellent que la valorisation n'est jamais acquise. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), les prix des logements anciens ont baissé de 0,8 % sur un an au deuxième trimestre 2026 en France hors Mayotte, de 1,0 % en province et de 0,3 % en Île-de-France (insee.fr, publication du 8 septembre 2026). Sur une base 100 en 2015, l'indice des appartements anciens atteint 116,9 en Île-de-France contre 131,6 en province, après un sommet de 129,0 en Île-de-France en 2022. Sur cette période, les appartements de province ont donc progressé davantage que ceux d'Île-de-France. Ces performances passées ne préjugent pas des performances futures.
L'indice de référence des loyers du troisième trimestre 2026 s'établit à 148,06, en hausse de 1,57 % sur un an (insee.fr, publication du 15 octobre 2026). La Banque de France indique un taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat hors renégociations de 3,32 % en août 2026, dans sa publication du 6 octobre 2026. Pour un territoire donné, les prix se lisent dans les demandes de valeurs foncières (DVF), publiées sur data.gouv.fr. Les loyers se lisent dans les observatoires locaux des loyers lorsqu'ils existent (chapitres 80 et 81).
Les deux biens comparés
Les hypothèses
L'exemple qui suit est illustratif. Le bien A est un deux-pièces dans une ville moyenne, le bien B un deux-pièces dans une métropole. Les montants sont des hypothèses et non des données de marché. Les charges non récupérables regroupent la taxe foncière, la copropriété, l'assurance et l'entretien, le rendement net se calculant après charges et vacance.
| Hypothèse | Bien A, ville moyenne | Bien B, métropole |
|---|---|---|
| Prix | 80 000 € | 240 000 € |
| Frais d'acquisition | 6 400 € | 19 200 € |
| Travaux déductibles | 8 600 € | 800 € |
| Coût total | 95 000 € | 260 000 € |
| Loyer hors charges | 680 € par mois | 930 € par mois |
| Rendement brut sur le prix | 10,20 % | 4,65 % |
| Rendement brut sur le coût total | 8,59 % | 4,29 % |
| Vacance | Un mois par an | Une semaine par an |
| Charges non récupérables | 2 000 € par an | 2 510 € par an |
| Rendement net sur coût total | 5,77 % | 3,24 % |
| Emprunt | 80 000 € | 240 000 € |
| Apport, frais et travaux | 15 000 € | 20 000 € |
| Annuité, assurance comprise | 5 006 € | 15 018 € |
Le prêt est à 3,5 % sur vingt-cinq ans, avec une assurance de 0,25 % par an du capital emprunté. Les loyers progressent de 1 % par an et les charges de 2 %. Les biens sont loués nus au régime réel, par un foyer dont le taux marginal d'imposition (TMI) est de 30 %, auquel s'ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux. Le déficit qui provient des intérêts se reporte dix ans sur les revenus fonciers, le reste s'impute sur le revenu global dans la limite de 10 700 € (Guide de la fiscalité immobilière, Le déficit foncier en détail).
La revente intervient après vingt ans de détention, avec 4 % de frais d'agence à la charge du vendeur et 500 € de diagnostics. La plus-value est imposée à 19 % et à 17,2 % après les abattements de vingt ans, soit 90 % pour l'impôt sur le revenu (IR) et 24,75 % pour les prélèvements sociaux, en retenant les frais d'acquisition réels et le forfait de 15 % pour travaux (service-public.gouv.fr). Le capital restant dû à la vente est de 22 015 € pour A et de 66 046 € pour B.
Les trois hypothèses de prix
Le bien patrimonial n'a de sens que s'il se valorise davantage. Les trois scénarios ci-dessous retiennent donc pour B une évolution supérieure d'un à deux points à celle de A. Ils ne constituent pas une prévision.
| Scénario | Prix de A par an | Prix de B par an | TRI de A | TRI de B |
|---|---|---|---|---|
| Prudent | Moins 1 % | Stables | 2,14 % | Moins 0,08 % |
| Central | Stables | Plus 1,5 % | 4,25 % | 3,50 % |
| Favorable | Plus 1 % | Plus 3 % | 6,10 % | 6,20 % |
Les TRI sont ceux des fonds propres, après impôt sur les loyers et sur la plus-value. Le bien de rendement l'emporte dans les scénarios prudent et central. Le bien patrimonial ne le rejoint que dans le scénario favorable, où sa valeur progresse de 3 % par an pendant vingt ans.
Cash-flow, valorisation et revente dans le scénario central
Le cash-flow année par année
| Année | Cash-flow avant impôt A | Impôt A | Cash-flow après impôt A | Cash-flow avant impôt B | Impôt B | Cash-flow après impôt B |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 474 € | Moins 942 € | 1 416 € | Moins 6 600 € | 0 € | Moins 6 600 € |
| 2 | 509 € | 0 € | 509 € | Moins 6 541 € | 0 € | Moins 6 541 € |
| 5 | 613 € | 1 386 € | Moins 773 € | Moins 6 364 € | 0 € | Moins 6 364 € |
| 10 | 785 € | 1 679 € | Moins 894 € | Moins 6 066 € | 1 081 € | Moins 7 147 € |
| 20 | 1 117 € | 2 387 € | Moins 1 270 € | Moins 5 473 € | 3 015 € | Moins 8 488 € |
| Cumul 20 ans | Moins 15 219 € | Moins 145 287 € |
Le bien A couvre sa mensualité avant impôt, avec environ 42 € par mois la deuxième année. La première année, la déduction des travaux crée un déficit imputé sur le revenu global qui rapporte 942 €. Dès la troisième année, les loyers nets sont imposés à 47,2 % alors que la part d'intérêts baisse, si bien que le cash-flow après impôt devient légèrement négatif. Le bien B demande environ 545 € par mois la deuxième année, puis davantage à partir de la sixième année, lorsque ses déficits reportés s'épuisent.
La revente
| Poste | Bien A, prix stables | Bien B, plus 1,5 % par an |
|---|---|---|
| Prix de vente | 80 000 € | 323 245 € |
| Frais de vente | 3 700 € | 13 430 € |
| Plus-value brute | Moins 22 100 € | 14 615 € |
| Impôt sur la plus-value | 0 € | 2 169 € |
| Capital restant dû | 22 015 € | 66 046 € |
| Produit net de la revente | 54 285 € | 241 600 € |
| Enrichissement total, flux cumulés moins apport | 24 065 € | 76 313 € |
| TRI des fonds propres | 4,25 % | 3,50 % |
Le bien B produit un enrichissement trois fois plus élevé en euros, mais il mobilise 145 287 € d'effort d'épargne en plus de l'apport, contre 15 219 € pour A. Le TRI, qui rapporte l'enrichissement aux sommes engagées et à leur date, classe A devant. Les deux lectures sont justes. Elles répondent à deux priorités différentes.
Ce que le TRI ne dit pas
Le TRI suppose implicitement que les flux intermédiaires sont réinvestis au même taux, ce qui flatte les opérations à flux précoces positifs. Il ne dit rien non plus de la taille de l'enrichissement ni de l'effort nécessaire pour l'obtenir. Dans l'exemple, A et B ont des TRI proches mais des efforts cumulés de 15 219 € et de 145 287 €. Lisez donc toujours le TRI avec le creux de trésorerie, l'enrichissement en euros et la valeur actuelle nette à votre propre taux d'actualisation (chapitre 18).
Le prix de sortie concentre l'incertitude du bien patrimonial. Une hausse de 1,5 % par an pendant vingt ans représente 83 245 € de valeur supplémentaire pour B, soit plus de la moitié de l'effort d'épargne cumulé. Pour A, le produit de la revente provient surtout du capital remboursé par les loyers et non d'une hausse supposée. À prix stables, A garde un TRI de 4,25 % alors que B tombe à moins 0,08 %.
Le point de bascule de la valorisation
Le calcul le plus utile n'est pas le TRI de chaque scénario mais l'évolution des prix de B qui égalise son TRI avec celui de A. Il transforme un débat sur l'avenir du marché en une question précise.
| Évolution des prix de A | TRI de A | Hausse annuelle des prix de B nécessaire pour égaler A |
|---|---|---|
| Moins 1 % par an | 2,14 % | 0,88 % |
| Stables | 4,25 % | 1,90 % |
| Plus 1 % par an | 6,10 % | 2,94 % |
L'écart de valorisation nécessaire est d'environ deux points par an pendant vingt ans. Avec des prix évoluant au même rythme pour les deux biens, A domine B dans tous les cas, avec 2,14 % contre moins 3,10 % à moins 1 % par an et 8,98 % contre 6,20 % à plus 3 % par an. La question devient donc de savoir si des raisons documentées, tirées des données DVF, de l'INSEE et de la démographie locale, permettent de penser que la métropole surperformera la ville moyenne d'environ deux points par an pendant vingt ans (chapitres 80 et 83).
L'effet du levier sur le classement
| Évolution des prix | A avec crédit | A comptant | B avec crédit | B comptant |
|---|---|---|---|---|
| Moins 1 % par an | 2,14 % | 2,04 % | Moins 3,10 % | 0,51 % |
| Stables | 4,25 % | 2,70 % | Moins 0,08 % | 1,32 % |
| Plus 1,5 % par an | 6,90 % | 3,73 % | 3,50 % | 2,54 % |
| Plus 3 % par an | 8,98 % | 4,71 % | 6,20 % | 3,67 % |
Le levier améliore le TRI de A dans tous les scénarios, parce que son rendement net dépasse le coût du crédit. Pour B, il n'améliore le TRI que si les prix progressent. À prix stables, le crédit fait passer B de 1,32 % comptant à un TRI légèrement négatif. Le levier n'inverse pas ici le classement à évolution identique des prix, mais il accentue la dépendance du bien patrimonial à la valorisation, ce que mesure le chapitre 19.
L'effet de la fiscalité sur le classement
| Situation fiscale, scénario central | TRI de A | TRI de B | Classement |
|---|---|---|---|
| Avant impôt | 9,51 % | 4,61 % | A devant |
| Location nue au réel, TMI 11 % | 6,35 % | 3,92 % | A devant |
| Location nue au réel, TMI 30 % | 4,25 % | 3,50 % | A devant |
| Location nue au réel, TMI 41 % | 3,00 % | 3,25 % | B devant |
| Location meublée au réel, TMI 30 % | 6,78 % | 3,97 % | A devant |
| Location meublée au réel, TMI 41 % | 6,63 % | 3,97 % | A devant |
La fiscalité des loyers pèse davantage sur le bien de rendement, dont le revenu imposable est élevé, que sur le bien patrimonial, dont les intérêts absorbent longtemps les loyers. À 41 %, le classement s'inverse en location nue. En location meublée au régime réel, l'amortissement efface presque tout l'impôt annuel et A repasse nettement devant. La variante meublée retient les mêmes loyers et 4 000 € de mobilier, un amortissement de 85 % du prix et des frais sur trente ans, des travaux sur dix ans et du mobilier sur sept ans, ainsi que 18,6 % de prélèvements sociaux. Les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value, qui atteint 5 857 € d'impôt pour A et 10 069 € pour B (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value du loueur en meublé et la réintégration des amortissements).
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026 et en discussion au 26 octobre 2026, plafonne dans son texte initial l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels (LMNP). Aucune de ses mesures n'est adoptée (Guide du bailleur professionnel, La loi de finances et le projet de loi de finances pour 2027). Un classement qui repose sur l'amortissement meublé doit donc être testé sans lui. Le choix entre location nue et meublée est traité au chapitre 49 et le passage au rendement après impôt au chapitre 14.
Une société à l'impôt sur les sociétés (IS) modifie encore le résultat. Elle amortit les deux biens et taxe le bénéfice à un taux proportionnel, mais elle impose la plus-value sur la valeur nette comptable sans abattement pour durée de détention et taxe les dividendes distribués. Elle pénalise donc relativement le bien patrimonial, dont l'enrichissement vient de la revente (Guide des sociétés immobilières, Comparer IR, IS et SARL de famille sur un même projet).
La méthode de décision pas à pas
La comparaison entre un bien de rendement et un bien patrimonial suit toujours les mêmes étapes. Elles valent pour deux biens réels comme pour deux hypothèses de travail.
- Écrire la priorité. Indiquez l'indicateur à maximiser et le seuil acceptable pour les autres, par exemple un effort d'épargne maximal de 300 € par mois.
- Établir le coût total de chaque bien. Prix, frais d'acquisition, travaux et mobilier éventuel (chapitre 22).
- Documenter loyer et vacance. Partez des loyers observés pour des biens comparables et du délai de relocation constaté localement, pas d'une annonce.
- Calculer le cash-flow année par année. Avant puis après impôt, selon le régime fiscal réellement applicable au foyer (chapitre 15).
- Calculer le point de bascule. Cherchez l'évolution des prix du bien patrimonial qui égalise les TRI, puis jugez sa plausibilité.
- Tester la sensibilité. Vacance, taux, prix de sortie et durée de détention, isolément puis combinés (chapitre 24).
- Mesurer le creux de trésorerie. Vérifiez que la réserve du foyer couvre le scénario défavorable sans vente forcée (chapitre 116).
- Décider et dater la revue. Notez les hypothèses retenues pour pouvoir les confronter à la réalité lors de la revue annuelle (chapitre 119).
Les tests de sensibilité
Bien A, vacance et prix
| Vacance annuelle | Prix moins 1 % par an | Prix stables | Prix plus 1 % par an |
|---|---|---|---|
| Deux semaines | 3,0 % | 5,0 % | 6,8 % |
| Un mois | 2,1 % | 4,3 % | 6,1 % |
| Deux mois | 0,4 % | 2,7 % | 4,7 % |
| Trois mois | Moins 1,2 % | 1,3 % | 3,5 % |
Le point mort de vacance de A, au-delà duquel le cash-flow avant impôt devient négatif, est d'environ 1,7 mois par an. Une ville moyenne dont le délai de relocation s'allonge détruit la logique du bien de rendement plus vite qu'une baisse des prix.
Bien B, taux et prix
| Taux du crédit | Prix stables | Prix plus 1,5 % par an | Prix plus 3 % par an |
|---|---|---|---|
| 2,5 % | 1,0 % | 4,3 % | 6,9 % |
| 3,5 % | Moins 0,1 % | 3,5 % | 6,2 % |
| 4,5 % | Moins 1,3 % | 2,4 % | 5,2 % |
Un point de taux coûte environ un point de TRI au bien B. Pour que B s'autofinance avant impôt, son loyer devrait atteindre environ 1 481 € par mois au lieu de 930 €.
Le scénario défavorable combiné
Pour A, le scénario combine trois mois de vacance par an, une baisse des prix de 1 % par an, une hausse de 30 % de la taxe foncière à partir de la troisième année et 8 000 € de travaux imprévus la dixième année. Pour B, il combine des prix stables, un crédit à 4,5 %, un mois de vacance par an et 10 000 € de travaux de copropriété la dixième année.
| Indicateur | Bien A | Bien B |
|---|---|---|
| TRI des fonds propres | Moins 2,74 % | Moins 2,18 % |
| Cash-flow cumulé sur vingt ans | Moins 39 359 € | Moins 178 552 € |
| Produit net de la revente | 40 300 € | 158 345 € |
| Enrichissement total | Moins 14 059 € | Moins 40 206 € |
Les deux biens perdent de l'argent. A perd moins en euros, B perd un peu moins en taux, mais B aura exigé près de 9 000 € par an d'effort d'épargne. Un foyer qui ne peut pas tenir cet effort pendant vingt ans s'expose à une vente forcée, au pire moment du cycle.
Le creux de trésorerie et la réserve
Le bien patrimonial impose de constituer une réserve plus importante, parce que son effort d'épargne s'ajoute aux aléas habituels. Dans le scénario central, l'effort annuel de B approche 6 600 € les premières années. Une réserve de six mois de mensualités et de charges représente environ 8 800 € pour B contre 3 500 € pour A. Un foyer qui perd une partie de ses revenus doit pouvoir continuer à financer B sans vendre, alors que A couvre sa mensualité avant impôt par ses propres loyers.
Un second exemple, la priorité aux revenus
Les hypothèses
L'exemple qui suit est illustratif. Un investisseur de 65 ans dispose de 285 000 € et achète comptant pour compléter sa retraite pendant quinze ans. Il compare trois biens identiques au bien A, pour 285 000 €, avec un bien identique au bien B, pour 260 000 €, complété par 25 000 € placés à 2 % brut et soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. Son TMI est de 30 %.
Le choix du régime fiscal diffère. Les trois biens A totalisent 24 480 € de loyers bruts. Au-delà du plafond de 15 000 € du micro-foncier, ils relèvent du régime réel. Le bien B seul, avec 11 160 € de loyers, peut rester au micro-foncier. Son abattement de 30 % y est plus favorable que les charges réelles (Guide de la fiscalité immobilière, Le micro-foncier en détail).
Les résultats
| Indicateur | Trois biens A | Un bien B et un placement |
|---|---|---|
| Revenu net après impôt, année 2 | 8 764 € | 5 173 € |
| Revenu net après impôt, année 15 | 9 468 € | 5 442 € |
| Revenus cumulés sur quinze ans | 146 918 € | 79 520 € |
| Capital net à 80 ans, scénario prudent | 196 657 € | 254 900 € |
| Capital net à 80 ans, scénario central | 228 900 € | 312 553 € |
| Capital net à 80 ans, scénario favorable | 265 987 € | 369 563 € |
| TRI, scénario prudent | 1,62 % | 1,21 % |
| TRI, scénario central | 2,36 % | 2,40 % |
| TRI, scénario favorable | 3,13 % | 3,40 % |
Le revenu de la première année, gonflé par l'économie d'impôt liée aux travaux, n'est pas retenu comme référence. La priorité aux revenus procure 69 % de revenu annuel en plus avec les trois biens A, au prix d'un capital final plus faible et d'une gestion de trois locataires au lieu d'un. Les TRI restent proches. Le choix dépend donc de ce que l'investisseur veut maximiser, son niveau de vie de 65 à 80 ans ou le capital transmis ou mobilisable pour financer une dépendance (chapitre 132).
Les critères de choix
Les critères ci-dessous ne désignent pas une priorité préférable. Ils permettent de vérifier que la priorité choisie est compatible avec votre situation.
- La capacité d'effort durable. Si le foyer ne peut pas garantir l'effort d'épargne d'un bien patrimonial pendant toute la durée du crédit, la valorisation n'est pas une priorité tenable.
- Le TMI et le régime fiscal. Plus le TMI est élevé en location nue, plus l'avantage du rendement se réduit. Le régime meublé ou une société modifient l'arbitrage.
- L'horizon. Le bien patrimonial suppose une détention longue. Une revente de B au bout de huit ans à prix stables donne un TRI de moins 10,49 %.
- La conviction documentée sur l'écart de valorisation. Elle doit s'appuyer sur des données publiques, pas sur l'image d'une ville.
- Le besoin de revenu. Un revenu nécessaire à court terme oriente vers le rendement, si possible sans crédit.
- Le temps et la liquidité. Le rendement demande souvent plus de gestion et se revend plus lentement (chapitres 9 et 113).
- La suite du patrimoine. Un bien qui s'autofinance préserve la capacité d'emprunt pour l'acquisition suivante.
L'âge et l'horizon
À trente ans, l'horizon permet de supporter un effort d'épargne et d'attendre la valorisation, mais la capacité d'emprunt est précieuse et le rendement la préserve. Entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans, le crédit doit être soldé avant la retraite, ce qui raccourcit les durées et augmente les mensualités du bien patrimonial. Après soixante ans, la priorité aux revenus domine souvent, avec une attention à la liquidité et à la simplicité de transmission (chapitres 5 et 101).
Les situations particulières
Le couple, l'indivision et le démembrement
Un couple marié ou pacsé déclare un seul revenu foncier et un seul TMI, ce qui détermine l'effet de la fiscalité sur le classement. Deux concubins qui achètent en indivision déclarent chacun leur quote-part avec leur propre TMI, si bien que le bien de rendement peut convenir à l'un et pas à l'autre. L'indivision rend aussi la revente du bien patrimonial dépendante de l'accord de tous (Guide de la fiscalité immobilière, L'indivision en fiscalité). En démembrement, l'usufruitier reçoit le rendement et le nu-propriétaire la valorisation, ce qui permet de répartir les deux priorités entre générations.
La famille recomposée
Dans une famille recomposée, la priorité de rendement ou de valorisation se double d'une question de transmission. Un bien patrimonial acquis par un seul membre du couple revient à ses propres enfants, alors que le conjoint a pu contribuer à son effort d'épargne. Un bien de rendement qui produit un revenu au couple pose moins cette difficulté mais reste soumis aux mêmes règles successorales. Le chapitre 105 présente les outils, de la société civile immobilière (SCI) au démembrement.
La société
Une SCI à l'IR suit la fiscalité des associés et ne change pas le classement. Une société à l'IS favorise le bien de rendement dont les loyers sont réinvestis, au détriment du bien patrimonial. Une SCI à l'IR qui louerait en meublé de façon habituelle risque l'assujettissement à l'IS (Guide des sociétés immobilières, Transparence fiscale ou impôt sur les sociétés).
Les non-résidents et l'outre-mer
Un non-résident est imposé en France sur ses revenus fonciers français, avec un taux minimum sauf option pour le taux moyen. Il supporte les prélèvements sociaux ou le seul prélèvement de solidarité selon son affiliation sociale. Le bien de rendement, plus fortement imposé, est le plus sensible à ces règles (Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français). Le bien patrimonial impose en outre de financer un effort d'épargne en euros, avec un risque de change si les revenus sont perçus dans une autre monnaie. En outre-mer, les prix, les loyers, les coûts d'assurance et les risques naturels propres à chaque territoire modifient les deux termes de la comparaison (chapitre 88).
Les types de marché
En zone rurale, le rendement brut peut être plus élevé encore, mais la revente devient l'incertitude principale (chapitre 86). En zone tendue, l'encadrement des loyers peut plafonner le loyer du bien patrimonial et réduire encore son rendement (chapitre 87). Une ville moyenne dépendante d'un seul employeur expose le bien de rendement à un choc de vacance que le test à trois mois mesure.
Les risques de requalification
Le choix d'une priorité ne crée pas de risque de requalification par lui-même, mais certaines façons de la poursuivre s'en approchent. Multiplier les meublés de rendement peut faire franchir le seuil du statut de loueur en meublé professionnel (LMP), qui s'applique lorsque les recettes meublées du foyer dépassent 23 000 € et ses autres revenus d'activité (entreprendre.service-public.gouv.fr). Acheter des biens patrimoniaux pour les revendre rapidement après rénovation peut conduire à une imposition comme marchand de biens (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles). Ajouter des services au logement pour augmenter le loyer peut faire entrer la location dans le champ des activités commerciales (chapitre 7).
Les erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence chiffrée dans les exemples |
|---|---|
| Retenir une hausse de 3 % par an pour B sans la justifier | Produit de revente surestimé de 167 853 € par rapport à des prix stables, TRI de 6,20 % au lieu de moins 0,08 % |
| Négliger la vacance du bien de rendement | Deux mois de vacance au lieu de zéro réduisent le cash-flow cumulé de 16 045 € |
| Comparer des rendements bruts | 10,20 % contre 4,65 % sur le prix, mais 4,25 % contre 3,50 % en TRI après impôt |
| Raisonner avant impôt | Le TRI de A passe de 9,51 % avant impôt à 3,00 % à un TMI de 41 % |
| Revendre le bien patrimonial trop tôt | Revente de B après huit ans à prix stables, TRI de moins 10,49 % |
| Choisir la valorisation sans capacité d'effort | Environ 145 000 € d'effort d'épargne sur vingt ans pour B |
| Comparer des enrichissements en euros sur des capitaux différents | 65 309 € contre 46 313 € comptant, pour 260 000 € contre 95 000 € engagés |
Liste de contrôle
- Votre priorité est écrite, avec l'indicateur à maximiser et ceux à seulement contrôler.
- Les deux biens sont comparés sur leur coût total, frais et travaux compris, plutôt que sur leur prix.
- Le cash-flow est calculé avant et après impôt, année par année, jusqu'à la revente.
- L'effort d'épargne cumulé est compatible avec le budget du foyer sur toute la durée du crédit.
- La hausse des prix nécessaire pour que le bien patrimonial égale le bien de rendement est calculée et confrontée aux données publiques.
- Le classement est vérifié pour votre TMI réel et pour le régime fiscal envisagé, nu, meublé ou société.
- Le TRI est testé avec et sans crédit, avec plusieurs taux et sous un scénario défavorable combiné.
- Le point mort de vacance du bien de rendement et le loyer d'équilibre du bien patrimonial sont connus.
- La durée de détention minimale qui rend l'opération rentable est inférieure à votre horizon réel.
- Les mesures du projet de loi de finances pour 2027 sont suivies sans être tenues pour acquises.
- Le choix est revu lors de la revue annuelle et à chaque changement de TMI, de situation familiale ou de projet (chapitre 119).