Un euro reçu dans quinze ans vaut moins qu'un euro disponible aujourd'hui, parce que l'euro d'aujourd'hui peut être placé, consommé ou servir d'apport à un autre projet. La valeur actuelle nette (VAN) tire la conséquence de cette évidence. Elle ramène tous les flux d'un investissement à la date de la décision, au moyen d'un taux d'actualisation choisi par l'investisseur, puis les additionne. Le résultat dit en euros d'aujourd'hui ce que le projet rapporte de plus, ou de moins, que le placement de référence.
Ce chapitre expose le principe de l'actualisation, les méthodes de choix du taux, la lecture d'une VAN positive ou négative et ses usages. Il compare deux projets que le taux de rendement interne (TRI) et la VAN ne classent pas dans le même ordre, puis traite le rationnement du capital, la sensibilité au taux et un scénario défavorable. Le TRI est présenté au chapitre 17. La méthode des flux actualisés appliquée à l'évaluation d'un immeuble est développée au chapitre 21 et dans le Guide du bailleur professionnel, Évaluer son parc.
Le principe de l'actualisation
La formule
Actualiser un flux, c'est calculer la somme qu'il faudrait placer aujourd'hui au taux d'actualisation pour obtenir ce flux à sa date. La formule est la suivante.
Valeur actuelle d'un flux reçu dans t années = flux divisé par (1 + taux d'actualisation) à la puissance t.
À un taux de 3 %, 100 000 € reçus dans quinze ans valent aujourd'hui environ 64 186 €. À 5 %, ils n'en valent plus que 48 102 €. Plus le taux est élevé et plus le flux est lointain, plus la valeur actuelle est faible.
VAN = somme, pour chaque année t de 0 à n, du flux de l'année t divisé par (1 + taux d'actualisation) à la puissance t.
L'apport initial, versé en année 0, n'est pas actualisé. Les flux suivants sont les cash-flows après impôt du chapitre 15, le dernier incluant le produit net de la revente.
La lecture du résultat
Une VAN positive signifie que le projet rapporte davantage que le placement de référence rémunéré au taux d'actualisation. Son montant mesure cet enrichissement supplémentaire en euros d'aujourd'hui. Une VAN nulle signifie que le projet rapporte exactement le taux d'actualisation, qui est alors égal au TRI. Une VAN négative signifie que le placement de référence aurait fait mieux, même si l'opération dégage un gain nominal.
Le lien avec le TRI
Le TRI est le taux d'actualisation qui annule la VAN. Pour un projet isolé dont les flux changent une seule fois de signe, les deux indicateurs donnent la même réponse. La VAN est positive si et seulement si le TRI dépasse le taux d'actualisation. Les deux peuvent en revanche classer différemment deux projets, parce que le TRI ignore la taille de l'investissement et suppose le réinvestissement des flux à son propre niveau, alors que la VAN mesure un montant et suppose le réinvestissement au taux d'actualisation.
Choisir le taux d'actualisation
Ce que représente le taux
Le taux d'actualisation est le rendement que l'investisseur exige de son argent compte tenu du risque, de l'illiquidité et du temps de gestion du projet. C'est un choix, pas une donnée de marché. Trois approches permettent de le fixer de façon argumentée.
| Approche | Principe | Usage | Limite |
|---|---|---|---|
| Coût d'opportunité | Rendement après impôt du meilleur placement auquel l'investisseur renonce, à risque comparable | Comparer un projet à une alternative concrète | Trouver une alternative de risque réellement comparable |
| Taux sans risque plus primes | Rémunération d'un placement sans risque, majorée de primes pour l'illiquidité, la gestion et le risque propre au projet | Construire un taux cohérent d'un projet à l'autre | Les primes restent des jugements |
| Taux cible personnel | Rendement minimal fixé dans la feuille de route patrimoniale | Filtrer les opportunités selon une règle écrite d'avance | Peut être fixé trop haut ou trop bas sans justification |
Les repères publics
Plusieurs données publiques datées aident à situer le taux. Le livret A, placement liquide et exonéré d'impôt, est rémunéré à 1,7 % depuis le 1er août 2026, selon le Gouvernement sur info.gouv.fr. L'indice des prix à la consommation a progressé de 3,1 % sur un an en septembre 2026 selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) (insee.fr). Le taux moyen des crédits nouveaux à l'habitat, hors renégociations, était de 3,32 % en août 2026 selon la Banque de France. L'indice de référence des loyers (IRL) du troisième trimestre 2026 a progressé de 1,57 % sur un an (insee.fr).
Ces chiffres ne fixent pas le taux à retenir. Ils montrent qu'en octobre 2026 le placement sans risque le plus courant rapporte moins que l'inflation, soit un taux réel d'environ -1,4 %, tandis que le crédit coûte plus que la progression des loyers indexés. Ils évolueront et doivent être actualisés à chaque analyse.
La construction par les primes
La méthode la plus lisible part d'un taux sans risque et ajoute des primes justifiées une à une. Le tableau en donne une construction illustrative. Les primes sont des hypothèses de travail, à adapter au projet et à l'investisseur.
| Composante | Exemple | Justification |
|---|---|---|
| Taux sans risque après impôt | 1,7 % | Rémunération du livret A, liquide et exonéré |
| Prime d'illiquidité | 1 point | Revente en plusieurs mois, frais de sortie |
| Prime de gestion | 0,5 point | Temps et aléas de la gestion locative non valorisés dans les flux |
| Prime de risque propre au projet | 0,5 à 1,5 point | Vacance, travaux, marché local, réglementation |
| Taux obtenu | 3,7 % à 4,7 % |
Un investisseur prudent dont l'alternative réelle est l'épargne réglementée retiendra un taux bas. Un investisseur qui renonce, pour ce projet, à un placement plus rémunérateur ou à un autre projet immobilier retiendra un taux plus élevé. Ce chapitre teste les résultats à 3 % et à 4 %, puis présente la VAN pour des taux de 0 à 8 %.
La cohérence des flux et du taux
Le taux doit être de même nature que les flux. Des flux après impôt s'actualisent à un taux après impôt. Des flux nominaux, qui intègrent l'indexation des loyers et l'évolution des prix, s'actualisent à un taux nominal. Des flux exprimés en euros constants s'actualisent à un taux réel.
Taux réel = (1 + taux nominal) divisé par (1 + inflation), moins 1.
Avec un taux nominal de 4 % et une inflation de 2 %, le taux réel est d'environ 2,0 %. Mélanger un taux réel et des flux nominaux surestime fortement la VAN, comme le montre la section des erreurs.
La méthode pas à pas
- Écrivez l'usage alternatif réel de l'apport, c'est-à-dire ce que vous feriez de cet argent sans le projet.
- Construisez le taux d'actualisation à partir de cet usage ou d'un taux sans risque majoré de primes justifiées, puis notez-le avant tout calcul.
- Établissez les flux des fonds propres après impôt année par année, du versement de l'apport au produit net de la revente (chapitre 17).
- Vérifiez que les flux et le taux sont de même nature, nominaux ou réels, avant ou après impôt.
- Calculez la VAN au taux retenu, puis à un point au-dessous et à un point au-dessus.
- Pour comparer plusieurs projets, ramenez-les au même horizon et calculez le taux de croisement de leurs VAN.
- Lorsque l'apport ou la capacité d'emprunt est limité, calculez l'indice de profitabilité de chaque projet et comparez les combinaisons réalisables.
- Croisez la VAN avec le prix de sortie et la variable de risque principale du projet, puis chiffrez le scénario défavorable combiné.
- Décidez en fonction de la VAN au taux retenu, de la perte supportable dans le scénario défavorable et des critères non financiers de la grille de décision (chapitre 25).
Deux projets classés différemment
Les hypothèses
Les deux projets sont des illustrations fondées sur des hypothèses. Ils sont étudiés sur quinze ans, en location nue au régime réel, avec un taux marginal d'imposition (TMI) de 30 % et des prélèvements sociaux de 17,2 %. Le crédit est contracté sur vingt ans à 3,30 % avec une assurance de 0,30 % par an. Les loyers sont indexés de 1,5 % par an, les charges de 2 % et les frais de vente atteignent 4 %. Les évolutions de prix sont des hypothèses de travail et non des prévisions.
| Poste | Projet A, studio en ville moyenne | Projet B, maison en périphérie de métropole |
|---|---|---|
| Prix | 72 000 € | 240 000 € |
| Frais d'acquisition | 6 000 € | 18 500 € |
| Travaux | 4 000 € | 12 000 € |
| Frais de garantie | 900 € | 2 000 € |
| Emprunt | 72 000 € | 150 000 € |
| Apport | 10 900 € | 122 500 € |
| Mensualité hors assurance | 410,21 € | 854,60 € |
| Loyer mensuel | 520 €, soit 8,7 % du prix | 1 250 €, soit 6,25 % du prix |
| Vacance | 7 % | 3 % |
| Taxe foncière et autres charges | 600 € et 900 € | 1 500 € et 1 300 € |
| Évolution du prix | Hausse de 1 % par an | Hausse de 1,5 % par an |
Les résultats
| Indicateur sur quinze ans | Projet A | Projet B |
|---|---|---|
| TRI des fonds propres après impôt | 5,1 % | 3,6 % |
| Somme des flux | 21 775 € | 92 614 € |
| Effort d'épargne cumulé | 24 536 € | 26 607 € |
| Valeur de revente | 83 590 € | 300 056 € |
| Capital restant dû | 22 661 € | 47 210 € |
| Produit net de la revente | 57 212 € | 240 065 € |
Le projet A procure un TRI plus élevé avec un apport réduit, le projet B un gain nominal plus de quatre fois supérieur. Aucun impôt de plus-value n'est dû dans les deux cas, grâce au forfait de 15 % pour travaux, aux frais d'acquisition et aux abattements pour durée de détention (Guide de la fiscalité immobilière, Les abattements pour durée de détention).
La VAN selon le taux
| Taux d'actualisation | VAN du projet A | VAN du projet B | Écart B moins A |
|---|---|---|---|
| 0 % | 21 775 € | 92 614 € | 70 839 € |
| 1 % | 15 858 € | 61 594 € | 45 736 € |
| 2 % | 10 887 € | 35 205 € | 24 318 € |
| 3 % | 6 709 € | 12 725 € | 6 016 € |
| 4 % | 3 197 € | -6 449 € | -9 646 € |
| 5 % | 246 € | -22 826 € | -23 071 € |
| 6 % | -2 234 € | -36 828 € | -34 594 € |
| 8 % | -6 064 € | -59 090 € | -53 026 € |
Lecture
Le TRI place le projet A devant, avec 5,1 % contre 3,6 %. La VAN place le projet B devant tant que le taux d'actualisation reste inférieur à 3,4 %, taux auquel les deux VAN sont égales. Au-delà, le projet A redevient préférable. La VAN du projet B devient négative dès que le taux dépasse son TRI de 3,6 %.
Le conflit a deux causes, dont la première est la taille. Le projet B mobilise 122 500 € d'apport contre 10 900 €, si bien qu'un rendement plus faible sur une somme plus élevée produit davantage d'euros. La seconde est le calendrier. Le projet B concentre sa valeur dans la revente, 240 065 € dans quinze ans, que l'actualisation pénalise fortement lorsque le taux monte. À 3 %, la valeur actuelle de cette revente atteint 154 089 €, contre 36 722 € pour le projet A.
Le bon classement dépend donc de ce que l'investisseur ferait des 111 600 € d'apport supplémentaires du projet B. S'il peut les placer à 4 % ou plus avec un risque comparable, le projet A complété par ce placement l'emporte. S'il ne dispose que de placements à 3 % ou moins, le projet B crée plus de valeur. C'est exactement ce que mesure le taux d'actualisation.
Le rationnement du capital
Le problème
Un investisseur dispose rarement d'un capital illimité. Lorsque l'apport disponible ne permet pas de réaliser tous les projets à VAN positive, il faut choisir la combinaison qui maximise la VAN totale. L'indice de profitabilité aide à ce choix.
Indice de profitabilité = VAN divisée par l'apport engagé.
Le deuxième exemple
Un investisseur dispose de 140 000 € et retient un taux d'actualisation de 3 %. Aux projets A et B s'ajoute un projet C, un trois-pièces en ville moyenne acheté 135 000 €, avec 10 500 € de frais, 9 000 € de travaux, 1 500 € de frais de garantie, un emprunt de 100 000 € et un loyer de 800 € par mois, soit 7,1 % du prix. Ses autres hypothèses sont celles du projet A, avec une vacance de 5 %, une taxe foncière de 1 000 € et 1 000 € d'autres charges. Son TRI ressort à 3,3 %.
| Projet | Apport | VAN à 3 % | Indice de profitabilité | TRI |
|---|---|---|---|---|
| A | 10 900 € | 6 709 € | 0,62 | 5,1 % |
| B | 122 500 € | 12 725 € | 0,10 | 3,6 % |
| C | 56 000 € | 2 683 € | 0,05 | 3,3 % |
| Combinaison | Apport total | VAN totale | Solde placé à 3 % |
|---|---|---|---|
| A seul | 10 900 € | 6 709 € | 129 100 € |
| B seul | 122 500 € | 12 725 € | 17 500 € |
| C seul | 56 000 € | 2 683 € | 84 000 € |
| A et B | 133 400 € | 19 434 € | 6 600 € |
| A et C | 66 900 € | 9 392 € | 73 100 € |
Le solde non investi est supposé placé au taux d'actualisation, ce qui lui donne une VAN nulle par construction. La combinaison A et B maximise la VAN. Elle correspond ici à l'ordre de l'indice de profitabilité, mais ce n'est pas toujours le cas lorsque les projets sont indivisibles et que l'enveloppe ne peut pas être remplie exactement. Il faut alors comparer les combinaisons possibles, comme dans le tableau.
Cet exemple ne tient pas compte de la capacité d'emprunt, qui limite souvent davantage que l'apport. Les normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) plafonnent le taux d'endettement et la durée des crédits (Guide du bailleur professionnel, Les normes HCSF et le bailleur professionnel). Lorsque la dette est la ressource rare, l'indice se calcule aussi en rapportant la VAN au montant emprunté (chapitre 26).
Tests de sensibilité
La VAN du projet B selon le taux et le prix de sortie
| Évolution du prix | VAN à 2 % | VAN à 3 % | VAN à 4 % | VAN à 5 % | VAN à 6 % | TRI |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Baisse de 1 % par an | -31 589 € | -44 976 € | -56 366 € | -66 067 € | -74 339 € | 0,1 % |
| Stabilité | -7 632 € | -24 280 € | -38 462 € | -50 558 € | -60 885 € | 1,6 % |
| Hausse de 1 % par an | 19 924 € | -475 € | -17 869 € | -32 718 € | -45 410 € | 3,0 % |
| Hausse de 1,5 % par an | 35 205 € | 12 725 € | -6 449 € | -22 826 € | -36 828 € | 3,6 % |
| Hausse de 2 % par an | 49 033 € | 24 671 € | 3 885 € | -13 873 € | -29 063 € | 4,2 % |
Au taux de 4 %, le projet B ne crée de valeur qu'avec une hausse de prix supérieure à 1,80 % par an, comme le montre le point mort ci-dessous. Sa VAN est très sensible au taux comme au prix, parce que l'essentiel de sa valeur se trouve dans la revente lointaine.
La VAN du projet A selon le taux et la vacance
| Vacance | VAN à 2 % | VAN à 3 % | VAN à 4 % | VAN à 5 % | VAN à 6 % | TRI |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 0 % | 14 172 € | 9 757 € | 6 032 € | 2 890 € | 238 € | 6,1 % |
| 7 % | 10 887 € | 6 709 € | 3 197 € | 246 € | -2 234 € | 5,1 % |
| 15 % | 7 095 € | 3 188 € | -81 € | -2 814 € | -5 097 € | 4,0 % |
| 25 % | 2 293 € | -1 275 € | -4 240 € | -6 700 € | -8 737 € | 2,6 % |
Le projet A dépend davantage de la vacance, qui atteint facilement 15 % pour un studio en ville moyenne lorsque la demande locale faiblit. À 4 %, sa VAN devient alors légèrement négative.
Le point mort
Le point mort est l'évolution annuelle du prix qui annule la VAN. À un taux de 4 %, il atteint 0,50 % par an pour le projet A, soit une revente à 77 592 € après quinze ans pour un achat à 72 000 €. Il atteint 1,80 % par an pour le projet B, soit une revente à 313 670 € pour un achat à 240 000 €. Le projet B exige donc une valorisation nettement plus forte pour justifier son apport.
Le scénario défavorable combiné
Le scénario défavorable cumule, pour chaque projet, un taux de crédit supérieur d'un point, une vacance majorée de huit points, une taxe foncière supérieure de 30 %, des travaux imprévus de 8 000 € la septième année et un prix de revente inférieur de 15 % à l'hypothèse centrale. La VAN est calculée à 4 %.
| Indicateur | Projet A | Projet B |
|---|---|---|
| VAN centrale à 4 % | 3 197 € | -6 449 € |
| VAN défavorable à 4 % | -14 817 € | -50 880 € |
| TRI défavorable | -1,5 % | 0,9 % |
| Effort cumulé défavorable | 38 450 € | 50 124 € |
| Valeur de revente défavorable | 71 051 € | 255 047 € |
Le projet A perd davantage en proportion de son apport, puisque son TRI devient négatif. Le projet B perd davantage en euros, plus de 44 000 € de VAN, mais conserve un TRI positif grâce à son apport important. Le choix entre les deux dépend donc aussi de la perte que l'investisseur est en mesure de supporter (chapitre 3).
Les usages de la VAN au-delà de l'achat
La VAN s'applique à toute décision qui déplace des flux dans le temps. Elle compare un régime fiscal qui paie moins d'impôt aujourd'hui et davantage à la sortie, comme la détention en société à l'impôt sur les sociétés (IS), à un régime transparent. Le Guide des sociétés immobilières, Comparer IR, IS et SARL de famille sur un même projet montre qu'un écart nominal de 56 833 € entre deux régimes se réduit à environ 11 700 € une fois actualisé à 3 %.
Elle sert aussi à décider d'un remboursement anticipé, dont la VAN se compare à celle d'un placement de la même somme (chapitre 34), d'un programme de rénovation énergétique, dont le coût immédiat se compare aux loyers préservés et à la valeur gagnée (chapitre 72), ou d'un arbitrage entre garder et vendre un bien (chapitre 120). Dans tous ces cas, la VAN répond à la même question, à savoir quelle décision laisse le plus de valeur aujourd'hui au taux exigé.
Les situations particulières
Couples, familles recomposées et indivision
Deux membres d'un couple marié ou pacsé partagent en général le même foyer fiscal et les mêmes alternatives de placement, donc un taux d'actualisation commun. Deux concubins peuvent avoir des TMI, des horizons et des alternatives différents. Le même projet n'a alors pas la même VAN pour chacun, ce qui explique des désaccords pourtant rationnels. Il en va de même entre indivisaires, entre un parent et ses enfants dans une société familiale ou entre les deux branches d'une famille recomposée. Expliciter le taux de chacun permet de comprendre ces divergences avant de les arbitrer (chapitres 105 et 131).
Démembrement
La valeur d'une nue-propriété est par nature une valeur actualisée, celle de la pleine propriété future diminuée des revenus abandonnés à l'usufruitier. La valeur fiscale de l'usufruit et de la nue-propriété résulte en revanche d'un barème légal qui ne dépend pas du taux d'actualisation de l'investisseur (Guide de la fiscalité immobilière, Le démembrement de propriété en fiscalité). L'écart entre la valeur économique et la valeur fiscale peut créer un intérêt ou un coût selon le sens de l'opération. Ces montages sont étudiés aux chapitres 58 et 59 et, dès qu'ils approchent l'abus de droit au sens des articles L64 et L64 A du livre des procédures fiscales, dans le Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal.
Détention en société
Dans une société civile immobilière (SCI) à l'impôt sur le revenu, la VAN se calcule sur les flux des associés comme en détention directe, frais de structure en plus. Dans une société à l'IS, elle se calcule à deux niveaux. Le premier niveau est celui de la société, utile pour comparer les projets qu'elle peut financer. Le second est celui de l'associé, qui intègre l'imposition des distributions et le remboursement des comptes courants. Seul le second mesure l'enrichissement de l'investisseur (Guide des sociétés immobilières, Transparence fiscale ou impôt sur les sociétés).
Location meublée et requalification
En location meublée au régime réel, l'amortissement réduit l'impôt pendant la détention, mais les amortissements déduits sont retranchés du prix d'acquisition pour calculer la plus-value du loueur en meublé non professionnel (LMNP), sauf exceptions (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value du loueur en meublé et la réintégration des amortissements). La VAN mesure précisément cet arbitrage entre un impôt économisé tôt et un impôt payé tard. Une stratégie qui accumulerait les biens meublés pour maximiser ce décalage doit aussi vérifier le seuil de la location meublée professionnelle (Guide de la fiscalité immobilière, La frontière entre LMNP et LMP). Une rotation rapide des biens destinée à capter des plus-values expose de son côté à la requalification en marchand de biens (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles).
Non-résidents et outre-mer
Un non-résident supporte en France un impôt sur les revenus fonciers au moins égal à un taux minimum, sauf option pour le taux moyen. Il perçoit souvent ses revenus dans une autre monnaie que celle de ses dépenses (Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français). Le risque de change et la difficulté de gérer à distance justifient une prime supplémentaire dans le taux d'actualisation. En outre-mer, la profondeur plus faible du marché de revente et les risques climatiques peuvent justifier une prime d'illiquidité et de risque plus élevée, à documenter avec des données locales (chapitres 88 et 92).
Selon les marchés
Le taux d'actualisation intègre le risque du marché. Un bien de centre de métropole, liquide mais peu rentable, appelle une prime d'illiquidité faible et une VAN qui dépend surtout de la revente. Un bien en zone rurale, rentable mais difficile à revendre, appelle une prime plus élevée. En zone tendue, la régulation des loyers et les règles locales ajoutent un risque réglementaire. Appliquer le même taux à tous les marchés revient à ignorer ces différences (chapitres 84 à 87).
L'âge, l'horizon et le profil
L'horizon et l'âge modifient le taux comme les flux. Un investisseur jeune, qui n'a pas besoin de revenus avant longtemps, peut retenir un taux plus bas et accepter des projets dont la valeur se situe dans la revente lointaine. Un investisseur proche de la retraite valorise davantage les revenus proches et retient souvent un taux plus élevé. Pour lui, le flux de sortie est parfois la valeur transmise à ses héritiers, nette des droits de succession, plutôt qu'un prix de vente (chapitres 129 et 130).
Les deux projets de l'exemple illustrent deux stratégies dont les exigences diffèrent. Le tableau les résume.
| Critère | Projet A, rendement en ville moyenne | Projet B, patrimoine en périphérie de métropole |
|---|---|---|
| Capital requis | Faible apport, réserve pour vacance | Apport élevé, réserve plus faible |
| Temps de gestion | Plus élevé, rotation des locataires | Plus faible, locataires stables |
| Horizon | Moyen terme possible | Long terme nécessaire |
| Liquidité | Marché de revente plus étroit | Marché plus profond |
| Risque principal | Vacance et demande locale | Prix de revente et taux d'actualisation |
| Cesse de créer de la valeur si | La vacance dépasse environ 15 % au taux de 4 % | Le prix progresse de moins de 1,80 % par an au taux de 4 % |
Aucune de ces stratégies n'est préférable en soi. La VAN au taux retenu, la perte supportable et l'usage alternatif de l'apport départagent les projets pour un investisseur donné.
Le projet de loi de finances pour 2027
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026. Des amendements portant sur le régime des plus-values immobilières des particuliers ont été débattus, sans qu'aucune mesure soit adoptée à cette date. Les VAN de ce chapitre reposent sur le régime en vigueur. Une modification des abattements toucherait surtout les projets dont la valeur se concentre dans une revente avec plus-value imposable, comme le projet B dans les scénarios de hausse de prix.
Les erreurs fréquentes
- Actualiser des flux nominaux à un taux réel. Au taux de 2 %, présenté à tort comme un taux réel, la VAN du projet B atteint 35 205 €. Au taux nominal de 4 % retenu par l'investisseur, elle est de -6 449 €.
- Choisir le taux après avoir vu le résultat. Entre 3 % et 4 %, la VAN du projet B passe de 12 725 € à -6 449 €. Fixez le taux avant l'analyse.
- Classer des projets de tailles différentes sur leur TRI. Le projet A affiche le meilleur TRI mais la plus faible VAN à 3 %, 6 709 € contre 12 725 €.
- Comparer des VAN calculées sur des durées différentes. À 4 %, la VAN du projet B vaut -12 682 € sur dix ans, -6 449 € sur quinze ans et -4 808 € sur vingt ans. Les projets se comparent sur le même horizon.
- Actualiser au taux du crédit. Retenir 3,32 %, le taux moyen des crédits à l'habitat, comme exigence de rendement des fonds propres ignore le risque que ceux-ci supportent.
- Oublier le capital non investi. Dans le rationnement, le solde placé au taux d'actualisation a une VAN nulle. Le compter comme une perte fausse la comparaison des combinaisons.
- Ignorer la sensibilité au prix de revente. Pour le projet B, une hausse de 1 % par an au lieu de 1,5 % fait passer la VAN à 3 % de 12 725 € à -475 €.
Liste de contrôle
- Le taux d'actualisation est fixé avant l'analyse et sa construction est écrite.
- Le taux est de même nature que les flux, après impôt et nominal ou réel.
- Les repères publics de taux et d'inflation utilisés sont datés et sourcés.
- La VAN est présentée pour au moins trois taux d'actualisation.
- Les projets comparés le sont sur le même horizon.
- Lorsque le TRI et la VAN divergent, le taux de croisement est calculé.
- En cas de capital limité, l'indice de profitabilité et les combinaisons possibles sont examinés.
- Un tableau croise le taux d'actualisation avec le prix de sortie ou la vacance.
- Le point mort et un scénario défavorable combiné sont chiffrés.
- La situation du couple, de l'indivision, de la société ou du non-résident est intégrée au taux ou aux flux.
- Les risques de requalification sont examinés pour toute stratégie fondée sur un décalage d'impôt ou une rotation rapide.
- Aucune mesure du projet de loi de finances pour 2027 n'est intégrée comme adoptée.