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Guide des stratégies immobilières, chapitre 26

La capacité d'emprunt de l'investisseur

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Pour la plupart des investisseurs, la contrainte qui arrête la constitution d'un patrimoine n'est ni le prix des biens ni le niveau des taux, mais la capacité d'emprunt. Elle dépend de normes fixées par le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), de la politique propre à chaque banque et de ce que le budget du foyer peut réellement supporter. Ces trois limites ne coïncident pas et un investisseur avisé raisonne sur la plus basse des trois.

Ce chapitre explique comment calculer sa capacité, pourquoi chaque acquisition à crédit la consomme même lorsque le bien semble s'autofinancer et quels leviers permettent de la reconstituer, avec leur coût. Les règles détaillées sont exposées dans le Guide du bailleur privé, Financer son investissement locatif et dans le Guide du bailleur professionnel, Les normes HCSF et le bailleur professionnel. Ce chapitre se concentre sur la décision.

Les trois plafonds de la capacité d'emprunt

Le plafond réglementaire

Le HCSF impose aux banques des critères d'octroi des crédits immobiliers par sa décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, applicable depuis le 1er janvier 2022 et modifiée en 2023 (legifrance.gouv.fr). La décision s'adresse aux banques et non aux emprunteurs. Elle fixe un taux d'effort et une durée maximaux, mais permet à chaque établissement d'y déroger pour une part limitée de sa production.

CritèreRègle en vigueur au 26 octobre 2026
Taux d'effort35 % au plus, assurance emprunteur comprise lorsqu'elle est exigée
Durée25 ans au plus, 27 ans avec un différé justifié par une entrée en jouissance décalée
Marge de flexibilité20 % de la production trimestrielle de chaque banque
Part réservée à la résidence principaleAu moins 70 % de la marge, dont au moins 30 % pour les primo-accédants
Part libre, notamment pour l'investissement locatif30 % de la marge, soit 6 % de la production trimestrielle

Ces critères sont décrits sur la page du HCSF consacrée à la mesure, hébergée par economie.gouv.fr. Pour un achat dans l'ancien, le différé qui porte la durée à vingt-sept ans suppose des travaux représentant au moins 10 % du coût total de l'opération, seuil fixé par la décision D-HCSF-2023-6 du 18 décembre 2023 (Guide du bailleur professionnel, Les normes HCSF et le bailleur professionnel).

Le plafond de la banque

Chaque banque ajoute ses propres critères. Elle choisit la part des loyers qu'elle retient, apprécie le reste à vivre, exige un apport minimal, regarde l'épargne résiduelle et la stabilité des revenus. Deux banques peuvent ainsi donner des réponses opposées sur un même dossier conforme aux normes, ou accepter un dossier non conforme au titre de leur marge de flexibilité.

Le plafond du foyer

Le troisième plafond est le vôtre. Il correspond à l'effort d'épargne que le foyer peut supporter sans danger, y compris en cas de vacance, de travaux ou de baisse de revenus (chapitres 16 et 24). Ce plafond est souvent plus bas que celui des banques, car celles-ci raisonnent à la date d'octroi alors que vous supporterez le crédit pendant vingt ou vingt-cinq ans.

Ce que disent les données publiques

Selon le communiqué publié par le HCSF à l'issue de sa séance du 15 septembre 2026, le taux d'effort moyen des nouveaux crédits à l'habitat s'établissait à 30,9 % en juin 2026 et leur durée moyenne à 22,7 ans. La marge de flexibilité était utilisée à hauteur de 18,1 % au deuxième trimestre 2026, contre 16,0 % un an plus tôt. Le communiqué n'annonce aucune modification de la norme. Le HCSF réexamine ses mesures chaque trimestre, si bien que la version en vigueur doit être vérifiée avant chaque plan d'acquisition.

Selon la Banque de France, le taux moyen des crédits nouveaux à l'habitat, hors renégociations, était de 3,32 % en août 2026, chiffre provisoire publié le 6 octobre 2026. Le taux de l'usure applicable du 1er octobre 2026 aux prêts immobiliers à taux fixe est de 4,68 % pour une durée de dix à moins de vingt ans et de 5,40 % pour vingt ans et plus (service-public.gouv.fr). Le taux annuel effectif global du prêt, assurance comprise, ne peut pas dépasser ce seuil.

Le rapport du Comité consultatif du secteur financier (CCSF) sur le financement de l'acquisition de la résidence principale, adopté le 2 juin 2026 et publié par la Banque de France, indique que les taux fixes représentent 99 % de la production. Il exclut l'investissement locatif de son champ et ne fournit donc pas de données propres aux investisseurs. Les moyennes nationales décrivent surtout des accédants à la propriété et ne doivent pas servir de référence directe pour un dossier locatif.

Les normes du HCSF ne relèvent pas de la loi de finances. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026 et en discussion au 26 octobre 2026, ne peut donc pas les modifier directement. Ses mesures fiscales peuvent en revanche changer la rentabilité des projets financés (Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027).

Calculer sa capacité pas à pas

La formule du taux d'effort

Le taux d'effort est égal aux charges annuelles d'emprunt divisées par les revenus annuels. Les charges comprennent toutes les échéances de crédit du foyer, nouveau prêt compris, assurance exigée incluse, en retenant l'année la plus chargée de toute la durée. Les revenus correspondent au revenu net avant impôt, auquel la banque ajoute une part des loyers bruts, avant abattements et charges.

Le calcul dit différentiel, qui soustrayait les loyers des mensualités au lieu de les ajouter aux revenus, est exclu par le HCSF. Il donnait un taux d'effort plus faible et sert encore parfois de raisonnement intuitif. C'est une source fréquente de mauvaise surprise au rendez-vous bancaire.

La procédure

  1. Additionnez les revenus nets avant impôt du foyer emprunteur, en écartant les revenus exceptionnels.
  2. Ajoutez les loyers retenus, c'est-à-dire les loyers bruts des biens déjà loués et du bien à financer, multipliés par la part retenue par la banque. L'exemple de ce chapitre retient 70 %, hypothèse courante mais propre à chaque établissement.
  3. Additionnez les charges existantes, y compris les crédits à la consommation, les prêts souscrits auprès d'autres banques et la part qui vous revient dans les prêts d'une société civile immobilière (SCI).
  4. Calculez la mensualité maximale disponible, égale à 35 % des revenus retenus diminués des charges existantes.
  5. Convertissez cette mensualité en capital selon le taux, la durée et l'assurance.
  6. Calculez le reste à vivre après toutes les charges de crédit et comparez-le au budget réel du foyer.
  7. Recommencez le calcul dans le scénario défavorable, avec des revenus réduits et des loyers diminués de la vacance.

Pourquoi chaque acquisition consomme de la capacité

Avec une décote de 30 %, chaque euro de loyer n'ajoute que 0,70 € aux revenus retenus. Pour ne pas augmenter un taux d'effort déjà égal à 35 %, la mensualité du nouveau prêt ne doit pas dépasser 35 % de ces 0,70 €, soit 24,5 % du loyer. Pour un studio loué 480 €, la mensualité neutre serait de 117,60 €, alors qu'un financement à crédit sur vingt ans coûte plusieurs fois plus.

En pratique, presque toute acquisition financée à crédit augmente le taux d'effort, même si le loyer couvre la mensualité. C'est la raison pour laquelle un investisseur salarié atteint souvent la norme après deux ou trois biens, quelle que soit leur rentabilité (Guide du bailleur privé, Constituer un patrimoine locatif étape par étape).

Un premier exemple, un couple qui atteint sa limite

La situation

L'exemple qui suit est illustratif. Les montants sont des hypothèses et ne valent pas calcul pour une situation réelle.

Un couple marié de 38 et 36 ans, avec deux enfants, perçoit 2 900 € et 2 300 € de revenus nets mensuels avant impôt, soit 5 200 €. Il rembourse le prêt de sa résidence principale, 1 100 € par mois assurance comprise, contracté à 1,5 % avec 172 000 € de capital restant dû sur quinze ans. Il détient un studio loué 520 € par mois, financé par un prêt de 480 € par mois. Il rembourse aussi un crédit automobile de 250 € par mois pendant encore deux ans. Sa banque retient 70 % des loyers.

ÉlémentMontant mensuel
Revenus nets avant impôt5 200,00 €
Loyers retenus, 70 % de 520 €364,00 €
Revenus retenus5 564,00 €
Charges d'emprunt1 830,00 €
Taux d'effort actuel32,89 %
Mensualité encore disponible à 35 %117,40 €

Le projet

Le couple souhaite acheter un deux-pièces de 150 000 €, avec 11 250 € de frais d'acquisition et 5 000 € de travaux, soit 166 250 €. Il apporte 15 000 € et emprunte 151 250 € sur vingt ans au taux supposé de 3,45 %, avec une assurance de 0,30 % par an du capital initial. Le logement sera loué 700 € par mois.

ÉlémentAvant l'opérationAprès l'opération
Revenus retenus5 564,00 €6 054,00 €
Charges d'emprunt1 830,00 €2 741,12 €
Taux d'effort32,89 %45,28 %

La nouvelle mensualité atteint 873,31 € hors assurance et 911,12 € assurance comprise. Avec le loyer du projet, la mensualité compatible avec la norme n'est que de 288,90 €, ce qui correspond à un emprunt d'environ 47 960 € sur vingt ans ou 54 410 € sur vingt-cinq ans. Le calcul différentiel, exclu, aurait affiché 36,29 %, un niveau proche de la norme qui aurait donné une fausse impression de faisabilité.

Le reste à vivre

Après l'opération, le reste à vivre calculé avec les loyers pleins passerait de 3 890 € à environ 3 679 € par mois. Il tomberait à 3 313 € avec les loyers retenus. Pour quatre personnes, ce montant paraît confortable, ce qui montre que le taux d'effort et le reste à vivre mesurent des choses différentes. Le premier traduit une norme prudentielle uniforme, le second la capacité réelle du foyer à vivre une fois les crédits payés.

Aucun texte ne fixe de seuil de reste à vivre. Chaque banque applique le sien et le juge en fonction de la composition du foyer et du coût de la vie local. Un reste à vivre élevé ne compense pas un taux d'effort hors norme, mais il facilite l'accès à la marge de flexibilité.

Les leviers pour reconstituer la capacité

Les leviers isolés

Le tableau mesure l'effet de chaque levier, pris isolément, sur le taux d'effort de 45,28 %. Les hypothèses de chaque ligne sont des choix de l'exemple.

LevierHypothèseTaux d'effort
Allongement à vingt-cinq ansTaux supposé de 3,60 %, mensualité de 803,14 €43,49 %
Délégation d'assuranceAssurance du nouveau prêt ramenée à 0,10 % par an44,86 %
Rachat du prêt de la résidence principaleAllongement à vingt-deux ans au taux de 3,3 %, échéance réduite de 150,44 €42,79 %
Fin du crédit automobileAttente de deux ans41,15 %
Vente du studioLoyer et échéance supprimés39,74 %
Vente du studio avec réemploi40 000 € de produit net en apport, prêt ramené à 111 250 €35,50 %
Apport supplémentaire seulEnviron 103 290 € sur vingt ans35,00 %

Aucun levier isolé ne suffit, sauf un apport supplémentaire de plus de 100 000 € que le couple n'a pas. Le rachat du prêt de la résidence principale est particulièrement coûteux. Ce prêt à 1,5 % coûte encore environ 20 180 € d'intérêts sur quinze ans, contre environ 70 150 € pour un nouveau prêt à 3,3 % sur vingt-deux ans, soit un surcoût de près de 50 000 € pour gagner 150 € de capacité mensuelle.

Les combinaisons

CombinaisonContenuTaux d'effort
PremièreFin du crédit automobile, vingt-cinq ans et délégation d'assurance38,95 %
DeuxièmeVente du studio, 40 000 € d'apport et vingt-cinq ans34,11 %
TroisièmeDeuxième combinaison après la fin du crédit automobile29,71 %

La vente du studio avec réemploi du produit, combinée à une durée de vingt-cinq ans, ramène le dossier sous la norme. Le couple remplace alors un petit bien par un plus grand, sans augmenter le nombre de lots. Cet arbitrage a un coût, avec les frais de vente, l'éventuel impôt sur la plus-value et les frais d'acquisition du nouveau bien, qui doit être comparé au gain attendu (chapitre 122). La troisième ligne montre qu'attendre deux ans la fin du crédit automobile donne une marge supplémentaire de plus de quatre points.

Les autres leviers

Plusieurs leviers n'apparaissent pas dans le tableau, car ils dépendent de la situation de chacun. Ils se chiffrent de la même façon, en comparant leur coût au gain de capacité.

  • Le prêt relais. Il est exclu du champ de la décision du HCSF, qui retire son capital des charges retenues. Il permet d'acheter avant de vendre, au prix d'un risque de prix et de délai sur la vente.
  • La renégociation et le rachat. Ils sont exclus du champ et ne consomment pas la marge de flexibilité. Leur intérêt dépend du taux du prêt existant, comme le montre le surcoût du rachat dans l'exemple.
  • L'augmentation des revenus. Une hausse de salaire, un co-emprunteur supplémentaire ou des revenus locatifs plus élevés augmentent la capacité, avec un effet décalé dans le temps.
  • La marge de flexibilité. Un dossier non conforme peut être accepté dans la part libre de 6 %. L'accès dépend de la relation bancaire et du moment du trimestre (Guide du bailleur professionnel, La relation avec les banques).
  • Le crédit professionnel. Lorsque l'activité de location meublée est exercée à titre professionnel et documentée, certaines banques instruisent le dossier selon la capacité de remboursement de l'activité. Ce n'est pas un droit et les conditions diffèrent du crédit aux particuliers.

Le recours à une société

Créer une société à l'impôt sur les sociétés (IS) pour emprunter est souvent présenté comme un moyen d'échapper au taux d'effort. La banque demande pourtant presque toujours la caution personnelle des associés et analyse leur situation. Pour une SCI transparente, la foire aux questions du HCSF permet d'apprécier le taux d'effort comme pour des co-emprunteurs. Une société créée dans le seul but du financement peut coûter davantage, à la revente ou à la transmission, que le crédit qu'elle permet d'obtenir (Guide des sociétés immobilières, Quand ne pas créer de société).

Un second exemple, enchaîner les acquisitions

Un célibataire locataire

Un célibataire de 30 ans, locataire de sa résidence principale, perçoit 3 400 € de revenus nets mensuels avant impôt et n'a aucun crédit. Il achète successivement des studios dont le coût total est d'environ 90 000 €, en apportant 5 000 € et en empruntant 85 000 € sur vingt ans au taux supposé de 3,45 %, avec 0,30 % d'assurance. Chaque studio est loué 480 € par mois. L'exemple est illustratif.

Nombre de studiosRevenus retenusCharges d'empruntTaux d'effort
03 400,00 €0,00 €0,00 %
13 736,00 €512,03 €13,71 %
24 072,00 €1 024,07 €25,15 %
34 408,00 €1 536,10 €34,85 %
44 744,00 €2 048,14 €43,17 %

Le troisième studio porte le taux d'effort à 34,85 %, juste sous la norme. Le quatrième la dépasse nettement. Chaque studio coûte 512,03 € par mois pour un loyer de 480 €, soit 106,7 % du loyer, alors que la mensualité neutre serait de 117,60 €. Avec des charges de 110 € par mois et un mois de vacance par an, chaque studio produit en outre un cash-flow avant impôt d'environ moins 182 € par mois, soit plus de 540 € pour trois studios.

Avec une résidence principale achetée d'abord

Si le même célibataire achète d'abord sa résidence principale avec une mensualité de 950 €, son taux d'effort de départ est de 27,94 %. Le premier studio le porte à 39,13 % et le deuxième à 48,48 %. L'ordre des achats change donc profondément la trajectoire, ce qui fait l'objet du chapitre 94. Le chapitre 30 traite le séquencement d'un plan de plusieurs acquisitions.

Tests de sensibilité

Le taux et la durée

Le tableau donne le capital empruntable pour une mensualité de 600 €, assurance de 0,30 % du capital initial comprise, selon le taux nominal et la durée.

Taux15 ans20 ans25 ans
3,0 %83 848 €103 520 €120 190 €
3,5 %81 094 €99 180 €114 150 €
4,0 %78 463 €95 090 €108 531 €

Passer de quinze à vingt-cinq ans augmente le capital empruntable d'environ 40 %, alors qu'une baisse d'un point de taux ne l'augmente que d'environ 7 % à 11 % selon la durée. La durée est donc le levier le plus puissant sur la capacité, mais aussi le plus coûteux en intérêts (chapitre 27).

La décote des loyers

La part des loyers retenue par la banque change la mensualité encore disponible pour le couple du premier exemple, selon le loyer attendu du projet.

Part retenueLoyer de 600 €Loyer de 700 €Loyer de 800 €
60 %225,20 €246,20 €267,20 €
70 %264,40 €288,90 €313,40 €
80 %303,60 €331,60 €359,60 €

Entre une banque qui retient 60 % et une autre qui retient 80 %, la mensualité disponible varie d'environ 85 €. Le choix de la banque compte, mais aucune décote ne suffit à rendre le projet initial conforme. La comparaison des politiques des banques se prépare avant le dépôt du dossier (chapitre 35).

Le scénario défavorable après l'octroi

Le couple retient la solution conforme, vente du studio, 40 000 € d'apport et vingt-cinq ans. Avec les loyers pleins, ses revenus atteignent 5 900 € par mois pour 1 940,74 € de crédits. En retenant 160 € de charges mensuelles non récupérables pour le deux-pièces, il dispose de 3 799,26 € par mois. Le scénario défavorable cumule un passage à temps partiel réduisant de 30 % le salaire de 2 300 €, trois mois de vacance par an et une taxe foncière supérieure de 30 % sur une base de 1 100 €.

IndicateurScénario centralScénario défavorable
Revenus mensuels5 900,00 €5 035,00 €
Solde mensuel3 799,26 €2 906,76 €
Crédits sur revenus réels32,89 %38,54 %

Le solde diminue de 892,50 € par mois. Si le couple estime qu'il lui faut au moins 2 000 € par mois pour vivre après les crédits, son point mort correspond à une baisse de revenus d'environ 1 800 € par mois. Ce calcul, que la banque ne fait pas, mesure la vraie marge de sécurité du foyer.

Les situations particulières

Le couple marié, pacsé ou en concubinage

Les époux et les partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) qui empruntent ensemble additionnent leurs revenus et leurs charges. Un concubin qui n'est ni co-emprunteur ni caution n'entre en principe pas dans le calcul. Faire entrer un conjoint comme co-emprunteur améliore souvent le taux d'effort, mais l'engage solidairement sur toute la dette, même si le bien est acquis par l'autre ou en indivision inégale. La répartition des quotités d'assurance entre co-emprunteurs se choisit en fonction des revenus de chacun (Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif).

La famille recomposée

Dans une famille recomposée, les pensions alimentaires versées et les charges d'une précédente union pèsent sur le budget. Les banques en tiennent en général compte dans leur analyse, même si la norme ne les mentionne pas expressément. Un parent qui emprunte avec un nouveau conjoint engage celui-ci sur une dette qui profitera peut-être aux enfants d'une première union, ce qui se règle avec un notaire avant de signer (chapitre 105).

L'indivision et le démembrement

Des indivisaires qui empruntent ensemble forment plusieurs foyers. La banque peut faire apparaître pour chacun une charge supérieure à sa quote-part lorsque le prêt est solidaire. Pour l'achat d'une nue-propriété, aucun loyer ne vient s'ajouter aux revenus, si bien que la mensualité pèse entièrement sur le taux d'effort (chapitre 58).

Les sociétés à l'IR et à l'IS

Pour une SCI soumise à l'impôt sur le revenu (IR), la foire aux questions du HCSF permet, lorsque les conditions de transparence sont réunies, d'apprécier le taux d'effort comme pour des co-emprunteurs, en répartissant la charge entre associés selon leur responsabilité dans la dette. Pour une société à l'IS, le traitement relève de l'analyse de chaque banque. Dans les deux cas, la caution des associés réintroduit leur situation personnelle dans l'analyse (Guide du bailleur professionnel, Les garanties exigées par les banques).

Le non-résident et l'outre-mer

La décision du HCSF vise les crédits consentis à des résidents français ou portant sur un bien situé en France par des établissements contrôlés par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Un expatrié qui emprunte pour un bien en France y est donc en principe soumis. Les banques appliquent en outre leurs propres règles aux revenus perçus en devises ou à l'étranger, souvent avec un apport plus élevé (chapitre 103). La décision s'applique aussi dans les départements et régions d'outre-mer et dans les collectivités d'outre-mer de l'Atlantique (chapitre 88).

L'âge et l'assurance emprunteur

L'âge réduit la durée possible, car les banques fixent un âge maximal en fin de prêt et l'assurance devient plus coûteuse. Un emprunteur de 55 ans qui veut un prêt terminé à 70 ans est limité à quinze ans, ce qui réduit sa capacité d'environ 20 % par rapport à vingt ans, d'après le tableau de sensibilité. La loi n° 2022-270 du 28 février 2022 a supprimé le questionnaire de santé lorsque la part assurée des prêts immobiliers est inférieure à 200 000 € par assuré et que le remboursement s'achève avant 60 ans. Un investisseur qui a déjà emprunté pour sa résidence principale dépasse souvent ce plafond (Guide du bailleur professionnel, L'assurance emprunteur du professionnel).

Les revenus irréguliers

Pour un indépendant ou une profession libérale, la banque retient en général une moyenne de plusieurs exercices et regarde leur tendance. Une année exceptionnelle n'augmente pas la capacité, alors qu'une année faible la réduit. Préparer une acquisition après deux ou trois exercices réguliers améliore le dossier (chapitre 99).

Les marchés

Le type de marché agit sur la capacité par le rapport entre loyer et prix. En ville moyenne ou en zone rurale, le loyer représente une part plus élevée du prix, ce qui ajoute davantage aux revenus retenus pour une même mensualité. En métropole ou en zone tendue, le rendement brut plus faible signifie qu'un même montant emprunté apporte moins de loyers retenus et consomme donc plus vite la capacité (chapitres 84 et 85).

Les risques de requalification liés au financement

Le désir de contourner la norme pousse parfois à des montages qui changent le statut de l'investisseur. Multiplier les acquisitions meublées pour faire instruire un crédit professionnel peut faire passer du statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) à celui de loueur en meublé professionnel (LMP), avec des conséquences fiscales et sociales sur toute l'activité (Guide de la fiscalité immobilière, La frontière entre LMNP et LMP). Un apport de biens à une société pour libérer de la capacité entraîne des droits de mutation, parfois une imposition de la plus-value. Un montage à but principalement fiscal peut en outre être remis en cause sur le fondement des articles L64 et L64 A du livre des procédures fiscales (chapitre 125).

Présenter sa capacité à la banque

La banque refait le calcul à partir des pièces. Elle rapproche les revenus des avis d'impôt, les échéances des relevés de compte et des tableaux d'amortissement, les loyers des baux et des déclarations de revenus fonciers ou de bénéfices de location meublée. Présenter un calcul déjà conforme à sa méthode, avec les mêmes chiffres que les pièces, accélère l'instruction et évite les malentendus (chapitre 35).

Le dossier gagne à comporter trois calculs. Le premier est le taux d'effort selon la norme, loyers décotés. Le deuxième est le reste à vivre après l'opération. Le troisième est le scénario défavorable, qui montre que le foyer a mesuré son risque et dispose d'une réserve. Un dossier qui dépasse la norme doit expliquer pourquoi il mérite la marge de flexibilité, par exemple un patrimoine net important, une épargne disponible ou des loyers déjà encaissés depuis plusieurs années.

La nature des loyers compte aussi. Les banques retiennent souvent une part plus faible, ou aucune part, des recettes de location de courte durée, jugées plus volatiles qu'un loyer de bail d'habitation. Un projet de meublé de tourisme apporte donc moins de capacité qu'un loyer de même montant tiré d'un bail de longue durée. Demandez la règle appliquée avant de bâtir le plan de financement (chapitre 42).

Capacité réglementaire et capacité prudente

Une capacité calculée à 35 % est un plafond, pas un objectif. Un investisseur prudent fixe ses propres limites, plus basses, à partir de son profil de risque (chapitre 3). Les plus courantes sont un taux d'effort maximal inférieur à la norme, un effort d'épargne mensuel plafonné, une réserve de précaution intacte après l'achat et un solde minimal après crédits dans le scénario défavorable (chapitre 116).

L'horizon compte aussi. Un investisseur de 35 ans dont les revenus devraient progresser peut accepter un taux d'effort proche de la norme au départ, car il baissera avec le temps. Un investisseur de 55 ans dont les revenus vont diminuer à la retraite doit vérifier que les échéances resteront supportables après cette baisse, ou programmer leur fin avant la retraite (chapitre 34).

Les erreurs fréquentes

  • Raisonner en calcul différentiel. Dans le premier exemple, il affiche 36,29 % au lieu de 45,28 %, soit près de neuf points d'écart.
  • Croire qu'un bien qui s'autofinance ne pèse pas. Dans le second exemple, trois studios dont le loyer couvre presque la mensualité suffisent à atteindre 34,85 %.
  • Oublier un petit crédit. Le crédit automobile de 250 € par mois du premier exemple représente à lui seul plus de quatre points de taux d'effort.
  • Racheter un prêt ancien à taux bas pour gagner de la capacité. Le surcoût atteint près de 50 000 € d'intérêts pour 150 € de capacité mensuelle.
  • Surestimer le produit d'une vente. Si la vente du studio rapportait 30 000 € au lieu de 40 000 €, le taux d'effort du dossier sur vingt-cinq ans atteindrait 35,04 % et dépasserait de nouveau la norme.
  • Confondre accord bancaire et capacité réelle. Dans le scénario défavorable, le solde mensuel du couple baisse de 892,50 € alors que son dossier était conforme.
  • Négliger l'ordre des achats. Acheter d'abord la résidence principale fait passer le célibataire de 13,71 % à 39,13 % de taux d'effort dès le premier studio.
  • Créer une société pour le seul financement, sans mesurer ses coûts fiscaux et patrimoniaux à la sortie.

Liste de contrôle

  1. Le taux d'effort est calculé selon la méthode du HCSF, toutes dettes comprises, assurance incluse et loyers décotés.
  2. La part des loyers retenue par chaque banque consultée est connue.
  3. La mensualité maximale disponible est calculée avant la recherche du bien.
  4. Le reste à vivre est calculé avec les loyers retenus et comparé au budget réel du foyer.
  5. Le scénario défavorable, avec baisse de revenus et vacance, laisse un solde mensuel suffisant.
  6. Les leviers de durée, d'assurance, de fin de crédit, de vente et d'apport sont chiffrés séparément puis combinés.
  7. Le coût de chaque levier est comparé au gain de capacité qu'il procure.
  8. Le produit net d'une vente envisagée est calculé après impôt, frais et indemnités.
  9. Le prêt relais, la renégociation et le rachat ont été examinés en connaissant leur exclusion du champ de la norme.
  10. L'ordre des acquisitions, résidence principale comprise, a été planifié.
  11. Pour un achat à plusieurs ou en société, la méthode de répartition des charges entre emprunteurs est connue.
  12. L'âge en fin de prêt et les conditions d'assurance ont été vérifiés.
  13. Le taux annuel effectif global prévu reste sous le taux de l'usure applicable.
  14. La version en vigueur des critères du HCSF a été vérifiée.
  15. Les propres limites de l'investisseur, plus prudentes que la norme, sont écrites.