Pour un même bien, l'investisseur choisit le montant de son apport, la part des frais qu'il fait financer et la durée du crédit. Ces trois paramètres ne changent ni le loyer ni la valeur du bien, mais ils modifient le coût total du financement, le cash-flow, le rendement des fonds propres, le risque de l'opération et la capacité d'emprunt qui restera pour la suite. Ils se décident ensemble, car ils se compensent en partie.
Ce chapitre compare neuf montages d'un même bien, financé à 110 %, à 100 % ou avec 20 % d'apport, sur quinze, vingt et vingt-cinq ans. Il montre ensuite où placer l'apport non investi et comment mesurer son coût d'opportunité, puis applique la méthode à un investisseur de 55 ans. Les règles du crédit sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Financer son investissement locatif et les limites opérationnelles du levier dans le Guide du bailleur professionnel, L'effet de levier et ses limites.
Les trois paramètres et leurs effets
Ce que chacun modifie
| Paramètre | Coût total du crédit | Cash-flow mensuel | Rendement des fonds propres | Risque | Capacité d'emprunt |
|---|---|---|---|---|---|
| Apport plus élevé | Baisse | Amélioration | En général plus faible | Plus faible | Préservée |
| Frais financés | Hausse | Dégradation | En général plus élevé | Plus élevé | Consommée |
| Durée plus longue | Hausse | Amélioration | En général plus élevé | Mixte | Préservée |
Le tableau montre l'ambiguïté de la durée. Une durée longue réduit la mensualité, donc le risque de trésorerie et la consommation de capacité, mais elle ralentit le désendettement et laisse un capital restant dû élevé pendant longtemps, ce qui accroît le risque en cas de vente forcée. L'apport, à l'inverse, réduit tous les risques mais immobilise une épargne qui aurait pu servir de réserve ou financer une autre acquisition.
Les limites qui s'imposent
Les normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) limitent la durée à vingt-cinq ans (vingt-sept ans avec un différé justifié) ainsi que le taux d'effort à 35 % (chapitre 26). Aucun texte n'impose d'apport minimal. Les banques demandent souvent que l'apport couvre au moins les frais d'acquisition, mais certaines financent au-delà du prix pour un emprunteur aux revenus élevés et stables. Le taux annuel effectif global (TAEG), qui intègre les frais et l'assurance, ne peut dépasser le taux de l'usure, fixé à compter du 1er octobre 2026 à 4,68 % pour un prêt à taux fixe de dix à moins de vingt ans et à 5,40 % pour vingt ans et plus (service-public.gouv.fr).
Financer les frais, ce que cela implique
Les trois niveaux de financement
On parle de financement à 110 % lorsque le prêt couvre le prix, les frais d'acquisition et souvent les frais de garantie et de dossier. Le financement à 100 % couvre le prix seul, les frais restant à la charge de l'apport. Un apport de 20 % du prix, ajouté aux frais, ramène le prêt à 80 % du prix. Ces pourcentages se rapportent au prix et non à la valeur du bien, qui peut être inférieure au prix majoré des frais pendant plusieurs années.
Le traitement fiscal des frais financés
En location nue, les frais d'acquisition ne sont pas déductibles des revenus fonciers. Ils majorent le prix d'acquisition retenu pour la plus-value, réellement ou par le forfait de 7,5 %. Les intérêts de la part du prêt qui finance les droits de mutation sont en revanche déductibles, comme ceux du prêt qui finance le prix (Guide de la fiscalité immobilière, Les intérêts d'emprunt et les frais financiers). En location meublée au régime réel ou en société à l'impôt sur les sociétés (IS), les frais d'acquisition se déduisent ou s'amortissent selon les règles propres à ces régimes (Guide de la fiscalité immobilière, Les frais d'acquisition et leur sort fiscal).
Financer les frais ne crée donc pas d'avantage fiscal particulier en location nue. L'effet passe par les intérêts, déductibles comme les autres intérêts d'acquisition. Il passe aussi par le niveau d'endettement, qui modifie le rendement des fonds propres et le risque.
La méthode de décision pas à pas
- Fixez la réserve de précaution qui doit rester intacte après l'achat, avant de calculer l'apport possible (chapitre 116).
- Calculez la mensualité maximale compatible avec la norme du HCSF et avec vos propres limites d'effort (chapitre 26).
- Listez les montages réalistes, en combinant deux ou trois niveaux d'apport et deux ou trois durées compatibles avec votre âge.
- Calculez pour chacun le coût total du crédit, le cash-flow, l'effort maximal, le taux de rendement interne (TRI) des fonds propres, l'enrichissement et la valeur actuelle nette (VAN) avec un taux d'actualisation égal au rendement net de vos placements.
- Mesurez le risque de chaque montage, vente forcée dans les premières années, sensibilité à la valeur de sortie et scénario défavorable.
- Comparez le coût après impôt de la dette au rendement net du placement de l'épargne conservée.
- Écartez les montages qui dépassent un seuil éliminatoire, puis choisissez parmi les autres selon votre priorité, rendement, enrichissement ou sécurité.
Trois stratégies de financement comparées
| Critère | Apport maximal | Financement total | Durée longue avec apport modéré |
|---|---|---|---|
| Capital requis | Élevé, frais et une part du prix | Nul ou limité aux frais | Frais d'acquisition |
| Temps de gestion | Identique | Identique, suivi de trésorerie plus serré | Identique |
| Horizon adapté | Court à long | Long, au moins quinze ans | Long |
| Liquidité du foyer | Faible après l'achat | Élevée | Moyenne |
| Risque principal | Épargne immobilisée | Vente forcée à perte, effort élevé | Désendettement lent |
| Cesse de fonctionner si | La réserve tombe sous le seuil fixé | La valeur baisse ou les revenus chutent | Une revente intervient tôt |
Aucune de ces stratégies n'est supérieure aux autres en soi. Leur intérêt dépend du capital disponible, de l'âge, de la stabilité des revenus et du projet suivant.
L'exemple principal, neuf montages d'un même bien
Les hypothèses
L'exemple qui suit est illustratif. Un investisseur achète un appartement ancien de 150 000 € avec 11 250 € de frais d'acquisition, soit 7,5 % du prix. Il le loue nu 750 € par mois hors charges, 11,5 mois par an, avec 1 980 € de charges non récupérables par an (taxe foncière de 900 €, copropriété de 500 €, assurance propriétaire non occupant de 130 € et entretien de 450 €). Les loyers progressent de 1,5 % par an et les charges de 2 %. Les frais de dossier et de garantie représentent 1,5 % du capital emprunté et l'assurance 0,30 % par an du capital initial.
Les taux supposés sont de 3,30 % sur quinze ans, 3,45 % sur vingt ans et 3,60 % sur vingt-cinq ans. Ils encadrent le taux moyen des crédits nouveaux à l'habitat de 3,32 % en août 2026 publié par la Banque de France le 6 octobre 2026 (chiffre provisoire). L'investisseur, imposé dans la tranche à 30 %, déclare au régime réel. Les prélèvements sociaux sont de 17,2 % et le déficit foncier hors intérêts s'impute sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an. Le bien est revendu au bout de vingt ans, à une valeur supposée augmenter de 1 % par an, avec 4 % de frais de cession et l'imposition de la plus-value après abattements. Aucune de ces évolutions n'est une prévision.
Les montages
| Montage | Capital emprunté | Apport | Mensualité, assurance comprise | Coût total du crédit | TAEG |
|---|---|---|---|---|---|
| 110 %, 15 ans | 163 706 € | 0 € | 1 195,22 € | 53 889 € | 4,11 % |
| 110 %, 20 ans | 163 706 € | 0 € | 986,15 € | 75 427 € | 4,18 % |
| 110 %, 25 ans | 163 706 € | 0 € | 869,28 € | 99 534 € | 4,28 % |
| 100 %, 15 ans | 150 000 € | 13 500 € | 1 095,15 € | 49 377 € | 4,11 % |
| 100 %, 20 ans | 150 000 € | 13 500 € | 903,59 € | 69 112 € | 4,18 % |
| 100 %, 25 ans | 150 000 € | 13 500 € | 796,50 € | 91 201 € | 4,28 % |
| 80 %, 15 ans | 120 000 € | 43 050 € | 876,12 € | 39 502 € | 4,11 % |
| 80 %, 20 ans | 120 000 € | 43 050 € | 722,87 € | 55 289 € | 4,18 % |
| 80 %, 25 ans | 120 000 € | 43 050 € | 637,20 € | 72 961 € | 4,28 % |
Le coût total du crédit comprend les intérêts, l'assurance et les frais de dossier et de garantie. Il varie de 39 502 € à 99 534 €, soit un rapport de plus de deux et demi entre le montage le plus sobre et le plus endetté. Tous les TAEG restent sous le taux de l'usure de leur catégorie.
Les résultats
| Montage | Cash-flow mensuel avant impôt, année 1 | Effort annuel maximal après impôt | Efforts cumulés sur vingt ans | TRI des fonds propres | Enrichissement, somme des flux | VAN à 3 % |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 110 %, 15 ans | moins 641 € | 9 765 € | 132 083 € | 3,48 % | 65 637 € | 6 020 € |
| 110 %, 20 ans | moins 432 € | 6 983 € | 121 491 € | 3,90 % | 54 216 € | 8 237 € |
| 110 %, 25 ans | moins 316 € | 4 832 € | 85 263 € | 4,37 % | 44 125 € | 9 063 € |
| 100 %, 15 ans | moins 541 € | 8 594 € | 116 083 € | 3,38 % | 68 137 € | 5 165 € |
| 100 %, 20 ans | moins 350 € | 6 020 € | 104 534 € | 3,68 % | 57 673 € | 7 197 € |
| 100 %, 25 ans | moins 243 € | 4 049 € | 71 362 € | 3,96 % | 48 403 € | 7 932 € |
| 80 %, 15 ans | moins 322 € | 6 029 € | 81 166 € | 3,20 % | 73 504 € | 3 191 € |
| 80 %, 20 ans | moins 169 € | 3 912 € | 67 489 € | 3,36 % | 65 168 € | 4 851 € |
| 80 %, 25 ans | moins 83 € | 2 336 € | 40 917 € | 3,47 % | 57 786 € | 5 472 € |
Le TRI des fonds propres est le plus élevé pour le montage le plus endetté, à 110 % sur vingt-cinq ans, avec 4,37 %. L'enrichissement total, c'est-à-dire la somme de tous les flux sans actualisation, est au contraire le plus élevé pour le montage le moins endetté et le plus court, à 80 % sur quinze ans, avec 73 504 €. Ces deux classements ne se contredisent pas. Le TRI mesure la rentabilité de chaque euro engagé, l'enrichissement mesure la richesse totale produite, qui diminue lorsque les intérêts augmentent.
La VAN à 3 % départage ces lectures en tenant compte du moment où l'argent est engagé. Elle favorise ici les montages endettés et longs, car ils retardent la mise de fonds. Ce résultat dépend du taux d'actualisation choisi, qui représente le rendement que vous obtiendriez ailleurs (chapitre 18). Aucun montage ne dégage de cash-flow positif. Le loyer qui annulerait le cash-flow avant impôt de la première année irait de 837 € par mois pour le montage à 80 % sur vingt-cinq ans à 1 419 € pour le montage à 110 % sur quinze ans.
L'effet sur la capacité d'emprunt
Le montage choisi détermine la capacité qui restera pour les projets suivants. Pour un foyer qui perçoit 4 500 € de revenus nets mensuels avant impôt, rembourse 900 € par mois pour sa résidence principale et dont la banque retient 70 % des loyers, le taux d'effort après l'opération est le suivant.
| Financement | 15 ans | 20 ans | 25 ans |
|---|---|---|---|
| 110 % | 41,70 % | 37,54 % | 35,21 % |
| 100 % | 39,70 % | 35,89 % | 33,76 % |
| 80 % | 35,35 % | 32,30 % | 30,59 % |
Seuls trois montages respectent la norme de 35 %, le financement à 100 % sur vingt-cinq ans et le financement à 80 % sur vingt ou vingt-cinq ans. Le montage à 80 % sur quinze ans la dépasse de peu. Le financement à 110 % n'est conforme sur aucune durée. Pour ce foyer, l'apport n'est donc pas seulement une question de rendement, il conditionne la possibilité même du financement hors marge de flexibilité.
Le risque selon le montage
Le risque de vente forcée
Un divorce, une mutation ou un accident de la vie peuvent obliger à vendre tôt. Le tableau suppose une vente au bout de trois ans à un prix inférieur de 10 % au prix d'achat, avec 4 % de frais de cession et une indemnité de remboursement anticipé au plafond légal, soit le plus faible de six mois d'intérêts et de 3 % du capital restant dû.
| Financement | Solde sur 20 ans de crédit | Solde sur 25 ans de crédit |
|---|---|---|
| 110 % | moins 18 705 € | moins 24 065 € |
| 100 % | moins 6 289 € | moins 11 200 € |
| 80 % | 20 889 € | 16 960 € |
Avec un financement à 110 %, l'investisseur doit apporter près de 19 000 € de sa poche pour solder le prêt au moment de la vente sur vingt ans de crédit. Il lui faut plus de 24 000 € sur vingt-cinq ans. Avec 20 % d'apport, il récupère encore une partie de sa mise. Une durée longue aggrave le risque, car le capital restant dû diminue lentement au début. Ce risque s'ajoute à la perte de l'apport et des efforts déjà consentis.
La sensibilité du TRI
Le tableau croise, pour un crédit sur vingt ans, l'évolution annuelle de la valeur et une vacance supplémentaire d'un mois et demi par an.
| Financement et vacance | Valeur en baisse de 1 % par an | Valeur stable | Valeur en hausse de 1 % par an |
|---|---|---|---|
| 110 %, vacance normale | moins 0,35 % | 1,84 % | 3,90 % |
| 110 %, vacance accrue | moins 1,57 % | 0,69 % | 2,80 % |
| 100 %, vacance normale | moins 0,02 % | 1,89 % | 3,68 % |
| 100 %, vacance accrue | moins 1,14 % | 0,85 % | 2,72 % |
| 80 %, vacance normale | 0,48 % | 1,95 % | 3,36 % |
| 80 %, vacance accrue | moins 0,43 % | 1,13 % | 2,61 % |
Le levier inverse le classement lorsque la valeur baisse. Avec une valeur stable, les trois financements donnent un TRI voisin de 1,9 %. Avec une valeur en hausse de 1 % par an, le financement à 110 % prend un demi-point d'avance. Avec une baisse de 1 % par an, il passe en dernier. L'avantage du levier repose donc sur une hypothèse de valeur que l'investisseur ne maîtrise pas.
Le scénario défavorable combiné
Le scénario défavorable cumule un mois et demi de vacance supplémentaire, une taxe foncière supérieure de 30 % et une valeur en baisse de 1 % par an, sur vingt ans de crédit.
| Indicateur | 110 % | 100 % | 80 % |
|---|---|---|---|
| TRI des fonds propres | moins 1,87 % | moins 1,41 % | moins 0,66 % |
| Effort annuel maximal | 7 979 € | 7 016 € | 4 908 € |
| Efforts cumulés | 138 891 € | 121 930 € | 84 857 € |
| Enrichissement, somme des flux | moins 21 113 € | moins 17 652 € | moins 10 129 € |
Dans ce scénario, le financement à 110 % demande près de 139 000 € d'efforts sur vingt ans pour une perte finale de 21 113 €. Le financement à 80 % limite la perte à 10 129 €, mais l'apport de 43 050 € a été immobilisé pendant toute la période.
La durée du crédit
Ce que change la durée
| Durée, prêt de 150 000 € | Capital remboursé après dix ans | Intérêts payés en dix ans |
|---|---|---|
| 15 ans à 3,30 % | 91 574 € | 35 345 € |
| 20 ans à 3,45 % | 62 207 € | 41 724 € |
| 25 ans à 3,60 % | 44 554 € | 46 527 € |
Après dix ans, le prêt sur quinze ans a remboursé deux fois plus de capital que le prêt sur vingt-cinq ans, pour moins d'intérêts. La durée longue achète de la trésorerie mensuelle et de la capacité d'emprunt. Elle les paie par un coût total plus élevé et par un désendettement plus lent, qui rend le patrimoine plus sensible à une baisse de valeur.
Choisir la durée selon l'âge et l'horizon
L'âge fixe souvent la durée maximale. Un emprunteur de 50 ans qui souhaite avoir terminé ses crédits à sa retraite ne dispose que de quinze à dix-sept ans. Pour lui, la durée n'est pas un levier mais une contrainte. L'apport devient alors la variable d'ajustement (chapitre 101). Un emprunteur de 30 ans peut choisir vingt-cinq ans pour préserver sa capacité, puis rembourser par anticipation lorsque ses revenus auront progressé, en tenant compte des indemnités prévues au contrat (chapitre 34).
L'horizon de détention compte aussi. Si le bien doit être revendu dans huit ou dix ans, une durée longue laisse un capital restant dû élevé à la revente. Si le bien est destiné à produire un revenu à la retraite, l'échéance du prêt doit précéder la date de la retraite.
Où placer l'apport non investi
La question du coût d'opportunité
Un investisseur qui dispose de 43 050 € peut les apporter, ou n'apporter que 13 500 € et conserver la différence. La somme conservée ne dort pas. Elle peut servir de réserve de précaution, être placée ou financer une autre opération. Le coût d'opportunité de l'apport est le rendement net que cette somme aurait produit ailleurs, à comparer au coût après impôt de la dette supplémentaire.
En location nue au régime réel, chaque euro d'intérêt réduit le revenu foncier imposé à 30 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, tant que ce revenu est positif. Un crédit à 3,45 % avec 0,30 % d'assurance coûte alors environ 3,75 % avant impôt et 1,98 % après impôt. Ce raisonnement ne tient que si les loyers dégagent un revenu imposable suffisant. Les années de déficit, l'économie d'impôt est différée ou réduite (Guide de la fiscalité immobilière, Le déficit foncier en détail).
La comparaison chiffrée
Le calcul compare deux stratégies sur vingt ans de crédit. Dans la première, l'investisseur apporte 43 050 €. Dans la seconde, il apporte 13 500 € et place les 29 550 € restants, puis prélève sur ce placement les efforts supplémentaires que lui impose un prêt plus élevé. Le Livret A rapporte 1,7 % net depuis le 1er août 2026 (service-public.gouv.fr). Un placement de taux rapportant 3 % brut, soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % applicable aux intérêts perçus en 2026, rapporte 2,058 % net. Le placement à 4 % brut est une hypothèse.
| Placement de la différence | Rendement net | Placement restant après vingt ans | Écart de patrimoine final avec l'apport de 20 % |
|---|---|---|---|
| Livret A | 1,700 % | moins 1 966 € | moins 1 966 € |
| Placement à 3 % brut | 2,058 % | moins 453 € | moins 453 € |
| Placement à 4 % brut | 2,744 % | 2 854 € | 2 854 € |
Le placement s'épuise, car il finance les efforts supplémentaires. Avec le Livret A, il devient même légèrement négatif. Le taux net d'équilibre est d'environ 2,16 %. En dessous, apporter davantage enrichit un peu plus, au-dessus conserver l'épargne l'emporte. Sur vingt ans, les écarts restent inférieurs à 3 000 €, ce qui signifie que la décision se joue moins sur le rendement que sur la liquidité, le risque et la capacité d'emprunt.
Les usages de l'apport non investi
L'épargne conservée a une valeur que le calcul ne mesure pas. Elle constitue une réserve contre la vacance, l'impayé ou les travaux, qui évite une vente forcée (chapitre 116). Elle peut financer un remboursement anticipé plus tard, lorsque l'investisseur connaît mieux le bien et ses besoins. Elle peut enfin servir d'apport à une deuxième acquisition, mais cette utilisation transforme une réserve en levier et supprime la protection qu'elle offrait.
Un second exemple, l'investisseur de 55 ans
La situation
Un investisseur de 55 ans dispose de 165 000 € d'épargne et souhaite acheter le même appartement pour disposer d'un revenu à 70 ans. Il compare un achat comptant, un financement de la moitié du prix et un financement de 100 % du prix, sur quinze ans au taux supposé de 3,30 %. L'épargne non investie est placée à 2,058 % net et finance les efforts éventuels. Les autres hypothèses sont celles de l'exemple principal, avec une valeur en hausse supposée de 1 % par an. L'exemple est illustratif.
| Indicateur | Comptant | 50 % financé | 100 % financé |
|---|---|---|---|
| Apport total | 161 250 € | 87 375 € | 13 500 € |
| Épargne restante après l'achat | 3 750 € | 77 625 € | 151 500 € |
| Mensualité, assurance comprise | 0 € | 547,58 € | 1 095,15 € |
| Flux annuel après impôt, première année | 3 509 € | moins 1 285 € | moins 6 231 € |
| Placement après quinze ans | 71 774 € | 72 032 € | 72 088 € |
| Patrimoine final, bien net de l'impôt sur la plus-value compris | 238 953 € | 239 212 € | 239 268 € |
La lecture
Les trois montages aboutissent au même patrimoine final à quelques centaines d'euros près. Le coût après impôt de la dette est en effet proche du rendement net du placement. La décision ne se prend donc pas sur le rendement, mais sur les autres critères.
- La liquidité. L'achat comptant ne laisse que 3 750 € d'épargne, sans réserve pour un sinistre, une vacance ou un besoin personnel. Le financement total laisse 151 500 € disponibles.
- Le risque. Le financement total expose à un effort de plus de 6 000 € par an et à la hausse éventuelle de l'assurance avec l'âge.
- La capacité d'emprunt. Le financement total consomme plus de 1 000 € de mensualité dans le taux d'effort, ce qui peut bloquer un autre projet.
- La transmission. En cas de décès, l'assurance emprunteur rembourse le capital restant dû selon la quotité assurée, ce qui libère le bien pour les héritiers. L'achat comptant n'offre pas cette couverture.
- L'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Les dettes afférentes au bien sont déductibles de l'assiette dans les conditions détaillées au Guide de la fiscalité immobilière, Les dettes déductibles à l'IFI.
Un financement de la moitié du prix combine une réserve confortable et un effort limité. Ce n'est pas une recommandation, mais une illustration de la façon dont les critères non financiers départagent des montages équivalents en rendement.
Les situations particulières
Le couple et la famille recomposée
Pour des époux mariés sous le régime de la communauté, l'apport prélevé sur des fonds propres à l'un d'eux, comme une donation ou un héritage, peut ouvrir droit à récompense lors de la liquidation du régime. Une déclaration d'emploi ou de remploi dans l'acte d'achat en garde la trace. Des partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) ou des concubins qui achètent en indivision fixent leurs quotes-parts selon leurs apports et leur part de l'emprunt, sous peine de déséquilibre en cas de séparation (Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif). Dans une famille recomposée, l'origine de l'apport conditionne ce que recevront les enfants de chaque union (chapitre 105).
L'apport d'origine familiale
Un apport financé par un don ou un prêt familial doit être formalisé. Un prêt sans écrit ni remboursement effectif peut être requalifié en donation. Les dons familiaux de sommes d'argent pour certains logements bénéficient d'une exonération applicable jusqu'au 31 décembre 2026 sauf prorogation, dont le champ exclut notamment l'achat d'un logement ancien sans rénovation énergétique (Guide de la fiscalité immobilière, Les dons familiaux pour un logement neuf ou une rénovation énergétique). Ces solutions sont comparées au chapitre 31.
L'indivision et le démembrement
En indivision, chaque indivisaire peut apporter un montant différent et emprunter séparément pour sa part, ce qui permet d'adapter l'apport à la situation de chacun. Le nu-propriétaire qui emprunte pour acquérir la nue-propriété d'un immeuble loué par l'usufruitier ne peut déduire ses intérêts que dans les conditions détaillées au Guide de la fiscalité immobilière, Les intérêts d'emprunt et les frais financiers. Faute de loyers, l'effort et la consommation de capacité y sont maximaux (chapitre 58).
La société à l'IR ou à l'IS
Dans une société civile immobilière (SCI) soumise à l'impôt sur le revenu (IR), l'apport des associés prend souvent la forme d'apports en compte courant, remboursables sans fiscalité lorsque la trésorerie le permet (Guide des sociétés immobilières, Les comptes courants d'associés). Dans une société à l'IS, les intérêts sont des charges déductibles du résultat et les frais d'acquisition se déduisent ou s'incorporent au prix de revient, ce qui modifie le coût après impôt de la dette par rapport au calcul de ce chapitre. Le choix entre apport en capital et compte courant a aussi des effets sur la transmission et sur la sortie.
Le non-résident et l'outre-mer
Un emprunteur non résident se voit souvent demander un apport plus élevé, en particulier lorsque ses revenus sont perçus en devises. Le coût d'opportunité de son apport se calcule avec les placements et la fiscalité de son pays de résidence (chapitre 103). En outre-mer, les normes du HCSF s'appliquent dans les départements et régions d'outre-mer et la durée peut être contrainte par les travaux d'adaptation aux risques naturels (chapitre 88).
Les différents marchés
En ville moyenne, un rendement brut plus élevé rapproche le loyer de la mensualité, si bien qu'un financement total reste plus supportable. En métropole et en zone tendue, le rendement brut plus faible rend un financement à 110 % très coûteux en effort mensuel, ce qui pousse vers un apport plus élevé ou une durée plus longue (chapitres 84 et 85).
Les erreurs fréquentes
- Juger un montage sur le seul TRI. Le montage à 110 % sur vingt-cinq ans a le meilleur TRI, 4,37 %, mais le plus faible enrichissement total, 44 125 €, contre 73 504 € à 80 % sur quinze ans.
- Juger un montage sur le seul coût du crédit. Le montage à 80 % sur quinze ans coûte 39 502 €, mais immobilise 43 050 € et exige un effort maximal de 6 029 € par an.
- Financer les frais sans mesurer le risque de vente forcée. Une vente après trois ans à un prix inférieur de 10 % oblige à apporter 18 705 € sur vingt ans de crédit.
- Ignorer le taux d'effort. Le financement à 110 % du foyer type n'est conforme à la norme sur aucune durée.
- Vider son épargne pour l'apport. L'achat comptant de l'investisseur de 55 ans ne laisse que 3 750 € de réserve, pour un patrimoine final identique à celui des montages financés.
- Comparer l'apport à un placement sans fiscalité. Un placement à 3 % brut ne rapporte que 2,058 % net au prélèvement forfaitaire unique de 2026, sous le taux d'équilibre de 2,16 %.
- Allonger la durée sans tenir compte de l'horizon. Sur vingt-cinq ans, il reste 105 446 € à rembourser après dix ans, contre 58 426 € sur quinze ans.
Liste de contrôle
- Le montant de l'apport laisse une réserve de précaution intacte après l'achat.
- Les montages possibles ont été comparés sur le coût total du crédit, le cash-flow, le TRI, l'enrichissement et la VAN.
- Le taux d'effort de chaque montage a été calculé selon la méthode du HCSF.
- Le TAEG de chaque offre reste sous le taux de l'usure de sa catégorie.
- Le risque de vente forcée dans les premières années a été chiffré.
- La sensibilité du TRI à la valeur de sortie et à la vacance a été mesurée.
- Un scénario défavorable combiné a été calculé pour le montage retenu.
- La durée est compatible avec l'âge à l'échéance et avec l'horizon de détention.
- Le coût après impôt de la dette a été comparé au rendement net, après impôt, du placement de l'épargne conservée.
- L'usage de l'épargne non investie est décidé et écrit, réserve, placement ou remboursement anticipé.
- Les indemnités de remboursement anticipé ont été négociées dans l'offre.
- L'origine de l'apport est documentée, avec déclaration d'emploi ou de remploi le cas échéant.
- Un apport d'origine familiale est formalisé par écrit.
- La quotité d'assurance de chaque emprunteur tient compte de l'objectif de transmission.
- Le traitement fiscal des frais et des intérêts correspond au régime du bien, location nue, meublée ou société.