Faire tourner un patrimoine consiste à vendre un bien pour en acheter un autre, plus rentable, moins risqué, plus simple à gérer ou mieux adapté à l'étape de vie du foyer. L'idée paraît évidente lorsqu'un appartement acheté il y a quinze ans ne rapporte plus que 2 % ou 3 % de sa valeur. Elle se heurte pourtant à un coût rarement chiffré, la friction, qui additionne l'impôt sur la plus-value, les frais de vente, les droits et frais du nouvel achat, la remise en location et le temps passé.
Ce chapitre mesure ce coût, donne la formule du seuil de rentabilité d'une rotation, puis compare sur vingt ans la conservation d'un bien à une et deux rotations. Il traite ensuite le réemploi dans le même régime fiscal, dans un autre régime ou en société. La décision de vendre relève du chapitre 120, le choix de la date du chapitre 121 et le recyclage du capital par le crédit plutôt que par la vente du chapitre 33. La mécanique d'une cession destinée à financer un parc est décrite dans le Guide du bailleur professionnel, Financer par la cession d'actifs.
Ce qu'une rotation cherche à obtenir
Les motifs d'une rotation
Les motifs sont de cinq ordres. Le motif de rendement vise à remplacer un bien dont le loyer net rapporte peu par un bien plus productif. Le motif de risque vise à réduire une exposition, par exemple un logement énergivore, une copropriété en difficulté ou une concentration excessive dans une seule ville (chapitre 114). Le motif de gestion vise à remplacer des biens éloignés ou exigeants par des biens proches ou plus simples. Le motif de liquidité prépare une sortie, une retraite ou une transmission. Le motif patrimonial, enfin, cherche une meilleure valorisation à long terme.
Ces motifs se combinent et se contredisent. Un bien de métropole à faible rendement est souvent plus liquide et mieux valorisé qu'un bien de ville moyenne à fort rendement. Remplacer l'un par l'autre augmente le revenu mais peut réduire la valeur future et la liquidité. Le motif dominant doit donc être écrit avant de chiffrer, comme le recommande la feuille de route du chapitre 10.
L'absence de report d'imposition
Le droit fiscal français ne connaît pas, pour les particuliers, de report de la plus-value immobilière en cas de réemploi du prix dans un autre bien locatif. Chaque vente est imposée à sa date, même si le prix est aussitôt réinvesti. Les exceptions sont étroites. La première cession d'un logement autre que la résidence principale est exonérée à proportion du prix remployé dans l'achat de la résidence principale dans les deux ans, si le vendeur n'en a pas été propriétaire pendant les quatre années précédentes (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 15 avril 2026). L'expropriation ouvre une exonération sous condition de remploi de l'indemnité (Guide de la fiscalité immobilière, Les exonérations de plus-value immobilière).
Le report de l'article 150-0 B ter du Code général des impôts (CGI) ne vise que les apports de titres d'une société à l'impôt sur les sociétés (IS). Lorsque la holding bénéficiaire cède les titres apportés dans les trois ans, il n'est maintenu que si elle réinvestit au moins 70 % du produit dans une activité économique, dont la gestion d'un patrimoine immobilier est exclue (Guide des sociétés immobilières, L'apport de titres et l'article 150-0 B ter). Il ne permet donc pas de faire tourner un patrimoine locatif en franchise d'impôt.
Le coût de friction d'une rotation
Les postes de la friction
| Poste | Ce qu'il recouvre | Ordre de grandeur retenu dans ce chapitre |
|---|---|---|
| Impôt sur la plus-value | Impôt sur le revenu (IR) de 19 % et prélèvements sociaux de 17,2 % après abattements, surtaxe éventuelle | Selon la durée de détention |
| Frais de vente | Diagnostics, mainlevée, frais divers, commission si elle est à la charge du vendeur | 1 % du prix, hypothèse |
| Indemnités de remboursement anticipé | Au plus six mois d'intérêts ou 3 % du capital restant dû pour un prêt immobilier aux particuliers | Nulles, bien sans crédit |
| Droits et frais d'acquisition | Droits de mutation, émoluments et débours du notaire, frais de garantie | 8 % du prix d'achat, hypothèse pour l'ancien |
| Travaux d'entrée | Remise en état et mise aux normes avant location | 2 % du prix, hypothèse |
| Vacance d'entrée | Délai de relocation du nouveau bien | Deux mois de loyer |
| Temps | Recherche, visites, négociation, actes, travaux, relocation | Non chiffré, à valoriser selon le chapitre 9 |
Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) atteignent un taux global de 5,80665 % dans les départements restés à 4,50 % et de 6,3185 % dans ceux qui ont retenu 5 %, faculté ouverte pour les actes du 1er avril 2025 au 31 mars 2028 (Guide de la fiscalité immobilière, L'apport d'un immeuble ou de parts à une société). Le chapitre 22 détaille les autres frais d'acquisition. Le plafond des indemnités de remboursement anticipé vaut pour les prêts immobiliers aux particuliers (service-public.gouv.fr). Un prêt professionnel peut en prévoir davantage.
Ce que la friction représente
Dans les hypothèses de ce chapitre, la friction d'un bien sans crédit détenu depuis dix-sept ans atteint 15,8 % de sa valeur. Elle est plus faible lorsque la plus-value est faible ou que le bien est détenu depuis plus de trente ans. Elle est plus forte pour un bien vendu dans les cinq premières années ou loué meublé au réel, dont les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value. Elle se paie en une fois, alors que le gain de la rotation s'étale sur des années.
Le seuil de rentabilité d'une rotation
La formule
Une rotation se rembourse lorsque la somme actualisée des gains annuels qu'elle procure égale la friction. Le gain annuel est la différence de revenu net après impôt entre le nouveau bien et l'ancien, augmentée ou diminuée de l'écart de valorisation attendu. Exprimés en pourcentage de la valeur du bien vendu, la friction et le gain donnent un nombre d'années de récupération.
Si la friction vaut 16 % et que le gain courant atteint 1 point par an, il faut une vingtaine d'années pour la récupérer, sans même tenir compte d'une valorisation plus faible du nouveau bien. Si l'horizon de l'investisseur est de dix ans, la rotation détruit de la valeur.
Le tableau de récupération
Le tableau donne le nombre d'années nécessaires pour récupérer la friction, avec une actualisation de 2 % par an et à valorisation égale des deux biens.
| Friction | Gain de 0,5 point | Gain de 1 point | Gain de 1,5 point | Gain de 2 points |
|---|---|---|---|---|
| 8 % | 20 ans | 9 ans | 6 ans | 5 ans |
| 12 % | 34 ans | 14 ans | 9 ans | 7 ans |
| 16 % | 52 ans | 20 ans | 13 ans | 9 ans |
Une rotation fondée sur un gain inférieur à 1 point de rendement après impôt ne se justifie presque jamais par le seul revenu. Elle peut se justifier par la réduction d'un risque, l'allègement de la gestion ou la préparation d'une transmission, à condition de l'assumer comme un coût.
La méthode de décision pas à pas
- Écrire le motif. Indiquez si la rotation vise le rendement, le risque, la gestion, la liquidité ou la transmission. Notez ce que vous acceptez de sacrifier en échange.
- Évaluer le bien à vendre. Retenez un prix fondé sur les ventes comparables et non sur une estimation commerciale, puis calculez l'impôt sur la plus-value à la date de vente possible (chapitre 121).
- Chiffrer la friction. Additionnez l'impôt, les frais de vente, les indemnités de remboursement anticipé, les frais d'acquisition, les travaux d'entrée, la vacance d'entrée et le temps passé.
- Chiffrer le bien de remplacement. Établissez un compte d'exploitation réaliste, vacance, charges, gestion et impôt compris, comme au chapitre 13.
- Mesurer le gain. Calculez la différence de revenu net après impôt et retenez des hypothèses d'évolution de prix distinctes pour chaque marché.
- Calculer le délai de récupération. Comparez-le à votre horizon, puis le patrimoine net des deux options à cet horizon.
- Tester la décision. Faites varier le rendement, les prix et la vacance, calculez un scénario défavorable et vérifiez que la rotation reste acceptable.
- Vérifier le cadre juridique et fiscal. Engagements en cours, déficits et amortissements reportés, régime matrimonial, risque de requalification.
Le cas principal, une rotation sur vingt ans comparée à la conservation
Les hypothèses
L'exemple qui suit est illustratif et ses hypothèses ne sont pas des prévisions.
| Hypothèse | Valeur retenue |
|---|---|
| Foyer | Couple marié de 45 ans, tranche marginale d'imposition (TMI) de 30 %, location nue au réel |
| Bien A | Trois pièces de métropole acheté 180 000 € le 1er mars 2010, sans crédit |
| Valeur de A au 1er mars 2027 | 300 000 € |
| Loyer de A | 11 400 € par an, vacance de 3 %, charges non récupérables de 3 000 € |
| Biens B | Deux logements de ville moyenne, loyer brut de 8,5 % du prix d'achat |
| Exploitation de B | Vacance de 6 %, charges de 1,9 % du prix, mandat de gestion de 7 % des loyers |
| Évolution des prix | 1,5 % par an pour A, 0,5 % par an pour B, hypothèses non prévisionnelles |
| Indexation | Loyers 1,5 % par an, charges 2 % par an |
| Placement des revenus | 2 % net par an |
| Horizon | 1er mars 2047 |
La friction de la rotation de 2027
Après dix-sept ans de détention, la vente de A dégage une plus-value brute de 79 500 €, après majoration du prix d'achat des forfaits de 7,5 % pour frais et de 15 % pour travaux. L'impôt atteint 15 196 €, dont 4 229 € d'IR et 10 967 € de prélèvements sociaux. Le produit net de 281 804 € permet d'acheter les biens B pour 256 186 €, frais et travaux d'entrée compris dans le reste.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Impôt sur la plus-value de A | 15 196 € |
| Frais de vente de A | 3 000 € |
| Frais d'acquisition de B | 20 495 € |
| Travaux d'entrée | 5 124 € |
| Vacance d'entrée | 3 629 € |
| Friction totale | 47 444 €, soit 15,8 % de la valeur de A |
En contrepartie, le revenu courant progresse. Le bien A procure 8 058 € nets avant impôt, soit 2,69 % de sa valeur, qui laissent 4 255 € après impôt. Les biens B procurent 14 169 € nets, soit 5,53 % de leur prix, qui laissent 7 481 € après impôt. Le gain courant de 3 227 € par an représente 1,08 point de la valeur de A, ce qui place le seuil de récupération à dix-huit ans.
La situation en 2047
La comparaison porte sur trois stratégies. Conserver A, effectuer une rotation en 2027 ou effectuer une seconde rotation en 2037 vers des biens C aux caractéristiques identiques à B. La seconde rotation ajoute 30 913 € de friction, sans impôt sur la plus-value, la valeur de B n'ayant pas dépassé son prix de revient majoré.
| Indicateur en 2047 | Conserver A | Une rotation | Deux rotations |
|---|---|---|---|
| Valeur des biens | 404 057 € | 283 058 € | 254 752 € |
| Revenus placés | 116 270 € | 198 190 € | 187 454 € |
| Patrimoine brut | 520 326 € | 481 248 € | 442 206 € |
| Patrimoine net d'une vente en 2047 | 516 286 € | 478 418 € | 439 659 € |
| Revenu après impôt en 2028 | 4 311 € | 7 581 € | 7 581 € |
| Revenu après impôt en 2046 | 5 440 € | 9 593 € | Non comparable |
| Friction cumulée | 0 € | 47 444 € | 78 357 € |
Ce que montre la comparaison
La rotation presque double le revenu annuel, mais elle laisse en 2047 un patrimoine inférieur de 37 868 € à la conservation. L'écart vient de la friction et surtout de la différence d'évolution des prix retenue en hypothèse, 1,5 % contre 0,5 % par an. La seconde rotation aggrave le résultat, car elle paie une nouvelle friction sans changer le rendement.
La conclusion dépend donc de l'objectif. Un foyer qui cherche un revenu immédiat peut accepter ce coût en connaissance de cause. Un foyer qui cherche à maximiser le patrimoine transmis n'a pas intérêt à cette rotation dans ces hypothèses. Aucune des deux options n'est supérieure dans l'absolu.
Tests de sensibilité et scénario défavorable
L'écart selon le rendement et les prix
Le tableau donne l'écart de patrimoine net en 2047 entre une rotation et la conservation. Un chiffre positif signifie que la rotation l'emporte.
| Rendement brut de B | A à 1,5 %, B à 0,5 % | A et B à 1 % | A à 2,5 %, B stable |
|---|---|---|---|
| 7 % | -86 753 € | -19 892 € | -200 010 € |
| 8,5 % | -37 868 € | 28 993 € | -151 125 € |
| 10 % | 11 017 € | 77 878 € | -102 240 € |
À évolution de prix égale, une rotation vers un rendement brut de 8,5 % devient gagnante. Avec l'écart de prix retenu dans le cas principal, il faut un rendement brut d'au moins 9,66 % pour B. À rendement brut de 8,5 %, la rotation égale la conservation si les prix de B progressent de 1,16 % par an. L'hypothèse d'évolution relative des prix pèse donc davantage que la friction elle-même.
Le scénario défavorable combiné
Le scénario défavorable retient pour B une vacance de 12 %, des charges supérieures de 20 % et une baisse des prix de 1 % par an. Le revenu après impôt de 2028 tombe à 6 405 €, encore supérieur à celui de A. En 2047, les biens B ne valent plus que 209 536 € et le patrimoine net atteint 372 807 €, soit 143 479 € de moins que la conservation. Ce scénario rappelle qu'une rotation vers un marché moins liquide concentre le risque sur la valeur de revente (chapitre 113).
Réemployer dans le même régime ou en changer
De la location nue vers la location nue
Les déficits fonciers en report s'imputent sur les revenus fonciers du foyer des dix années suivantes, quel que soit le bien qui les a produits. Une rotation qui reste en location nue les conserve. Une rotation vers la location meublée peut les rendre inutilisables si le foyer ne perçoit plus de revenus fonciers (Guide de la fiscalité immobilière, Le déficit foncier en détail). Vendre un bien dont le déficit a été imputé sur le revenu global avant le 31 décembre de la troisième année suivant l'imputation en provoque la reprise.
De la location meublée vers la location meublée
En location meublée non professionnelle (LMNP) au réel, les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value des cessions réalisées depuis le 15 février 2025, sauf pour certaines résidences de services (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value du loueur en meublé et la réintégration des amortissements). La friction fiscale d'une rotation en meublé est donc plus élevée qu'en location nue. Les amortissements reportés faute de bénéfice ne s'imputent que sur les résultats ultérieurs de l'activité de location meublée et sont perdus si elle cesse entièrement (Guide de la fiscalité immobilière, L'amortissement du loueur en meublé et ses limites). Faites vérifier par l'expert-comptable qu'une vente suivie d'un rachat ne crée pas d'interruption assimilable à une cessation.
Une rotation qui augmente les recettes de location meublée peut aussi faire franchir le seuil du statut de loueur en meublé professionnel (LMP), lorsque les recettes dépassent 23 000 € et excèdent les autres revenus d'activité du foyer (Guide de la fiscalité immobilière, La frontière entre LMNP et LMP). Le régime des plus-values et des cotisations sociales change alors.
Comparer la friction selon le régime
Le même bien, acheté 200 000 € en 2015 et vendu 300 000 € en 2027 par un couple, ne libère pas le même capital selon son régime. L'exemple est illustratif. En LMNP, il retient 51 000 € d'amortissements déduits sur 85 % du prix. Dans une société civile immobilière (SCI) à l'IS, les frais d'acquisition de 8 % sont immobilisés et le bâti amorti de 2,5 % par an, soit 55 080 €.
| Régime | Plus-value imposable | Impôt de la vente | Capital réemployable |
|---|---|---|---|
| Location nue en direct ou SCI à l'IR | 55 000 € | 14 428 € | 282 572 € |
| LMNP au réel | 106 000 € | 27 807 € | 269 193 € |
| SCI à l'IS, réemploi dans la société | 136 080 € | 29 770 € d'IS | 267 230 € |
| SCI à l'IS, bénéfice distribué | 136 080 € | 29 770 € d'IS et 33 381 € de prélèvement forfaitaire unique | 233 849 € |
Le calcul de la société retient l'IS au taux de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis de 25 % ainsi qu'un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % sur les dividendes perçus en 2026 (Guide des sociétés immobilières, La plus-value de cession en SCI à l'IS). La société qui réemploie le prix sans le distribuer supporte une friction comparable à celle du LMNP. Ces chiffres ne disent rien de l'impôt payé pendant la détention, plus faible au réel meublé ou à l'IS qu'en location nue. Ils se lisent avec le chapitre 49.
Du patrimoine personnel vers une société
Faire tourner un bien détenu en direct vers une société suppose une vente ou un apport, imposés comme une cession. L'apport d'un immeuble par un particulier à une société à l'IS supporte en outre un droit de 5 %, l'enregistrement gratuit sur engagement de conservation ne visant que l'apport de l'ensemble d'une activité professionnelle. L'apport de parts d'une SCI à l'IR à une société à l'IS relève en revanche du sursis du II de l'article 150 UB du CGI (Guide de la fiscalité immobilière, L'apport d'un immeuble ou de parts à une société). Le chapitre 125 compare les structures de détention.
Vers la pierre-papier
Réemployer le prix en parts de société civile de placement immobilier (SCPI) supprime la gestion mais ajoute des frais de souscription prélevés à l'entrée, indiqués dans la note d'information, qui s'ajoutent à la friction de la vente (chapitre 60).
Vers la résidence principale
Pour un investisseur resté locataire de sa résidence, la première cession d'un logement locatif suivie de l'achat de sa résidence principale ouvre l'exonération décrite plus haut (chapitre 94). L'exemple est illustratif. Un célibataire a acheté un studio 90 000 € en 2017 et le vend 140 000 € en 2027, après dix ans. Sa plus-value brute atteint 29 750 € après forfaits et son impôt 8 652 €, dont 3 957 € d'IR et 4 695 € de prélèvements sociaux.
| Prix remployé dans la résidence principale | Part exonérée | Impôt restant |
|---|---|---|
| 140 000 € | 100 % | 0 € |
| 105 000 € | 75 % | 2 163 € |
| 70 000 € | 50 % | 4 326 € |
L'exonération doit être demandée dans l'acte de vente et suppose de ne pas avoir été propriétaire de sa résidence principale pendant les quatre années précédant la vente. Le remploi doit intervenir dans les deux ans. Pour des biens communs, les conditions s'apprécient distinctement pour chaque époux. L'exonération ne sert qu'une fois, ce qui invite à la réserver à la vente qui dégage la plus forte plus-value (Guide de la fiscalité immobilière, Les exonérations de plus-value immobilière).
Capital, temps, horizon et limites de chaque rotation
| Rotation | Capital requis | Temps de gestion | Horizon de récupération | Liquidité après | Risque principal | Cesse de fonctionner lorsque |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Vers plus de rendement | Produit de la vente | Accru | 10 à 20 ans | Souvent plus faible | Valorisation et vacance du nouveau marché | L'écart de rendement après impôt est inférieur à 1 point |
| Vers moins de risque | Produit de la vente | Stable ou réduit | Non mesurable en rendement | Plus élevée | Coût certain pour un risque incertain | Le risque visé peut être traité par des travaux |
| Vers moins de gestion | Produit de la vente | Réduit | Immédiat en temps | Variable | Rendement plus faible | Le temps libéré n'a pas de valeur pour le foyer |
| Vers la pierre-papier | Produit de la vente | Quasi nul | Plusieurs années selon les frais | Variable selon le support | Frais, marché secondaire | Le support suspend ou plafonne les retraits |
| Au sein d'une société à l'IS | Trésorerie de la société | Comptable | Variable | Faible | IS sur une plus-value calculée après amortissements | La valeur nette comptable est très basse |
| Par refinancement sans vente | Bien libre de dette | Faible | Durée du crédit | Inchangée | Levier, taux | Les loyers ne couvrent plus les échéances |
Les situations particulières
Le couple marié, pacsé ou en concubinage
Dans un régime de communauté, un bien acheté avec le prix d'un bien propre ne reste propre que si l'acte d'acquisition comporte une déclaration d'emploi ou de remploi (article 1434 du Code civil). À défaut, il peut devenir commun, l'époux ne disposant que d'un droit à récompense lors de la liquidation. Le notaire doit donc être informé de l'origine des fonds avant l'achat (Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif). Pour des partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) ou des concubins, la quote-part de chacun dans le nouveau bien doit refléter ce qu'il a apporté.
La famille recomposée
Une rotation peut modifier la destination du patrimoine. Un bien propre vendu puis réemployé sans déclaration de remploi dans un bien commun profite au conjoint, au détriment des enfants d'une première union. Faites vérifier par un notaire la cohérence de chaque réemploi avec les objectifs de transmission (chapitre 105).
L'indivision
Les indivisaires doivent consentir ensemble à la vente, sauf autorisation judiciaire à la majorité des deux tiers. Chacun reçoit ensuite sa part du prix. Le réemploi commun suppose une nouvelle indivision ou une société, avec de nouveaux frais. Une rotation est souvent l'occasion de sortir de l'indivision, en réemployant chacun sa part (Guide de la fiscalité immobilière, L'indivision en fiscalité).
Le démembrement
Lors de la vente d'un bien démembré, le prix se ventile entre usufruitier et nu-propriétaire, sauf accord pour un quasi-usufruit sur le prix ou pour un remploi dans un autre bien démembré (Guide de la fiscalité immobilière, Le démembrement de propriété en fiscalité). Le remploi démembré prolonge l'organisation de la transmission. Le quasi-usufruit fait naître une dette de restitution dont la déduction de la succession est limitée par l'article 774 bis du CGI pour les successions ouvertes depuis le 29 décembre 2023.
La SCI à l'IR
Une SCI à l'IR peut vendre un immeuble et en racheter un autre sans que les associés interviennent personnellement, sous réserve des pouvoirs du gérant fixés par les statuts. La plus-value est calculée au niveau de la société selon les règles des particuliers. Une rotation fréquente peut toutefois révéler une activité commerciale et faire basculer la société à l'IS (Guide des sociétés immobilières, Les plus-values immobilières de la SCI à l'IR).
Le non-résident et l'outre-mer
Le non-résident est imposé sur la plus-value d'un bien français par un prélèvement acquitté lors de l'acte et réemploie depuis l'étranger, ce qui complique le financement et la gestion (Guide du bailleur privé, Le bailleur non-résident ou expatrié). En outre-mer, les investissements aidés portent des durées de conservation propres et les marchés étroits allongent la vente comme la recherche du bien suivant (chapitre 88).
Le type de marché
Une rotation de la métropole vers une ville moyenne ou une zone rurale échange en général de la valorisation et de la liquidité contre du rendement. Une rotation inverse fait l'échange contraire. Vérifiez les prix et les volumes de ventes du marché de destination dans les demandes de valeurs foncières (DVF), publiées sur data.gouv.fr et consultables sur app.dvf.etalab.gouv.fr, ainsi que les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) sur la population et l'emploi (chapitres 81 et 82).
L'âge et l'horizon
À 40 ans, l'horizon permet de récupérer une friction élevée. À 65 ans, une rotation qui demande quinze ans pour se rembourser ne profite qu'aux héritiers, qui auraient de toute façon reçu le bien sans plus-value latente. Plus l'investisseur avance en âge, plus la rotation doit se justifier par la simplification ou la réduction du risque plutôt que par le rendement (chapitre 127).
Les risques de requalification
Des ventes rapprochées, surtout après division ou travaux, peuvent faire apparaître une activité de marchand de biens, imposée comme une activité commerciale sans abattement pour durée de détention. L'habitude et l'intention spéculative s'apprécient au vu des antécédents du vendeur (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles). Une politique de rotation se documente donc par des motifs patrimoniaux écrits et des durées de détention suffisantes.
Vendre un bien à sa propre société pour encaisser le prix, remettre à zéro la plus-value ou créer une dette envers soi-même est un montage examiné de près. Il peut être écarté sur le fondement de l'abus de droit des articles L64 et L64 A du Livre des procédures fiscales (LPF), le second visant les actes à but principalement fiscal (Guide des sociétés immobilières, L'abus de droit et la requalification). Faites évaluer le bien par un tiers et consultez un professionnel avant de le décider.
Ce qui peut changer
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, reste en discussion au 26 octobre 2026 et aucune de ses mesures n'est adoptée. Son article 7 plafonnerait l'amortissement annuel des loueurs en meublé non professionnels, ce qui réduirait l'intérêt d'une rotation vers la location meublée pour les biens acquis ou amortis à partir de 2027. Le nouveau calcul des plus-values adopté en commission est tombé avec le rejet de la première partie par la commission. L'article 5, relatif au report d'imposition des apports de titres à une holding, a été voté en séance dans une rédaction modifiée qui reste provisoire (Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027).
Erreurs fréquentes
- Comparer des rendements bruts. Dans le cas principal, un rendement brut de 8,5 % contre 3,8 % ne procure qu'un gain de 1,08 point après charges, gestion et impôt.
- Oublier la friction. La rotation de 2027 coûte 47 444 €, soit 15,8 % de la valeur du bien vendu, avant même de produire un euro de revenu supplémentaire.
- Négliger l'évolution relative des prix. Un écart d'un point par an entre les deux marchés suffit à faire perdre 37 868 € à la rotation en vingt ans.
- Multiplier les rotations. La seconde rotation ajoute 30 913 € de friction et réduit encore le patrimoine de 38 759 €.
- Ignorer la réintégration des amortissements. En LMNP, l'impôt de la vente atteint 27 807 € contre 14 428 € pour le même bien loué nu.
- Oublier la déclaration de remploi. Un bien propre réemployé sans déclaration peut devenir commun.
- Raisonner sans horizon. Une rotation qui demande dix-huit ans pour se rembourser n'a pas de sens pour un investisseur dont l'horizon est de dix ans.
Liste de contrôle
- Le motif de la rotation est écrit et hiérarchisé, rendement, risque, gestion, liquidité ou transmission.
- La friction est chiffrée poste par poste, impôt, frais de vente, indemnités, frais d'acquisition, travaux, vacance et temps.
- Le gain annuel est mesuré en revenu net après impôt et non en rendement brut.
- Le nombre d'années de récupération est compatible avec l'horizon du foyer.
- L'évolution relative des prix des deux marchés fait l'objet d'hypothèses prudentes et d'un test de sensibilité.
- Un scénario défavorable combiné a été calculé sur le nouveau bien.
- Les déficits fonciers, les amortissements reportés et les engagements fiscaux en cours sont examinés.
- Le passage éventuel au statut de LMP ou à l'IS est anticipé.
- L'acte d'achat comporte la déclaration de remploi nécessaire et la répartition des quotes-parts.
- Aucune vente répétée ni vente à sa propre société n'expose à une requalification sans avis préalable.
- L'état du PLF pour 2027 est vérifié avant de réemployer vers la location meublée.