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Locafis®

Guide des stratégies immobilières, chapitre 24

Les stress tests et l'analyse de sensibilité

À jour au

Un prévisionnel donne un résultat central. Il ne dit pas ce qui arrive si la vacance s'allonge, si un locataire cesse de payer, si la copropriété vote une toiture ou si le marché baisse au moment de vendre. Le stress test répond à cette question. Il soumet le projet à des chocs plausibles, isolés puis combinés, puis mesure leur effet sur la trésorerie, la rentabilité et le patrimoine. Il permet surtout de décider avant d'acheter, de dimensionner le financement et de fixer une réserve de trésorerie.

Ce chapitre applique la méthode au T3 ancien loué nu dont le prix de revient a été établi au chapitre 22 et le prévisionnel au chapitre 23. Il présente les chocs à retenir, leur calibrage, les tableaux de sensibilité, un scénario défavorable combiné, la lecture des points morts, puis la façon d'en déduire une marge de sécurité et une réserve. Les tests de résistance de base figurent dans le Guide du bailleur privé, Calculer la rentabilité d'un investissement locatif. Leur application à la dette d'un parc professionnel figure dans le Guide du bailleur professionnel, Gérer le risque de taux. Les données sont arrêtées au 26 octobre 2026.

Sensibilité, stress test et point mort

Trois outils voisins répondent à trois questions différentes. Ils se complètent et ne se remplacent pas.

OutilQuestion poséeForme du résultat
Analyse de sensibilitéComment le résultat varie-t-il quand une ou deux hypothèses changentTableau à une ou deux entrées
Stress testLe projet survit-il à un choc plausible, isolé ou combinéCash-flow, réserve consommée, rentabilité dégradée
Point mortÀ partir de quelle valeur d'une hypothèse le projet bascule-t-ilLoyer, taux, prix ou vacance limites

Le point mort donne la marge dont vous disposez sur chaque hypothèse. La sensibilité montre quelles hypothèses comptent. Le stress test vérifie que le foyer peut traverser une mauvaise période sans vente forcée.

Choisir et calibrer les chocs

Les sept familles de chocs

Chaque choc doit être plausible, daté dans le temps et chiffré. Le tableau indique l'ampleur retenue pour le bien de référence, qui reste une hypothèse.

ChocCe qu'il représenteCalibrage et repère publicAmpleur retenue
VacanceRelocations plus lentes, demande locale plus faibleAucun taux public par logement, observation du marché localUn mois de plus chaque année
ImpayéLocataire défaillant jusqu'à la libération des lieuxDélais légaux de procédureSix mois non payés en année 3 et 1 500 € de frais
Taxe foncièreHausse des taux votés en plus de la revalorisationRevalorisation de 1,7 % en 2025 et 0,8 % en 2026Plus 30 % dès l'année 3
Travaux imprévusAppel de fonds de copropriété, sinistre non couvert, équipementPlan pluriannuel de travaux, diagnostics10 000 € en année 3
TauxHausse sur un prêt variable ou lors d'un refinancementBanque de France, taux de l'usurePlus deux points dès l'année 4 sur un variable capé
Prix de sortieMarché baissier au moment de vendreIndices des prix de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et des notairesMoins 20 % sur le prix central
FiscalitéHausse des prélèvements ou du taux marginalProjet de loi de finances pour 2027, situation du foyerPlus deux points de prélèvements sociaux, taux marginal d'imposition (TMI) de 30 % à 41 %

Le choc d'impayé suit les délais de la procédure. Un commandement de payer ne produit effet qu'après six semaines, l'assignation précède le jugement, puis le locataire dispose en principe de deux mois après le commandement de quitter les lieux, sans compter la trêve hivernale (Guide du bailleur privé, Impayés et contentieux). Six mois de loyers perdus constituent donc une hypothèse modérée, que le chapitre 109 permet d'affiner.

Les repères publics servent à vérifier que les chocs ne sont pas fantaisistes. Selon la Banque de France, le taux moyen des crédits nouveaux à l'habitat a augmenté de 24 points de base depuis le début de 2026 pour atteindre 3,32 % en août, hors assurance et frais (publication du 6 octobre 2026). Le taux de l'usure d'un prêt à taux variable est de 5,52 % du 1er octobre au 31 décembre 2026 (service-public.gouv.fr). L'INSEE a mesuré une baisse des prix des logements anciens de 3,9 % sur un an au quatrième trimestre 2023 dans la série révisée, la première estimation ayant été de 4,0 % (insee.fr). La baisse est de 0,8 % sur un an au deuxième trimestre 2026 (insee.fr). Ces évolutions passées ne préjugent pas des évolutions futures.

Le choc fiscal et le choc réglementaire

Le choc fiscal se teste comme une hypothèse, jamais comme une certitude. Les prélèvements sociaux sont restés à 17,2 % sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières, alors qu'ils sont passés à 18,6 % sur les revenus de location meublée non professionnelle dès les revenus de 2025 et sur les dividendes et intérêts perçus à partir de 2026. Une hausse de deux points sur les revenus fonciers n'est donc qu'un scénario de test.

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026. Son article 7, qui plafonnerait l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels, n'est pas adopté. Son effet est chiffré au chapitre 23 pour une variante meublée du même bien.

Le choc réglementaire le plus fréquent est énergétique. Un logement classé F ne peut plus être loué à un nouveau locataire à partir du 1er janvier 2028, un logement classé E à partir de 2034. Le loyer des logements F ou G est en outre gelé (Guide du bailleur privé, Le DPE et le calendrier énergétique). Pour un bien proche d'un seuil de classe, testez le coût et la date des travaux nécessaires (chapitre 72).

La méthode pas à pas

  1. Partez du prévisionnel central documenté, avec toutes ses hypothèses dans un bloc unique (chapitre 23).
  2. Calibrez chaque choc sur des repères publics ou sur l'observation locale, avec sa date de survenance.
  3. Appliquez les chocs un par un et notez leur effet sur le cash-flow de l'année touchée, la pire année, le taux de rendement interne (TRI) et l'enrichissement.
  4. Construisez deux tableaux de sensibilité croisant les variables les plus influentes.
  5. Calculez les points morts du loyer, du taux, de la vacance et du prix de sortie.
  6. Combinez les chocs plausibles ensemble, sans empiler ceux qui s'excluent.
  7. Comparez les résultats à la capacité d'épargne du foyer et à vos règles de décision.
  8. Fixez la marge de sécurité et la réserve, puis modifiez le projet si elles ne sont pas tenables.

Les chocs isolés sur le bien de référence

Le point de départ

Exemple illustratif, sans valeur de calcul pour votre situation. Le bien de référence est le T3 loué nu au régime réel du chapitre 23, acheté avec 22 201 € d'apport et 150 000 € empruntés sur vingt ans à 3,40 % fixe. Dans le scénario central, le cash-flow après impôt est de -4 053 € la deuxième année, soit 338 € d'effort par mois. Le TRI des fonds propres est de 3,33 % et l'enrichissement net de 57 377 € après vingt ans. Le revenu net d'exploitation de la deuxième année, de 6 669 €, ne couvre que 0,62 fois l'annuité de 10 722 €.

L'effet de chaque choc

Choc appliqué seulCash-flow de l'année 3Pire annéeTRIÉcart d'enrichissement
Aucun, scénario central-3 962 €-9 786 €, année 153,33 %0 €
Vacance, un mois de plus par an-4 828 €-10 792 €, année 152,46 %-13 655 €
Impayé de six mois en année 3-9 913 €-9 913 €, année 32,98 %-3 955 €
Taxe foncière plus 30 % dès l'année 3-4 243 €-10 142 €, année 153,05 %-4 317 €
Travaux imprévus de 10 000 € en année 3-12 984 €-12 984 €, année 32,78 %-6 653 €
Taux variable capé, plus deux points dès l'année 4-3 779 €-11 251 €, année 152,21 %-18 425 €
Prix de sortie moins 20 %-3 962 €-9 786 €, année 151,62 %-32 845 €
Prélèvements sociaux plus deux points dès l'année 3-3 962 €-9 786 €, année 153,26 %-1 407 €
TMI de 30 % à 41 % dès l'année 3-3 962 €-9 786 €, année 153,08 %-4 721 €

Le variable capé est supposé partir à 3,20 %. Sa mensualité passe de 846,99 € à 984,36 € après la hausse, contre 862,25 € pour le taux fixe. Sans hausse, il aurait donné un TRI de 3,53 %. Les chocs fiscaux n'affectent pas l'année 3, car le déficit reporté efface l'impôt jusqu'à l'année 11.

La lecture des chocs isolés

Deux classements apparaissent. Pour la trésorerie, les chocs ponctuels dominent. Les travaux imprévus et l'impayé creusent l'année touchée de 9 022 € et 5 951 € par rapport au scénario central, sans menacer durablement le projet. Pour le patrimoine, ce sont les chocs durables ou finaux qui dominent. La baisse du prix de sortie coûte 32 845 € d'enrichissement, la hausse du taux variable 18 425 € et un mois de vacance par an 13 655 €.

Cette distinction commande la réponse. Un choc ponctuel se finance par une réserve. Un choc durable exige une marge dans le budget mensuel ou une modification du projet, comme un taux fixe, un apport plus élevé ou un loyer de départ plus prudent. Le chapitre 107 propose une cartographie complète des risques.

Le coût d'une garantie

Supposons une garantie des loyers impayés (GLI) coûtant 3 % des loyers et couvrant, par hypothèse, l'intégralité de l'impayé et des frais. En cas de sinistre de six mois en année 3, le cash-flow de l'année passe de -9 913 € sans garantie à -4 096 € avec elle. Sans sinistre, la garantie réduit l'enrichissement de 2 146 € sur vingt ans, après déduction fiscale et suppression de la provision pour impayés courants. Elle échange un coût certain et modéré contre la suppression d'un choc de trésorerie. Ses conditions de sélection et ses plafonds sont présentés dans le Guide du bailleur privé, Trouver le locataire et sécuriser les loyers.

Les tableaux de sensibilité

La trésorerie, vacance et taux

Le premier tableau donne le cash-flow mensuel avant impôt de la deuxième année selon la vacance annuelle et le taux fixe obtenu à la souscription. Un montant négatif correspond à l'effort mensuel du foyer.

Vacance annuelleTaux de 2,90 %Taux de 3,40 %Taux de 3,90 %Taux de 4,40 %
Aucune-300 €-338 €-377 €-416 €
Un mois-371 €-409 €-448 €-487 €
Deux mois-442 €-480 €-519 €-558 €
Trois mois-513 €-551 €-590 €-629 €

Chaque mois de vacance coûte environ 71 € par mois d'effort, chaque demi-point de taux environ 39 €. Un mois de vacance pèse donc à peu près autant qu'un point de taux. Le soin apporté à la relocation compte autant que la négociation du crédit.

La rentabilité, prix de sortie et vacance

Le second tableau donne le TRI des fonds propres selon le prix de sortie après vingt ans et la vacance annuelle supplémentaire. Les autres hypothèses restent celles du scénario central.

Prix de sortieVacance centraleUn mois de plus par anDeux mois de plus par an
161 065 €, moins 20 %1,62 %0,69 %-0,16 %
181 198 €, moins 10 %2,53 %1,64 %0,81 %
201 331 €, central3,33 %2,46 %1,66 %
221 464 €, plus 10 %4,04 %3,20 %2,41 %

Avec deux mois de vacance supplémentaires et un prix inférieur de 20 %, le TRI devient négatif. L'investisseur récupérerait moins que ses versements, en euros courants.

Le scénario défavorable combiné

Sa composition

Le scénario combiné réunit les chocs qui peuvent raisonnablement survenir ensemble pendant la détention, un mois de vacance de plus chaque année, un impayé de six mois et 1 500 € de frais en année 3, une taxe foncière plus élevée de 30 % dès l'année 3, 10 000 € de travaux imprévus la même année et un prix de sortie inférieur de 20 %. Il n'ajoute ni la hausse de taux, le prêt étant à taux fixe, ni le choc fiscal, qui ne touche que les dernières années.

IndicateurScénario centralScénario combiné
Cash-flow de l'année 3-3 962 €-17 952 €
Effort mensuel de la pire année815 €1 496 €
Cash-flows cumulés sur vingt ans-105 679 €-134 049 €
Produit net de la vente185 257 €152 412 €
TRI des fonds propres3,33 %-0,22 %
Valeur actuelle nette (VAN) au taux de 4 %-6 973 €-44 333 €
Enrichissement net57 377 €-3 838 €

Le surcroît d'effort par rapport au scénario central atteint 852 € l'année 2, 13 990 € l'année 3, puis 1 166 € et 1 186 € les deux années suivantes. Cumulé, il représente 14 842 € sur trois ans et 17 194 € sur cinq ans.

Les chocs qui vont ensemble

Un scénario combiné n'est pas l'addition de tous les malheurs possibles. Certains chocs sont liés. Une hausse des taux pèse sur la capacité d'emprunt des acheteurs et donc sur les prix de sortie. Une récession locale fait monter à la fois la vacance et les impayés.

D'autres chocs s'excluent, comme une vacance prolongée et un impayé sur le même mois. Retenez les combinaisons cohérentes avec un récit économique, en vous aidant des scénarios de marché du chapitre 11.

Deux chocs à part, le refinancement et la vente forcée

Le refinancement

Avec un prêt amortissable à taux fixe, la hausse des taux n'atteint pas le prêt en cours. Elle frappe en revanche tout refinancement que le projet rend nécessaire, comme un prêt relais, un prêt in fine arrivant à échéance, un prêt complémentaire pour des travaux ou une renégociation que le prévisionnel supposait acquise. Testez ces cas en recalculant l'échéancier au taux de la date de refinancement augmenté de deux points, plafonné au taux de l'usure applicable. Un projet dont l'équilibre repose sur une baisse future des taux n'a pas d'équilibre propre (chapitre 112).

La vente forcée

Exemple illustratif. Supposons que le foyer doive vendre le bien de référence à la fin de l'année 4, après une perte de revenus, à un prix inférieur de 10 % à la valeur estimée, soit 154 530 €. Après 8 326 € de frais de vente, le remboursement des 127 552 € de capital restant dû et une indemnité de remboursement anticipé de 2 168 €, égale à six mois d'intérêts, il reste 16 483 €. La plus-value n'ouvre droit à aucun abattement avant la sixième année et les travaux déduits des revenus fonciers ne peuvent pas majorer le prix d'acquisition. L'impôt atteint 3 611 € et le produit net tombe à 12 873 €. Rapporté à l'apport de 22 201 € et aux 16 614 € d'effort des quatre premières années, l'opération se solde par une perte de 25 942 €.

L'indemnité de remboursement anticipé d'un prêt soumis au Code de la consommation est plafonnée au plus faible de six mois d'intérêts et de 3 % du capital restant dû. Les cas d'exonération liés à un changement d'emploi ou à un décès ne visent pas l'arbitrage d'un bien locatif (Guide du bailleur professionnel, Le refinancement et la renégociation). Cesser de louer avant le 31 décembre de la troisième année qui suit l'imputation d'un déficit foncier sur le revenu global entraîne en outre sa remise en cause. Dans l'exemple, une vente un an plus tôt aurait ainsi fait perdre l'économie de 3 210 € de l'année 1. La vente forcée est le choc qui coûte le plus cher au début de la détention, ce qui justifie la réserve et la marge de sécurité qui suivent (chapitre 113).

Lire les points morts

VariableValeur centralePoint mortMarge
Loyer annulant le cash-flow avant impôt de l'année 2720 €1 058 €Inatteignable
Occupation annulant ce cash-flow100 %146,9 %Inatteignable
Taux du crédit annulant le TRI3,40 %7,10 %3,70 points
Vacance annulant le TRIRelocations seules4,25 mois par anPlus de quatre mois
Prix de sortie annulant le TRI201 331 €135 242 €Baisse de 32,8 %
Prix de sortie annulant le TRI, scénario combiné201 331 €165 475 €Baisse de 17,8 %

Les deux premiers points morts ne peuvent pas être atteints. Ce bien ne s'autofinance pas, quel que soit son taux d'occupation. Il repose entièrement sur l'épargne du foyer. Le point mort de trésorerie n'a alors pas de sens. L'indicateur utile devient l'effort que le foyer peut supporter et la durée pendant laquelle il peut le supporter.

Avec un apport plus élevé, le point mort de trésorerie redevient lisible. En empruntant 100 000 € avec 72 201 € d'apport, l'occupation nécessaire reste de 105,5 %. En empruntant 80 000 € avec 92 201 € d'apport, elle tombe à 89,0 %. Ce niveau tolère 1,3 mois de vacance par an et le revenu net couvre 1,17 fois l'annuité.

Le TRI des fonds propres baisse en contrepartie à 2,99 %, puisque le levier diminue (chapitre 19). La sécurité se paie en rendement des fonds propres.

Fixer une marge de sécurité

La marge de sécurité est l'écart entre ce que le projet exige dans le scénario défavorable et ce que le foyer peut fournir sans se mettre en danger. Elle se fixe par des règles écrites avant l'offre, comme celles qui suivent.

  • Règle d'effort. L'effort mensuel moyen du scénario combiné reste inférieur à la capacité d'épargne régulière du foyer.
  • Règle de réserve. Le surcroît d'effort des trois premières années du scénario combiné est couvert par une réserve disponible dès l'achat.
  • Règle de rentabilité. Le TRI reste positif dans le scénario combiné, ou l'investisseur accepte explicitement le contraire.
  • Règle de sortie. Le prix de sortie peut baisser d'au moins un pourcentage choisi à l'avance sans annuler le TRI.

Supposons un foyer capable d'épargner 700 € par mois. L'effort moyen est de 440 € par mois dans le scénario central et de 559 € dans le scénario combiné. La marge passe de 260 € à 141 € par mois. La règle d'effort est respectée.

La pire année du scénario combiné exige en revanche 1 496 € par mois, soit plus du double de la capacité, ce qui impose une réserve. La règle de rentabilité n'est pas respectée, puisque le TRI devient légèrement négatif. Le foyer doit soit l'accepter en connaissance de cause, soit négocier le prix, soit augmenter l'apport.

Les financements professionnels comportent parfois un ratio minimal de couverture de l'annuité par le revenu net d'exploitation, par exemple 1,20, dont la méconnaissance peut constituer un manquement contractuel (Guide du bailleur professionnel, L'effet de levier et ses limites). Un particulier n'y est pas soumis, mais le ratio de 0,62 du bien de référence dit la même chose que le point mort, à savoir que les loyers ne paient pas la dette.

Dimensionner la réserve de trésorerie

La méthode

La réserve couvre les chocs ponctuels. Les chocs durables relèvent du budget mensuel. Séparez donc les deux familles dans le scénario combiné.

Appliqués seuls, l'impayé et les travaux imprévus creusent l'année 3 de 13 187 €. Les deux chocs durables, vacance et taxe foncière, ajoutent en moyenne 75 € par mois à l'effort, 97 € la quatrième année. Le surcroît cumulé du scénario combiné sur trois ans, de 14 842 €, donne un ordre de grandeur de la réserve à constituer, soit environ 15 000 €. La règle courante de six mensualités ne représenterait ici que 5 361 € et couvrirait moins de la moitié du choc de l'année 3.

Une réserve n'est utile que si elle est disponible sans délai et sans perte en capital. Elle se reconstitue après usage, sur un calendrier fixé à l'avance. Son placement et sa reconstitution sont développés au chapitre 116.

Le grand patrimoine et la mutualisation

Exemple illustratif. Un investisseur détient dix lots identiques au bien de référence. On suppose que la vacance et la hausse de taxe foncière touchent tous les lots, mais qu'un seul subit l'impayé et deux les travaux imprévus en année 3. Le surcroît cumulé sur trois ans atteint 43 191 €, soit 4 319 € par lot, contre 14 842 € pour un bien isolé. Sur cinq ans, il atteint 66 709 €, soit 6 671 € par lot. Six mensualités par lot représenteraient 53 610 €.

La mutualisation réduit la réserve nécessaire par lot, à condition que les chocs ponctuels ne frappent pas tous les lots en même temps. Des lots situés dans le même immeuble, la même ville ou loués au même type de locataire subissent des chocs corrélés. Une toiture commune ou la fermeture d'un employeur local touchent alors tout le parc. La concentration est traitée au chapitre 114.

Les protections et leurs limites

ProtectionCoûtEfficace contreCesse de fonctionner si
Réserve de trésorerieRendement perdu sur la somme immobiliséeChocs ponctuelsLes chocs se succèdent sans reconstitution
Garantie des loyers impayésPrime annuelle, environ 2 146 € d'enrichissement sur vingt ans dans l'exempleImpayésLe locataire ne respecte pas les critères de la garantie
Taux fixeTaux initial parfois supérieur au variableHausse des tauxUn refinancement devient nécessaire
Apport plus élevéTRI des fonds propres plus faibleEffort mensuel, point mortL'épargne mobilisée manque ailleurs
Durée de prêt plus longueIntérêts totaux plus élevésEffort mensuelLa durée dépasse les normes bancaires
Prix d'achat plus basNégociation, renoncement à certains biensTous les chocsLe marché ne l'accepte pas

Le capital requis, le temps de gestion et la liquidité changent avec chaque protection. La réserve immobilise du capital mais reste liquide. L'apport immobilise davantage, pour une liquidité nulle jusqu'à la vente. La garantie demande du temps lors de la sélection du locataire et de la déclaration du sinistre.

Les situations particulières

Le couple, la famille et l'indivision

La capacité d'épargne retenue est celle du foyer. Pour un couple marié ou pacsé, testez la perte d'un des deux revenus, par chômage, invalidité ou séparation. Vérifiez aussi la quotité couverte par l'assurance emprunteur. Des concubins co-emprunteurs restent tenus solidairement envers la banque, souvent au-delà de leur quote-part, ce que le Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif développe. Dans une famille recomposée ou une indivision, prévoyez qui finance la réserve et qui avance un choc, faute de quoi le premier impayé devient un conflit (chapitre 105).

Le démembrement et la société

En démembrement, chaque titulaire subit ses propres chocs. L'usufruitier supporte la vacance, les impayés et les charges courantes, le nu-propriétaire les grosses réparations (chapitres 58 et 59). Une société civile immobilière (SCI) à l'impôt sur le revenu reporte les chocs fiscaux sur ses associés.

Une société à l'impôt sur les sociétés (IS) les absorbe dans sa propre trésorerie, mais ses associés ont souvent donné une caution personnelle. Un apport en compte courant devient alors le seul moyen de faire face. Le Guide des sociétés immobilières, Les comptes courants d'associés précise ces mécanismes.

Le non-résident et l'outre-mer

Un non-résident ajoute deux chocs. Le choc de change modifie l'effort lorsque ses revenus sont perçus dans une autre monnaie. La distance allonge les délais de relocation et de travaux (chapitres 89 et 103). En outre-mer, testez les risques naturels, la franchise d'assurance après une catastrophe et le calendrier énergétique propre, qui exclut des nouveaux baux la classe G en 2028 et la classe F en 2031 (chapitre 88).

Le type de marché et l'horizon

Calibrez les chocs sur le marché du bien. En zone tendue, la vacance est en général courte mais les prix ont parfois davantage varié. En ville moyenne ou en zone rurale, la vacance et la durée de vente sont les chocs principaux, ce qui impose de tester la liquidité (chapitre 113).

L'âge et l'horizon jouent aussi. Plus la vente est proche, plus le choc sur le prix de sortie pèse, faute de temps pour attendre un marché meilleur. À l'approche de la retraite, testez la baisse des revenus du foyer, qui réduit la capacité d'effort mais aussi le TMI (chapitre 126).

Les stratégies à forte rotation

En meublé, en colocation, en location étudiante ou en courte durée, la vacance et l'usure pèsent davantage que dans l'exemple. Calibrez la vacance sur le calendrier réel, par exemple les mois d'été pour un logement étudiant. Ajoutez un renouvellement anticipé du mobilier. Le choc réglementaire y est aussi plus fréquent.

Les communes peuvent encadrer les meublés de tourisme. À partir du 1er janvier 2034, un meublé de tourisme situé en métropole devra atteindre la classe D, sauf s'il s'agit de la résidence principale du loueur (Guide du bailleur privé, Le DPE et le calendrier énergétique). Les chapitres 40 à 44 détaillent ces stratégies.

Les réponses à un choc et la requalification

Face à un choc, transformer le logement en meublé de tourisme ou multiplier les reventes rapides peut changer de régime. Les recettes de location meublée peuvent faire franchir les seuils du statut de loueur en meublé professionnel. Des services de type hôtelier peuvent rendre l'activité commerciale (Guide du bailleur professionnel, Quand la location devient une activité commerciale). Des achats et reventes répétés exposent à la qualification de marchand de biens (chapitre 76). Un montage dont le seul but serait d'effacer un choc fiscal relève de l'abus de droit des articles L64 et L64 A du Livre des procédures fiscales (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal).

Petit et grand patrimoine

Les erreurs fréquentes

  • Tester un seul choc à la fois. Le pire choc isolé du bien de référence coûte 32 845 € d'enrichissement, le scénario combiné 61 215 €.
  • Confondre choc ponctuel et choc durable. Une réserve de 15 000 € absorbe l'année 3 mais pas un mois de vacance chaque année pendant vingt ans.
  • Appliquer la règle des six mensualités sans calcul. Elle donne 5 361 €, moins de la moitié du choc de 13 187 € de l'année 3.
  • Ignorer la date des chocs. Un impayé en année 3 pèse sur la trésorerie, une baisse de prix en année 20 sur le patrimoine.
  • Oublier l'effet fiscal. Le déficit reporté amortit les chocs de trésorerie dans les premières années mais retarde l'effet des hausses d'impôt.
  • Négliger la vacance au profit du taux. Un mois de vacance par an coûte presque autant d'effort qu'un point de taux.
  • Additionner tous les chocs sans cohérence, au risque d'écarter tout projet, ou n'en retenir aucun.
  • Tenir pour acquise une mesure fiscale non adoptée, dans un sens ou dans l'autre.

Liste de contrôle

  1. Le prévisionnel central est documenté et chaque hypothèse peut varier seule.
  2. Les sept familles de chocs sont calibrées, datées et rattachées à un repère public ou local.
  3. Chaque choc isolé est mesuré sur l'année touchée, la pire année, le TRI et l'enrichissement.
  4. Deux tableaux de sensibilité croisent au moins la vacance, le taux et le prix de sortie.
  5. Le scénario combiné réunit des chocs cohérents entre eux.
  6. Les points morts de loyer, d'occupation, de taux, de vacance et de prix de sortie sont calculés.
  7. La capacité d'épargne du foyer est confrontée à l'effort moyen et à la pire année.
  8. Les règles de décision sont écrites avant l'offre.
  9. La réserve couvre le surcroît d'effort des trois premières années du scénario combiné.
  10. Les protections retenues sont chiffrées, garantie, taux fixe, apport ou prix.
  11. Pour un parc, la corrélation des lots et les échéances de dette sont testées.
  12. Le test est refait chaque année et avant toute acquisition, renégociation ou travaux importants.