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Locafis®

Guide des stratégies immobilières, chapitre 126

Préparer sa retraite avec l'immobilier

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Préparer sa retraite avec l'immobilier consiste à transformer, en quinze ou vingt ans, une capacité d'épargne en un revenu net disponible à une date donnée. L'immobilier locatif y parvient par l'effet de levier, mais il demande de la gestion, il concentre le risque et il ne se vend pas par fractions. L'épargne retraite et les placements financiers y parviennent autrement, avec une fiscalité et une liquidité différentes. La stratégie se juge donc sur un objectif chiffré, comparé à toutes les voies possibles pour un même effort.

Ce chapitre donne la méthode pour fixer l'objectif de revenu net, organiser le désendettement, choisir les biens à conserver et comparer l'immobilier au plan d'épargne retraite (PER). Il chiffre un plan sur vingt ans avec sa sensibilité aux taux et aux loyers, puis la décision de rembourser un prêt par anticipation et le tri de quatre biens. La gestion courante à l'approche de la retraite est présentée dans le Guide du bailleur privé, Préparer sa retraite avec l'immobilier locatif et la situation du loueur professionnel dans le Guide du bailleur professionnel, Préparer la retraite du loueur. Le profil du quinquagénaire est traité au chapitre 101, celui du retraité au chapitre 102 et les revenus pendant la retraite au chapitre 127.

Fixer l'objectif de revenu net

Partir du besoin et de la pension

L'objectif ne se fixe pas en patrimoine mais en revenu net mensuel, à une date. Il se déduit de l'écart entre le niveau de vie souhaité à la retraite et la pension nette estimée, que donnent le relevé de carrière et les simulateurs des régimes. Un objectif exprimé en euros d'aujourd'hui doit être converti en euros de la date cible avec une hypothèse d'inflation, faute de quoi il sera sous-estimé.

La date cible dépend de l'âge de départ. Pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1969, l'âge minimal de départ est de 64 ans, selon la fiche F14043 de service-public.gouv.fr vérifiée le 14 août 2026 (service-public.gouv.fr). Des départs anticipés existent, notamment pour carrière longue. Retenez une date probable et une date plus précoce, car un départ anticipé laisse souvent des prêts à solder.

Distinguer revenu pérenne et revenu consommant le capital

Deux revenus doivent être calculés séparément. Le revenu pérenne ne consomme pas le capital, comme le loyer net d'un bien remboursé. Le revenu consommant le capital provient de retraits sur une épargne qui s'épuise à une date choisie. Le premier laisse un patrimoine transmissible et résiste à la longévité, le second rapporte plus par euro investi mais s'arrête. Un plan de retraite solide combine souvent les deux.

Raisonner après impôt

Le revenu utile est le revenu après impôt et prélèvements sociaux. À la retraite, les revenus fonciers restent soumis au barème et à 17,2 % de prélèvements sociaux, mais la tranche marginale d'imposition (TMI) baisse souvent avec la pension. Les sorties d'épargne retraite et les gains financiers obéissent à leurs propres règles, présentées plus loin.

Les quatre leviers

Le désendettement

Le crédit est le moteur de la constitution, mais il devient une charge lorsque la pension remplace le salaire. L'objectif courant consiste à faire coïncider la dernière échéance avec la date de départ, puis à vérifier ce qui se passe en cas de départ anticipé. Les garanties de l'assurance emprunteur, notamment l'incapacité de travail, cessent souvent à un âge fixé par le contrat.

Les indemnités de remboursement anticipé d'un crédit immobilier sont plafonnées au plus faible de six mois d'intérêts sur le capital remboursé au taux moyen du prêt et de 3 % du capital restant dû (Guide du bailleur privé, Préparer sa retraite avec l'immobilier locatif). Ce plafond ne s'applique pas à un prêt professionnel. Le chapitre 34 compare les voies de désendettement.

Le choix des biens à conserver

Tous les biens ne méritent pas d'être conservés à la retraite. Un bien se garde lorsque son rendement après impôt, rapporté au produit net de sa vente, reste supérieur à celui d'un placement sans gestion. Il faut aussi que ses travaux à venir, sa gestion et sa liquidité restent compatibles avec l'âge. Le chapitre 120 donne la méthode complète, appliquée plus loin à quatre biens.

CritèrePlutôt conserverPlutôt vendre ou arbitrer
Rendement après impôt des fonds libérésSupérieur à un placement sans gestionInférieur
Diagnostic de performance énergétique (DPE)A à DE à G avec travaux lourds
GestionSimple, proche ou déléguéeLourde, éloignée, rotation forte
LiquiditéBien recherché, marché profondBien atypique, marché étroit
Plus-valueImposition lourde à la venteFaible ou exonérée
TransmissionBien que les héritiers peuvent reprendreBien source de conflit futur

Le régime fiscal à la retraite

La baisse des revenus d'activité modifie le cadre fiscal. Les gros travaux déductibles rapportent moins en impôt évité lorsque la TMI baisse, ce qui plaide pour les réaliser avant le départ. En location meublée, la pension compte parmi les autres revenus d'activité retenus pour le statut de loueur en meublé professionnel (LMP), si bien qu'un loueur en meublé non professionnel (LMNP) peut devenir professionnel l'année de son départ, avec des cotisations sociales à la place des prélèvements sociaux (Guide du bailleur professionnel, Passer de particulier à professionnel). Le chapitre 124 en donne un exemple.

Le régime des plus-values des particuliers prévoit une exonération d'impôt sur le revenu pour les titulaires d'une pension de vieillesse dont le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année ne dépasse pas une limite légale, sous une condition de patrimoine. Elle vise des retraités de condition modeste et se vérifie avec le notaire. Les biens sont par ailleurs exonérés d'impôt sur le revenu après vingt-deux ans de détention et de prélèvements sociaux après trente ans.

L'épargne financière et l'épargne retraite

Les versements volontaires sur un PER individuel sont déductibles du revenu imposable dans une limite égale, en 2026, à 10 % des revenus d'activité de 2025 nets de frais professionnels, avec un maximum de 37 680 € et un minimum de 4 710 €. Les plafonds non utilisés des cinq années précédentes peuvent être reportés. Les versements sont déductibles jusqu'à 70 ans. Depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués après 70 ans restent possibles sans être déductibles (fiche F34982 de service-public.gouv.fr vérifiée le 12 octobre 2026, service-public.gouv.fr).

À la sortie en capital, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème sans abattement de 10 % ni prélèvements sociaux. Les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026. À la sortie en rente, la rente issue de versements déduits est imposée comme une pension. L'épargne est en principe bloquée jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé, dont l'achat de la résidence principale et certains accidents de la vie (même fiche).

La rente issue de versements non déduits relève des rentes viagères à titre onéreux, dont seule une fraction est imposable selon l'âge au premier versement, soit 70 % avant 50 ans, 50 % de 50 à 59 ans, 40 % de 60 à 69 ans et 30 % à partir de 70 ans, avec 18,6 % de prélèvements sociaux sur cette fraction pour les rentes versées à partir de 2026 (même fiche). La rente est viagère et protège contre la longévité, mais elle ne se transmet pas, sauf option de réversion.

PointImmobilier locatif à créditPERPlacement financier sans enveloppe retraite
Effet de levierOui, par le créditNonNon
Avantage fiscal à l'entréeDéduction des charges et intérêtsDéduction des versements dans le plafondAucun
Fiscalité à la sortieLoyers au barème et 17,2 %, plus-value avec abattementsBarème sur les versements, PFU sur les gainsPFU sur les gains
Liquidité avant la retraiteFaible, vente d'un bien entierBloquée sauf exceptionsÉlevée
GestionRéelle, décroissante si déléguéeNulleNulle
RevenuPérenne, indexé sur les loyersRente viagère ou capital consomméCapital consommé
Risques principauxVacance, travaux, concentration, tauxMarchés financiers, fraisMarchés financiers

Le calendrier de préparation

ÉchéanceActions principales
Vingt ans avantObjectif chiffré, choix des options, dernières acquisitions à crédit long
Dix ans avantInventaire des prêts et de leurs dates de fin, tri des biens, travaux énergétiques des biens conservés
Cinq ans avantArrêt des acquisitions à crédit qui dépasseraient la date de départ, simulation du statut meublé, choix de la sortie des PER
Deux ans avantVentes programmées selon l'échéance des baux et les abattements, réserve de trésorerie reconstituée
Année du départLiquidation de la pension, adaptation du taux de prélèvement à la source, décision sur la gestion déléguée
Après le départRevue annuelle, arbitrages vers des actifs sans gestion, préparation de la transmission

Un logement loué ne se vend libre qu'à l'échéance du bail, après un congé pour vendre délivré dans les formes et les délais légaux. Un programme de ventes à la retraite se cale donc sur le calendrier des baux, parfois plusieurs années à l'avance (Guide du bailleur privé, Préparer sa retraite avec l'immobilier locatif).

La méthode pas à pas

  1. Fixer la date et l'objectif. Revenu net mensuel en euros d'aujourd'hui, converti en euros de la date de départ, avec une date probable et une date anticipée.
  2. Estimer la pension nette. Relevé de carrière, simulateurs, pension de réversion éventuelle.
  3. Mesurer la capacité d'effort. Épargne mensuelle disponible pendant toute la période, hors réserve de précaution.
  4. Construire au moins trois options. Tout immobilier, tout épargne, combinaison, à effort identique.
  5. Calculer pour chacune. Effort annuel, capital ou patrimoine à la date de départ, revenu net de la première année, revenu pérenne, patrimoine résiduel.
  6. Tester. Taux d'intérêt, loyers, rendement financier, vacance, travaux et date de départ.
  7. Arrêter le calendrier de désendettement. Date de chaque dernière échéance et capital restant dû en cas de départ anticipé.
  8. Trier les biens existants. Conserver, vendre, réemployer, avec la méthode du chapitre 120.
  9. Écrire le plan. Montants, dates, règles de révision, dans la feuille de route du chapitre 10, revue chaque année (chapitre 119).

Exemple principal, un plan sur vingt ans

Les hypothèses

L'exemple est illustratif. Ses hypothèses ne constituent pas des prévisions et ne valent pas calcul pour votre situation. Les rendements financiers et l'évolution des loyers et des prix sont des hypothèses, non des performances attendues.

HypothèseValeur retenue
FoyerCouple marié né en 1981, départ au 1er janvier 2046 à 64 ans
Pensions3 600 € imposables par mois en euros de 2026, soit 4 849 € en 2046 avec 1,5 % d'inflation
Objectif1 500 € nets par mois en euros de 2026, soit 2 020 € en 2046
Budget d'effort1 200 € nets par mois de 2026 à 2045, pour toutes les options
Revenus d'activité50 000 € nets de frais par conjoint, plafond PER de 5 000 € chacun
Fiscalité pendant l'activitéTMI de 30 % et 17,2 % de prélèvements sociaux sur les revenus fonciers
Fiscalité à la retraiteBarème des revenus de 2025 indexé de 1,5 % par an, abattement de 10 % sur les pensions plafonné à 4 439 € indexé, deux parts
Bien locatif260 000 € tout compris, financés à 100 % sur 20 ans à 3,6 %, assurance de 0,30 % par an, rendement brut de 7 %
Gestion du bienVacance de 5 %, charges non récupérables de 25 %, loyers indexés de 1,5 % par an, location nue au régime réel
Valeur du bienEn hausse de 1 % par an, hypothèse sans valeur de prévision
PlacementsRendement de 3,5 % par an net de frais avant la retraite, 2,5 % pendant la retraite
Phase de retraiteRetraits constants sur 25 ans, de 2046 à 2070

Trois options sont comparées. L'option immobilière achète le bien et place sur un compte-titres la part du budget que le bien ne consomme pas. L'option épargne verse 10 000 € par an sur deux PER, pour un coût net de 7 000 €. Elle place le reste sur un compte-titres. L'option mixte achète un bien deux fois plus petit, verse sur les PER et place le solde.

L'effort du bien locatif

La mensualité du prêt atteint 1 521,29 € hors assurance, soit une annuité de 19 035 € assurance comprise, pour des loyers de 18 200 € la première année. L'effort net d'impôt passe de 633 € par mois en 2026 à 798 € en 2045, pour une moyenne de 701 € et un cumul de 168 188 €. L'effort augmente avec le temps parce que les intérêts déductibles baissent et que l'impôt sur les revenus fonciers monte. La dernière échéance tombe en décembre 2045, à la veille du départ.

Les résultats en 2046

Poste en 2046Option immobilièreOption épargneOption mixte
Capital des PER0 €282 797 €, dont 200 000 € versés282 797 €
Compte-titres172 675 €209 270 €91 994 €
Valeur du bien, sans dette317 249 €0 €158 625 €
Loyers nets de charges17 159 €0 €8 579 €
Impôt sur les loyers4 839 €0 €2 419 €
Retraits des PER et impôtAucun15 349 € et 2 605 €15 349 € et 2 605 €
Retraits du compte-titres et impôt9 372 € et 901 €11 358 € et 1 044 €4 993 € et 479 €
Revenu net de la première année1 733 € par mois1 922 € par mois1 952 € par mois
dont revenu pérenne1 027 € par mois0 €513 € par mois
Patrimoine restant en 2070, hypothèse de 1 % par anBien de 402 823 €0 €Bien de 201 411 €

Aucune option n'atteint l'objectif de 2 020 € par mois avec 1 200 € d'effort. L'option épargne et l'option mixte en atteignent 95 % et 97 %, l'option immobilière 86 %. Le classement s'inverse pourtant lorsqu'on regarde au-delà de la première année. L'option épargne a épuisé son capital en 2070, alors que l'option immobilière garde un bien et un loyer indexé jusqu'au bout. La longévité, la transmission et la tolérance à la gestion décident donc autant que le revenu initial.

Le PER rapporte ici davantage par euro d'effort grâce à la déduction à 30 % et à une imposition de sortie à 11 % sur la part des versements. Il perd l'essentiel de cet avantage si la TMI à la retraite est égale ou supérieure à celle de la vie active.

La sensibilité aux taux et aux loyers

Le tableau donne, pour l'option immobilière, l'effort moyen mensuel pendant vingt ans puis le revenu net mensuel de 2046, selon le taux du prêt et l'évolution annuelle des loyers.

Taux du prêtLoyers stablesLoyers à 1,5 % par anLoyers à 2,5 % par an
3,0 %746 € et 1 413 €659 € et 1 787 €591 € et 2 095 €
3,6 %788 € et 1 358 €701 € et 1 733 €633 € et 2 040 €
4,2 %832 € et 1 301 €744 € et 1 676 €676 € et 1 983 €
4,8 %876 € et 1 242 €788 € et 1 617 €721 € et 1 925 €

L'évolution des loyers pèse plus que le taux. Des loyers stables en euros courants retirent environ 375 € de revenu mensuel en 2046, alors que le passage du taux de 3,6 % à 4,8 % en retire 116 €. Pour l'option épargne, le revenu de 2046 passe de 1 643 € par mois avec un rendement de 1,5 % à 1 774 € avec 2,5 %, 1 922 € avec 3,5 % et 2 180 € avec 5 %.

Le point mort se situe à un rendement financier de 2,20 % par an. En dessous, l'option immobilière procure un revenu de première année plus élevé que l'option épargne, tout en conservant le bien. Au-dessus, l'option épargne procure davantage la première année, mais sans revenu pérenne ni patrimoine résiduel.

Le scénario défavorable combiné

Le scénario retient pour le bien un prêt à 4,8 %, des loyers stables, une vacance de 10 % et 30 000 € de travaux de rénovation énergétique en 2036. L'option épargne subit un rendement financier de 1,5 %.

IndicateurOption immobilièreOption épargneOption mixte
Effort moyen du bien982 € par mois, 3 266 € l'année des travauxSans objet491 € par mois, 1 633 € l'année des travaux
Revenu net de 20461 043 € par mois1 643 € par mois1 402 € par mois
Écart à l'objectif de 2 020 €977 € par mois377 € par mois618 € par mois

Le bien absorbe alors une grande partie du budget et réduit l'épargne placée à 81 918 €. Si le couple devait le vendre en 2046 avec une baisse de prix de 15 %, il en tirerait 269 662 € au lieu de 317 249 €. L'option mixte limite l'écart dans les deux sens, ce qui illustre l'intérêt de la diversification pour un objectif daté.

Le départ anticipé

Un départ à 62 ans, possible notamment au titre d'une carrière longue, laisserait 35 177 € de capital restant dû à la fin de 2043, à rembourser avec une pension plus faible que le salaire. Une modulation des échéances pendant les dernières années d'activité, ou un remboursement partiel financé par le compte-titres, permet de garder la date de fin du prêt alignée sur la date de départ réelle.

Deuxième exemple, rembourser par anticipation ou placer

Un couple de 60 ans doit encore 80 000 € sur un prêt locatif à 3,8 % sur huit ans, avec une mensualité de 967,72 €. Les intérêts restants atteignent 12 901 €. L'indemnité de remboursement anticipé serait de 1 520 €, soit six mois d'intérêts, inférieure au plafond de 3 %. L'alternative consiste à placer les 80 000 € à 3 % avec des gains soumis au PFU, puis à payer les échéances avec ce placement. L'exemple est illustratif.

TMICoût de la dette après impôtRendement du placement après PFUSolde du placement après huit ansÉcart en faveur du placement
30 %2,01 %2,06 %995 €2 515 €
11 %2,73 %2,06 %moins 1 706 €moins 186 €

Avec une TMI de 30 %, les intérêts déductibles des revenus fonciers coûtent moins qu'un placement ne rapporte. Garder le prêt laisse 2 515 € de plus. Avec une TMI de 11 % à la retraite, le rapport s'inverse légèrement. Les montants restent faibles. La décision se prend donc surtout sur la liquidité, puisque les 80 000 € remboursés ne sont plus disponibles pour un impayé, des travaux ou la dépendance. La tranquillité qu'apporte l'absence de dette compte aussi.

Troisième exemple, choisir les biens à conserver

Un couple de 62 ans détient quatre biens loués nus et s'interroge sur ceux à conserver. Le rendement après impôt des fonds libérés rapporte le loyer net d'impôt, diminué d'une provision pour travaux à venir sur dix ans, au produit net de la vente après 5 % de frais et l'impôt sur la plus-value. La TMI est de 30 %. Les valeurs sont des hypothèses.

BienValeurDétentionImpôt sur la plus-valueProduit net de venteRendement net de charges et travauxRendement après impôt des fonds libérés
Studio en centre-ville110 000 €21 ans4 898 €99 602 €4,34 %2,53 %
Deux-pièces classé F, 25 000 € de travaux140 000 €14 ans5 525 €127 475 €2,08 %0,28 %
Maison, 8 000 € de travaux220 000 €10 ans3 417 €205 583 €3,10 %1,57 %
Trois-pièces en métropole300 000 €24 ans10 797 €274 203 €2,30 %1,33 %

Un placement sans gestion à 3 % rapporte 2,06 % après PFU. Seul le studio fait mieux. Le deux-pièces classé F est le premier candidat à la vente, puisque ses travaux absorbent presque tout son revenu. Le trois-pièces en métropole rapporte peu mais sa plus-value est presque exonérée et son marché est profond, ce qui laisse le choix du moment. La maison se discute selon la charge de gestion. Ce tri ne tient pas compte d'une évolution des prix, que personne ne connaît, ni de la valeur que vous attachez à la transmission d'un bien précis.

Capital, temps, horizon et limites

CritèreImmobilier locatifPER et placements
Capital requisFaible apport, capacité d'emprunt et réserveVersements réguliers, aucun minimum significatif
TempsGestion réelle, délégable à un coûtQuasi nul
HorizonQuinze à vingt-cinq ans, durée du prêtDès quelques années, bloqué jusqu'à la retraite pour le PER
LiquiditéFaible, vente par bien entierFaible pour le PER avant la retraite, élevée pour un compte-titres
Risques principauxVacance, travaux, réglementation énergétique, concentrationMarchés financiers, frais, fiscalité future

La stratégie immobilière cesse de fonctionner lorsque l'effort dépasse durablement la capacité d'épargne, lorsque le prêt ne peut plus être soldé à la date de départ ou lorsque le bien exige des travaux que la pension ne permet pas de financer. Elle devient aussi inadaptée lorsque l'âge ou la santé rendent la gestion impossible sans délégation coûteuse (chapitre 132).

Organiser la gestion pour la retraite

La retraite est le moment de réduire le temps consacré au patrimoine, de façon volontaire plutôt que subie à l'occasion d'un problème de santé. Quatre mouvements reviennent souvent. Le regroupement géographique vend les biens éloignés pour garder ceux qui sont proches du domicile. La délégation, totale ou limitée aux biens les plus exigeants, transforme du temps en honoraires déductibles. La simplification fiscale ramène, lorsque les loyers le permettent, au micro-foncier ou au micro-régime des bénéfices industriels et commerciaux. L'arbitrage partiel vers la pierre-papier supprime la gestion au prix de frais et d'une liquidité variable (chapitres 60 et 127).

La monétisation est une autre voie. La vente en viager, la vente de la nue-propriété ou le prêt viager hypothécaire transforment un bien en capital ou en rente sans attendre une vente classique. Chaque solution a un coût et des risques propres, chiffrés au chapitre 128. Anticipez aussi une perte d'autonomie en désignant la personne qui pourra reprendre la gestion, par exemple au moyen d'un mandat de protection future (chapitre 132).

Les risques de requalification

La préparation de la retraite approche de trois zones de requalification. La transformation de logements nus en meublés peut faire basculer le foyer dans le statut de LMP l'année du départ. La vente rapprochée de nombreux lots après division peut faire qualifier le vendeur de marchand de biens (Guide du bailleur privé, Marchand de biens et opérations immobilières professionnelles). Un montage de donation ou de démembrement conçu dans un but principalement fiscal peut être écarté au titre de l'abus de droit des articles L64 et L64 A du livre des procédures fiscales (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal).

Les situations particulières

Les couples

Des époux bénéficient en principe de la pension de réversion des régimes de base, sous conditions propres à chaque régime. Les partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) et les concubins n'y ont pas droit, ce qui augmente le besoin de revenu propre du survivant. La quotité d'assurance emprunteur sur chaque tête et le régime matrimonial déterminent ce qui reste au survivant d'un couple endetté (chapitre 115).

Les familles recomposées et l'indivision

Un bien indivis avec des enfants d'une première union se gère mal à la retraite, car toute vente suppose l'accord de tous. La donation de la nue-propriété avec réserve d'usufruit, ou un usufruit réversible au profit du conjoint, permet de garder les revenus tout en organisant la transmission (chapitre 105).

Le démembrement

L'achat de la nue-propriété vers 45 ou 50 ans, pour une durée de quinze à vingt ans, fait coïncider la reconstitution de la pleine propriété avec la retraite, sans gestion ni impôt sur les loyers pendant le démembrement (chapitre 58). À l'inverse, la donation de la nue-propriété des biens détenus permet de transmettre en gardant les loyers, au prix de la liberté de vendre.

La détention en société

Dans une société à l'impôt sur les sociétés (IS), les revenus de la retraite prennent la forme de dividendes au PFU ou du remboursement des comptes courants d'associés, qui n'est pas imposable. Ce second canal peut servir de complément pendant plusieurs années. Une société civile immobilière à l'impôt sur le revenu reste transparente, ses loyers étant imposés chez les associés en revenus fonciers (chapitre 125).

Les non-résidents et l'outre-mer

Un retraité qui s'installe à l'étranger reste en principe imposé en France sur ses loyers de biens français, selon les règles des non-résidents et la convention fiscale applicable (Guide du bailleur privé, Le bailleur non-résident ou expatrié). La gestion devient nécessairement déléguée. En outre-mer, les marchés étroits et les risques naturels rendent la liquidité à la retraite plus incertaine (chapitre 88).

Les marchés

En métropole et en zone tendue, les loyers rapportés aux prix sont plus faibles, ce qui réduit le revenu à la retraite mais améliore la liquidité. Dans les villes moyennes, le revenu est plus élevé et la liquidité moindre. En zone rurale, la vacance et la difficulté de revente pèsent davantage au moment où la gestion devient plus lourde (chapitres 85 et 86).

L'âge et l'horizon

À 40 ans, vingt-cinq ans de crédit restent compatibles avec un départ à 64 ans. À 50 ans, le prêt doit être plus court ou plus rentable et l'épargne financière gagne en intérêt relatif (chapitre 101). À 58 ans, la préparation consiste surtout à désendetter, trier et organiser la gestion, plutôt qu'à acheter (chapitre 138).

Le projet de loi de finances pour 2027

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026 et aucune de ses mesures n'est adoptée. Son article 3 aurait plafonné à 3 000 € par foyer l'abattement de 10 % sur les pensions. Les députés l'ont supprimé le 15 octobre 2026, mais il peut être rétabli. Son article 2 revaloriserait le barème de 2,1 %. Son article 7 plafonnerait l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels (Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027). Un plan de retraite ne doit reposer sur aucune de ces mesures avant leur adoption.

Les erreurs fréquentes

  • Fixer un objectif en patrimoine. Un bien de 317 249 € en 2046 ne produit que 1 027 € de revenu pérenne net par mois dans l'exemple.
  • Oublier l'inflation. 1 500 € d'aujourd'hui représentent 2 020 € en 2046 avec 1,5 % par an.
  • Oublier la hausse de l'effort. L'effort du bien passe de 633 € à 798 € par mois à mesure que les intérêts déductibles baissent.
  • Ignorer un départ anticipé. Un départ à 62 ans laisse 35 177 € à rembourser.
  • Comparer l'immobilier à un placement avant impôt. Le point mort de l'exemple est à 2,20 % de rendement financier, pas au rendement brut du bien.
  • Rembourser par anticipation sans calcul. À une TMI de 30 %, garder le prêt laisse 2 515 € de plus, au prix d'une dette.
  • Garder un bien énergivore par habitude. Le deux-pièces classé F ne rapporte plus que 0,28 % après impôt et travaux.
  • Négliger la protection du partenaire. Un partenaire de PACS ou un concubin n'a pas droit à la pension de réversion.

Liste de contrôle

  • L'objectif est-il écrit en euros nets par mois, à une date, converti avec une hypothèse d'inflation ?
  • La pension nette est-elle estimée à partir du relevé de carrière, avec une date de départ anticipée ?
  • Le revenu pérenne et le revenu consommant le capital sont-ils distingués ?
  • Chaque prêt se termine-t-il au plus tard à la date de départ probable ? Que reste-t-il en cas de départ anticipé ?
  • Les garanties d'assurance emprunteur restent-elles actives jusqu'à la fin des prêts ?
  • Les biens existants ont-ils été triés selon le rendement après impôt des fonds libérés ?
  • Les gros travaux déductibles sont-ils programmés avant la baisse de la TMI ?
  • Le statut fiscal de la location meublée l'année du départ a-t-il été simulé ?
  • L'immobilier a-t-il été comparé au PER et aux placements à effort identique et après impôt ?
  • La sensibilité aux taux, aux loyers et au rendement financier a-t-elle été mesurée ?
  • Une réserve de précaution reste-t-elle disponible après tout remboursement anticipé ?
  • La protection du conjoint, du partenaire ou du concubin survivant est-elle organisée ?
  • Les mesures du projet de loi de finances pour 2027 sont-elles traitées comme non adoptées ?