Le rendement brut est le premier chiffre que voit un investisseur et souvent le seul qu'affiche une annonce. Il rapporte un loyer annuel à un prix. Sa simplicité en fait un filtre commode pour écarter rapidement les biens hors marché, mais elle en fait aussi un mauvais critère de décision, car il ignore les charges, la vacance, la fiscalité, le financement, les travaux et la revente.
Ce chapitre ne reprend pas les bases du calcul, présentées dans le Guide du bailleur privé, Calculer la rentabilité d'un investissement locatif. Il examine les conventions de calcul qui rendent deux rendements bruts incomparables, les usages légitimes de l'indicateur, puis montre sur trois biens chiffrés pourquoi un même rendement brut de 7 % peut cacher des rendements nets qui diffèrent de plus de 60 %. Le rendement net est approfondi au chapitre 13, le rendement après impôt au chapitre 14 et le cash-flow au chapitre 15. Tous les exemples sont illustratifs et ne constituent pas un conseil personnalisé.
La formule et ses conventions
La définition de base
Le rendement brut est le loyer annuel hors charges divisé par le prix du bien, multiplié par cent. Un logement acheté 150 000 € et loué 800 € par mois hors charges, soit 9 600 € par an, affiche un rendement brut de 6,40 %. L'indicateur inverse est le multiple de loyer, c'est-à-dire le prix divisé par le loyer annuel. Il vaut ici 15,6, ce qui signifie que le prix représente un peu plus de quinze années et demie de loyer brut.
Aucun texte ne définit le rendement brut. Chacun choisit donc ce qu'il met au numérateur et au dénominateur, ce qui explique que deux chiffres affichés pour des biens voisins puissent ne rien avoir de comparable. Avant toute comparaison, il faut savoir quel loyer et quel prix ont été retenus.
Les quatre bases de prix
Le dénominateur peut être le prix net vendeur, le prix frais d'agence inclus, le prix acte en main, qui ajoute les frais d'acquisition, ou le coût total de l'opération, qui ajoute encore les travaux et le mobilier. L'exemple qui suit est illustratif. Il retient un prix net vendeur de 150 000 €, des honoraires d'agence de 7 500 € à la charge de l'acquéreur, 12 000 € de frais d'acquisition et 20 000 € de travaux, pour un loyer de 800 € par mois hors charges.
| Base retenue | Montant | Rendement brut |
|---|---|---|
| Prix net vendeur | 150 000 € | 6,40 % |
| Prix frais d'agence inclus | 157 500 € | 6,10 % |
| Prix acte en main | 169 500 € | 5,66 % |
| Coût total travaux inclus | 189 500 € | 5,07 % |
Le même bien affiche donc un rendement brut compris entre 5,07 % et 6,40 % selon la convention, soit un écart de plus d'un point et un quart. Le multiple de loyer passe de 15,6 sur le prix net vendeur à 19,7 sur le coût total. Pour décider, seule la dernière base a du sens, puisque c'est la somme réellement immobilisée.
Le loyer retenu au numérateur
Le numérateur pose les mêmes difficultés. Le loyer peut être celui de l'annonce, celui du bail en cours ou celui que le marché permet d'obtenir. Il peut être hors charges ou charges comprises, théorique sur douze mois ou corrigé de la vacance. Dans l'exemple, retenir 880 € charges comprises au lieu de 800 € hors charges porte le rendement apparent de 6,40 % à 7,04 %, alors que les 80 € de provisions ne rapportent rien au bailleur puisqu'ils financent des dépenses refacturées.
En location meublée, le loyer rémunère aussi le mobilier, qui s'use et se renouvelle. En colocation ou en location de courte durée, le loyer cumulé des chambres ou des nuitées n'est pas de même nature qu'un loyer de bail d'habitation nue, car il suppose davantage de vacance, de charges et de temps. Un rendement brut ne se compare utilement qu'entre biens loués selon le même mode.
Les usages légitimes du rendement brut
Un filtre de premier niveau
Le rendement brut permet de trier en quelques minutes des dizaines d'annonces. Il suffit pour écarter les biens dont le prix est manifestement trop élevé au regard du loyer possible, avant d'investir du temps dans une visite ou une étude de charges. Utilisé ainsi, il sert à éliminer, jamais à choisir.
Le filtre fonctionne à condition d'être appliqué avec une seule convention et un loyer réaliste. La méthode suivante limite les erreurs.
- Estimez le loyer de marché hors charges à partir des observatoires locaux des loyers, de la carte des loyers publiée par le ministère chargé du logement et de vos propres relevés, plutôt qu'à partir du loyer espéré par le vendeur.
- Calculez le rendement sur le prix frais d'agence inclus, en gardant à l'esprit que des frais d'acquisition de 7 à 8 % du prix dans l'ancien retirent environ un demi-point à un rendement brut de 6 à 7 %.
- Comparez le résultat au rendement brut habituel des biens comparables du même secteur, établi à partir des ventes enregistrées dans les demandes de valeurs foncières (DVF) et des loyers observés.
- Écartez les biens nettement en dessous de ce niveau, sauf raison identifiée comme une qualité exceptionnelle ou un potentiel de travaux.
- Examinez avec méfiance les biens nettement au-dessus, car un rendement anormalement élevé signale presque toujours un risque particulier.
- Pour les biens retenus, passez au rendement net et au cash-flow avant toute offre (chapitres 13 et 15).
Les données DVF, publiées par l'administration fiscale sur data.gouv.fr et consultables sur app.dvf.etalab.gouv.fr, recensent les ventes avec leur prix et leur surface. Leur exploitation est détaillée au chapitre 81 et l'étude d'un marché local dans le Guide du bailleur privé, Étudier le marché locatif d'une ville et d'un quartier.
Un indicateur de marché
À l'échelle d'un quartier ou d'une ville, le rendement brut moyen résume le rapport entre les prix et les loyers. Un rendement brut élevé correspond en général à des prix bas par rapport aux loyers, ce qui traduit souvent une demande d'achat plus faible, une perspective de valorisation jugée limitée ou un risque locatif plus élevé. Un rendement brut faible traduit au contraire des prix soutenus par une forte demande d'achat, par exemple dans les métropoles et les zones tendues.
Le rendement brut ne dit donc pas où il est préférable d'investir. Il mesure le prix que le marché attribue au risque et au potentiel d'un secteur. Les marchés des métropoles, des villes moyennes, des zones rurales et de l'outre-mer sont comparés aux chapitres 84 à 88.
Un repère de négociation
Exprimer une offre en rendement brut permet de la justifier auprès d'un vendeur, en particulier pour un bien déjà loué dont le loyer est connu. Un immeuble de rapport proposé à un multiple de 16 fois les loyers peut ainsi être comparé à des ventes récentes d'immeubles voisins vendus à 13 ou 14 fois. Le chapitre 21 montre comment la méthode par capitalisation du revenu prolonge ce raisonnement en partant du revenu net plutôt que du loyer brut.
Trois biens au même rendement brut
Les hypothèses
Les trois biens suivants affichent tous un rendement brut de 7,00 % sur leur prix frais d'agence inclus. Les montants sont des hypothèses illustratives, sans valeur de référence pour un marché donné. Le bien A est un deux-pièces dans une copropriété ancienne d'une ville moyenne, loué nu par l'intermédiaire d'une agence. Le bien B est une maison de quatre pièces en périphérie d'une ville, louée nue à une famille et gérée directement. Le bien C est un studio meublé dans une ville universitaire, géré directement.
| Hypothèse | Bien A | Bien B | Bien C |
|---|---|---|---|
| Prix frais d'agence inclus | 120 000 € | 150 000 € | 84 000 € |
| Loyer mensuel hors charges | 700 € | 875 € | 490 € |
| Rendement brut sur le prix | 7,00 % | 7,00 % | 7,00 % |
| Frais d'acquisition | 9 600 € | 12 000 € | 6 720 € |
| Travaux et mobilier | 5 000 € | 10 000 € | 7 000 € |
| Coût total | 134 600 € | 172 000 € | 97 720 € |
| Rendement brut sur le coût total | 6,24 % | 6,10 % | 6,02 % |
| Vacance retenue | 1 mois | 0,5 mois | 1,5 mois |
| Mode de location | Nu, gestion déléguée | Nu, gestion directe | Meublé, gestion directe |
Le passage au coût total fait déjà apparaître des écarts. Le studio, dont le mobilier pèse plus lourd par rapport au prix, perd presque un point.
Les charges du propriétaire
Le tableau suivant détaille les charges annuelles non récupérables retenues pour chaque bien. La gestion déléguée du bien A est rémunérée à 8 % des loyers encaissés. Le bien B est couvert par une garantie des loyers impayés (GLI) à 3 % des loyers encaissés. Le studio supporte la cotisation foncière des entreprises (CFE) due en location meublée et le renouvellement du mobilier. La provision pour travaux anticipe les dépenses de gros entretien du logement et, en copropriété, les appels de fonds votés au-delà des charges courantes.
| Poste annuel | Bien A | Bien B | Bien C |
|---|---|---|---|
| Taxe foncière hors ordures ménagères | 1 200 € | 1 200 € | 550 € |
| Copropriété non récupérable | 1 400 € | 0 € | 500 € |
| Assurance propriétaire non occupant | 150 € | 220 € | 100 € |
| Gestion ou garantie des loyers impayés | 616 € | 302 € | 0 € |
| Entretien courant | 400 € | 500 € | 250 € |
| Provision pour travaux | 600 € | 900 € | 300 € |
| Cotisation foncière des entreprises | 0 € | 0 € | 200 € |
| Renouvellement du mobilier | 0 € | 0 € | 400 € |
| Total des charges | 4 366 € | 3 122 € | 2 300 € |
| Vacance | 700 € | 437 € | 735 € |
Les fourchettes de ces postes selon le type de bien, avec leurs sources, sont présentées au chapitre 13. Les montants retenus ici ne sont pas des normes.
Les résultats
Le rendement net rapporte les loyers encaissés diminués des charges au coût total. Le rendement net-net retranche en outre l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux d'un foyer dont le taux marginal d'imposition (TMI) est de 30 %, pour un achat comptant afin d'isoler l'effet du bien lui-même. Pour les biens loués nus, le calcul retient le moins imposé des deux régimes, le micro-foncier, qui applique un abattement de 30 % aux loyers, ou le régime réel. Les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers sont de 17,2 %. Pour le studio meublé, il retient le micro-BIC, régime simplifié des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), avec un abattement de 50 % et des prélèvements sociaux de 18,6 %, applicables aux revenus de location meublée non professionnelle depuis les revenus de 2025. Le choix du régime ne se fait pas bien par bien dans la réalité, puisque l'option pour le réel vaut pour l'ensemble des revenus fonciers du foyer, de sorte que ce calcul suppose trois foyers distincts.
| Résultat | Bien A | Bien B | Bien C |
|---|---|---|---|
| Rendement brut sur le prix | 7,00 % | 7,00 % | 7,00 % |
| Loyers encaissés | 7 700 € | 10 063 € | 5 145 € |
| Revenu net avant impôt | 3 334 € | 6 941 € | 2 845 € |
| Rendement net | 2,48 % | 4,04 % | 2,91 % |
| Régime retenu | Réel | Réel | Micro-BIC |
| Impôt et prélèvements sociaux | 1 574 € | 3 276 € | 1 250 € |
| Rendement net-net | 1,31 % | 2,13 % | 1,63 % |
| Cash-flow mensuel avant impôt avec crédit | moins 424 € | moins 319 € | moins 273 € |
Le cash-flow est calculé avec un emprunt de 90 % du coût total sur vingt ans au taux de 3,5 %, hors assurance emprunteur, soit des mensualités de 702 €, 898 € et 510 €.
Le bien B produit un rendement net supérieur de plus de 60 % à celui du bien A, pour un rendement brut identique. La différence tient à trois postes que le rendement brut ignore, la copropriété non récupérable de 1 400 €, la gestion déléguée et une vacance double. Le studio meublé, malgré un loyer au mètre carré souvent élevé, perd une grande part de son avantage dans la vacance estivale, le mobilier et la CFE. Le régime réel avec amortissement, présenté dans le Guide de la fiscalité immobilière, Le régime réel du loueur en meublé non professionnel, pourrait réduire son impôt, au prix d'une comptabilité et de frais de tenue.
Ce que le rendement brut ne voit pas
Au-delà des charges courantes, le rendement brut ignore cinq éléments qui pèsent sur la décision. Le premier est l'état du bâti et de la copropriété, dont le plan pluriannuel de travaux annonce les appels de fonds. Le deuxième est la classe énergétique, qui conditionne la possibilité de relouer. Le troisième est la profondeur de la demande locative, qui fixe la vacance réelle. Le quatrième est la fiscalité du foyer, qui peut absorber la moitié du revenu net. Le cinquième est la valeur de revente, qui pèse souvent davantage que les loyers sur le taux de rendement interne d'une opération (chapitre 17).
Le rendement brut d'équilibre face au crédit
Le principe
Pour un investisseur qui emprunte, une question pratique se pose. Quel rendement brut faut-il pour que les loyers couvrent les charges, la vacance et les mensualités, c'est-à-dire pour atteindre un cash-flow nul avant impôt ? Ce rendement d'équilibre dépend du taux, de la durée du crédit et du poids des charges et de la vacance dans le loyer.
Le tableau suivant est calculé pour un bien dont le coût total représente 110 % du prix, frais et petits travaux compris, entièrement financé à crédit, hors assurance emprunteur. Les taux de 3 % à 4,5 % encadrent le taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat aux particuliers, qui atteignait 3,32 % en août 2026 selon la Banque de France.
| Charges et vacance | Durée | Taux 3,0 % | Taux 3,5 % | Taux 4,0 % | Taux 4,5 % |
|---|---|---|---|---|---|
| 20 % du loyer | 20 ans | 9,15 % | 9,57 % | 10,00 % | 10,44 % |
| 20 % du loyer | 25 ans | 7,82 % | 8,26 % | 8,71 % | 9,17 % |
| 30 % du loyer | 20 ans | 10,46 % | 10,94 % | 11,43 % | 11,93 % |
| 30 % du loyer | 25 ans | 8,94 % | 9,44 % | 9,95 % | 10,48 % |
| 40 % du loyer | 20 ans | 12,20 % | 12,76 % | 13,33 % | 13,92 % |
| 40 % du loyer | 25 ans | 10,43 % | 11,01 % | 11,61 % | 12,23 % |
La lecture du tableau
Avec des charges et une vacance représentant 30 % du loyer, un crédit sur vingt ans à 3,5 % exige un rendement brut proche de 11 % pour un cash-flow nul sans apport. Dans la plupart des marchés, un tel niveau ne s'observe que sur des biens présentant un risque particulier. Un financement intégral conduit donc en général à un effort d'épargne, que l'investisseur doit pouvoir supporter durablement (chapitre 16).
Le tableau montre aussi que chaque demi-point de taux relève le rendement d'équilibre d'environ un demi-point et que cinq années de crédit supplémentaires l'abaissent d'environ un point et demi. Un rendement brut ne s'apprécie donc jamais isolément, mais au regard des conditions de financement du moment. Le choix de la durée et de l'apport est développé au chapitre 27.
Sensibilité et scénario défavorable
La vacance et le prix négocié
Le tableau suivant reprend le bien A et fait varier deux paramètres, la remise obtenue sur le prix affiché et le nombre de mois de vacance par an. Les frais d'acquisition restent égaux à 8 % du prix négocié et les charges sont inchangées.
| Remise sur le prix | Rendement brut | Vacance 0 mois | Vacance 1 mois | Vacance 2 mois | Vacance 3 mois |
|---|---|---|---|---|---|
| Aucune | 7,00 % | 2,96 % | 2,48 % | 2,00 % | 1,52 % |
| 5 % | 7,37 % | 3,10 % | 2,60 % | 2,10 % | 1,60 % |
| 10 % | 7,78 % | 3,27 % | 2,74 % | 2,21 % | 1,68 % |
Chaque mois de vacance coûte près d'un demi-point de rendement net, davantage que ce qu'apporte une remise de 10 % sur le prix. Une négociation réussie ne compense donc pas un bien difficile à relouer. Le risque de vacance et les moyens de le mesurer sont traités au chapitre 108.
Le scénario défavorable combiné
Le scénario défavorable appliqué au bien A combine un loyer inférieur de 10 % au loyer espéré, soit 630 €, deux mois de vacance, une hausse de 30 % de la taxe foncière et des charges de copropriété ainsi qu'un appel de fonds exceptionnel de 3 000 € pour des travaux votés. Le revenu net tombe à 1 266 € par an et le rendement net à 0,94 %. Le cash-flow avant impôt passe de moins 424 € à moins 597 € par mois. Il atteint moins 847 € par mois l'année de l'appel de fonds.
Le point mort de loyer, c'est-à-dire le loyer mensuel qui donne un cash-flow nul avant impôt avec le crédit décrit plus haut, atteint 1 203 € avec un mois de vacance et 1 408 € dans le scénario défavorable. Le premier correspond déjà à un rendement brut d'environ 12 % sur le prix. Ce calcul ne condamne pas le bien. Il montre que son équilibre repose sur l'effort d'épargne du foyer et sur la valeur de revente, non sur les loyers. La méthode des stress tests est développée au chapitre 24.
Les pièges de comparaison
Le loyer d'annonce et le loyer obtenu
Le loyer affiché par un vendeur est souvent un loyer espéré. Si le bien A se loue 650 € au lieu de 700 €, son rendement brut tombe de 7,00 % à 6,50 % et son rendement net de 2,48 % à 2,10 %, soit 506 € de revenu net en moins chaque année. Vérifiez le loyer sur le bail en cours, les quittances et les loyers de marché du secteur.
Pour un bien vendu occupé, le loyer en cours peut être inférieur au marché et ne se rattrape qu'à la marge lors du renouvellement, selon les règles de révision et, en zone tendue, d'encadrement de l'évolution des loyers. Un deux-pièces de 120 000 € loué 600 € au lieu de 700 € affiche 6,00 % au lieu de 7,00 %, sans que l'acquéreur puisse rapprocher rapidement le loyer du marché. L'achat d'un bien occupé est traité au chapitre 46 et dans le Guide du bailleur privé, Acheter un bien déjà loué.
La classe énergétique
En métropole, un logement classé G n'est plus décent pour les baux signés, renouvelés ou tacitement reconduits depuis le 1er janvier 2025. Les logements classés F suivront à partir du 1er janvier 2028 et ceux classés E à partir du 1er janvier 2034, avec un calendrier décalé outre-mer. Le loyer des logements classés F et G ne peut en outre plus augmenter. Le rendement brut d'un tel bien est donc théorique tant que les travaux ne sont pas faits. Les règles sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Le DPE et le calendrier énergétique.
Si le bien A nécessitait 25 000 € de travaux énergétiques et six mois sans loyer, son rendement brut sur coût total tomberait de 6,24 % à 5,26 % et son rendement net de 2,48 % à 2,09 %, avec 4 200 € de loyers perdus pendant le chantier. La stratégie de rénovation énergétique et de reclassement fait l'objet du chapitre 72.
Le mode de location
Une colocation de quatre chambres louées 420 € chacune dans un bien de 200 000 € affiche un rendement brut de 10,08 %. Retenons deux mois de vacance par chambre ainsi que 6 850 € de charges annuelles laissées au bailleur, dont l'énergie et l'abonnement internet souvent forfaitisés. Avec un coût total de 239 000 € travaux et mobilier compris, le rendement net tombe à 4,16 %. L'écart de rendement brut avec une location classique se réduit fortement après charges, vacance et temps de gestion (chapitre 40).
La location de courte durée présente un écart encore plus marqué, car ses recettes brutes supportent le ménage, le linge, les commissions des plateformes et une vacance saisonnière. Lorsque des services para-hôteliers s'ajoutent, la location peut changer de nature fiscale. Ce risque est analysé dans le Guide du bailleur professionnel, Quand la location devient une activité commerciale.
Les biens non résidentiels et les placements collectifs
Le rendement brut d'un local commercial ne se compare pas à celui d'un logement. Le bail commercial permet souvent de refacturer au locataire la taxe foncière et certaines charges, mais il expose à une vacance plus longue et à un droit au renouvellement (chapitre 51). Un parking affiche un rendement brut qui supporte peu de charges mais dont la liquidité dépend fortement du quartier (chapitre 50).
Le taux de distribution d'une société civile de placement immobilier (SCPI) n'est pas un rendement brut au sens de ce chapitre, car il s'entend après les frais de gestion de la société mais avant la fiscalité de l'associé. Sa définition et ses limites sont présentées au chapitre 60. Une nue-propriété ou un viager ne produisent pas de loyer pour l'acquéreur, si bien que leur rentabilité se mesure par le taux de rendement interne et non par le rendement brut (chapitres 57 et 58).
Le neuf et les loyers plafonnés
Dans le neuf, les frais d'acquisition sont réduits par rapport à l'ancien, ce qui rapproche les rendements sur prix et sur coût total. Le prix intègre en revanche la marge du promoteur et la taxe sur la valeur ajoutée, si bien que le rendement brut y est souvent plus faible à loyer égal (chapitre 45). Pour un logement loué sous un dispositif qui plafonne le loyer, comme le dispositif Jeanbrun ou le Loc'Avantages, le rendement brut doit être calculé sur le loyer plafonné et non sur le loyer de marché (chapitre 48).
| Type de bien | Ce que le rendement brut omet | Correction à faire |
|---|---|---|
| Copropriété ancienne | Charges non récupérables, travaux votés | Lire le plan pluriannuel et les trois derniers procès-verbaux |
| Maison individuelle | Gros entretien entièrement à la charge du bailleur | Provisionner toiture, façade, chauffage |
| Studio meublé | Vacance saisonnière, mobilier, CFE | Retenir une vacance estivale réaliste |
| Colocation | Énergie et services souvent inclus, rotation | Déduire les charges forfaitisées et la vacance par chambre |
| Courte durée | Commissions, ménage, saisonnalité | Raisonner en recettes nettes par nuitée occupée |
| Bien occupé | Loyer figé, congé encadré | Calculer sur le loyer en cours |
| Logement F ou G | Indécence acquise ou programmée, gel du loyer | Ajouter les travaux et la durée du chantier |
| Local commercial | Vacance longue, renouvellement | Comparer à des locaux, pas à des logements |
| SCPI | Frais de souscription, fiscalité | Comparer au rendement net après frais |
Selon la situation de l'investisseur
Le couple, l'indivision et le démembrement
Le rendement brut d'un bien ne dépend pas de son propriétaire. Son rendement après impôt en dépend au contraire fortement. Des époux ou des partenaires liés par un pacte civil de solidarité (PACS) forment un seul foyer fiscal, si bien que les revenus fonciers s'ajoutent à leurs revenus communs. Des concubins sont imposés séparément, chacun sur sa quote-part, ce qui peut conduire à deux taux marginaux différents pour un même bien. Le Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif en présente les conséquences.
En indivision, chaque indivisaire perçoit et déclare sa part des loyers. Le rendement brut commun cache alors des rendements nets différents selon la situation fiscale de chacun et selon la répartition effective des charges. En démembrement, l'usufruitier perçoit les loyers alors que le nu-propriétaire n'en perçoit aucun, si bien que le rendement brut n'a de sens que rapporté à la valeur de l'usufruit (chapitre 59).
La détention en société
Une société civile immobilière (SCI) soumise à l'impôt sur le revenu (IR) transmet ses résultats à ses associés, comme une détention directe. Une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) amortit le bien, paie l'impôt sur son bénéfice et n'impose l'associé qu'en cas de distribution. Le rendement brut est le même dans les deux cas, mais le rendement disponible pour l'associé diffère, ce que compare le Guide des sociétés immobilières, Comparer IR, IS et SARL de famille sur un même projet. Au 26 octobre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 propose de plafonner l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels, sans que cette mesure ait été votée. Elle ne modifierait pas le rendement brut, seulement le rendement après impôt.
Le non-résident et l'outre-mer
Un investisseur domicilié hors de France est imposé en France sur ses loyers français, avec un taux minimum d'imposition sauf option pour le taux moyen. S'il est affilié à un régime de sécurité sociale d'un autre État de l'Espace économique européen ou de la Suisse, il ne doit en principe que le prélèvement de solidarité de 7,5 % au lieu des prélèvements sociaux complets. Son rendement net-net diffère donc de celui d'un résident à rendement brut égal. Le Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français en détaille les règles.
En outre-mer, les prix, les loyers, le coût des travaux et les charges d'assurance obéissent à des marchés propres, si bien que les rendements bruts ne se comparent qu'entre biens du même territoire. La stratégie ultramarine est traitée au chapitre 88.
L'âge et l'horizon
Un investisseur jeune, qui détiendra le bien vingt ans ou plus, accorde à juste titre plus d'importance à la qualité de l'emplacement et à la valeur de revente qu'au rendement brut initial. Un investisseur proche de la retraite qui cherche un revenu immédiat regarde davantage le rendement net et la stabilité du locataire. Dans les deux cas, le rendement brut sert à trier, non à décider.
Le niveau de rendement brut comme choix de stratégie
Viser un niveau de rendement brut revient à choisir une stratégie, avec ses exigences propres. Le tableau suivant compare trois approches courantes, sans hiérarchie entre elles. Leur articulation avec les objectifs patrimoniaux est traitée au chapitre 8.
| Critère | Rendement brut élevé | Rendement brut intermédiaire | Rendement brut faible |
|---|---|---|---|
| Biens typiques | Petites surfaces, villes moyennes ou rurales, biens à rénover | Logements familiaux de villes moyennes ou de périphérie | Biens bien situés en métropole ou en zone tendue |
| Capital requis | Faible par lot, travaux souvent importants | Moyen | Élevé, apport souvent nécessaire |
| Temps de gestion | Élevé, rotation et travaux | Moyen | Faible à moyen |
| Horizon adapté | Moyen à long | Long | Long, souvent plus de quinze ans |
| Liquidité | Revente parfois lente | Correcte | En général meilleure, sauf retournement |
| Risque principal | Vacance, impayés, travaux, revente | Combinaison modérée des risques | Effort d'épargne, dépendance à la valorisation |
| Cesse de fonctionner si | La demande locative locale recule | Les charges dérivent sans hausse de loyer | Les prix stagnent pendant que les taux montent |
Aucune de ces approches n'est préférable en soi. La première suppose du temps et une tolérance à la gestion, la dernière une capacité d'épargne et un horizon long. Le petit patrimoine peut difficilement absorber les échecs de la première, tandis qu'un grand patrimoine peut combiner les trois pour diversifier ses risques (chapitre 114).
Rendement brut et valeur de revente
Le rendement brut à l'achat détermine aussi en partie le prix de revente, car un acquéreur futur raisonnera de la même façon. Dans l'exemple du bien A, le loyer indexé de 1,5 % par an, hypothèse illustrative, atteint environ 9 749 € par an au bout de dix ans. Revendu au même multiple qu'à l'achat, soit 14,3 fois le loyer, le bien vaudrait environ 139 400 €. À 12 fois le loyer, il ne vaudrait que 117 000 € environ. À 16 fois, il vaudrait environ 156 000 €.
Un écart de deux points de multiple à la sortie représente donc près de 20 000 € de valeur, soit davantage que plusieurs années de revenu net. Le rendement brut auquel le marché valorise un bien évolue avec les taux d'intérêt et la demande, comme le montre le chapitre 11 sur les cycles. Supposer qu'un bien acheté à un rendement brut faible se revendra au même rendement relève d'une hypothèse, non d'une certitude.
Les erreurs fréquentes
- Comparer des rendements calculés sur des bases différentes. Un même bien affiche 6,40 % sur le prix net vendeur et 5,07 % sur le coût total, soit un écart de 1,33 point.
- Retenir un loyer charges comprises. L'erreur ajoute 0,64 point dans l'exemple d'un loyer de 800 € assorti de 80 € de provisions.
- Croire le loyer d'annonce. Un loyer obtenu de 650 € au lieu de 700 € retire 506 € de revenu net par an au bien A.
- Ignorer la classe énergétique. Des travaux de 25 000 € et six mois de chantier ramènent le rendement net du bien A de 2,48 % à 2,09 %.
- Assimiler le rendement brut d'une colocation à celui d'un bail classique. Le rendement brut de 10,08 % de l'exemple devient un rendement net de 4,16 %.
- Négliger la vacance. Chaque mois de vacance retire près d'un demi-point de rendement net au bien A.
- Décider sans regarder le financement. Au taux de 3,5 % sur vingt ans, le bien A coûte 424 € par mois avant impôt malgré son rendement brut de 7 %.
- Supposer une revente au même multiple. Une sortie à 12 fois au lieu de 14,3 fois le loyer coûte environ 22 400 € au bout de dix ans.
- Choisir le rendement brut le plus élevé. Un rendement anormalement élevé rémunère presque toujours un risque de vacance, de travaux ou de revente.
Liste de contrôle
- Base de prix. Le rendement est calculé sur le coût total, frais d'acquisition, travaux et mobilier compris.
- Loyer. Le loyer est hors charges, vérifié sur le bail, les quittances ou les loyers de marché du secteur.
- Mode de location. Les biens comparés sont loués selon le même mode, nu, meublé, colocation ou courte durée.
- Marché. Le rendement est comparé à celui des biens comparables du même secteur, établi à partir des ventes DVF et des loyers observés.
- Anomalie. Un rendement nettement supérieur au marché a reçu une explication écrite.
- Énergie. La classe énergétique est connue et les travaux éventuels sont chiffrés sur devis.
- Copropriété. Les charges non récupérables, le plan pluriannuel et les travaux votés sont connus.
- Charges. Le rendement net est calculé avec une vacance réaliste et toutes les charges du propriétaire (chapitre 13).
- Fiscalité. Le rendement après impôt est calculé pour le foyer ou la société qui détiendra le bien (chapitre 14).
- Financement. Le rendement brut est comparé au rendement d'équilibre au taux et à la durée proposés.
- Scénario défavorable. Le cash-flow reste supportable avec un loyer inférieur de 10 %, deux mois de vacance et des charges en hausse.
- Sortie. Une hypothèse de revente à un multiple inférieur au multiple d'achat a été testée.