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Guide des stratégies immobilières, chapitre 11

Les cycles du marché immobilier et leur lecture

À jour au

Les prix des logements ne progressent pas en ligne droite. Ils alternent des phases de hausse rapide, de stabilité et de baisse, accompagnées de mouvements encore plus marqués du nombre de ventes. Ces cycles tiennent au coût du crédit, aux règles d'octroi des prêts, aux revenus des ménages, à la construction neuve et à la démographie. Ils pèsent sur la rentabilité d'un investissement d'autant plus fortement que la durée de détention est courte.

Ce chapitre décrit les mécanismes des cycles, les illustre par les séries publiques de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), des notaires et de la Banque de France depuis le début des années 2000, puis distingue ce qu'un investisseur peut observer de ce qu'il ne peut pas prévoir. Il chiffre enfin l'effet d'un achat en haut ou en bas de cycle sur le taux de rendement interne (TRI) selon la durée de détention. Les performances passées citées ne préjugent pas des performances futures. Les exemples sont illustratifs et ne constituent pas un conseil personnalisé.

Ce qu'est un cycle immobilier

Trois grandeurs qui ne bougent pas au même rythme

Un cycle se lit sur trois grandeurs. Le nombre de ventes réagit le premier, parce qu'un acheteur qui ne peut plus emprunter renonce avant qu'un vendeur n'accepte de baisser son prix. Les prix suivent avec retard, car les vendeurs résistent à la baisse et préfèrent souvent retirer leur bien du marché. Les loyers évoluent beaucoup plus lentement, encadrés par les baux en cours, l'indexation et, dans certaines communes, l'encadrement de leur niveau ou de leur évolution.

Cette différence de rythme explique que le rendement brut d'un marché, rapport entre loyers et prix, monte quand les prix baissent et descend quand ils montent. Elle explique aussi qu'un investisseur qui vit de ses loyers traverse un cycle de prix sans dommage, alors qu'un investisseur contraint de vendre au mauvais moment le subit entièrement.

Une asymétrie entre la hausse et la baisse

Dans les séries publiées depuis 2000, les phases de hausse ont duré plus longtemps que les phases de baisse. Les baisses de prix nominaux restent souvent limitées parce que les propriétaires qui n'ont pas besoin de vendre attendent. L'ajustement passe alors par la chute des volumes et par l'inflation, qui réduit la valeur réelle des biens sans baisse affichée. Un prix stable pendant trois ans avec une inflation de 3 % par an représente une baisse d'environ 9 % en euros constants.

Les moteurs des cycles

Le coût et l'accès au crédit

La plupart des acquéreurs empruntent. À mensualité donnée, le montant qu'ils peuvent emprunter dépend directement du taux. Une hausse de taux réduit donc immédiatement leur capacité d'achat, ce qui fait baisser les ventes puis les prix. Les conditions d'octroi jouent dans le même sens.

Depuis le 1er janvier 2022, les normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) limitent en principe le taux d'effort à 35 % des revenus assurance comprise ainsi que la durée des prêts à vingt-cinq ans, avec une marge de dérogation. Leur application à l'investisseur est présentée dans le Guide du bailleur privé, Financer son investissement locatif.

Le tableau suivant, calculé hors assurance, donne le capital qu'une mensualité de 1 000 € permet d'emprunter aux taux moyens des nouveaux crédits à l'habitat relevés à quatre dates. Le taux de décembre 2021, 1,06 %, est le plus bas historique selon l'étude de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France, sur le financement de l'habitat en 2021, publiée en juillet 2022. Ceux de décembre 2023, d'août 2025 et d'août 2026 proviennent des statistiques mensuelles de la Banque de France sur les crédits nouveaux hors renégociations, dont le champ peut différer légèrement.

DateTaux moyenCapital sur 20 ansCapital sur 25 ans
Décembre 20211,06 %216 200 €263 400 €
Décembre 20234,04 %164 400 €188 700 €
Août 20253,10 %178 700 €208 600 €
Août 20263,32 %175 200 €203 700 €

Entre décembre 2021 et décembre 2023, la capacité d'emprunt à mensualité égale a baissé d'environ 24 % sur vingt ans. Elle restait en août 2026 inférieure d'environ 19 % à son niveau de fin 2021. Les taux moyens mélangent toutes les durées et tous les profils, si bien que ces chiffres illustrent un ordre de grandeur et non la situation d'un emprunteur particulier.

Les revenus et l'inflation

Les revenus des ménages fixent ce qu'ils peuvent consacrer au logement. L'inflation agit par deux canaux opposés. Elle pousse les banques centrales à relever leurs taux, ce qui freine le crédit, mais elle augmente aussi les revenus et les loyers avec retard, ce qui allège à terme le poids réel des dettes à taux fixe.

Selon l'INSEE, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre 2026, dont 21,3 % pour l'énergie (insee.fr). L'indice de référence des loyers (IRL), qui sert à réviser les loyers en cours, a augmenté de 1,57 % sur un an au troisième trimestre 2026 (insee.fr). Cet écart illustre le décalage entre la hausse des charges et celle des loyers lors d'un choc d'inflation.

L'offre de logements neufs

La construction neuve ajuste l'offre avec plusieurs années de retard, le temps d'obtenir les autorisations, de financer et de bâtir. Une construction durablement insuffisante soutient les prix et les loyers, une construction abondante les modère.

Selon le service des données et études statistiques (SDES) du ministère chargé du logement, 376 241 logements ont été autorisés à la construction au cours des douze mois achevés fin juin 2026, soit 8,0 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes. Ces logements autorisés ne seront livrés que dans plusieurs années, ce qui fait de la construction un indicateur avancé de l'offre future.

La démographie

La population et surtout le nombre de ménages déterminent la demande de logements sur le long terme. Une population qui vieillit, des ménages plus petits et les migrations entre régions modifient cette demande plus lentement que le crédit, mais de façon plus durable.

Selon le bilan démographique de l'INSEE publié le 13 janvier 2026, la population résidant en France est estimée à 69,1 millions d'habitants au 1er janvier 2026, en hausse de 0,25 % sur un an. En 2025, le solde naturel est négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à moins 6 000 personnes, tandis que le solde migratoire est estimé provisoirement à 176 000 personnes (insee.fr). Ces moyennes nationales recouvrent des évolutions locales très différentes, que le chapitre 83 apprend à lire.

La fiscalité et la réglementation

Les règles fiscales et locatives modifient la demande des investisseurs et la rentabilité attendue. Les droits de mutation à titre onéreux, qui peuvent atteindre 5 % pour les actes conclus du 1er avril 2025 au 31 mars 2028 selon le département, renchérissent l'entrée. Le calendrier de décence énergétique des logements et l'encadrement des loyers dans certaines communes agissent sur la valeur des biens concernés. Au 26 octobre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 est en discussion. Un amendement qui revalorisait le prix d'acquisition pour le calcul des plus-values, adopté en commission, est tombé lorsque la commission des finances a rejeté l'ensemble de la première partie du texte le 9 octobre 2026. Aucune de ses mesures n'est adoptée, comme le suit le Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027.

MoteurMécanismeIndicateur publicDélai d'effet
Taux du créditCapacité d'emprunt à mensualité égaleTaux moyen des crédits nouveaux, Banque de FranceQuelques mois
Conditions d'octroiNombre d'emprunteurs admisNormes du HCSF, production de créditsQuelques mois
Revenus et inflationCapacité de paiement, indexation des loyersIndice des prix et IRL, INSEEUn à deux ans
Construction neuveOffre futureAutorisations et mises en chantier, SDESPlusieurs années
DémographieDemande de long termeBilan démographique et recensement, INSEEUne décennie et plus
FiscalitéRentabilité attendue, coût d'entréeLois de financesImmédiat à l'adoption

Les cycles observés depuis 2000

Vingt-cinq ans de prix et de volumes

Les indices des prix des logements anciens sont calculés par l'INSEE à partir des bases des notaires. Les étapes suivantes résument ce qu'en disent les publications de l'INSEE.

PériodeÉvolution des prix des logements anciensVolumes et crédit selon les sources citées
2001 à 2007Hausse forte, en moyenne 2,6 % par trimestreNon détaillé
2008 à 2009Baisse pendant cinq trimestres liée à la crise économiqueNon détaillé
2010 à 2011RepriseNon détaillé
Fin 2011 à mi-2015Baisse de 0,1 % à 1,2 % par trimestreNon détaillé
2016 à 2022Hausse, en moyenne 1,1 % par trimestre, point haut au quatrième trimestre 2022Plus d'un million de ventes par an dès 2019, 1 205 000 sur douze mois fin septembre 2021
Fin 2022 à 2024Baisse d'environ 1 % par trimestre jusqu'à fin 2023, moins 5,2 % sur un an au premier trimestre 2024869 000 ventes fin 2023, 780 000 fin septembre 2024, taux moyen de 4,04 % en décembre 2023
2025 à 2026Hausse de 1,0 % sur un an au quatrième trimestre 2025, puis moins 0,8 % sur un an au deuxième trimestre 2026958 000 ventes sur douze mois fin juin 2026, taux moyen de 3,32 % en août 2026

Ces éléments proviennent de l'Insee Références de 2021 sur les prix des logements anciens et les loyers (insee.fr), de la fiche « Prix des logements et loyers » de l'édition 2024 (insee.fr) et des Informations rapides sur les prix des logements anciens du 24 février 2022 (insee.fr), du 28 mai 2024 (insee.fr), du 28 novembre 2024 (insee.fr) et du 8 septembre 2026 (insee.fr).

Ce que montrent ces séries

Sur longue période, les prix ont progressé beaucoup plus vite que les loyers et les revenus. Selon l'INSEE, les prix des logements anciens ont été multipliés par 2,3 en France métropolitaine entre le premier trimestre 2001 et le deuxième trimestre 2020, puis par 2,5 entre 2001 et 2023, alors que les variations des loyers sont restées nettement moindres. Le rendement locatif brut moyen des logements anciens a donc mécaniquement baissé sur la période, ce qui rend les prix plus sensibles à une hausse des taux.

Le cycle de 2022 à 2024 illustre la séquence décrite plus haut. Le nombre de ventes a reculé de 26 % en deux ans entre le point haut du troisième trimestre 2021 et la fin 2023, alors que les prix n'ont commencé à baisser qu'après leur point haut de fin 2022. Les ventes sur un an représentaient 3,3 % du parc de logements au troisième trimestre 2021 selon la publication de septembre 2026. Elles en représentaient 2,0 % fin septembre 2024 selon la publication de novembre 2024 et 2,5 % mi-2026.

Des cycles qui diffèrent selon les marchés

La moyenne nationale masque de fortes différences. Au premier trimestre 2024, les prix baissaient de 8,1 % sur un an en Île-de-France contre 4,2 % en province. Au deuxième trimestre 2026, les prix des appartements anciens baissaient de 1,9 % sur un an à Lyon alors qu'ils augmentaient de 2,2 % à Marseille. Les prix des maisons de l'agglomération de Lille augmentaient de 2,1 %. Le champ de l'indice national publié en septembre 2026 couvre la France hors Mayotte.

Des prix plus élevés rendent les acheteurs plus dépendants du crédit, ce qui peut accentuer la sensibilité d'un marché aux taux, comme l'a montré la baisse plus forte de l'Île-de-France en 2023 et 2024. Les villes moyennes et les zones rurales affichent des mouvements souvent plus lents, avec un marché moins profond qui allonge les délais de vente. Les zones tendues ajoutent l'effet des règles locales. L'outre-mer obéit à des déterminants propres, que présentent les chapitres 84 à 88. Pour un marché local, les données des demandes de valeurs foncières (DVF), publiées sur data.gouv.fr et consultables sur app.dvf.etalab.gouv.fr, permettent de suivre les prix et les volumes commune par commune (chapitre 81).

Ce que l'investisseur peut observer et ce qu'il ne peut pas prévoir

Les indicateurs observables

Plusieurs indicateurs publics renseignent sur la phase du cycle. Aucun ne suffit seul, mais leur combinaison donne une image cohérente.

IndicateurSourceFréquenceLecture
Taux moyen des crédits nouveauxBanque de FranceMensuelleUne hausse durable annonce une baisse des volumes
Production de crédits à l'habitatBanque de FranceMensuelleUn recul précède en général celui des ventes
Nombre de ventes sur douze moisINSEE et notairesTrimestrielleUn recul durable précède souvent la baisse des prix
Indice des prix des logements anciensINSEE et notairesTrimestrielleConfirme la phase avec retard
Ventes localesDVFPériodiqueVolumes et prix commune par commune
Logements autorisésSDESMensuelleOffre future, à plusieurs années
IRL et prix à la consommationINSEETrimestrielle et mensuelleÉcart entre charges et loyers
Délai de vente et marge de négociationObservation localeContinueRapport de force entre acheteurs et vendeurs

Les délais de publication

Les indices arrivent avec retard. L'indice des prix du deuxième trimestre 2026 a été publié le 8 septembre 2026, soit plus de deux mois après la fin du trimestre. Il repose sur des actes authentiques, signés en général plusieurs mois après l'accord entre vendeur et acheteur. Les statistiques de crédit d'août 2026 ont été publiées par la Banque de France le 6 octobre 2026. Un retournement n'est donc confirmé par les statistiques que plusieurs mois après qu'il a commencé sur le terrain.

Ce qui reste imprévisible

L'investisseur ne peut prévoir ni la date d'un retournement, ni son ampleur, ni sa durée. Il ne peut pas davantage prévoir les décisions de la Banque centrale européenne (BCE), les chocs géopolitiques qui agissent sur l'énergie et l'inflation, les changements de normes d'octroi du crédit ou les lois de finances. Le point bas d'un cycle n'est identifiable qu'après coup, lorsque les prix sont déjà repartis.

Cette limite a une conséquence pratique. Une stratégie qui repose sur l'achat au point bas ou la vente au point haut suppose une capacité de prévision que personne ne possède de façon fiable. Une stratégie robuste cherche au contraire à rester acceptable quel que soit le moment de l'achat, ce que permettent une durée de détention suffisante, un financement à taux fixe, une réserve de trésorerie et l'absence de vente forcée.

L'effet d'un achat en haut ou en bas de cycle

Les hypothèses

L'exemple qui suit est illustratif. Il compare deux acheteurs d'un même bien dans un cycle hypothétique. L'indice des prix vaut 100 l'année de l'achat du premier acheteur, au point haut. Il baisse ensuite de 12 % en trois ans, de façon régulière, puis remonte de 2 % par an. Le second acheteur achète le même bien au point bas, trois ans plus tard. La baisse de 12 % en trois ans et la reprise de 2 % par an sont des hypothèses d'illustration, qui ne reproduisent aucun cycle passé et ne constituent pas une prévision.

HypothèseValeur
Prix au point haut120 000 €
Prix au point bas, trois ans plus tard105 600 €
Loyer initial7 200 € par an, soit 6 % du prix au point haut
Indexation des loyers1,5 % par an, indépendamment du cycle des prix
Vacance5 % des loyers
Charges non récupérables25 % des loyers
Frais d'acquisition8 % du prix
Frais de vente4 % du prix de vente
Impôt sur les loyersNon pris en compte, pour isoler l'effet du cycle
Plus-valueRégime des particuliers, frais réels de 8 %, forfait travaux de 15 % après cinq ans

La plus-value éventuelle est imposée à 19 % d'impôt sur le revenu et à 17,2 % de prélèvements sociaux après les abattements pour durée de détention, qui commencent la sixième année (service-public.gouv.fr). Le détail du calcul figure dans le Guide de la fiscalité immobilière, Les abattements pour durée de détention. Le TRI est calculé sur les flux annuels, sans crédit, du point de vue du projet (chapitre 17).

Le résultat selon la durée de détention

Durée de détentionTRI de l'achat au point hautTRI de l'achat au point basÉcart
3 ansmoins 3,58 %2,85 %6,43 points
5 ans0,31 %4,42 %4,11 points
10 ans3,27 %5,56 %2,29 points
15 ans4,24 %5,86 %1,62 point
20 ans4,69 %5,99 %1,30 point

L'écart entre les deux acheteurs est considérable sur trois ou cinq ans. Il se réduit nettement avec la durée, parce que les loyers accumulés pèsent de plus en plus lourd par rapport au prix d'entrée et que la reprise des prix finit par effacer la baisse. Au bout de vingt ans, l'acheteur au point haut obtient un TRI inférieur d'environ 1,3 point, ce qui n'est pas négligeable mais reste du même ordre que l'effet d'un écart de charges ou de vacance.

L'effet du crédit et des taux

Les points bas de prix coïncident souvent avec des taux élevés, puisque c'est la hausse des taux qui provoque la baisse. Le tableau suivant reprend l'exemple avec un crédit couvrant 90 % du coût total sur vingt ans hors assurance. Il montre le TRI des fonds propres investis. L'acheteur au point haut emprunte à 1,5 %, l'acheteur au point bas à 4,0 %. La dernière colonne montre ce qu'obtiendrait l'acheteur au point bas s'il bénéficiait du taux de 1,5 %.

Durée de détentionPoint haut à 1,5 %Point bas à 4,0 %Point bas à 1,5 %
3 ansPerte, aucun flux positifmoins 5,48 %12,87 %
5 ansmoins 8,57 %7,09 %19,78 %
10 ans9,39 %10,57 %17,83 %
15 ans10,08 %9,81 %14,97 %
20 ans9,45 %9,04 %13,05 %

Avec le crédit, l'acheteur au point bas garde un net avantage sur cinq et dix ans. À partir de quinze ans, l'acheteur au point haut le dépasse légèrement grâce à son taux plus faible, si bien que le meilleur moment pour acheter dépend autant du taux que du prix. Le levier amplifie aussi tous les écarts, dans un sens comme dans l'autre, ce que mesure le chapitre 19.

Attendre le point bas

Un investisseur qui pressent une baisse peut décider d'attendre. Le calcul suivant compare sa richesse nette vingt ans plus tard, avec 20 000 € d'épargne de départ placés à 2 % net, un crédit de 90 % du coût total sur vingt ans et les mêmes hypothèses de loyers et de charges. La richesse nette est la valeur du bien nette de frais de vente, diminuée du capital restant dû puis augmentée de l'épargne accumulée.

ChoixPrix payéMensualitéRichesse nette en année 20
Acheter au point haut à 3,5 %120 000 €676 €95 800 €
Attendre trois ans, acheter au point bas à 3,5 %105 600 €595 €111 000 €
Attendre trois ans, acheter au point bas à 4,5 %105 600 €649 €96 500 €
Attendre trois ans, acheter au point bas à 5,5 %105 600 €706 €81 400 €

Attendre ne rapporte que si la baisse se produit sans hausse de taux importante. Si la baisse ne se produit pas et que les prix progressent de 1 % par an, l'attente coûte au contraire environ 15 300 €, la richesse nette passant de 94 400 € pour un achat immédiat à 79 100 € pour un achat trois ans plus tard au même taux. L'investisseur parie alors sur un scénario qu'il ne peut pas prévoir.

Sensibilité et scénario défavorable

L'ampleur de la baisse et la durée de détention

Le tableau suivant donne le TRI du projet de l'acheteur au point haut, sans crédit, selon l'ampleur de la baisse sur trois ans et la durée de détention, la reprise restant de 2 % par an.

Baisse sur trois ansDétention 5 ansDétention 10 ansDétention 20 ans
Aucune2,58 %4,31 %5,08 %
10 %0,70 %3,45 %4,77 %
20 %moins 1,34 %2,52 %4,39 %
30 %moins 3,56 %1,49 %3,98 %

Une baisse de 30 % coûte plus de six points de TRI à cinq ans, mais environ un point à vingt ans. La durée de détention est la principale protection contre un achat mal placé dans le cycle.

Le rythme de la reprise

Avec une baisse de 12 % sur trois ans, le rythme de la reprise modifie aussi le résultat. Une reprise nulle donne un TRI de moins 0,38 % à cinq ans, 2,18 % à dix ans et 3,66 % à vingt ans. Une reprise de 3 % par an donne 0,65 %, 3,82 % et 5,19 %. Rien ne garantit qu'une baisse soit suivie d'une reprise rapide, comme l'a montré la période de fin 2011 à mi-2015, pendant laquelle les prix ont baissé trimestre après trimestre.

Le scénario défavorable combiné

Le scénario défavorable combine un achat au point haut avec un crédit de 90 % du coût total à 3,5 % sur vingt ans, une baisse de 20 % en trois ans suivie de cinq années sans reprise, une vacance de 10 % et une vente forcée la quatrième année, par exemple à la suite d'une séparation ou d'une perte d'emploi.

AnnéeFlux des fonds propres
Achatmoins 12 960 €
Année 1moins 3 438 €
Année 2moins 3 367 €
Année 3moins 3 296 €
Année 4, vente comprisemoins 10 406 €
Totalmoins 33 467 €

Le bien acheté 120 000 € se revend 96 000 €, soit 92 160 € après frais de vente, alors que le capital restant dû atteint 99 342 €. L'investisseur doit compléter de 7 182 € pour solder le prêt. Au total, il perd 33 467 €, soit plus de deux fois et demie son apport initial de 12 960 €. Sans crédit, le même scénario aurait donné un TRI de moins 3,97 %.

Le point mort du prix de sortie

Le point mort indique le prix de revente qui permet de récupérer exactement les sommes investies. Avec un crédit de 90 % du coût total à 3,5 % sur vingt ans, une vacance de 5 % et une revente après cinq ans, le prix de sortie doit dépasser d'environ 6 % le prix d'achat pour que le TRI des fonds propres soit nul, car le cash-flow négatif et les frais d'entrée et de sortie doivent être couverts. Sans crédit, un prix de sortie inférieur d'environ 10 % au prix d'achat suffit à un TRI nul, les loyers compensant une partie de la baisse.

Les stratégies face au cycle

Le tableau suivant compare quatre attitudes face au cycle, sans hiérarchie entre elles.

CritèreIgnorer le cycle et détenir longtempsAcheter à rythme régulierAttendre un point basVendre en haut de cycle
PrincipeAcheter quand un bien satisfait ses critèresLisser les prix d'entrée sur plusieurs annéesDifférer les achats jusqu'à une baisseArbitrer quand les prix paraissent élevés
Capital requisSelon les biensÉpargne régulièreLiquidités disponibles au bon momentAucun, la vente libère du capital
Temps de gestionFaible à moyenMoyenFaible pendant l'attenteMoyen, recherche de réemploi
HorizonLong, quinze ans et plusLongVariableCourt pour la décision
LiquiditéFaibleFaibleÉlevée pendant l'attenteÉlevée après la vente
Risque principalAchat en haut de cycleMoyenne de prix sans optimisationPoint bas jamais atteint, taux plus élevésRéemploi plus cher, impôt et frais
Cesse de fonctionner siUne vente forcée intervientL'épargne s'interromptLa baisse ne vient pasLes prix continuent de monter

L'achat à rythme régulier, en répartissant les acquisitions sur plusieurs années, évite de tout acheter au point haut sans prétendre trouver le point bas. Il convient surtout aux patrimoines qui se constituent par l'épargne et le crédit sur une longue période. La vente en haut de cycle suppose de payer l'impôt sur la plus-value et des frais de transaction, puis de réinvestir sur un marché dont les prix sont eux aussi élevés (chapitres 121 et 122).

Selon la situation de l'investisseur

L'âge et l'horizon

Un investisseur de trente-cinq ans qui détiendra ses biens vingt ans ou plus peut traverser plusieurs cycles. Le moment de l'achat compte pour lui moins que la qualité du bien et la soutenabilité du financement. Un investisseur de soixante-cinq ans qui envisage de vendre dans cinq ans pour financer sa retraite ou une entrée en établissement est au contraire exposé au cycle au moment de la vente. Sa stratégie doit lui laisser la possibilité de différer la vente ou de disposer d'autres ressources (chapitres 126 et 128).

Le couple, l'indivision et le démembrement

Une séparation impose souvent une vente ou un rachat de parts à une date qui ne dépend pas du cycle. Les époux, les partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) et les concubins qui achètent ensemble ont intérêt à prévoir les modalités d'un rachat. En indivision, tout indivisaire peut en principe demander le partage, ce qui peut imposer une vente au plus bas si les coïndivisaires ne s'entendent pas. Le démembrement fige les droits de chacun et rend la vente plus difficile, puisque l'usufruitier et le nu-propriétaire doivent s'accorder.

La détention en société

Une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) calcule sa plus-value sur la valeur nette comptable après amortissements, sans abattement pour durée de détention. Une baisse des prix réduit cette plus-value, mais une longue détention ne l'allège pas. Une société civile à l'impôt sur le revenu (IR) suit au contraire le régime des particuliers. Le Guide des sociétés immobilières, Comparer IR, IS et SARL de famille sur un même projet compare ces effets.

La transmission

Les droits de donation et de succession se calculent sur la valeur vénale des biens à la date de l'acte ou du décès. Une donation consentie lorsque les valeurs sont basses supporte mécaniquement des droits plus faibles, à condition que la valeur déclarée soit la valeur réelle du marché à cette date. Le Guide de la fiscalité immobilière, Donner un immeuble en présente les règles. La stratégie de transmission est traitée au chapitre 129.

Le non-résident et l'outre-mer

Un investisseur dont les revenus ou l'épargne sont libellés dans une autre monnaie subit, en plus du cycle immobilier, les variations du taux de change, qui peuvent compenser ou amplifier une baisse des prix exprimée en euros. En outre-mer, les marchés sont plus étroits et dépendent de déterminants propres, comme le coût de la construction ou l'exposition aux risques naturels (chapitre 88).

Les risques de requalification

Une stratégie qui consisterait à acheter systématiquement en bas de cycle pour revendre rapidement en haut de cycle se rapproche de l'activité de marchand de biens si les opérations sont habituelles et réalisées dans une intention spéculative. Les conséquences fiscales sont décrites dans le Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles et la stratégie au chapitre 76.

Les erreurs fréquentes

  1. Extrapoler les dernières années. Un investisseur qui suppose une hausse de 5 % par an sur dix ans attend un TRI de 6,75 %. Si les prix restent stables, il obtient 3,19 %, soit un écart de 3,56 points.
  2. Attendre un point bas qui ne vient pas. Si les prix progressent de 1 % par an, attendre trois ans réduit la richesse nette de l'exemple d'environ 15 300 € au bout de vingt ans.
  3. Oublier le taux en guettant le prix. Un prix inférieur de 5 % emprunté à 4,04 % au lieu de 1,06 % sur vingt ans augmente la mensualité d'environ 25 %, de 925 € à 1 155 € pour un bien de 200 000 € ramené à 190 000 €.
  4. Acheter avec un horizon trop court. Revendu après trois ans, un bien acheté au point haut du cycle hypothétique donne un TRI de moins 3,58 %.
  5. S'exposer à une vente forcée. Dans le scénario défavorable, l'investisseur perd 33 467 €, plus de deux fois et demie son apport.
  6. Lire la moyenne nationale pour un marché local. Au deuxième trimestre 2026, les prix des appartements baissaient de 1,9 % sur un an à Lyon et augmentaient de 2,2 % à Marseille.
  7. Confondre prix nominaux et prix réels. Trois années de prix stables avec 3 % d'inflation représentent une baisse d'environ 9 % en euros constants.
  8. Croire qu'un indice confirme une tendance en temps réel. L'indice d'un trimestre est publié plus de deux mois après sa fin.

Liste de contrôle

  1. Phase du marché. Les derniers taux de la Banque de France, les volumes de ventes et les indices de prix de l'INSEE ont été consultés et datés.
  2. Marché local. Les ventes DVF de la commune et l'évolution de sa population ont été examinées.
  3. Horizon. La durée de détention prévue est compatible avec la traversée d'une baisse des prix.
  4. Sensibilité. Le TRI a été calculé avec une baisse du prix de sortie et pour plusieurs durées de détention.
  5. Point mort. Le prix de sortie qui annule le TRI des fonds propres est connu.
  6. Financement. Le crédit est à taux fixe ou à taux variable plafonné et la mensualité reste supportable en cas de vacance.
  7. Réserve. Une réserve de trésorerie permet d'éviter une vente forcée pendant au moins deux ans de difficulté.
  8. Situation familiale. Les conséquences d'une séparation, d'un décès ou d'une sortie d'indivision sur la date de vente ont été envisagées.
  9. Fiscalité. Le calendrier des abattements sur la plus-value et l'état du projet de loi de finances pour 2027 ont été vérifiés.
  10. Attitude face au cycle. La stratégie retenue, détention longue, achats réguliers, attente ou arbitrage, est écrite dans la feuille de route (chapitre 10).
  11. Hypothèses. Aucune hausse des prix n'est présentée comme une prévision dans les calculs.