Les investisseurs expriment le plus souvent des intentions, comme compléter leurs revenus, préparer leur retraite, protéger leur conjoint ou aider leurs enfants à se loger. Une intention ne permet pas de décider. Elle ne dit ni combien, ni quand, ni au prix de quel effort, ni ce qu'il faut sacrifier lorsque deux intentions entrent en conflit. Un objectif patrimonial utile est au contraire chiffré, daté, mesurable et classé par rapport aux autres.
Ce chapitre propose une méthode pour passer de l'intention à l'objectif, puis traduit chaque objectif en indicateurs cibles, comme le revenu net mensuel, le patrimoine net, le taux d'endettement et la date de fin des crédits. Il montre sur un exemple chiffré comment les objectifs se contredisent et comment les hiérarchiser, puis teste le résultat. Il se termine par une grille d'objectifs à remplir. Les exemples sont illustratifs et ne constituent pas un conseil personnalisé.
De l'intention à l'objectif
Les qualités d'un objectif utilisable
Un objectif sert à trancher. Pour cela, il doit réunir six qualités. Si l'une manque, il redevient une intention.
| Qualité | Question à se poser | Exemple insuffisant | Exemple utilisable |
|---|---|---|---|
| Chiffré | Combien exactement | Un bon complément de retraite | 1 000 € nets d'impôt par mois en euros de 2026 |
| Daté | Pour quand | Plus tard | À partir de janvier 2046 |
| Mesurable | Par quel indicateur suivi chaque année | Être tranquille | Revenu net mensuel constaté et date de fin du dernier crédit |
| Réaliste | Compatible avec les moyens du foyer | Doubler le patrimoine en cinq ans | Deux acquisitions en trois ans, dans la limite de 35 % de taux d'endettement |
| Hiérarchisé | Que sacrifier en cas de conflit | Tout à la fois | Revenu d'abord, fin des crédits ensuite, aide aux enfants en troisième |
| Révisable | Dans quel cas le modifier | Jamais | À chaque revue annuelle ou événement familial |
Le caractère réaliste se vérifie par le calcul et non par l'intuition. Un objectif qui suppose un taux d'endettement supérieur aux normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), une épargne supérieure à la capacité réelle du foyer ou une hausse continue des prix n'est pas un objectif mais un pari (chapitres 4 et 26).
La méthode pas à pas
- Recensez toutes les intentions du foyer, sans filtre, en les écrivant avec les deux membres du couple.
- Pour chaque intention, choisissez l'indicateur qui permettra de savoir si elle est atteinte.
- Fixez une valeur cible et une date, en euros constants puis convertis en euros de l'échéance.
- Estimez les moyens nécessaires, capital, crédit, épargne mensuelle et temps de gestion.
- Simulez l'ensemble des objectifs sur la même période et repérez les conflits.
- Classez les objectifs par priorité et décidez ce qui sera réduit, décalé ou abandonné en cas de conflit.
- Testez le résultat par un tableau de sensibilité et un scénario défavorable, puis écrivez les règles d'ajustement.
- Inscrivez les objectifs retenus dans la feuille de route du chapitre 10 et fixez la date de la première revue.
Les grandes familles d'objectifs
Le revenu complémentaire
L'objectif de revenu se mesure par le revenu net mensuel après charges, taxe foncière, mensualités et impôt. Il faut préciser s'il est attendu tout de suite, ce qui privilégie des biens à rendement élevé et un apport important, ou à une échéance lointaine, ce qui autorise le crédit et l'effort d'épargne pendant la phase de remboursement. Un revenu immédiat financé à crédit reste en général modeste, la mensualité absorbant l'essentiel du loyer.
La préparation de la retraite
La retraite combine un objectif de revenu et un objectif de date. Le revenu recherché se déduit de l'écart entre le niveau de vie souhaité et la pension estimée. La date commande la durée des crédits, qui doivent en principe être soldés au départ en retraite pour que les loyers deviennent un revenu. Les loyers ne créent aucun droit à pension et restent imposés à la retraite selon les mêmes principes (Guide du bailleur privé, Préparer sa retraite avec l'immobilier locatif).
Le capital à transmettre
L'objectif de transmission se mesure par le patrimoine net transmissible, la part revenant à chaque héritier et les droits estimés. Chaque parent peut transmettre à chaque enfant 100 000 € en franchise de droits, abattement qui se renouvelle tous les quinze ans (Guide de la fiscalité immobilière, Les barèmes et abattements des donations et successions). Un objectif de transmission dit aussi ce qui doit être transmis, un bien, des parts de société ou une somme d'argent, car un logement se partage mal entre trois enfants.
La protection du conjoint
L'objectif de protection se mesure par le revenu dont disposerait le survivant, par le capital restant dû non couvert par l'assurance emprunteur et par les droits qu'il recueillerait. La loi traite très différemment les couples. Le conjoint marié est héritier et exonéré de droits de succession. En présence d'enfants tous communs, il choisit entre l'usufruit de la totalité et la pleine propriété du quart. En présence d'enfants non communs, il reçoit le quart en pleine propriété. Le partenaire de pacte civil de solidarité (PACS) et le concubin n'ont aucun droit légal dans la succession (service-public.gouv.fr).
Le partenaire de PACS qui reçoit par testament est exonéré de droits de succession. Le concubin légataire est taxé à 60 % après un abattement de 1 594 € (service-public.gouv.fr). L'exemple qui suit est illustratif. Pour un appartement loué d'une valeur nette de 180 000 € légué au survivant, les droits sont nuls pour un époux ou un partenaire de PACS. Ils atteignent 107 043,60 € pour un concubin, qui ne conserve que 72 956,40 € de valeur. Un objectif de protection d'un concubin ne peut donc pas reposer sur le seul testament et suppose d'examiner le mariage, le PACS, l'assurance vie ou la structure de détention avec un notaire (Guide du bailleur privé, Le couple, la séparation et le patrimoine locatif).
Le logement des enfants
L'aide au logement des enfants peut prendre plusieurs formes, qui ne servent pas le même objectif. Louer un logement à son enfant est possible, à condition que le bail soit réel et le loyer effectivement payé. La mise à disposition gratuite est également possible, mais les charges ne sont alors pas déductibles. La voie intermédiaire d'un loyer très inférieur au marché avec déduction des charges est la plus exposée à une rectification (Guide de la fiscalité immobilière, Le champ des revenus fonciers). Une donation de somme d'argent pour un apport, une donation d'un bien ou de parts de société sont les autres voies. Le don pour l'achat d'un logement neuf ou pour une rénovation énergétique bénéficie d'une exonération propre, applicable jusqu'au 31 décembre 2026 sauf prorogation.
Les autres objectifs
D'autres objectifs pèsent sur la stratégie sans être financiers au sens strict. Réduire le temps consacré à la gestion, limiter l'exposition à un seul territoire, ne plus détenir de logement mal classé au diagnostic de performance énergétique (DPE) ou garder une réserve de trésorerie minimale en font partie. Ils se chiffrent aussi, en heures par mois, en part du patrimoine par territoire, en nombre de logements classés F ou G ou en montant de réserve.
Traduire chaque objectif en indicateurs cibles
Quatre indicateurs suffisent à suivre la plupart des objectifs. Ils se calculent à partir du bilan du chapitre 4 et se suivent chaque année lors de la revue du chapitre 119.
| Indicateur | Définition | Objectifs concernés | Cible type à fixer |
|---|---|---|---|
| Revenu net mensuel | Loyers encaissés moins charges, taxe foncière, mensualités et impôt, divisés par douze | Revenu, retraite, protection | Montant en euros de l'échéance |
| Patrimoine net | Valeur des biens et de l'épargne moins capital restant dû | Transmission, retraite, sécurité | Montant à une date |
| Taux d'endettement | Mensualités de tous les crédits divisées par les revenus retenus par la banque | Capacité d'acquisition, sécurité | Plafond, souvent 35 % |
| Date de fin des crédits | Dernière échéance de tous les prêts | Retraite, revenu, transmission | Année au plus tard |
Deux indicateurs complémentaires servent de garde-fous. La réserve minimale de trésorerie, en euros ou en mois de charges et de mensualités, fixe le niveau sous lequel l'épargne ne doit jamais descendre (chapitre 116). L'effort d'épargne maximal, c'est-à-dire la somme mensuelle que le foyer accepte d'ajouter aux loyers pour payer les charges et les mensualités, fixe le rythme possible des acquisitions (chapitre 16).
Exprimer le revenu en euros de l'échéance
Un revenu cible exprimé en euros d'aujourd'hui doit être converti en euros de l'échéance. Avec une hypothèse d'inflation de 2 % par an, qui n'est pas une prévision, 1 000 € de 2026 correspondent à 1 456,81 € en 2045, soit dix-neuf ans plus tard. Fixer la cible à 1 000 € en 2045 reviendrait à accepter un pouvoir d'achat inférieur d'environ un tiers à celui visé.
Estimer le capital nécessaire
Pour un objectif de revenu sans crédit, le capital immobilier nécessaire se déduit du rendement net après impôt. Le rendement net de charges retenu ici est de 5 % de la valeur des biens, hypothèse plausible dans une ville moyenne mais non garantie. L'impôt combine la tranche marginale d'imposition et les prélèvements sociaux de 17,2 % applicables aux revenus fonciers (service-public.gouv.fr).
| Hypothèse | Rendement net après impôt | Capital sans dette pour 1 456,81 € par mois |
|---|---|---|
| Rendement net 5 %, tranche marginale de 11 % | 3,59 % | 486 956 € |
| Rendement net 5 %, tranche marginale de 30 % | 2,64 % | 662 187 € |
| Rendement net 4 %, tranche marginale de 11 % | 2,87 % | 608 695 € |
L'écart entre la première et la troisième ligne montre qu'un point de rendement net en moins demande environ 120 000 € de capital supplémentaire pour le même revenu. La tranche marginale à la retraite pèse autant. Ces ordres de grandeur permettent de vérifier dès le départ si l'objectif est accessible avec les moyens du foyer.
Un exemple chiffré de conflit entre objectifs
L'exemple qui suit est une illustration. Les montants sont des hypothèses arrondies, calculées avec un script vérifié. Ils ne valent pas calcul pour votre situation.
La situation de départ
| Élément | Hypothèse |
|---|---|
| Foyer | Couple marié de 45 ans fin 2026, deux enfants de 12 et 15 ans |
| Revenus nets | 6 900 € par mois |
| Capacité d'épargne | 900 € par mois, soit 10 800 € par an |
| Résidence principale | Valeur 300 000 €, capital restant dû 110 000 €, mensualité de 900 € jusqu'en 2036 |
| Logement loué | Deux-pièces d'une valeur de 140 000 €, loyer de 650 €, capital restant dû 60 000 € sur neuf ans à 1,5 %, mensualité de 594,25 € |
| Épargne | 70 000 € rémunérés 2 % par an, hypothèse |
| Patrimoine net | 510 000 € d'actifs moins 170 000 € de dettes, soit 340 000 € |
| Taux d'endettement | 20,3 % |
Le taux d'endettement retient ici les mensualités de tous les crédits divisées par les revenus nets augmentés de 70 % des loyers bruts. Cette pondération est une hypothèse, chaque banque appliquant sa propre décote aux loyers (Guide du bailleur privé, Constituer un patrimoine locatif étape par étape).
Les intentions du foyer
Le couple exprime quatre intentions. Il souhaite disposer à 64 ans, en 2046, d'un revenu locatif net de 1 000 € par mois en euros de 2026, soit 1 456,81 € en euros de 2045. Il souhaite que tous les crédits soient soldés à cette date. Il voudrait aider chacun de ses enfants à hauteur de 40 000 € vers 25 ans, soit en 2036 et en 2039. Il veut enfin conserver une réserve d'au moins 20 000 € et augmenter son patrimoine net.
Les hypothèses communes
Les loyers progressent de 1,5 % par an, les charges et la taxe foncière de 2 % et la valeur des biens de 1 %, hypothèses qui ne sont pas des prévisions. La vacance est de 4 %. Les loyers sont imposés au régime réel avec une tranche marginale de 30 % jusqu'en 2045 puis de 11 % à la retraite, plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Par simplification, les déficits sont reportés sur les revenus fonciers suivants et les travaux initiaux ne sont pas déduits.
| Bien | Achat | Prix | Frais | Travaux | Loyer mensuel | Charges et taxe foncière | Valeur estimée |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| N1, deux-pièces | 2027 | 120 000 € | 9 600 € | 6 000 € | 750 € | 2 050 € par an | 125 000 € |
| N2, trois-pièces | 2029 | 130 000 € | 10 400 € | 6 000 € | 800 € | 2 200 € par an | 134 000 € |
| N3, trois-pièces | 2031 | 130 000 € | 10 400 € | 6 000 € | 800 € | 2 200 € par an | 134 000 € |
Quatre scénarios
Le scénario 1 donne la priorité au revenu. Il finance N1 par un prêt de 110 000 € sur dix-neuf ans à 3,4 % et N2 par un prêt de 120 000 € sur dix-sept ans à 3,5 %, pour des mensualités de 655,61 € et 781,32 € et des apports de 25 600 € et 26 400 €. Les deux crédits s'achèvent en 2045. Le scénario 2 reprend le scénario 1 et verse 40 000 € à chaque enfant en 2036 et en 2039. Le scénario 3 donne la priorité au patrimoine. Il achète N1, N2 et N3 avec des prêts de vingt-cinq ans à 3,6 %, des apports réduits à 15 600 €, 16 400 € et 16 400 € et des mensualités de 607,20 €, 657,80 € et 657,80 €. Le scénario 4 hiérarchise les objectifs. Il reprend le scénario 1 et ramène l'aide à 25 000 € par enfant, versée en 2038 et en 2041, une fois soldés les crédits de la résidence principale et du premier logement.
| Indicateur | Scénario 1, revenu | Scénario 2, enfants | Scénario 3, patrimoine | Scénario 4, hiérarchisé |
|---|---|---|---|---|
| Revenu net mensuel en 2046 | 1 462 € | 1 462 € | 180 € | 1 462 € |
| Objectif de 1 456,81 € atteint | Oui | Oui | Non | Oui |
| Fin des crédits | 2045 | 2045 | 2055 | 2045 |
| Taux d'endettement maximal | 34,6 % | 34,6 % | 37,6 % | 34,6 % |
| Aide aux enfants | 0 € | 80 000 € | 0 € | 50 000 € |
| Épargne minimale | 30 815 € | Moins 13 593 € | 45 878 € | 30 815 € |
| Valeur des biens fin 2045 | 478 846 € | 478 846 € | 634 416 € | 478 846 € |
| Capital restant dû fin 2045 | 0 € | 0 € | 160 272 € | 0 € |
| Épargne fin 2045 | 119 714 € | 26 864 € | 153 332 € | 63 936 € |
| Patrimoine net fin 2045 | 598 560 € | 505 710 € | 627 476 € | 542 782 € |
La lecture des résultats
Aucun scénario ne sert pleinement les quatre intentions. Le scénario 1 atteint le revenu et la fin des crédits mais n'aide pas les enfants. Le scénario 2 les aide comme prévu, mais son épargne devient négative de 13 593 € au plus bas, ce qui signifie que le plan ne peut pas être financé sans crédit supplémentaire. Le scénario 3 maximise le patrimoine net, mais il laisse 160 272 € de dettes en 2045, produit un revenu de 180 € par mois à 64 ans et dépasse le plafond de 35 % de taux d'endettement, si bien qu'une banque refuserait probablement le troisième financement.
Le scénario 4 tranche le conflit par la hiérarchie. Le revenu et la fin des crédits passent en premier, l'aide aux enfants en troisième et le patrimoine en dernier. L'aide est réduite de 80 000 € à 50 000 € et décalée de deux ans, au moment où deux crédits s'achèvent. Le patrimoine net est inférieur de 55 778 € à celui du scénario 1, ce qui correspond à l'aide versée et aux intérêts perdus sur cette épargne. Ce coût est la traduction chiffrée d'un choix familial, pas une erreur de calcul.
Les deux versements de 25 000 € restent dans la limite de l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant. Ils n'entraînent aucun droit de donation dans cette hypothèse, sous réserve des donations antérieures des quinze dernières années.
La sensibilité du scénario hiérarchisé
Le tableau suivant fait varier la vacance et le taux des deux nouveaux crédits. Le revenu de 2046 ne dépend pas du taux, les crédits étant soldés à cette date. Il est de 1 462 € avec 4 % de vacance, de 1 379 € avec 8 % et de 1 296 € avec 12 %.
| Taux des crédits N1 et N2 | Épargne minimale, vacance 4 % | Épargne minimale, vacance 8 % | Épargne minimale, vacance 12 % | Taux d'endettement maximal |
|---|---|---|---|---|
| Taux de base | 30 815 € | 23 927 € | 13 894 € | 34,6 % |
| Plus 1 point | 24 363 € | 14 330 € | 4 297 € | 36,0 % |
| Plus 2 points | 14 241 € | 4 208 € | Moins 5 825 € | 37,5 % |
Une hausse d'un point des taux suffit à faire dépasser le plafond de 35 %, ce qui rendrait le financement de N2 incertain avant même tout effet sur la trésorerie. La vacance agit sur la réserve, qui passe sous le minimum de 20 000 € dès 8 % de vacance combinés à un point de taux supplémentaire.
Les points morts confirment que le plan n'a presque aucune marge sur le revenu. Le revenu de 2046 passe sous la cible de 1 456,81 € dès 4,3 % de vacance moyenne, alors que la réserve ne descend sous 20 000 € qu'à 9,6 % de vacance et ne devient négative qu'à 17,6 %. Un objectif fixé exactement au niveau du résultat central est manqué au moindre écart défavorable. Une cible assortie d'une marge, ou une fourchette, se pilote mieux.
Le scénario défavorable combiné
Le scénario défavorable cumule une baisse des prix de 1 % par an, une progression des loyers limitée à 0,5 % par an, une vacance de 10 %, des travaux imprévus de 15 000 € en 2033 et un taux de 5 % pour le crédit de N2, soit une mensualité de 874,39 €.
| Fin 2045 | Plan maintenu | Aide réduite à 15 000 € par enfant | N2 abandonné, aide de 25 000 € par enfant |
|---|---|---|---|
| Valeur des biens | 331 889 € | 331 889 € | 218 935 € |
| Épargne | Moins 23 782 € | Moins 1 470 € | 131 222 € |
| Patrimoine net | 308 107 € | 330 419 € | 350 157 € |
| Revenu net mensuel en 2046 | 1 029 € | 1 029 € | 650 € |
| Épargne minimale | Moins 30 725 € | Moins 15 143 € | 49 639 € |
| Taux d'endettement maximal | 35,8 % | 35,8 % | 27,3 % |
Maintenu, le plan échoue doublement. Le financement de N2 dépasse le plafond de 35 % et l'épargne devient négative. Réduire l'aide aux enfants ne suffit pas. Seule la règle d'ajustement prévue, qui abandonne N2 si le taux proposé dépasse 4,5 % ou si la vacance constatée sur les biens existants dépasse 8 %, préserve la réserve et l'aide de 25 000 € par enfant. Elle se paie par un revenu de 650 € par mois au lieu de la cible. La hiérarchie écrite à l'avance indique alors clairement que l'objectif de revenu sera revu, plutôt que la sécurité du foyer.
Les situations particulières
Les couples et les familles recomposées
Les objectifs d'un couple sont rarement identiques. L'un privilégie la sécurité, l'autre la croissance du patrimoine. Les écrire séparément puis les confronter évite qu'un plan repose sur l'adhésion d'un seul. Le statut du couple change aussi la nature des objectifs, puisque la protection d'un partenaire de PACS ou d'un concubin demande des actes que la loi prévoit d'office pour le conjoint marié. Dans une famille recomposée, chaque parent peut vouloir protéger le conjoint tout en préservant les droits de ses propres enfants, objectifs qui se contredisent souvent. Les outils, testament, donation entre époux, démembrement ou assurance vie, se choisissent avec un notaire une fois cette hiérarchie fixée (chapitre 105).
L'indivision et le démembrement
Des coïndivisaires, par exemple des frères et sœurs héritiers, ont rarement les mêmes objectifs. L'un veut un revenu, l'autre veut vendre. Sans accord écrit sur les objectifs communs, l'indivision bloque les décisions. En démembrement, l'usufruitier poursuit un objectif de revenu et le nu-propriétaire un objectif de capital, ce qui oppose leurs intérêts sur les travaux et la revente (chapitres 58 et 59).
La détention directe ou en société
La structure doit suivre l'objectif. Un objectif de revenu distribué régulièrement s'accorde avec la détention directe ou une société civile immobilière (SCI) à l'impôt sur le revenu, dont les loyers sont imposés chez les associés. Un objectif de capitalisation, avec réinvestissement des loyers, peut justifier une société à l'impôt sur les sociétés (IS), au prix d'une double imposition des sommes distribuées et d'une plus-value de cession calculée sans abattement pour durée de détention (Guide de la fiscalité immobilière, Détenir en direct ou par une société, les enjeux fiscaux). Un objectif de transmission progressive peut s'appuyer sur la donation de parts (Guide des sociétés immobilières, Pourquoi détenir l'immobilier en société).
Les non-résidents et l'outre-mer
Un expatrié fixe souvent un objectif lié à son retour, comme disposer d'un logement libre à une date donnée ou d'un revenu en euros indépendant de sa monnaie de résidence. Ses loyers français restent imposés en France selon des règles propres (Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français). Un investisseur ultramarin ou qui investit outre-mer intègre dans ses objectifs les risques naturels et la profondeur plus faible de certains marchés (chapitres 88 et 103).
Les types de marchés
Le même objectif ne demande pas les mêmes moyens selon le marché. Dans une métropole ou une zone tendue, où le rendement net est souvent plus faible, l'objectif de revenu demande davantage de capital, comme le montre le tableau du capital nécessaire. En ville moyenne ou en zone rurale, le revenu s'obtient avec moins de capital mais l'objectif de patrimoine et de liquidité est plus exposé à une demande étroite (partie VIII).
L'effet de l'âge et de l'horizon
L'âge fixe la durée disponible pour atteindre un objectif de retraite sans crédit. À 35 ans, trois acquisitions peuvent s'échelonner sur vingt ans. À 45 ans, l'exemple montre qu'il n'en reste que deux compatibles avec la fin des crédits à 64 ans. À 55 ans, le même objectif supposerait des crédits courts et des apports élevés, ou un objectif de revenu plus modeste. Plus l'horizon est court, plus les objectifs doivent être peu nombreux et la hiérarchie stricte (chapitre 5).
Réviser ses objectifs
Un objectif n'est pas figé. Il se révise lors de la revue annuelle du chapitre 119 et à chaque événement qui change les moyens, l'horizon ou les priorités du foyer. La révision porte d'abord sur la hiérarchie, puis sur les cibles, enfin sur les moyens.
| Événement | Objectifs à réexaminer | Indicateur à recalculer |
|---|---|---|
| Mariage, PACS ou séparation | Protection du survivant, transmission, partage des biens | Droits du survivant, patrimoine net de chacun |
| Naissance ou recomposition familiale | Transmission, logement des enfants | Part par héritier, réserve héréditaire |
| Perte d'emploi ou baisse durable de revenus | Rythme d'acquisition, revenu complémentaire | Taux d'endettement, effort d'épargne maximal |
| Héritage ou donation reçue | Patrimoine net, désendettement, transmission | Patrimoine net, date de fin des crédits |
| Départ en retraite | Revenu, fin des crédits, simplification de la gestion | Revenu net mensuel, tranche marginale |
| Changement fiscal adopté | Revenu après impôt, structure de détention | Rendement net après impôt |
| Hausse durable des taux | Rythme d'acquisition | Taux d'endettement des projets futurs |
Une révision n'est pas un échec. Elle constate que les hypothèses ont changé et applique la règle d'ajustement écrite à l'avance. Le danger est inverse, celui d'un objectif qui n'est plus atteignable mais que le foyer continue de poursuivre en puisant dans sa réserve ou en allongeant ses crédits au-delà de l'horizon. Notez chaque révision et sa raison, ce qui permet de distinguer un ajustement réfléchi d'une dérive progressive.
Les objectifs qui approchent une requalification
Certains objectifs orientent vers des opérations proches de frontières fiscales. Un objectif de revenu rapide par achats et reventes successifs peut conduire à la qualification de marchand de biens, avec un profit imposé comme bénéfice industriel et commercial (BIC) sans abattement pour durée de détention (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles). Un objectif de vivre de la location meublée conduit au statut de LMP (Guide du bailleur professionnel, Le statut de loueur en meublé professionnel en détail).
Un objectif formulé uniquement en termes d'impôt évité expose davantage. L'article L64 du livre des procédures fiscales (LPF) permet d'écarter les actes fictifs ou à but exclusivement fiscal et l'article L64 A ceux, passés depuis le 1er janvier 2020, dont le motif principal est d'éluder l'impôt (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal). Un objectif patrimonial ou familial écrit, antérieur au montage, en documente au contraire la substance.
Ce qui est en discussion au 26 octobre 2026
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion et aucune de ses mesures n'est adoptée. Selon le texte initial, son article 7 plafonnerait l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels (LMNP) personnes physiques. Un objectif de revenu qui repose sur une fiscalité réduite par l'amortissement doit être testé sans cet avantage (Guide du bailleur professionnel, La loi de finances et le projet de loi de finances pour 2027). L'exonération des dons familiaux pour un logement neuf ou une rénovation énergétique reste applicable jusqu'au 31 décembre 2026, sa prorogation éventuelle ne devant pas être tenue pour acquise.
La grille d'objectifs à remplir
La grille suivante sert d'outil de réflexion. Elle ne remplace pas un conseil personnalisé. Remplissez une ligne par objectif, en indiquant la valeur actuelle tirée du bilan du chapitre 4, puis classez les lignes par priorité.
| Objectif | Indicateur | Valeur actuelle | Cible | Échéance | Priorité | Règle d'ajustement |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Revenu complémentaire | Revenu net mensuel après impôt, en euros de l'échéance | |||||
| Retraite | Revenu net mensuel et date de fin des crédits | |||||
| Transmission | Patrimoine net transmissible et part par héritier | |||||
| Protection du conjoint | Revenu du survivant et capital non couvert | |||||
| Logement des enfants | Montant, forme et date de l'aide | |||||
| Sécurité | Réserve minimale et taux d'endettement maximal | |||||
| Temps de gestion | Heures par mois | |||||
| Qualité du parc | Nombre de logements classés F ou G |
La colonne « Règle d'ajustement » est la plus importante. Elle indique, pour chaque objectif, ce qui se passe s'il entre en conflit avec un objectif de rang supérieur, par exemple « aide réduite de moitié et décalée » ou « acquisition abandonnée si le taux dépasse 4,5 % ».
Les erreurs fréquentes
Les conséquences chiffrées reprennent les hypothèses de l'exemple et sont illustratives.
| Erreur | Conséquence dans l'exemple |
|---|---|
| Fixer le revenu cible en euros d'aujourd'hui sans le convertir | Cible de 1 000 € en 2045 au lieu de 1 456,81 €, soit environ un tiers de pouvoir d'achat en moins |
| Poursuivre tous les objectifs à la fois | Épargne négative de 13 593 € dans le scénario 2 |
| Maximiser le patrimoine par des crédits longs | 160 272 € de dettes à 64 ans, revenu de 180 € par mois et taux d'endettement de 37,6 % |
| Fixer la cible au niveau du résultat central | Cible manquée dès 4,3 % de vacance |
| Ne pas protéger un concubin | 107 043,60 € de droits sur un bien de 180 000 € légué par testament |
| Prévoir l'aide aux enfants au moment où les crédits pèsent le plus | Réserve qui passe sous le minimum, alors qu'un décalage de deux ans la préserve |
| Fonder un objectif sur une mesure non adoptée | Équilibre qui disparaît si le projet de loi de finances pour 2027 est modifié |
| Ne pas écrire de règle d'ajustement | Décision prise dans l'urgence, souvent au détriment de la réserve |
Liste de contrôle
- Chaque intention du foyer est transformée en objectif chiffré, daté et mesurable.
- Les deux membres du couple ont écrit puis confronté leurs objectifs.
- Chaque objectif a un indicateur, une valeur actuelle, une cible et une échéance.
- Les montants futurs sont exprimés en euros de l'échéance, avec une hypothèse d'inflation annoncée.
- Le capital nécessaire à l'objectif de revenu a été estimé avec un rendement net après impôt prudent.
- Les objectifs ont été simulés ensemble sur la même période et leurs conflits identifiés.
- Les objectifs sont classés par priorité et chacun a sa règle d'ajustement.
- Le taux d'endettement reste sous 35 % dans le scénario central et dans un scénario de hausse des taux.
- La réserve minimale est respectée dans le scénario central et l'écart avec le scénario défavorable est connu.
- La protection du conjoint, du partenaire ou du concubin est examinée selon le statut du couple.
- L'aide aux enfants est placée dans le temps en fonction de la fin des crédits et des abattements disponibles.
- Aucun objectif ne repose sur une mesure non adoptée du projet de loi de finances pour 2027.
- Les objectifs sont reportés dans la feuille de route du chapitre 10 et revus chaque année.