Un bailleur particulier rencontre sa banque au moment d'acheter, puis la perd de vue pendant vingt ans. Un loueur en meublé professionnel (LMP) ou le détenteur d'un grand parc locatif vit au contraire avec ses banques en permanence. Chaque acquisition, chaque refinancement et chaque programme de travaux passe par elles, si bien que la qualité de cette relation conditionne le rythme de développement du parc autant que les prix du marché.
Ce chapitre traite de ce qui change pour un professionnel. Il présente le cadre juridique du crédit professionnel, la façon dont une banque analyse un loueur, le dossier à constituer, la présentation du parc, puis le choix d'une banque principale et la diversification des partenaires. Les bases du crédit immobilier aux particuliers, comme l'offre de prêt, le taux annuel effectif global (TAEG) ou le courtier, sont exposées dans le Guide du bailleur privé, Financer son investissement locatif. Les normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) font l'objet du chapitre 38, les formes de prêt du chapitre 39 et les garanties du chapitre 40.
Ce qui change quand l'emprunteur est un professionnel
Le crédit professionnel échappe en principe au Code de la consommation
Le Code de la consommation protège l'emprunteur qui finance un logement à titre privé. Il lui garantit une offre de prêt écrite, un délai de réflexion de dix jours, une condition suspensive légale de prêt dans l'avant-contrat et un plafond aux indemnités de remboursement anticipé. Ces règles sont présentées dans le guide privé.
L'article L. 313-2 du Code de la consommation, qui reprend l'ancien article L. 312-3, exclut toutefois de ce régime les prêts destinés à financer une activité professionnelle, notamment celle des personnes qui procurent à titre habituel, même accessoire à une autre activité, des immeubles en propriété ou en jouissance. Un emprunt souscrit pour développer une activité de location meublée professionnelle peut donc relever du crédit professionnel, régi par le contrat et par le Code monétaire et financier. La qualification dépend de la destination réelle du prêt et des mentions de l'acte, ce que les tribunaux examinent au cas par cas. Ils tiennent compte d'indices comme l'immatriculation de l'emprunteur, le nombre d'opérations comparables qu'il a réalisées et la destination déclarée dans l'offre.
Les parties peuvent convenir de soumettre volontairement un prêt professionnel aux règles du crédit immobilier aux particuliers. La même logique vaut pour une société civile immobilière (SCI), que la jurisprudence exclut en principe de la protection consumériste, comme l'expose le guide privé. Si vous tenez à la condition suspensive de prêt ou au délai de réflexion, faites-les stipuler expressément dans l'offre et dans l'avant-contrat (chapitre 34).
Le taux de l'usure ne s'applique qu'aux découverts
Pour les entreprises et les entrepreneurs individuels agissant pour leurs besoins professionnels, seuls les découverts en compte sont soumis à un taux maximal. Les prêts amortissables ou in fine consentis pour l'activité ne sont pas plafonnés par le taux de l'usure, à la différence des prêts immobiliers aux particuliers dont les seuils sont publiés chaque trimestre (service-public.gouv.fr). Le taux d'un prêt professionnel résulte donc de la seule négociation.
Cette liberté a deux faces. Une banque peut financer un dossier qu'elle aurait refusé sous le plafond de l'usure, en le rémunérant par un taux ou des frais plus élevés. Elle peut aussi intégrer dans le coût total du crédit des commissions que vous ne verriez pas dans un crédit aux particuliers. Comparez les offres sur leur coût total, intérêts, frais de dossier, garanties, assurance et commissions annexes compris.
La réduction ou la rupture d'un concours à durée indéterminée
Un découvert autorisé ou une ligne de trésorerie sans terme fixé ne peut pas être supprimé du jour au lendemain. L'article L. 313-12 du Code monétaire et financier impose à la banque qui réduit ou interrompt un concours à durée indéterminée, autre qu'occasionnel, consenti à une entreprise, une notification écrite et un préavis qui ne peut être inférieur à soixante jours. La banque en est dispensée en cas de comportement gravement répréhensible du bénéficiaire ou de situation irrémédiablement compromise.
Ce délai est court au regard d'un parc locatif. Une ligne de trésorerie qui finance des travaux en attendant un prêt ou une vente doit donc être doublée d'une solution de remplacement. Préférez pour les besoins durables un concours à durée déterminée, dont l'échéance est connue dès la signature.
Le refus de crédit et la médiation
Une banque n'est jamais obligée d'accorder un crédit. En cas de refus opposé à une entreprise, elle doit en préciser les motifs (entreprendre.service-public.gouv.fr). Demandez-les par écrit, car ils vous indiquent ce qu'il faut corriger avant de présenter le dossier ailleurs.
La médiation du crédit aux entreprises, assurée par la Banque de France, peut être saisie en cas de refus de crédit, de dénonciation d'une ligne de court terme ou de refus de rééchelonnement. Elle est gratuite et confidentielle. Le dossier se dépose en ligne, le médiateur prend contact dans les 48 heures et les établissements disposent de cinq jours ouvrés pour revoir leur position (entreprendre.service-public.gouv.fr).
Selon la présentation qu'en fait le ministère de l'Économie sur economie.gouv.fr, la médiation est ouverte aux entreprises de toute taille et de toute forme juridique. Elle ne l'est pas aux particuliers ni pour un refus de financement sans lien avec une activité professionnelle. Le médiateur vérifie la recevabilité de chaque dossier, ce qui suppose pour un loueur que son activité soit déclarée comme une activité professionnelle (chapitre 7).
Le patrimoine de l'entrepreneur individuel
Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, l'entrepreneur individuel dispose d'un patrimoine professionnel distinct de son patrimoine personnel. Le chapitre 8 précise dans quelle mesure ce statut s'applique à un loueur et comment s'opère la séparation. Pour la banque, cette séparation réduit le gage d'un prêt professionnel aux seuls biens utiles à l'activité.
Les banques demandent donc souvent à l'entrepreneur de renoncer, pour un engagement déterminé, à la protection de son patrimoine personnel, ou de compléter le prêt par d'autres garanties. La renonciation obéit à un formalisme prévu par le Code de commerce et ne vaut que pour l'engagement qu'elle désigne. Mesurez ce que vous abandonnez avant de signer et faites-vous expliquer l'acte par votre notaire ou votre avocat (chapitres 8 et 40).
Comment une banque analyse un loueur professionnel
Deux lectures du même dossier
Une banque peut instruire votre demande selon deux logiques. La lecture « particulier » part des revenus du foyer et calcule un taux d'effort, dans le cadre des normes du HCSF (chapitre 38). La lecture « entreprise » part des comptes de l'activité et vérifie que les loyers nets couvrent les échéances avec une marge suffisante.
Le service qui reçoit votre dossier détermine souvent la lecture appliquée. Une agence de particuliers raisonne en taux d'effort, un centre d'affaires ou un service des professionnels raisonne en capacité de remboursement de l'activité. Demandez dès le premier rendez-vous sous quel régime votre dossier sera instruit, crédit aux particuliers ou crédit professionnel. Demandez aussi quel service en a la charge.
Les ratios que la banque calcule
Hors normes du HCSF, aucun texte n'impose de ratio à la banque pour un crédit professionnel. Chaque établissement applique sa politique de risque. Les grandeurs suivantes reviennent dans la plupart des analyses de crédit d'un bailleur.
| Ratio | Calcul | Ce qu'il mesure |
|---|---|---|
| Couverture | Loyers encaissés moins charges d'exploitation, divisés par les échéances annuelles | La marge de sécurité des loyers face au service de la dette |
| Quotité | Montant prêté rapporté au prix ou à la valeur du bien | La part du risque portée par la banque |
| Endettement global | Capital restant dû total rapporté à la valeur du parc | Le levier de l'ensemble du patrimoine |
| Vacance | Loyers non perçus rapportés aux loyers potentiels | La qualité de l'exploitation |
| Impayés | Loyers échus non payés rapportés aux loyers appelés | La qualité de la sélection et du recouvrement |
| Trésorerie | Réserves disponibles rapportées aux échéances mensuelles | La capacité à absorber un incident |
Les seuils jugés acceptables varient selon les banques, le type de bien et la conjoncture. Ne vous fiez pas à un chiffre entendu dans une autre agence. Demandez au chargé d'affaires les critères qu'il applique et calculez-les vous-même avant le rendez-vous (chapitre 17).
Les éléments qualitatifs
La banque juge aussi la personne. Elle regarde votre ancienneté comme bailleur, la régularité de votre gestion, la qualité de vos comptes et la cohérence de votre stratégie. Un loueur qui sait dire pourquoi il achète, à quel prix il revendrait et comment il absorberait une vacance prolongée inspire davantage confiance qu'un dossier présenté comme une simple opportunité.
Elle observe enfin le fonctionnement de vos comptes. Des découverts répétés, des prélèvements personnels qui vident le compte de l'activité ou des retards sur d'autres crédits pèsent souvent plus lourd qu'un ratio un peu juste.
Constituer le dossier professionnel
Le dossier permanent
Un loueur qui emprunte régulièrement a intérêt à tenir un dossier permanent, mis à jour à chaque clôture, qu'il transmet en quelques minutes à toute banque. Il évite de reconstituer les mêmes pièces à chaque demande et donne une image d'organisation. Le dossier comprend en général les pièces suivantes.
- Les pièces d'identité, le livret de famille, le contrat de mariage ou la convention de pacte civil de solidarité le cas échéant.
- Le justificatif d'immatriculation de l'activité et le numéro du système d'identification du répertoire des établissements (SIRET) (chapitre 7).
- Les trois derniers avis d'impôt sur le revenu du foyer.
- Les trois dernières liasses fiscales de l'activité de location meublée, avec le bilan, le compte de résultat et le tableau des immobilisations et des amortissements (chapitre 100).
- Les déclarations de revenus fonciers des trois dernières années si vous louez aussi des logements nus.
- L'état du patrimoine, avec la valeur estimée et le capital restant dû de chaque bien.
- Le tableau des prêts en cours, avec la banque, le capital initial, le taux, la durée, l'échéance mensuelle, la date de fin et la garantie de chacun.
- L'état locatif du parc, détaillé plus loin.
- Les relevés des comptes de l'activité des trois derniers mois.
- Les justificatifs d'épargne et de placements disponibles.
- Les statuts et les derniers comptes de chaque société dont vous êtes associé.
Le dossier de l'opération
Chaque demande s'accompagne d'un dossier propre à l'opération. Il présente le bien, son prix, son financement et ce qu'il rapportera. Les pièces attendues sont proches de celles d'un audit d'acquisition (chapitre 27).
- L'avant-contrat signé ou le projet d'avant-contrat, avec la date limite d'obtention du prêt.
- Le descriptif du bien, les plans, les photographies et les diagnostics.
- L'état locatif du bien acheté, avec les baux en cours et les justificatifs de paiement des loyers lorsque le bien est occupé.
- Les devis de travaux, un calendrier de réalisation et, le cas échéant, les autorisations d'urbanisme.
- Une étude de loyers de marché, fondée sur des références comparables.
- Le plan de financement, avec l'apport, le montant du prêt et la répartition entre prix, frais d'acquisition et travaux (chapitre 35).
- Le prévisionnel d'exploitation du bien sur au moins cinq ans.
- Le prévisionnel consolidé du parc après l'opération.
Le prévisionnel
Le prévisionnel est la pièce que la banque lit avec le plus d'attention. Il part des loyers de marché, retranche une vacance réaliste et un taux d'impayé prudent, puis les charges non récupérables, la taxe foncière, l'assurance, l'entretien, la gestion, la cotisation foncière des entreprises (CFE) et une provision pour gros travaux. Il fait apparaître ensuite les échéances de prêt, l'impôt et les cotisations sociales, pour aboutir à la trésorerie disponible année par année (chapitres 18 et 19).
Présentez au moins deux scénarios, l'un central et l'autre dégradé, avec une vacance plus longue, une hausse des charges ou un retard de travaux. Un dossier qui montre qu'il résiste au scénario dégradé répond par avance à la première objection de l'analyste.
Présenter son parc
L'état locatif
L'état locatif résume l'activité en une page par immeuble. La banque y vérifie que les loyers annoncés existent, qu'ils sont payés et que le parc est occupé. Il comprend au minimum les colonnes suivantes.
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| Lot | Adresse, numéro du lot, type et surface |
| Bail | Nature du bail, date de début, durée, date de fin ou de renouvellement |
| Loyer | Loyer hors charges et provisions ou forfait de charges |
| Garantie | Dépôt, caution, Visale ou assurance des loyers impayés |
| Situation | Loué, vacant, en travaux, en préavis |
| Arriéré | Montant des loyers échus et non payés à la date de l'état |
| Énergie | Classe du diagnostic de performance énergétique (DPE) |
La colonne énergie est désormais lue avec attention. Un logement classé G ou F, voire bientôt E, comporte un risque de perte de revenus si les travaux ne sont pas faits à temps. Indiquez pour chaque lot concerné les travaux prévus, leur coût et leur calendrier (chapitre 66).
La synthèse du parc
Au-delà de l'état locatif, une synthèse d'une à deux pages donne à la banque une vue d'ensemble. Elle indique le nombre de lots, leur répartition par commune et par type, la valeur estimée, le capital restant dû, le taux d'occupation et le taux d'impayé des trois dernières années. Elle présente aussi la stratégie du parc, à savoir les biens à conserver, à rénover ou à céder (chapitre 9).
Une estimation de valeur crédible renforce le dossier. Fondez-la sur des ventes comparables, sur un rendement de marché ou sur une expertise lorsque le parc le justifie (chapitre 108). Une valeur surestimée fausse le ratio d'endettement global et la banque refera le calcul avec ses propres références.
L'historique
Les comptes passés pèsent plus que les promesses. Trois exercices montrent l'évolution du chiffre d'affaires, la maîtrise des charges et la capacité à rembourser. Si un exercice a été déficitaire à cause de travaux ou d'une acquisition, expliquez-le dans une note. Un déficit fiscal dû à l'amortissement n'a pas la même signification qu'une perte de trésorerie et l'analyste doit pouvoir faire la différence (chapitres 75 et 77).
Choisir une banque principale
Le rôle de la banque principale
La plupart des loueurs professionnels concentrent leur activité sur une banque principale. Elle tient le compte de l'activité, encaisse les loyers et porte une partie importante des prêts. En contrepartie, elle connaît le dossier, répond plus vite et peut accepter des opérations qu'une banque nouvelle refuserait faute d'historique.
Cette proximité facilite aussi les opérations courantes. Une autorisation de découvert pour passer un décalage de trésorerie, une garantie à fournir pour une vente aux enchères (chapitre 28) ou un préfinancement de travaux s'obtiennent plus aisément auprès d'un établissement qui voit passer tous vos flux.
Les critères de choix
Le taux n'est qu'un critère parmi d'autres. Une banque qui propose le meilleur taux mais refuse la moitié de vos dossiers coûte plus cher qu'une banque un peu plus chère qui suit votre développement. Les critères suivants comptent davantage sur la durée.
- L'existence d'un interlocuteur dédié aux professionnels de l'immobilier, stable dans le temps, avec un pouvoir de décision ou un accès direct au comité de crédit.
- La politique de la banque envers l'investissement locatif et la location meublée, qui varie selon les établissements et les périodes.
- Le délai moyen entre le dépôt d'un dossier complet et l'édition de l'offre.
- La souplesse sur les garanties, en particulier la possibilité de garantir un prêt par une hypothèque sur un bien déjà détenu ou par la caution d'un organisme.
- Les conditions des remboursements anticipés, dont les indemnités et la possibilité de reporter un prêt d'un bien vendu sur un bien acheté.
- Les frais de tenue de compte, de dossier et d'avenant.
- La qualité des outils de banque en ligne, notamment l'export des relevés pour la comptabilité.
Le compte de l'activité
La loi n'impose pas à l'entrepreneur individuel au régime réel d'ouvrir un compte bancaire dédié, à la différence du micro-entrepreneur dans certaines conditions (chapitre 96). Un compte séparé est pourtant indispensable en pratique dès que le parc grandit. Il distingue les flux de l'activité de ceux du foyer, simplifie la comptabilité et le rapprochement bancaire (chapitre 99) et offre à la banque une lecture directe de votre exploitation.
Faites encaisser tous les loyers et payer toutes les charges de l'activité sur ce compte. Effectuez vos prélèvements personnels par virements réguliers et identifiables. Des mouvements désordonnés entre comptes personnels et professionnels compliquent l'analyse bancaire et peuvent aussi poser difficulté lors d'un contrôle fiscal (chapitre 89).
Les engagements qui vous lient
Les offres de crédit professionnel contiennent souvent des clauses absentes du crédit aux particuliers. Lisez-les avant de signer, car elles conditionnent votre liberté pendant toute la durée du prêt.
- La domiciliation des revenus locatifs ou des revenus personnels dans la banque prêteuse. Pour les crédits immobiliers soumis au Code de la consommation dont l'offre a été émise depuis le 1er janvier 2018, la domiciliation ne peut excéder dix ans ou la durée du prêt si elle est plus courte. Elle doit être compensée par un avantage individualisé mentionné au contrat, selon la présentation qu'en fait l'Institut national de la consommation. Un prêt professionnel n'est pas soumis à cet encadrement.
- Les engagements de ratios, par lesquels vous vous obligez à maintenir un niveau de couverture ou d'endettement, sous peine d'exigibilité anticipée.
- L'obligation de communiquer chaque année vos liasses fiscales et l'état locatif.
- L'interdiction de consentir d'autres garanties sur les biens financés sans l'accord de la banque.
- Les cas d'exigibilité anticipée, comme la vente du bien financé, un incident de paiement sur un autre prêt ou un changement de structure de détention.
Les situations particulières
Le couple et les co-emprunteurs
Lorsque l'un des époux exerce comme LMP et que l'autre est salarié, la banque examine en général les revenus et les charges du foyer entier. Le conjoint est souvent appelé comme co-emprunteur ou comme caution, ce qui engage son patrimoine (chapitres 21 et 40). Clarifiez dès le premier rendez-vous qui emprunte, qui garantit et sur quels biens, en particulier sous un régime de communauté.
L'indivision
Un prêt souscrit par plusieurs indivisaires les engage en général solidairement. Chacun peut alors être poursuivi pour la totalité de la dette, quelle que soit sa quote-part dans le bien. Une banque examine donc la solvabilité de chaque indivisaire et peut refuser un dossier dans lequel l'un d'eux est fragile. Faites préciser dans la convention d'indivision la contribution de chacun aux échéances.
Le parc mixte, nu et meublé
Un foyer qui loue à la fois des logements nus et des logements meublés présente deux activités imposées différemment. La banque lit les déclarations de revenus fonciers pour les premiers et les liasses de bénéfices industriels et commerciaux (BIC) pour les seconds. Un état locatif unique, qui distingue la nature de chaque bail, évite qu'elle omette une partie des loyers ou compte deux fois une charge commune.
Le passage de LMNP à LMP
Le changement de statut ne modifie pas les prêts déjà signés. Un prêt accordé comme crédit aux particuliers conserve son régime, y compris le plafond des indemnités de remboursement anticipé. En revanche, les prêts suivants peuvent être instruits comme des crédits professionnels. Votre dossier change alors de lecture et parfois de service, ce qu'il vaut mieux anticiper avec votre interlocuteur (chapitre 6).
La détention mixte, en nom propre et en société
Un loueur qui détient des biens en nom propre et des parts de sociétés civiles immobilières présente à la banque un patrimoine éclaté. La banque consolide en général les dettes de toutes les entités dont vous êtes associé ou caution. Joignez à votre dossier un tableau qui réunit, entité par entité, les biens, les loyers, les prêts et les garanties.
Diversifier ses banques
Pourquoi diversifier
Dépendre d'une seule banque expose à trois risques. Le premier est le changement de politique de crédit, décidé au niveau national ou régional, qui peut fermer du jour au lendemain le financement de l'investissement locatif. Le deuxième est le départ de votre interlocuteur et la perte de la connaissance du dossier. Le troisième tient au plafond de risque que chaque banque s'impose par client et qui finit par bloquer un parc en croissance.
Un loueur qui travaille avec deux ou trois établissements garde une alternative en cas de refus et un point de comparaison pour négocier. Il répartit aussi le risque de dénonciation des lignes de court terme.
Les limites de la diversification
Multiplier les banques a un coût. Chaque établissement demande souvent la domiciliation d'une partie des flux, facture des frais de tenue de compte et exige son propre dossier. Les garanties se fragmentent et une banque de second rang hésite parfois à prendre une hypothèque derrière celle d'un concurrent (chapitre 40).
Une organisation fréquente consiste à garder une banque principale qui porte l'essentiel des flux et une ou deux banques secondaires sollicitées pour des opérations précises. La banque secondaire finance alors un immeuble entier, avec sa propre garantie, ce qui évite les garanties croisées entre établissements.
Le courtier pour un professionnel
Le courtier en crédit relève du statut d'intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement (IOBSP) et doit être immatriculé à l'Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS), comme l'explique le guide privé. Pour un loueur professionnel, son apport tient surtout à sa connaissance des établissements qui financent ce profil à un moment donné.
Vérifiez qu'il traite effectivement des crédits professionnels et pas seulement des crédits aux particuliers, car les interlocuteurs bancaires ne sont pas les mêmes. Ses honoraires sont libres. Faites-les fixer par écrit, avec le moment où ils deviennent exigibles.
Entretenir la relation dans la durée
Le rendez-vous annuel
Ne voyez pas votre banquier seulement lorsque vous avez besoin de lui. Un rendez-vous annuel après la clôture, liasse fiscale et état locatif à l'appui, permet de faire le point sur l'exercice, d'annoncer les projets de l'année et de connaître l'enveloppe que la banque est prête à vous consacrer. Il prépare les demandes futures et réduit les délais d'instruction.
Prévenir plutôt que subir
Un incident annoncé avant qu'il survienne se traite bien mieux qu'un impayé découvert par la banque. Si une vacance longue, un sinistre ou un contentieux menace votre trésorerie, prévenez votre interlocuteur et proposez une solution, comme un report d'échéances, un allongement de durée ou une franchise temporaire de capital. Les solutions de restructuration sont présentées aux chapitres 41 et 132.
En cas de difficulté persistante, n'attendez pas les premières échéances impayées. Les procédures amiables et collectives ouvertes à l'entrepreneur individuel sont traitées aux chapitres 119 et 132. La médiation du crédit n'est plus ouverte à une entreprise en cessation des paiements, selon la présentation qu'en fait economie.gouv.fr, d'où l'intérêt d'agir tôt.
La continuité en cas d'indisponibilité
Une banque prête à une personne. Si vous êtes seul à gérer le parc, votre indisponibilité bloque les paiements, les signatures et les relations avec la banque. Prévoyez une procuration sur les comptes de l'activité au profit d'une personne de confiance et organisez l'accès aux documents du dossier permanent (chapitre 22). L'assurance emprunteur et la garantie dite homme clé sont traitées au chapitre 46.
Un exemple chiffré
L'exemple qui suit est une illustration. Les montants sont des hypothèses et ne valent pas calcul pour votre situation.
Un loueur professionnel détient douze logements meublés. Ils produisent 96 000 € de loyers encaissés par an et 22 000 € de charges d'exploitation, hors intérêts. Ses prêts représentent 54 000 € d'échéances annuelles et 620 000 € de capital restant dû, dont 500 000 € auprès de la banque A et 120 000 € auprès de la banque B. Il projette d'acheter un immeuble de quatre logements, financé par un prêt de 360 000 € sur vingt ans au taux fixe de 3,6 %.
| Élément | Avant l'opération | Après l'opération |
|---|---|---|
| Loyers encaissés | 96 000 € | 130 000 € |
| Charges d'exploitation | 22 000 € | 30 000 € |
| Loyers nets de charges | 74 000 € | 100 000 € |
| Échéances annuelles | 54 000 € | 79 277 € |
| Couverture | 1,37 | 1,26 |
| Trésorerie avant impôt et cotisations | 20 000 € | 20 723 € |
| Part de la banque A dans l'encours | 80,6 % | 87,8 % si elle finance |
Le nouveau prêt coûte 25 277 € d'échéances par an, hors assurance. La couverture baisse de 1,37 à 1,26, ce qui signifie qu'après l'opération les loyers nets dépassent les échéances de 26 % au lieu de 37 %. Selon sa politique, une banque peut juger cette marge suffisante ou demander un apport plus élevé.
Si la banque A finance l'opération, elle porte près de 88 % de l'encours. Le loueur peut juger plus prudent de solliciter la banque B pour cet immeuble, avec une hypothèque propre, afin de rééquilibrer ses partenaires. La présentation des deux colonnes du tableau aux deux banques lui permet de comparer leurs propositions sur une base identique.
Un second exemple, comparer deux offres
L'exemple qui suit est une illustration. Les taux, les frais et les clauses sont des hypothèses de négociation.
Un loueur professionnel sollicite 300 000 € sur vingt ans pour un immeuble qu'il pense revendre au bout de huit ans. La banque A propose un taux fixe de 3,50 %, 1 500 € de frais de dossier et une indemnité de remboursement anticipé de 3 % du capital restant dû. La banque B propose 3,65 %, 500 € de frais de dossier et aucune indemnité en cas de vente du bien financé. Les deux prêts sont professionnels et l'assurance est identique.
| Élément | Banque A | Banque B |
|---|---|---|
| Échéance mensuelle hors assurance | 1 739,88 € | 1 763,09 € |
| Intérêts payés sur huit ans | 71 370,58 € | 74 593,73 € |
| Capital restant dû après huit ans | 204 342,18 € | 205 336,94 € |
| Indemnité à la revente | 6 130,27 € | 0 € |
| Frais de dossier | 1 500,00 € | 500,00 € |
| Coût sur huit ans | 79 000,85 € | 75 093,73 € |
| Coût si le prêt va à son terme | 119 070,99 € | 123 641,98 € |
Sur l'horizon de revente, l'offre au taux le plus élevé coûte 3 907,12 € de moins, grâce à l'absence d'indemnité. Si le bien était conservé vingt ans, l'offre A redeviendrait la moins chère de 4 570,99 €. Le bon choix dépend donc de votre horizon de détention, qu'il faut fixer avant de comparer les taux (chapitre 41).
Préparer une demande de financement pas à pas
Une demande bien préparée se traite plus vite et se négocie mieux. Les étapes suivantes s'appliquent à chaque acquisition.
- Avant l'offre d'achat. Mettez à jour le dossier permanent et calculez vos ratios de couverture, de quotité et d'endettement global.
- Au moment de l'offre. Interrogez votre banque principale sur son appétit pour l'opération et sur le régime d'instruction, crédit aux particuliers ou crédit professionnel.
- Avant l'avant-contrat. Fixez la date limite de la condition suspensive de prêt en tenant compte du délai d'instruction annoncé par la banque.
- Dans les jours qui suivent la signature. Déposez le dossier de l'opération complet auprès de deux ou trois établissements.
- Pendant l'instruction. Répondez aux questions par écrit et dans la journée, en conservant une copie de chaque pièce transmise.
- À réception des propositions. Comparez le coût total sur votre horizon de détention, garanties, indemnités et clauses comprises.
- Avant la signature de l'offre. Faites relire les clauses de ratios, de défaut croisé, de domiciliation et d'exigibilité anticipée.
- Après le déblocage. Ajoutez le prêt au tableau des prêts et à l'état du patrimoine du dossier permanent.
Petit professionnel et grand parc
| Sujet | Petit professionnel | Grand parc |
|---|---|---|
| Lecture du dossier | Souvent en taux d'effort par une agence de particuliers | Souvent en capacité de remboursement par un centre d'affaires |
| Nombre de banques | Une banque principale et une offre concurrente | Deux ou trois banques avec des immeubles distincts |
| Pièces | Avis d'impôt, liasse, état locatif simple | Dossier permanent, synthèse du parc, prévisionnel consolidé |
| Clauses | Indemnités et domiciliation | Ratios, défaut croisé, garanties croisées |
| Rythme des échanges | À chaque acquisition | Rendez-vous annuel et présentation commune |
Ce que l'administration observe sur vos comptes
La relation bancaire laisse des traces que l'administration fiscale peut consulter. Elle dispose d'un droit de communication auprès des banques et rapproche vos relevés de vos déclarations, comme l'explique le Guide du bailleur privé, Le contrôle fiscal du bailleur. Un compte qui mêle loyers, salaires et dépenses du foyer oblige à justifier chaque crédit d'origine incertaine.
Trois points méritent une attention particulière. Les apports personnels sur le compte de l'activité doivent être identifiés comme tels, faute de quoi ils peuvent être pris pour des recettes. Les prêts consentis par un proche se documentent par un écrit daté, avec un échéancier. Les intérêts d'un prêt ne se déduisent que si les fonds servent l'activité, ce qui suppose de pouvoir relier chaque déblocage à une dépense (chapitre 39).
Erreurs fréquentes
- Présenter un dossier incomplet en pensant le compléter plus tard. Le premier examen fixe souvent l'opinion de l'analyste.
- Ignorer que l'offre relève du crédit professionnel et découvrir trop tard l'absence de plafond des indemnités de remboursement anticipé.
- Annoncer des loyers de marché supérieurs aux loyers réellement encaissés sur des lots comparables du parc.
- Mélanger les flux personnels et professionnels sur un même compte.
- Signer des engagements de ratios sans avoir vérifié qu'ils resteront respectés dans le scénario dégradé.
- Concentrer tout l'encours et toutes les garanties sur une seule banque sans alternative.
- Attendre l'impayé pour informer la banque d'une difficulté.
- Renoncer à la protection du patrimoine personnel sans en mesurer la portée.
- Choisir une offre sur son seul taux. Dans l'exemple ci-dessus, l'offre la moins chère en taux coûte 3 907,12 € de plus sur huit ans à cause de son indemnité.
- Compter sur une ligne de trésorerie sans terme pour un besoin durable, alors qu'elle peut être réduite avec un préavis de soixante jours.
- Laisser un co-emprunteur ou un co-indivisaire découvrir ses engagements à la signature.
Liste de contrôle
- Le régime du prêt, crédit aux particuliers ou crédit professionnel, est connu avant la signature de l'avant-contrat.
- La condition suspensive de prêt et, si vous y tenez, le délai de réflexion sont stipulés expressément lorsque le prêt est professionnel.
- Le dossier permanent est à jour de la dernière clôture.
- L'état locatif indique pour chaque lot le bail, le loyer, la garantie, la situation, l'arriéré et la classe énergétique.
- Le prévisionnel comprend un scénario central et un scénario dégradé.
- Les ratios de couverture, de quotité et d'endettement global ont été calculés avant le rendez-vous.
- Le compte de l'activité est séparé des comptes personnels.
- Les clauses de domiciliation, de ratios, de défaut croisé et d'exigibilité anticipée ont été lues et négociées.
- Les indemnités de remboursement anticipé et la possibilité de transférer un prêt ont été négociées.
- Au moins une autre banque a été consultée lors de la dernière opération.
- Une procuration et un accès aux documents sont organisés en cas d'indisponibilité.
- Un rendez-vous annuel avec la banque principale est prévu après la clôture.
- Le choix entre plusieurs offres a été fait sur le coût total à l'horizon de détention.
- Les engagements du conjoint, des co-emprunteurs et des co-indivisaires sont connus de chacun avant la signature.
- Les besoins durables de trésorerie reposent sur des concours à durée déterminée.
- Les apports personnels et les prêts de proches versés sur le compte de l'activité sont documentés.