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Locafis®

Guide du bailleur professionnel, chapitre 27

L'audit d'acquisition

À jour au

L'audit d'acquisition, souvent désigné par l'expression anglaise due diligence, est l'ensemble des vérifications conduites avant de s'engager définitivement sur l'achat d'un immeuble ou d'un portefeuille. Il couvre le droit, le bâtiment, les locations, la fiscalité et l'environnement. Son objet n'est pas de trouver un bien sans défaut, qui n'existe pas, mais de connaître les défauts avant de signer et d'en tirer les conséquences sur le prix, les garanties ou la décision.

Le particulier qui achète un logement s'appuie surtout sur les documents remis par le vendeur et sur le notaire (Guide du bailleur privé, Acheter un bien à louer). Le professionnel qui achète un immeuble entier ou un ensemble de lots doit organiser lui-même un audit plus large, avec une équipe, un calendrier et une méthode de restitution. Ce chapitre décrit cette organisation, puis chacun des cinq volets de l'audit, la salle de données, la liste des pièces et la façon de traduire les constats en conditions de vente. Les spécificités de l'immeuble et du portefeuille figurent aux chapitres 25 et 26.

À quoi sert l'audit

Quatre usages

Un audit bien conduit sert à quatre décisions. La première est la décision d'acheter ou de renoncer, lorsqu'un constat rend le projet impossible ou trop risqué. La deuxième est le prix, qui doit intégrer les travaux, les loyers surévalués et les risques chiffrables. La troisième est le contenu de l'acte, qui répartit entre vendeur et acquéreur les risques identifiés. La quatrième est le financement, car la banque fonde sa décision sur les mêmes pièces.

L'audit prépare enfin la gestion. Les baux, les diagnostics, les contrats d'entretien et les échéances relevés pendant l'audit forment le dossier de chaque bien au lendemain de la vente. Un audit qui n'est pas classé et conservé doit être refait à la première difficulté.

Ce que l'audit ne remplace pas

L'audit ne remplace ni les obligations du vendeur, ni les vérifications du notaire. Le vendeur reste tenu de remettre les diagnostics et documents prévus par la loi et répond de ses déclarations. Le notaire vérifie l'origine de propriété, les inscriptions et les droits de préemption. L'audit de l'acquéreur s'ajoute à ces contrôles. Il porte sur ce que ni le vendeur ni le notaire n'ont l'obligation de vérifier pour vous, comme la rentabilité réelle, l'état du bâtiment ou la conformité de chaque location.

Organiser l'audit

L'équipe

Un audit d'immeuble mobilise plusieurs compétences. Vous coordonnez l'ensemble, mais chaque volet relève d'un professionnel.

IntervenantRôle dans l'audit
NotaireTitre, origine de propriété, inscriptions, servitudes, urbanisme, préemptions, rédaction des conditions
AvocatBaux commerciaux, contentieux en cours, garantie d'actif et de passif en cas d'achat de parts
Expert-comptableVentilation du prix, régime fiscal, comptes de la société cédée, taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
Architecte ou bureau d'étudesStructure, couverture, réseaux, sécurité incendie, chiffrage des travaux
Diagnostiqueur certifiéDiagnostics complémentaires lorsque ceux du vendeur sont incomplets ou périmés
Géomètre-expertSurfaces, limites, état descriptif de division en cas de copropriété existante ou à créer

Pour un petit immeuble, le notaire et un professionnel du bâtiment suffisent souvent, complétés par votre propre lecture des baux. Pour un portefeuille important, chaque intervenant reçoit une mission écrite, avec un périmètre, un délai et un format de restitution.

Le calendrier

L'audit se déroule entre l'offre acceptée et la levée des conditions de la promesse. Fixez dans la promesse la date de remise des documents, la durée de l'audit et la date limite à laquelle vous pouvez renoncer ou demander une révision du prix. Un délai qui court avant la remise effective des pièces vous prive d'une partie du temps d'analyse.

PhaseContenuDurée indicative
PréparationListe des pièces adressée au vendeur, missions des intervenantsAvant la promesse
CollecteOuverture de la salle de données, demandes aux syndics et aux administrationsDeux à quatre semaines
AnalyseLecture des pièces, visites techniques, questions au vendeurDeux à six semaines selon la taille
RestitutionRapport de synthèse, chiffrage, classement des risquesUne semaine
NégociationRévision du prix, garanties, rédaction de l'acteAvant la levée des conditions

Ces durées sont indicatives et dépendent du nombre de biens et de la réactivité du vendeur. Elles ne tiennent pas compte des délais légaux de purge des droits de préemption, qui courent en parallèle (chapitre 33).

Le budget

L'audit a un coût, supporté par l'acquéreur même si la vente ne se fait pas. Pour un immeuble, il comprend la visite et le chiffrage d'un professionnel du bâtiment, d'éventuels diagnostics complémentaires et le temps de l'expert-comptable. Fixez ce budget avant l'offre et proportionnez-le au prix et au risque de l'opération. Économiser sur l'audit d'un immeuble mal connu revient souvent à payer plus tard des travaux non prévus.

La salle de données

Le principe

La salle de données, ou data room, est l'espace où le vendeur met à disposition l'ensemble des documents de l'opération. Elle est le plus souvent numérique, avec un accès réservé et un historique des consultations. Pour un petit immeuble, un dossier partagé bien classé remplit la même fonction.

Sa valeur tient à son organisation et à son caractère contradictoire. Ce qui figure dans la salle de données pourra vous être opposé comme connu. Ce qui n'y figure pas peut fonder une réclamation si le vendeur l'a dissimulé. Faites figurer dans la promesse la liste des documents remis, arrêtée à une date. Conservez une copie complète de la salle de données à cette date.

L'organisation de la salle de données

Proposez au vendeur un index type, qui facilite la vérification de l'exhaustivité.

RubriqueContenu
1. PropriétéTitre, origine de propriété, plans, cadastre, servitudes
2. UrbanismePermis et déclarations successifs, conformité, arrêtés éventuels
3. CopropriétéRèglement, état descriptif, procès-verbaux, carnet d'entretien, plan pluriannuel
4. TechniqueDiagnostics, diagnostic de performance énergétique (DPE) collectif, audit énergétique, dossier technique amiante, rapports d'entretien
5. LocatifÉtat locatif, baux, avenants, états des lieux, quittances, dépôts, régularisations
6. ContratsAssurances, entretien, gestion, fournitures
7. FiscalAvis de taxe foncière, régime de TVA, déclarations du vendeur s'il est assujetti
8. ContentieuxProcédures en cours ou passées, mises en demeure, sinistres
9. SociétéStatuts, comptes, liasses, procès-verbaux, en cas d'achat de parts

Les questions et réponses

Toute question posée au vendeur pendant l'audit doit l'être par écrit et sa réponse conservée. Les réponses du vendeur engagent sa responsabilité si elles se révèlent inexactes. Elles servent aussi de base aux déclarations reprises dans l'acte. Une réponse orale, même du négociateur, ne laisse aucune trace utilisable.

Les documents de la salle de données contiennent des données personnelles des locataires. Leur consultation doit se limiter à ce qui est nécessaire à l'audit et la confidentialité s'impose à tous les intervenants. Prévoyez un engagement de confidentialité et la destruction des copies si la vente ne se fait pas (chapitre 111).

L'audit juridique

La propriété

Le notaire vérifie le titre du vendeur et l'origine de propriété. Il obtient du service de la publicité foncière l'état des inscriptions qui grèvent le bien, comme les hypothèques et les saisies. Vérifiez avec lui que le vendeur a bien le pouvoir de vendre, notamment lorsque le bien est en indivision, démembré ou détenu par une société dont les statuts encadrent les pouvoirs du gérant.

Lisez les servitudes figurant dans les actes et relevez celles qui affectent l'exploitation, comme un droit de passage dans une cour, une vue, un réseau traversant ou une interdiction de surélever. Comparez les plans et le cadastre à la réalité des lieux, en particulier les limites avec les voisins.

L'urbanisme

Le nombre de logements et leur destination doivent correspondre aux autorisations d'urbanisme successives. Un logement créé sans autorisation, dans des combles, un ancien commerce ou une division d'appartement, peut se révéler impossible à louer légalement ou à revendre comme tel. Demandez les permis, les déclarations préalables et, lorsque des travaux ont été autorisés, les documents attestant leur conformité.

Interrogez le service d'urbanisme de la mairie sur trois points. Les règles du plan local d'urbanisme applicables à l'immeuble. L'existence d'un arrêté de police de l'habitat, comme un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité. L'application dans la commune d'un régime d'autorisation préalable de mise en location ou d'autorisation de diviser (Guide du bailleur privé, Le permis de louer).

La copropriété

Pour un lot de copropriété, le vendeur remet au plus tard à la signature de la promesse les documents prévus par l'article L. 721-2 du Code de la construction et de l'habitation (CCH). Ils comprennent notamment la fiche synthétique, le règlement de copropriété et l'état descriptif de division, les procès-verbaux des assemblées générales des trois dernières années, le carnet d'entretien, le plan pluriannuel de travaux ou son projet et les informations financières sur les charges et les impayés (service-public.gouv.fr).

Le professionnel lit ces documents avec un regard d'exploitant. Les procès-verbaux révèlent les travaux votés et ceux qui se préparent. Le règlement peut restreindre la location meublée de courte durée ou certaines activités. Le poids de vos lots dans les voix change votre capacité à faire voter les travaux, notamment si vous détenez plusieurs lots dans le même immeuble (chapitre 73).

Les contrats et contentieux

Relevez les contrats attachés au bien que vous reprendrez ou devrez résilier, comme l'entretien de la chaudière collective ou de l'ascenseur, le nettoyage, la gestion locative ou un bail de toiture. Demandez la liste des contentieux en cours et passés, avec les locataires, les voisins, les entreprises de travaux, l'assureur ou l'administration. Un litige sur des désordres de construction ou un sinistre non réglé peut changer la valeur du bien.

L'audit technique

Les diagnostics

Le dossier de diagnostic technique est remis par le vendeur au plus tard à la signature de l'avant-contrat. Lorsqu'un diagnostic manque, le vendeur ne peut pas s'exonérer de la garantie des vices cachés correspondante. Le vendeur professionnel ne le peut pas du tout (anil.org). Contrôlez la présence, la date de validité et la certification du diagnostiqueur de chaque document (Guide du bailleur privé, Les diagnostics immobiliers en détail).

DiagnosticCas où il est exigéValidité
PlombImmeuble construit avant le 1er janvier 1949Moins d'un an à la signature, sans limite si le résultat est négatif
AmiantePermis de construire délivré avant le 1er juillet 1997Sans limite si aucune présence n'est constatée
TermitesZone délimitée par arrêté préfectoralMoins de six mois
Gaz et électricitéInstallation de plus de quinze ansTrois ans
État des risquesZone exposée à un risque naturel, minier, technologique, sismique, au radon ou au recul du trait de côteMoins de six mois
DPELogements existantsDix ans
Audit énergétiqueMaison individuelle ou immeuble en monopropriété classé E, F ou G en métropoleCinq ans
MéruleZone délimitée par arrêté préfectoralInformation sans limite de validité
Assainissement non collectifBien non raccordé au réseau publicMoins de trois ans

Ce tableau reprend la présentation de l'Agence nationale pour l'information sur le logement (ANIL), complétée pour l'audit énergétique par la fiche officielle vérifiée le 14 septembre 2026, qui prévoit son extension aux bâtiments classés D à partir du 1er janvier 2034 (service-public.gouv.fr). L'audit propose au moins deux scénarios de travaux chiffrés, ce qui en fait une pièce centrale de l'audit technique.

Les obligations propres à l'immeuble entier

Les bâtiments d'habitation collective dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013 doivent disposer d'un DPE collectif. L'obligation s'applique depuis le 1er janvier 2024 aux immeubles en monopropriété et depuis le 1er janvier 2026 à toutes les copropriétés de métropole. Le DPE collectif est valable dix ans et comporte des recommandations de travaux avec une estimation de leur coût (service-public.gouv.fr).

Pour un immeuble collectif dont le permis est antérieur au 1er juillet 1997, le propriétaire tient un dossier technique amiante portant sur les parties communes. Demandez-le, ainsi que les rapports de vérification des installations des parties communes, les contrats et rapports d'entretien de l'ascenseur et des équipements de chauffage collectif. Un équipement dont l'entretien n'est pas documenté doit être considéré comme non entretenu.

La visite technique

Les diagnostics ne décrivent pas l'état du bâtiment. La visite d'un professionnel porte sur la structure, la toiture, la charpente, les façades, les caves, les réseaux d'eau, d'évacuation, d'électricité et de gaz, le chauffage, la ventilation et la sécurité incendie. La liste détaillée des points à contrôler figure dans le Guide du bailleur privé, Acheter un immeuble de rapport.

Demandez un rapport écrit, avec des photographies, un classement des désordres par urgence et un chiffrage des travaux. Un chiffrage sur devis d'entreprises est plus solide qu'une estimation au mètre carré, mais il prend plus de temps. Pour un portefeuille, la visite exhaustive des biens prioritaires et l'échantillonnage des biens homogènes sont présentés au chapitre 26.

L'audit locatif

L'état locatif

L'état locatif récapitule, pour chaque lot, le locataire, le type de bail, sa date d'effet et son échéance, le loyer, les provisions sur charges, le dépôt de garantie et la classe énergétique. Exigez-le signé et daté par le vendeur, puis rapprochez chaque ligne du bail, des quittances et des relevés bancaires. Un état locatif non justifié n'a aucune valeur pour la négociation.

Rapprocher l'état locatif pas à pas

Le rapprochement de l'état locatif est le contrôle le plus rentable de l'audit. Il se conduit lot par lot, selon les étapes suivantes.

  1. Obtenir les relevés bancaires du compte qui reçoit les loyers sur au moins douze mois.
  2. Pointer chaque encaissement en face du lot et du locataire concernés.
  3. Comparer le montant encaissé au loyer et aux provisions prévus par le bail et ses avenants.
  4. Relever les écarts, retards, paiements partiels ou paiements par un tiers.
  5. Interroger le vendeur par écrit sur chaque écart et conserver sa réponse.
  6. Traduire chaque écart durable en perte de revenu, puis en effet sur le prix.

Les baux

Lisez chaque bail et ses avenants. Vérifiez qu'il respecte le régime annoncé, nu, meublé, mobilité, étudiant ou commercial. Contrôlez aussi qu'il comporte les annexes obligatoires. Relevez les clauses inhabituelles, les promesses verbales mentionnées par les locataires et les éventuels baux anciens soumis à des régimes particuliers.

Comparez chaque loyer au marché et à la réglementation. Dans une commune soumise à l'encadrement des loyers, un loyer supérieur au plafond peut être contesté par le locataire (Guide du bailleur privé, L'encadrement des loyers ville par ville). Un logement classé F ou G ne peut plus voir son loyer augmenter. Un logement classé G ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail depuis le 1er janvier 2025 (Guide du bailleur privé, Le DPE et le calendrier énergétique).

Les paiements, les dépôts et les charges

Demandez l'historique des paiements de chaque locataire sur au moins douze mois, les procédures d'impayés engagées et la liste des dépôts de garantie détenus. Contrôlez les dernières régularisations de charges, leur méthode de répartition et les sommes restant à régulariser. Le nouveau propriétaire restitue les dépôts en fin de bail (service-public.gouv.fr).

Les droits des occupants

Relevez pour chaque locataire la date du premier congé possible après votre achat et les protections particulières, comme celles des locataires âgés aux ressources modestes. Identifiez les immeubles de plus de cinq logements soumis à l'article 10-1 de la loi n° 75-1351 du 31 décembre 1975 et les lots soumis à un droit de préemption après division (chapitres 26 et 33). Ces éléments fixent ce que vous pourrez faire de chaque lot et à quelle date.

Le local commercial

Un local commercial loué fait l'objet d'un audit propre. Lisez le bail, ses avenants et ses éventuels renouvellements, relevez la date d'échéance, le loyer, la clause d'indexation et la répartition des charges et des travaux. Le locataire dispose d'un droit au renouvellement et, en cas de refus, d'une indemnité d'éviction, ce qui conditionne la valeur du local (chapitre 29).

Lorsque le local est vendu seul, son locataire bénéficie en principe d'un droit de préférence. Selon la fiche officielle, la notification vaut offre de vente et le locataire dispose d'un mois pour l'accepter. Le droit est notamment écarté en cas de cession globale d'un immeuble comprenant des locaux commerciaux ou de vente unique de plusieurs locaux commerciaux distincts (entreprendre.service-public.gouv.fr). L'audit vérifie que la vente envisagée relève bien de l'une de ces exclusions ou que la notification a été faite.

L'audit fiscal

L'achat des biens

Lorsque vous achetez les biens, l'audit fiscal porte sur le régime de la vente et sur les charges que vous reprendrez. Demandez les derniers avis de taxe foncière de chaque bien, avec la taxe d'enlèvement des ordures ménagères récupérable et les éventuelles exonérations en cours. Vérifiez si le vendeur est assujetti à la TVA au titre des biens, si l'immeuble est achevé depuis moins de cinq ans et si une option a été exercée (Guide du bailleur privé, La TVA et l'immobilier locatif).

Lorsque le vendeur transmet une activité soumise à la TVA, l'acquéreur qui poursuit l'exploitation peut être réputé continuer la personne du cédant. Il doit alors opérer, le cas échéant, les régularisations de TVA sur les biens transmis (bofip.impots.gouv.fr). Demandez dans ce cas l'historique des déductions opérées par le vendeur et la date d'acquisition ou d'achèvement de chaque bien.

Préparez enfin votre propre situation. La ventilation du prix, l'option sur les frais d'acquisition et l'effet de l'achat sur le statut de loueur en meublé professionnel (LMP) se décident avant l'acte (chapitre 25).

L'achat de parts

Lorsque vous achetez les parts d'une société, l'audit fiscal porte sur la société elle-même. Il couvre les statuts, les comptes et les liasses des derniers exercices, les déclarations de TVA s'il y en a, le régime d'imposition de la société, les éventuels contrôles fiscaux et les engagements pris. Une société civile qui a exercé la location meublée de façon habituelle peut être passible de l'impôt sur les sociétés sans l'avoir déclaré (Guide du bailleur privé, La SCI de A à Z).

Les constats de l'audit fiscal de la société alimentent la garantie d'actif et de passif. Chaque risque identifié doit y être traité, soit par une réduction du prix, soit par une garantie spécifique, plafonnée et limitée dans le temps (chapitre 26).

L'audit environnemental

Les risques

L'état des risques renseigne l'acquéreur sur l'exposition du bien aux risques naturels, miniers, technologiques, sismiques, au radon et au recul du trait de côte. Il doit dater de moins de six mois. À défaut, l'acquéreur peut demander au juge l'annulation de la vente ou une diminution du prix (anil.org).

L'état des risques ne suffit pas toujours. Consultez la plateforme publique Géorisques à l'adresse exacte de chaque bien, notamment pour le retrait-gonflement des argiles, les cavités et les inondations. Le détail de ces risques figure dans le Guide du bailleur privé, Le sol, les risques et l'étude géotechnique.

La pollution des sols

Le vendeur doit informer l'acquéreur par écrit lorsque le terrain est situé dans un secteur d'information sur les sols (SIS) ou lorsqu'une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) y a été exploitée. En cas de pollution rendant le terrain impropre à sa destination, l'acquéreur peut demander la résolution de la vente ou une restitution partielle du prix (anil.org). Ces obligations reposent sur les articles L. 125-7 et L. 514-20 du Code de l'environnement.

Un immeuble ancien de centre-ville a pu abriter un garage, une blanchisserie, un atelier ou une station-service. Consultez la carte des anciens sites industriels et activités de services (CASIAS) sur Géorisques. Une ancienne activité ne prouve pas une pollution, mais elle justifie des questions au vendeur et, selon les cas, une étude de sol avant tout projet de transformation.

Les autres points

L'audit environnemental couvre aussi la présence de termites ou de mérule, l'assainissement non collectif, l'exposition au bruit d'un aérodrome et, dans les communes concernées, les appareils de chauffage au bois. Pour un projet de transformation ou de rénovation lourde, il s'étend à la gestion des déchets de chantier et aux matériaux contenant de l'amiante dans les parties à démolir.

Les situations particulières

L'achat à plusieurs

Lorsque l'immeuble est acheté par un couple, par des indivisaires ou par une société en cours de constitution, les missions des intervenants doivent désigner clairement le ou les mandants. Le rapport d'audit est remis à tous les acquéreurs. Une décision de renoncer ou de réviser le prix suppose leur accord, que la promesse doit organiser.

Le gros copropriétaire

Si l'achat vous rend majoritaire dans une copropriété, votre nombre de voix est réduit à la somme des voix des autres copropriétaires (anil.org). L'audit des procès-verbaux mesure alors ce que vous pourrez faire voter et la part des travaux que vous financerez (chapitre 73).

Le vendeur qui occupe un logement

Lorsque le vendeur occupe lui-même un logement de l'immeuble, vérifiez la date de libération prévue, l'état du logement à cette date et la manière dont elle est garantie dans l'acte. Un logement promis libre qui ne l'est pas au jour de la signature retarde la mise en location et modifie le rendement.

La liste des pièces

Le tableau suivant récapitule les pièces à obtenir. Toutes ne concernent pas chaque opération. Adressez-le au vendeur dès l'offre acceptée.

DomainePiècesAuprès de qui
PropriétéTitre, origine de propriété, état des inscriptions, servitudes, plansVendeur, notaire
UrbanismePermis, déclarations, conformité, arrêtés, règles du plan local d'urbanismeVendeur, mairie
LocationRégime d'autorisation de mise en location, autorisation de changement d'usageMairie, vendeur
CopropriétéDocuments de l'article L. 721-2 du CCH, pré-état datéSyndic, vendeur
DiagnosticsDossier de diagnostic technique, DPE collectif, audit énergétique, dossier technique amianteVendeur
BâtimentRapports d'entretien, contrats, factures de travaux, garanties en coursVendeur
LocatifÉtat locatif signé, baux, avenants, états des lieux, quittances, historique des paiementsVendeur, gestionnaire
Dépôts et chargesListe des dépôts, dernières régularisations, clés de répartitionVendeur, gestionnaire
ContentieuxProcédures, mises en demeure, sinistres, déclarations à l'assureurVendeur, avocat
FiscalAvis de taxe foncière, régime de TVA, historique des déductionsVendeur, expert-comptable
EnvironnementÉtat des risques, fiche Géorisques, information SIS et ICPEVendeur, Géorisques
SociétéStatuts, comptes, liasses, procès-verbaux, contrats de prêtVendeur, expert-comptable

Traduire l'audit en conditions de vente

Classer les constats

Chaque constat doit recevoir une suite. Un classement en quatre catégories facilite la négociation et la rédaction de l'acte.

CatégorieExemplesSuite à donner
BloquantLogements créés sans autorisation et impossibles à régulariser, pollution grave, arrêté de police non levéRenoncer à l'achat ou exiger une régularisation préalable
PrixTravaux chiffrés, loyer surévalué, logement à rénover avant relocationRéduire le prix du montant chiffré ou capitalisé
ActeImpayés antérieurs, dépôts de garantie, procédure en cours, travaux votés en copropriétéClause de répartition, séquestre, garantie du vendeur
SuiviÉchéances de diagnostics, contrats à renégocier, travaux de valorisationPlan d'action après l'achat

Un constat qui ne trouve sa place dans aucune catégorie est en général un constat mal qualifié. Faites préciser par l'intervenant concerné s'il appelle une décision, une somme ou un simple suivi.

Chiffrer la révision du prix

Un défaut se traduit dans le prix selon sa nature. Les travaux se déduisent pour leur montant chiffré. Un écart durable de loyer se capitalise au taux retenu pour l'immeuble, puisqu'il réduit le revenu net de chaque année future. Un risque incertain, comme un contentieux, se traite plutôt par un séquestre ou une garantie que par une réduction forfaitaire.

Exemple illustratif, sans valeur de conseil pour votre situation. Un loueur a accepté une offre à 900 000 € pour un immeuble de neuf logements, sur la base d'un taux de capitalisation de 7 %. L'audit relève les points suivants.

ConstatTraitementEffet sur le prix
Électricité des parties communes dangereuseTravaux chiffrés sur devis18 000 €
Zinguerie et couverture à reprendreTravaux chiffrés sur devis42 000 €
Deux logements classés FTravaux énergétiques avant le 1er janvier 2028, 16 000 € par logement32 000 €
Loyer d'un lot supérieur de 80 € par mois au marché960 € par an capitalisés à 7 %13 714,29 €
Impayé de 2 400 € d'un locataireCréance laissée au vendeur par une clause de l'acteAucun
Dépôts de garantie de 6 300 €Déduction du prix payé comptantAucun sur le prix convenu
Total105 714,29 €

Le loueur demande une révision du prix à 900 000 € moins 105 714,29 €, soit 794 285,71 €. Le dépôt de garantie et l'impayé ne modifient pas le prix, mais ils sont réglés dans l'acte. Si le vendeur accepte de réaliser la mise en sécurité électrique avant la vente, constatée par une réception, la révision porte sur 87 714,29 € et le prix demandé devient 812 285,71 €.

Un second exemple, l'audit d'un petit immeuble

Exemple illustratif. Un loueur a fait une offre à 320 000 € pour un immeuble de quatre logements. Il consacre à l'audit un budget supposé de 2 400 €, pour une visite technique et quelques heures de son expert-comptable. L'audit révèle deux points.

ConstatTraitementEffet sur le prix
Taxe foncière de 3 900 € au lieu des 2 900 € annoncés1 000 € par an capitalisés à 7 %14 285,71 €
Un logement classé G, impossible à relouer en l'étatTravaux énergétiques chiffrés sur devis22 000 €
Total36 285,71 €

La révision demandée porte le prix à environ 283 714 €. L'audit a coûté environ quinze fois moins que les sommes qu'il a permis d'identifier. Même si le vendeur n'accepte qu'une partie de la révision, l'acquéreur connaît le coût réel de l'opération et peut renoncer en connaissance de cause.

Rédiger les protections

Les constats qui ne se traduisent pas dans le prix doivent figurer dans l'acte. Les déclarations du vendeur sur l'état locatif, les contentieux et l'absence d'autres procédures engagent sa responsabilité. Un séquestre sur une partie du prix garantit le règlement d'un risque identifié. La rédaction de ces clauses relève du notaire ou de l'avocat. Leur portée dépend de la solvabilité du vendeur (chapitre 34).

Les points de vigilance de l'administration

Les pièces de l'audit servent aussi de justificatifs fiscaux. Le chiffrage des travaux et le rapport technique justifient la ventilation du prix entre terrain, composants et mobilier, ainsi que l'état du bien au jour de l'achat. Ils permettent de distinguer plus tard les travaux d'entretien des travaux d'amélioration ou de remplacement de composants (chapitre 71).

Le prix convenu après audit doit rester cohérent avec la valeur vénale. Une révision importante, documentée par des devis et des constats écrits, se justifie aisément. L'administration peut rectifier un prix qui lui paraît inférieur à la valeur vénale réelle, à charge pour elle d'en apporter la preuve (bofip.impots.gouv.fr). Conservez le rapport d'audit avec l'acte pendant toute la durée de détention, puis au-delà jusqu'à la prescription des exercices concernés (chapitre 107).

Les erreurs fréquentes

  • Laisser courir le délai d'audit avant la remise effective des documents.
  • Se contenter de l'état locatif du vendeur sans le rapprocher des baux et des relevés bancaires. Un loyer surévalué de 80 € par mois coûte environ 13 714 € de valeur à un taux de capitalisation de 7 %.
  • Ne pas visiter les logements occupés ou les parties difficiles d'accès.
  • Confondre les diagnostics réglementaires avec un audit de l'état du bâtiment.
  • Négliger la régularité des logements au regard des autorisations d'urbanisme.
  • Oublier les obligations propres à l'immeuble entier, comme le DPE collectif et le dossier technique amiante.
  • Accepter des réponses orales du vendeur ou de l'intermédiaire.
  • Déduire du prix une somme forfaitaire pour un risque incertain au lieu de prévoir un séquestre ou une garantie.
  • Acheter les parts d'une société sans audit de ses comptes et de son régime fiscal.
  • Ne pas conserver la salle de données et les rapports après la vente.
  • Négliger la taxe foncière réelle. Un écart de 1 000 € par an représente plus de 14 000 € de valeur à 7 %.
  • Oublier le droit de préférence du locataire d'un local commercial vendu seul.

Liste de contrôle

  1. Fixer le calendrier d'audit dans la promesse, avec une date de remise des pièces et une date limite de renonciation.
  2. Constituer l'équipe et confier à chaque intervenant une mission écrite.
  3. Adresser au vendeur la liste des pièces et proposer un index de salle de données.
  4. Faire vérifier par le notaire le titre, les inscriptions, les servitudes et les droits de préemption.
  5. Contrôler l'urbanisme de chaque logement et l'existence d'arrêtés ou de régimes d'autorisation dans la commune.
  6. Lire les documents de copropriété avec un regard d'exploitant.
  7. Vérifier chaque diagnostic, le DPE collectif, l'audit énergétique et le dossier technique amiante.
  8. Faire visiter l'ensemble du bâtiment par un professionnel et obtenir un rapport chiffré.
  9. Rapprocher l'état locatif des baux, des quittances et des relevés bancaires.
  10. Contrôler les loyers au regard du marché, de l'encadrement et de la classe énergétique.
  11. Établir la liste des dépôts de garantie, des impayés et des régularisations en suspens.
  12. Vérifier le régime de TVA de la vente et l'historique des déductions du vendeur.
  13. Consulter l'état des risques et Géorisques, puis obtenir l'information sur les SIS et les ICPE.
  14. Classer chaque constat et chiffrer la révision du prix.
  15. Faire rédiger les protections de l'acte et conserver une copie complète de la salle de données.
  16. Auditer le bail commercial et vérifier le droit de préférence du locataire lorsqu'il s'applique.
  17. Organiser dans la promesse la décision des acquéreurs lorsque l'achat se fait à plusieurs.