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Guide du bailleur professionnel, chapitre 114

Le contentieux de masse

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Un bailleur particulier connaît peu de procès dans sa vie de propriétaire. Un loueur professionnel en a presque toujours plusieurs en cours, pour des impayés, des retenues sur dépôt de garantie, des charges, des congés ou des troubles de voisinage, devant des juridictions parfois éloignées les unes des autres. À cette échelle, le contentieux n'est plus une affaire d'exception mais une fonction de l'entreprise, avec son organisation, ses prestataires, son budget et ses indicateurs.

Ce chapitre présente la cartographie des litiges et des juges, l'organisation interne, le choix et le pilotage des avocats, les délais à intégrer, la conduite des procédures en série, la réponse aux actions collectives de locataires et la mesure des coûts. Les juridictions, les modes de preuve et les délais de prescription sont exposés dans le Guide du bailleur privé, Litiges, recours et preuves. La procédure d'impayé et l'expulsion figurent dans le Guide du bailleur privé, Impayés et contentieux et le Guide du bailleur privé, L'expulsion pas à pas. Le recouvrement fait l'objet du chapitre 113, la responsabilité du loueur du chapitre 115 et les modes amiables du chapitre 120.

Ce qui distingue le contentieux de masse

Les règles de procédure sont les mêmes pour tous les bailleurs. Le contentieux de masse se distingue par quatre traits, qui imposent une organisation particulière.

  • Le volume. Plusieurs dossiers sont ouverts en même temps, à des stades différents, avec des échéances qui se chevauchent.
  • La répétition. Les mêmes actes, les mêmes clauses et les mêmes moyens de défense reviennent d'un dossier à l'autre. Une erreur dans un modèle se reproduit partout.
  • La dispersion. Le juge compétent pour un bail d'habitation est celui du lieu de l'immeuble. Un parc réparti sur plusieurs villes relève donc de plusieurs tribunaux, avec leurs usages et leurs délais propres.
  • La cohérence. Les positions prises dans un dossier, sur une clause, une charge ou un mode de calcul, pourront être opposées au loueur dans les autres. La stratégie se décide à l'échelle du parc.

Cartographier les litiges et les juges

Les principaux contentieux d'un parc

Chaque type de litige a son juge, son régime de représentation et ses délais. Le tableau suivant récapitule les situations les plus courantes pour un parc de logements et de locaux.

LitigeJuge compétentAvocatPoint clé
Impayés, résiliation, expulsion d'un bail d'habitationJuge des contentieux de la protection du lieu de l'immeubleNon obligatoireDélais légaux de la clause résolutoire et du commandement
Dette d'un locataire parti, sans contestationJuge des contentieux de la protection du domicile du débiteur, par injonction de payerNon obligatoireSignification de l'ordonnance dans les trois mois
Dépôt de garantie, état des lieux, réparations locativesJuge des contentieux de la protectionNon obligatoireTentative amiable préalable jusqu'à 5 000 €
Charges récupérablesCommission départementale de conciliation, puis juge des contentieux de la protectionNon obligatoireJustificatifs de la régularisation
Loyer d'un logement soumis à l'encadrement ou complément de loyerCommission départementale de conciliation, préalable obligatoire, puis jugeNon obligatoireDélais de saisine courts
Bail commercial, impayés et résiliationPrésident du tribunal judiciaire en référé, ou tribunal judiciaireSelon la procédure et le montantCommandement à un mois, créanciers inscrits
Loyer révisé ou renouvelé d'un bail commercialJuge des loyers commerciauxObligatoireMémoire préalable
Contestation d'une saisie, délais pour quitter les lieuxJuge de l'exécutionSelon le montant et l'objetDélais de grâce d'un mois à un an
Décisions administratives, refus du concours de la force publiqueTribunal administratifObligatoire pour une demande d'indemnitéRecours dans les deux mois

Devant le juge des contentieux de la protection, la procédure est orale et l'avocat n'est jamais obligatoire. Devant le tribunal judiciaire, il le devient lorsque la demande dépasse 10 000 €, sauf exceptions (service-public.gouv.fr). Les litiges dont l'enjeu ne dépasse pas 5 000 € sont jugés en dernier ressort, sans appel possible (Guide du bailleur privé, Litiges, recours et preuves).

Les litiges propres au professionnel

Certains contentieux apparaissent surtout à partir d'une certaine taille de parc. Ce sont les contestations collectives de charges dans un immeuble entier, les litiges avec des exploitants de locaux commerciaux, les actions en diminution de loyer dans les communes soumises à l'encadrement, les litiges avec des prestataires et des entreprises de travaux, ainsi que les procédures administratives liées à la décence, au permis de louer ou aux meublés de tourisme. Les litiges de travaux relèvent du tribunal judiciaire et de règles distinctes (chapitre 68).

Organiser la fonction contentieux

Un responsable et un dossier type

Désignez une personne responsable du contentieux, même à temps partiel. Elle ouvre chaque dossier, rassemble les pièces, transmet les instructions aux avocats et aux commissaires de justice, suit les échéances et rend compte. Sur un petit parc, cette personne est le loueur lui-même, mais la fonction doit exister.

Chaque dossier contient dès son ouverture les pièces suivantes, classées dans le même ordre pour tous les lots.

  • Le bail, ses avenants, l'acte de cautionnement et l'attestation d'assurance du locataire.
  • Les états des lieux d'entrée et de sortie, avec leurs photographies.
  • Le décompte daté des sommes dues, ligne par ligne.
  • Les relances, la mise en demeure et l'avis de réception.
  • Les actes de commissaire de justice déjà délivrés.
  • Les échanges écrits avec le locataire, la caution, l'assureur ou l'organisme payeur.
  • Un pouvoir de représentation, lorsque le loueur ne se présente pas lui-même à l'audience.

Un dossier complet dès l'ouverture évite les renvois d'audience pour pièces manquantes et permet de confier l'affaire à un avocat sans perte d'information.

La représentation à l'audience

Lorsque l'avocat n'est pas obligatoire, vous pouvez vous défendre vous-même. Le Code de procédure civile permet aussi de vous faire représenter par certaines personnes limitativement énumérées, munies d'un pouvoir spécial, parmi lesquelles des proches et, sous conditions, des personnes attachées à votre entreprise. Vérifiez auprès du greffe de chaque tribunal, avant l'audience, que la personne que vous envisagez de désigner peut vous représenter et sous quelle forme le pouvoir doit être établi.

Lorsque le loueur exerce en société, la société agit par son représentant légal, qui peut lui-même déléguer dans les mêmes conditions. Un salarié qui se présente à l'audience sans pouvoir régulier ne peut pas soutenir la demande et le dossier risque d'être renvoyé ou rayé.

Le registre des contentieux

Un registre unique recense toutes les affaires en cours. Il permet de voir d'un coup d'œil les échéances de la semaine, les dossiers bloqués et l'exposition financière totale.

ChampContenu
RéférenceNuméro interne, numéro de rôle du tribunal
Lot et partie adverseAdresse, nom du locataire, de la caution ou du prestataire
NatureImpayé, dépôt de garantie, charges, congé, trouble, travaux
JuridictionJuge, tribunal, chambre
IntervenantsAvocat, commissaire de justice, assureur de protection juridique
EnjeuMontant demandé, montant réclamé par l'adversaire
ÉtapeDernier acte, prochaine audience, date de délibéré
DélaisDate limite d'appel, de signification, de prescription
CoûtsFrais engagés, provision versée, honoraires restant à payer
IssueDécision, montant alloué, exécution

Tenez ce registre à jour à chaque événement et faites-le relire chaque semaine par le responsable. Un délai d'appel manqué ou une ordonnance non signifiée à temps ne se rattrape pas.

Le calendrier procédural

Les délais de procédure se comptent en jours, en semaines ou en mois selon les actes et chacun a son point de départ. Le registre doit indiquer pour chaque affaire la date de l'événement qui fait courir le délai, comme la signification d'un jugement ou la date d'une ordonnance. Il indique aussi la date limite qui en résulte. Une double vérification par l'avocat et par le responsable interne réduit le risque d'oubli.

Choisir et piloter les avocats

Un avocat référent ou un réseau

Pour un parc concentré dans une même ville, un avocat référent suffit souvent. Pour un parc dispersé, deux modèles existent. Le premier consiste à confier tous les dossiers à un même cabinet, qui se déplace ou s'appuie sur des correspondants. Le second consiste à choisir un avocat local par tribunal, avec des modèles et des consignes communs.

Le premier modèle garantit l'homogénéité des positions, le second la connaissance des usages du tribunal et des délais d'audiencement. Lorsque la représentation par avocat est obligatoire, des règles de territorialité peuvent imposer le recours à un avocat du ressort du tribunal. Interrogez votre avocat référent sur ce point avant de saisir une juridiction éloignée.

La convention d'honoraires

L'avocat doit conclure avec son client une convention d'honoraires écrite, sauf urgence ou force majeure. Les honoraires peuvent être fixés au temps passé, au forfait ou combiner un honoraire fixe et un honoraire complémentaire de résultat, qui doit rester raisonnable. Il est interdit de fixer la totalité des honoraires en fonction du seul résultat. En cas de désaccord, le bâtonnier de l'ordre peut être saisi et dispose de quatre mois pour statuer, sa décision pouvant être contestée devant le premier président de la cour d'appel dans le délai d'un mois (service-public.gouv.fr).

Pour un flux régulier de dossiers comparables, comme les impayés d'habitation, une convention-cadre fixe un forfait par type de procédure et par étape. Elle précise ce que couvre le forfait, comme la rédaction de l'assignation, une audience et la transmission de la décision. Elle précise aussi ce qui donne lieu à facturation séparée, comme un renvoi, un appel ou une expertise.

Exemple illustratif, avec des montants hypothétiques choisis pour la démonstration, les honoraires étant libres. Un loueur prévoit vingt procédures d'impayé dans l'année. Au temps passé, chaque dossier mobilise en moyenne six heures à 200 € hors taxes, soit 1 200 € par dossier et 24 000 € pour l'année. Un forfait de 900 € par dossier, assorti de 300 € par audience de renvoi, revient à 18 000 € sans renvoi et à 21 000 € si dix dossiers connaissent un renvoi. Le forfait apporte surtout de la prévisibilité, à condition que les cas de facturation séparée soient définis.

Les instructions et le compte rendu

Un avocat qui traite des dossiers en série a besoin d'instructions stables. Rédigez une fiche de consignes par type de litige, qui indique les demandes à formuler, les accords acceptables et les limites au-delà desquelles l'avocat doit vous consulter. Par exemple, l'acceptation de délais de paiement dans la limite légale, la renonciation à certains frais en échange d'un départ rapide ou la position à tenir sur la vétusté.

Demandez en retour un compte rendu standardisé après chaque audience, avec la date du renvoi ou du délibéré, les arguments de l'adversaire et les pièces à compléter. Ces comptes rendus alimentent le registre et permettent de repérer les arguments qui reviennent, comme une contestation récurrente de la régularisation des charges dans un même immeuble.

La protection juridique

Un contrat d'assurance de protection juridique peut prendre en charge les honoraires d'avocat, les frais de commissaire de justice, les honoraires d'experts et les frais de procédure, dans les limites du contrat. Il peut exclure les litiges inférieurs à un seuil, fixer des plafonds par litige et par type de frais et comporter un délai de carence. L'assureur ne peut pas vous imposer un avocat. En cas de désaccord sur la conduite de l'affaire, un arbitrage est prévu (service-public.gouv.fr).

Pour un loueur professionnel, vérifiez que le contrat couvre l'activité de location à titre professionnel, le nombre de lots détenus et les litiges locatifs, qui sont parfois exclus ou plafonnés. Un contrat conçu pour un particulier peut se révéler inadapté à un parc (chapitre 116).

Les juridictions et leurs délais

Les délais légaux à intégrer

Les procédures locatives comportent des délais incompressibles, fixés par la loi. Ils déterminent la durée minimale d'une affaire, quel que soit l'encombrement du tribunal.

ÉtapeDélaiSource
Effet du commandement de payer visant la clause résolutoire, bail d'habitation récentSix semainesGuide du bailleur privé
Même délai, bail ancien prévoyant deux moisDeux moisAvis de la Cour de cassation du 13 juin 2024
Saisine de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (CCAPEX) par un bailleur personne morale autre qu'une société civile immobilière (SCI) familialeDeux mois au moins avant l'assignationArticle 24 de la loi du 6 juillet 1989
Assignation et audienceSix semaines au moins entre la réception de l'assignation et l'audienceservice-public.gouv.fr
Remise de l'assignation au greffeQuinze jours au moins avant l'audienceanil.org
Appel d'un jugementUn mois après la signification, quinze jours en référéanil.org
Signification d'une ordonnance d'injonction de payer rendue depuis le 1er septembre 2026Trois mois après l'ordonnanceservice-public.gouv.fr
Opposition à l'injonction de payerUn mois après la significationservice-public.gouv.fr
Commandement de quitter les lieuxDeux mois, sauf décision contraire du jugeGuide du bailleur privé
Réponse du préfet à la demande de concours de la force publiqueDeux mois, le silence valant refusGuide du bailleur privé
Trêve hivernaleDu 1er novembre au 31 marsGuide du bailleur privé

Le loueur en nom propre est une personne physique. Pour lui, c'est le commissaire de justice qui signale le commandement de payer à la CCAPEX dans les conditions prévues par la loi. Le loueur qui exerce par une société autre qu'une SCI familiale, comme une société à responsabilité limitée (SARL) de famille, doit en revanche saisir lui-même la CCAPEX au moins deux mois avant d'assigner, sous peine d'irrecevabilité de sa demande. Cette différence doit figurer dans les consignes données aux avocats lorsque le parc est réparti entre plusieurs structures (chapitre 124).

Les délais réels

Les délais réels dépassent presque toujours les minimums légaux. L'audiencement dépend de l'encombrement du tribunal, les renvois sont fréquents lorsque le locataire demande un avocat au titre de l'aide juridictionnelle et le délibéré peut prendre plusieurs semaines. Le guide du bailleur privé décrit une procédure complète où l'audience a lieu près de quatre mois après l'assignation et où quatorze mois séparent le premier impayé de la première date d'expulsion possible.

Pour un parc réparti sur plusieurs tribunaux, mesurez vos propres délais par juridiction. Le registre des contentieux permet de calculer, pour chaque tribunal, le délai moyen entre l'assignation et l'audience, puis entre l'audience et la décision. Ces données servent à prévoir la trésorerie et à choisir la voie la plus rapide lorsque plusieurs sont possibles (chapitre 18).

Exemple illustratif. Sur douze procédures d'impayé conduites dans un même tribunal, le registre fait apparaître des délais de 98, 105, 112, 120, 120, 126, 133, 140, 147, 154, 161 et 168 jours entre l'assignation et l'audience. Le délai moyen est de 132 jours, soit environ dix-neuf semaines, contre six semaines au minimum légal. Le loueur retient ce chiffre pour estimer la durée des futures procédures dans ce ressort.

La trêve hivernale dans la planification

La trêve hivernale suspend l'exécution des expulsions mais n'arrête pas la procédure. Un loueur qui gère plusieurs dossiers a intérêt à engager les procédures au printemps et en été de façon à obtenir les décisions et faire courir le délai du commandement de quitter les lieux avant le 1er novembre. Un dossier dont le délai expire pendant la trêve perd en pratique toute la saison.

Conduire les procédures en série

Uniformiser les actes

Les assignations, les commandements, les conclusions types et les courriers aux cautions gagnent à être établis sur des modèles validés par l'avocat référent. Un modèle se révise à chaque réforme et chaque fois qu'un juge relève une irrégularité. La révision s'applique ensuite à tous les dossiers en cours qui utilisent le modèle concerné.

Grouper sans confondre

Chaque bail donne lieu à une procédure distincte, même lorsque plusieurs locataires d'un même immeuble sont en impayé au même moment. Le juge peut joindre des affaires liées, mais il n'appartient pas au bailleur de regrouper dans un même acte des dettes de locataires différents. En colocation à bail unique, l'assignation vise tous les colocataires concernés et, le cas échéant, leurs cautions, afin d'obtenir un titre contre chacun (chapitre 54).

Le regroupement reste utile en amont. Programmer les audiences d'un même tribunal le même jour, transmettre les dossiers à l'avocat par lot et préparer les décomptes à la même date réduit les coûts de déplacement et le temps de préparation.

Les procédures écrites et les procédures orales

Devant le juge des contentieux de la protection, la procédure est orale. Les arguments présentés à l'audience comptent et un dossier envoyé sans comparution peut être mal défendu. Une procédure orale suppose donc une présence à chaque audience, par le loueur, par un représentant régulièrement désigné ou par un avocat. Pour un parc dispersé, ce coût de présence est souvent l'argument décisif en faveur d'avocats locaux.

Les dossiers sensibles

Certains dossiers sortent du traitement en série. Ce sont ceux où le locataire invoque l'indécence du logement, un trouble de jouissance ou une discrimination, ceux qui mettent en cause la sécurité d'un immeuble et ceux qui intéressent la presse ou une association. Le responsable les identifie à l'ouverture, les signale à l'avocat référent et en suit personnellement la stratégie, car leur issue peut engager la responsabilité du loueur au-delà du litige lui-même (chapitre 115).

Faire face aux actions collectives des locataires

Le mandat donné à une association

Plusieurs locataires d'un même bailleur qui ont un litige d'origine commune peuvent donner mandat par écrit à une association de locataires siégeant à la Commission nationale de concertation (CNC) d'agir en justice en leur nom, en application de l'article 24-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Selon une réponse ministérielle publiée à l'Assemblée nationale, la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) a supprimé l'exigence d'un agrément pour ces associations. Les associations membres de la CNC citées par cette réponse sont la Confédération nationale du logement, la Confédération générale du logement, la Consommation, logement et cadre de vie, la Confédération syndicale des familles et l'Association force ouvrière consommateurs.

Les litiges qui se prêtent à cette action sont typiquement la régularisation des charges d'un immeuble, l'état des parties communes, le chauffage collectif ou une hausse de loyer appliquée à plusieurs logements. Un litige individuel répété dans plusieurs logements peut ainsi devenir une affaire unique, mieux préparée et plus visible.

La réponse du loueur

Une action collective se traite d'abord comme un signal. Elle révèle souvent une cause commune, comme une erreur de répartition des charges, un équipement défaillant ou une pratique mal expliquée. Examinez cette cause avec votre gestionnaire et votre avocat avant toute réponse, puis décidez entre trois voies.

  • Corriger et régulariser lorsque la critique est fondée, par un courrier commun et une régularisation chiffrée pour chaque locataire.
  • Négocier un accord global avec l'association, consigné par écrit et, si nécessaire, soumis au juge pour homologation afin de lui donner force exécutoire.
  • Défendre lorsque la position du loueur est solide, avec un dossier unique et des pièces communes, en veillant à la cohérence avec les autres immeubles du parc.

La commission départementale de conciliation peut aussi être saisie pour des litiges de charges ou de loyer. Sa composition paritaire en fait un lieu adapté pour rechercher une solution commune à plusieurs logements (anil.org).

Après la décision

Exécuter en série

Une décision favorable ne produit d'effet qu'une fois exécutée. Pour chaque jugement, la même séquence s'applique. Obtenir la copie revêtue de la formule exécutoire auprès du greffe, la faire signifier par commissaire de justice, vérifier que l'exécution provisoire n'a pas été écartée, puis transmettre le dossier au commissaire de justice chargé de l'exécution (Guide du bailleur privé, Impayés et contentieux).

Sur un parc, ces étapes se perdent facilement entre l'avocat qui considère sa mission achevée avec la décision et le commissaire de justice qui attend d'être saisi. Précisez dans la convention de l'avocat qui demande la copie exécutoire et qui transmet le dossier, puis inscrivez au registre la date de chaque étape. Le recouvrement des condamnations suit ensuite le processus décrit au chapitre 113.

Faire appel ou non

La décision de faire appel se prend à l'échelle du parc. Les litiges dont l'enjeu ne dépasse pas 5 000 € sont jugés en dernier ressort et l'appel est fermé. Au-delà, l'appel en matière civile impose en principe la représentation par un avocat (service-public.gouv.fr), ce qui en augmente le coût.

Un appel se justifie surtout lorsque la décision tranche une question qui se posera dans d'autres dossiers, comme l'interprétation d'une clause type ou une méthode de répartition des charges. À l'inverse, une décision défavorable sur un point de fait propre à un logement s'accepte souvent, en corrigeant la pratique en cause. Le délai d'appel d'un mois à compter de la signification laisse peu de temps et la décision doit être prise dès réception du jugement.

Les modes amiables à grande échelle

Pour une demande en paiement qui n'excède pas 5 000 €, la saisine du juge doit en principe être précédée d'une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative, à peine d'irrecevabilité. Cette obligation ne s'applique pas à la requête en injonction de payer, selon un avis de la Cour de cassation du 25 septembre 2025 (Guide du bailleur privé, Litiges, recours et preuves). Le conciliateur de justice intervient gratuitement et la conciliation dure trois mois au plus, renouvelable une fois.

Sur un parc, la tentative amiable doit être intégrée au processus et non vécue comme une formalité. Un modèle de saisine du conciliateur, une liste des permanences dans chaque ressort et une consigne sur les concessions acceptables permettent de traiter vite les petits litiges, comme les retenues contestées sur le dépôt de garantie. La médiation, la transaction et les autres modes amiables sont détaillés au chapitre 120.

Un accord conclu devant un conciliateur peut être soumis au juge pour homologation, ce qui lui donne force exécutoire. Pour un litige de série, un accord type, validé une fois par l'avocat, accélère cette étape.

Le coût du contentieux

Les dépens et les frais non compris

Le juge met en principe les dépens à la charge de la partie qui perd. Ils comprennent notamment les frais des actes de commissaire de justice. Les honoraires d'avocat n'en font pas partie, mais le juge peut condamner la partie perdante à verser à l'autre une somme au titre des frais non compris dans les dépens, qu'il apprécie selon les circonstances de l'affaire.

En pratique, un locataire insolvable ne paiera ni les dépens ni cette somme. Le budget du contentieux doit donc partir de l'hypothèse que le loueur supporte la plus grande partie de ses frais. Les remboursements ne se comptent qu'au fur et à mesure de leur encaissement.

Le budget annuel

Exemple illustratif, avec des montants hypothétiques. Un loueur de cent lots prévoit pour l'année vingt procédures d'impayé, six litiges de dépôt de garantie et deux litiges de charges. Il retient 1 500 € de frais non récupérables par procédure d'impayé, avocat, actes et déplacements compris, 400 € par litige de dépôt de garantie et 2 500 € par litige de charges. Le budget atteint 30 000 € pour les impayés, 2 400 € pour les dépôts de garantie et 5 000 € pour les charges, soit 37 400 € au total.

Rapporté au quittancement annuel, ce budget permet de mesurer le poids du contentieux et d'apprécier l'intérêt d'une garantie des loyers impayés (GLI) ou d'un contrat de protection juridique. Il se compare chaque année aux dépenses réelles inscrites au registre.

La comptabilisation

Au régime réel des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), un litige en cours peut justifier une provision et une créance douteuse une dépréciation, dans des conditions comptables et fiscales précises. Ces traitements se décident avec l'expert-comptable à la clôture, à partir du registre des contentieux (chapitres 99 et 106).

Mesurer la performance du contentieux

Quelques indicateurs suffisent à piloter la fonction. Calculez-les chaque année, par type de litige et par tribunal.

IndicateurDéfinition
Nombre d'affairesAffaires ouvertes, closes et en cours sur la période
Taux de succèsDécisions favorables rapportées aux décisions rendues
Taux de recouvrement des condamnationsSommes encaissées rapportées aux sommes allouées
Délai moyenDurée entre l'assignation et la décision, puis entre la décision et l'exécution
Coût moyenFrais non récupérés par affaire
Taux de transactionAffaires réglées par un accord rapportées aux affaires closes
Causes récurrentesArguments ou défauts revenant dans plusieurs dossiers

Le dernier indicateur est souvent le plus utile. Une contestation récurrente des charges, une clause écartée par plusieurs juges ou un défaut de preuve qui revient indiquent une correction à apporter au processus en amont, dans la sélection, le bail, l'état des lieux ou la régularisation des charges (chapitre 103).

Les preuves, nerf du contentieux de série

Un contentieux de masse se gagne d'abord par la qualité des pièces produites dans chaque dossier. Les règles de preuve, la valeur de la lettre recommandée, de l'acte de commissaire de justice et des photographies datées sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Litiges, recours et preuves. Ce qui change à l'échelle d'un parc, c'est la nécessité de produire ces preuves de la même façon pour tous les lots, à partir des mêmes modèles.

Un état des lieux complet, signé et illustré de photographies datées est la pièce la plus souvent décisive dans les litiges de dépôt de garantie et de réparations locatives. Un décompte clair, distinguant chaque poste, l'est dans les litiges d'impayés et de charges. Des pièces homogènes facilitent aussi le travail de l'avocat, qui peut traiter plus de dossiers dans le même temps (chapitre 64).

Les erreurs fréquentes

  • Traiter chaque litige comme un cas isolé, sans vérifier la cohérence des positions prises dans les autres dossiers.
  • Utiliser un modèle unique de commandement pour des baux de générations différentes.
  • Oublier la saisine préalable de la CCAPEX lorsque le bailleur est une société autre qu'une SCI familiale.
  • Envoyer un salarié à l'audience sans pouvoir régulier, au risque d'un renvoi ou d'une radiation.
  • Confier des dossiers sans convention d'honoraires, ou avec un forfait dont les exclusions ne sont pas définies.
  • Ignorer la tentative amiable préalable pour un litige de moins de 5 000 €, au risque d'irrecevabilité.
  • Laisser passer un délai d'appel ou la signification d'une ordonnance d'injonction de payer.
  • Engager les procédures à l'automne, de sorte que le délai du commandement de quitter les lieux expire pendant la trêve hivernale.
  • Répondre à une action collective dossier par dossier, sans en rechercher la cause commune.
  • Budgéter les frais en comptant sur leur remboursement par des locataires insolvables.

Liste de contrôle

  • Un responsable du contentieux est désigné et connu des avocats et des commissaires de justice.
  • Chaque dossier est ouvert avec le même ensemble de pièces, classées dans le même ordre.
  • Le registre des contentieux est tenu à jour et relu chaque semaine.
  • Les délais d'appel, de signification et de prescription sont inscrits pour chaque affaire.
  • Les avocats ont signé une convention d'honoraires précisant les forfaits et les exclusions.
  • Une fiche de consignes existe pour chaque type de litige récurrent.
  • Les comptes rendus d'audience sont standardisés et versés au registre.
  • La personne qui représente le loueur à l'audience dispose d'un pouvoir accepté par le greffe.
  • Les modèles d'actes distinguent les baux selon leur date et leur clause résolutoire.
  • La saisine de la CCAPEX est vérifiée pour chaque structure de détention.
  • Les procédures d'expulsion sont engagées en tenant compte de la trêve hivernale.
  • La tentative amiable préalable est faite et documentée lorsqu'elle est exigée.
  • Le contrat de protection juridique couvre l'activité professionnelle et le nombre de lots.
  • Le budget du contentieux est comparé chaque année aux dépenses réelles.
  • Les causes récurrentes de litige sont analysées et corrigées en amont.