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Guide du bailleur professionnel, chapitre 113

Le recouvrement industrialisé des impayés

À jour au

Un bailleur particulier traite un impayé comme un événement. Un loueur professionnel en gère plusieurs en permanence, à des stades différents, avec des locataires, des cautions, des assureurs, des organismes sociaux et des commissaires de justice. Sans processus, chaque dossier dépend de la disponibilité du moment et les délais se perdent. Avec un processus, chaque créance suit le même calendrier, les mêmes seuils et les mêmes contrôles, ce qui améliore le taux de recouvrement et protège le loueur en cas de contestation.

Ce chapitre explique comment concevoir ce processus, choisir et encadrer les prestataires, mesurer les coûts et suivre les résultats par des indicateurs. La procédure d'impayé, le commandement de payer et l'expulsion sont décrits dans le Guide du bailleur privé, Impayés et contentieux. Les voies d'exécution sont détaillées dans le Guide du bailleur privé, Recouvrer une dette locative. Les garanties locatives font l'objet du chapitre 52, le traitement comptable des impayés du chapitre 106 et l'organisation des procédures judiciaires du chapitre 114.

Ce qui change à l'échelle d'un parc

Les règles de fond sont celles de tout bailleur. Ce qui change tient au volume, à la répétition et au statut de créancier professionnel.

PointBailleur particulierLoueur professionnel
VolumeUn dossier de temps à autrePlusieurs dossiers ouverts en permanence
DécisionAu cas par casSelon des seuils écrits, identiques pour tous
ActeursLe bailleur, puis un commissaire de justiceGestionnaire interne, assureur, Visale, société de recouvrement, commissaires de justice, avocats
Statut du créancierCréancier non professionnel, en principeCréancier professionnel, avec des obligations renforcées envers les cautions
Taux de l'intérêt légalTaux applicable au particulier qui n'agit pas pour ses besoins professionnelsTaux applicable aux autres cas
PilotageMémoire et dossier papierRegistre des créances, balance âgée, indicateurs
Risque principalRéagir trop tardAppliquer une erreur à tous les dossiers à la fois

Le loueur, créancier professionnel

Les conséquences sur le taux d'intérêt

Les sommes dues portent intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure ou de la date fixée par le juge. Pour le second semestre 2026, ce taux est de 6,84 % lorsque le créancier est une personne physique qui n'agit pas pour des besoins professionnels et de 2,75 % dans les autres cas (service-public.gouv.fr). Le loueur en meublé professionnel (LMP) agit pour les besoins de son activité et relève en principe du second taux. Le taux est majoré de cinq points lorsque la condamnation n'est pas exécutée dans les deux mois de son caractère exécutoire.

Exemple illustratif. Une créance de 4 000 € produit sur six mois environ 55 € d'intérêts au taux de 2,75 %, contre environ 137 € au taux de 6,84 %. Les intérêts ne financent donc pas le recouvrement. Ils augmentent la créance mais ne compensent ni le temps passé ni les frais.

Les obligations envers les cautions

Le Code civil impose au créancier professionnel des obligations particulières envers la caution personne physique, présentées au chapitre 40. Deux d'entre elles concernent directement le recouvrement. Avant le 31 mars de chaque année, le créancier communique à ses frais à la caution le montant restant dû au 31 décembre précédent. Il l'informe aussi du premier incident de paiement non régularisé dans le mois de son exigibilité. Le manquement prive le créancier des intérêts et pénalités correspondants.

La qualification de créancier professionnel d'un loueur en meublé ou d'un grand bailleur en location nue n'est pas toujours tranchée de façon certaine. La prudence consiste à appliquer ces deux obligations à toutes les cautions personnes physiques du parc. Elles se traitent facilement en série, par un envoi annuel groupé avant la fin de mars et par une information de la caution intégrée au calendrier de relance.

Le commandement de payer doit en outre être signifié à la caution dans les quinze jours de sa délivrance au locataire, faute de quoi elle n'est pas tenue des pénalités ou intérêts de retard. Cette règle, commune à tous les bailleurs, figure dans le Guide du bailleur privé, Impayés et contentieux.

Concevoir le processus

Les principes

Un processus de recouvrement repose sur quelques principes simples, que tous les intervenants doivent connaître.

  • L'écrit. Chaque étape produit un document daté, qui servira à l'assureur, à la caution, au juge ou à la commission de surendettement.
  • L'uniformité. Les mêmes seuils et les mêmes délais s'appliquent à tous les locataires, ce qui protège contre un reproche de traitement discriminatoire (chapitre 110).
  • La séparation des rôles. La relance du paiement et l'orientation du locataire vers les aides sont deux démarches distinctes, conduites avec des messages différents (chapitre 59).
  • Le respect des garanties. Lorsqu'un lot est couvert par une garantie des loyers impayés (GLI) ou par Visale, le contrat de l'organisme fixe la procédure et prime sur votre calendrier interne.
  • La traçabilité. Chaque dossier indique à tout moment le montant dû, la dernière démarche, la prochaine échéance et la personne responsable.

Le calendrier type

Le tableau suivant propose un calendrier de référence pour un bail d'habitation, compté à partir de l'échéance impayée. Les jours sont des repères internes et non des délais légaux, sauf lorsque le fondement est indiqué. Adaptez-les aux délais de votre contrat de GLI et à vos propres règles.

JourÉtapeResponsable habituelFondement ou observation
J+1Détection de l'échéance non réglée, ouverture du dossierGestionnaireRapprochement des encaissements
J+3Contact téléphonique ou message, recherche de la causeGestionnaireAucun formalisme
J+10Relance écrite avec décompte et proposition d'échéancierGestionnaireModèle unique
J+15Information écrite de la cautionGestionnaireDans le mois de l'incident pour le créancier professionnel
J+15 à J+30Déclaration à l'assureur GLI ou à VisaleGestionnaireDélai du contrat
J+30Mise en demeure par lettre recommandéeGestionnairePoint de départ des intérêts au taux légal
J+30 à J+90Signalement à la caisse d'allocations familiales (CAF) ou à la Mutualité sociale agricole (MSA) si l'aide est versée au bailleurGestionnaireDans les deux mois de la constitution de l'impayé
J+45Commandement de payer visant la clause résolutoireCommissaire de justiceArticle 24 de la loi du 6 juillet 1989
J+45 à J+60Signification du commandement à la cautionCommissaire de justiceQuinze jours au plus après le commandement
J+90Assignation si la dette n'est pas régléeAvocat ou commissaire de justiceChapitre 114

Ce calendrier n'est pas une obligation de procéder à chaque étape. Un échéancier signé et respecté arrête la progression. En revanche, la décision de ne pas passer à l'étape suivante doit être prise par une personne habilitée et motivée dans le dossier.

La segmentation des dossiers

Tous les impayés ne se traitent pas de la même façon. Classer chaque dossier dans un segment permet d'affecter le bon interlocuteur et la bonne voie dès les premiers jours.

SegmentSignes habituelsVoie privilégiée
Retard ponctuelPremier incident, explication plausible, paiement rapideRelance amiable, aucune escalade
Difficulté passagèrePerte d'emploi, séparation, décalage d'une prestationÉchéancier écrit, orientation vers les aides, accord de l'assureur si le lot est couvert
Impayé installéPlusieurs échéances, promesses non tenuesMise en demeure, caution, commandement de payer
Mauvaise foiSilence, départ préparé, revenus dissimulésCommandement rapide, mesures conservatoires à étudier avec l'avocat
Locataire partiLogement libéré avec une detteImputation du dépôt, caution, titre exécutoire, exécution
Lot garantiGLI ou VisaleProcédure de l'organisme, aucun accord sans son aval

Le segment se révise à chaque étape. Un locataire en difficulté passagère qui cesse de respecter son échéancier change de segment et le dossier reprend le calendrier.

Les échéanciers en série

L'échéancier amiable est l'outil le plus utilisé du recouvrement et le plus souvent mal encadré. Sur un parc, il doit suivre un modèle unique, qui arrête la dette à une date, prévoit la reprise du loyer courant, fixe le montant et la date de chaque versement et précise qu'une échéance manquée rend le solde exigible. Le locataire signe le décompte, ce qui vaut reconnaissance de dette et interrompt la prescription.

Fixez aussi la durée maximale qu'un gestionnaire peut accorder sans validation, par exemple six mois. Réservez les durées plus longues à une décision motivée. Un échéancier trop long laisse la dette se reconstituer à la moindre difficulté, un échéancier trop court échoue dès le deuxième mois.

Exemple illustratif. Un locataire doit 1 860 € pour un loyer de 620 € charges comprises. Sur six mois, il verse 310 € par mois au titre de l'arriéré, soit 930 € par mois avec le loyer courant. Sur douze mois, le rattrapage tombe à 155 € par mois, soit 775 € au total. Le choix dépend de ses ressources réelles, documentées par écrit, ainsi que de l'accord de l'assureur si le lot est couvert.

Chaque échéancier fait l'objet d'un suivi mensuel. Un versement manqué déclenche dans la semaine une relance, puis, faute de régularisation, la reprise du calendrier à l'étape où il s'était arrêté.

Les seuils de déclenchement

Fixez par écrit les seuils qui déclenchent les étapes coûteuses. Un exemple de règle consiste à faire délivrer le commandement de payer lorsque la dette atteint un mois de loyer charges comprises et qu'aucun échéancier n'a été signé dans les quinze jours de la mise en demeure. Une autre consiste à ne pas engager de mesure d'exécution dont le coût prévisible dépasse la somme que l'on peut raisonnablement espérer recouvrer.

Les seuils doivent rester compatibles avec les délais légaux. La prescription de trois ans de l'action en paiement et le délai de signalement à l'organisme payeur de l'aide au logement courent quel que soit votre seuil interne. Un seuil trop élevé peut donc faire perdre un droit.

Les acteurs et les prestataires

Le traitement interne

Les premières étapes, de la détection à la mise en demeure, se gèrent le plus souvent en interne. Elles demandent de la régularité plus que de l'expertise. Le lien avec le locataire y joue un rôle important. Un salarié ou un assistant peut en être chargé, avec des modèles validés et un pouvoir de décision limité aux échéanciers de courte durée (chapitre 12).

Les sociétés de recouvrement amiable

Une société de recouvrement amiable relance le débiteur pour votre compte, sans titre exécutoire et sans pouvoir de contrainte. Son activité est encadrée par les articles L. 124-1 et R. 124-1 à R. 124-7 du Code des procédures civiles d'exécution. Sa lettre au débiteur doit indiquer notamment son identité, son activité de recouvrement amiable, l'identité du créancier, l'origine et le montant de la dette, les modalités de paiement, ainsi que la reproduction des règles sur les frais de recouvrement (service-public.gouv.fr).

Les frais qu'elle engage pour contacter le débiteur restent à la charge du créancier et ne peuvent pas être réclamés au locataire. Elle ne doit pas intervenir de manière malveillante ou répétitive (service-public.gouv.fr). Ses méthodes engagent votre image, puisque le locataire les associera à votre nom.

Selon la fiche de Bpifrance Création consacrée à cette activité réglementée, la société doit justifier d'une assurance de responsabilité civile professionnelle et d'un compte exclusivement affecté aux fonds encaissés pour ses clients, après déclaration au procureur de la République. Elle conclut avec le créancier une convention écrite qui précise le fondement et le montant des sommes dues, les conditions de sa garantie d'assurance, sa rémunération et les conditions de reversement des fonds, qui intervient en principe dans le mois de l'encaissement. Demandez ces justificatifs avant de confier le moindre dossier.

Les commissaires de justice

Le commissaire de justice intervient à plusieurs niveaux. Il peut conduire un recouvrement amiable, mettre en œuvre la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, délivrer les actes de procédure et, une fois le titre obtenu, procéder aux mesures d'exécution dont il a le monopole. La procédure simplifiée, réservée aux créances contractuelles de 5 000 € au plus, suppose l'accord du débiteur (Guide du bailleur privé, Recouvrer une dette locative).

Pour un parc réparti sur plusieurs départements, travaillez avec un nombre limité d'études, chacune compétente dans son ressort. L'exécution relève du commissaire de justice du ressort de la cour d'appel du domicile du débiteur. Une convention de travail précisant les délais de traitement, le format des comptes rendus et les modalités de reversement facilite le suivi.

Les garants institutionnels

Lorsqu'un assureur GLI ou Action Logement au titre de Visale vous indemnise, il se charge ensuite du recouvrement auprès du locataire pour les sommes versées. Ne poursuivez pas vous-même le locataire pour ces sommes et ne concluez aucun accord sans l'aval de l'organisme. Les modalités de déclaration et de suivi sont présentées au chapitre 52.

La cession des créances

Certains acteurs proposent de racheter des créances impayées, avec une décote. La cession transfère la créance et son recouvrement au cessionnaire, qui doit la porter à la connaissance du locataire débiteur. Elle libère le loueur d'un dossier, mais au prix d'une perte certaine. Elle mérite un examen juridique préalable, notamment sur les garanties attachées à la créance, comme la caution, ainsi que sur le traitement comptable de la perte (chapitre 106).

Comparer les intervenants

IntervenantTitre exécutoire requisRémunérationPoint de vigilance
Gestionnaire interneNonCoût salarial ou temps du loueurRégularité et respect des modèles
Société de recouvrement amiableNonPrix libre, à la charge du créancierJustificatifs réglementaires, méthodes, reversement des fonds
Commissaire de justice en recouvrement amiableNonDroit de recouvrement réglementé, à la charge du créancierBarème proportionnel aux sommes encaissées
Commissaire de justice en exécutionOuiActes au tarif réglementé, en principe à la charge du débiteur, avancés par le créancierSolvabilité du débiteur
AvocatNon pour l'action, oui pour l'exécutionHonoraires libres, convention écriteCoût par dossier et délais (chapitre 114)
Assureur GLI ou VisaleNonPrime ou gratuité selon le dispositifRespect strict des délais du contrat
Acquéreur de créancesNonDécote sur le nominalPerte définitive, sort des garanties

Les coûts du recouvrement

Les postes

Le coût d'un recouvrement comprend des frais visibles et des frais cachés. Les premiers sont les lettres recommandées, les actes du commissaire de justice, les honoraires d'avocat et les frais d'exécution. Les seconds sont le temps passé par le loueur ou ses salariés, la trésorerie immobilisée et la vacance pendant la remise en état après un départ difficile.

Les actes des commissaires de justice suivent un tarif réglementé fixé par arrêté. Un arrêté du 25 février 2026 fixe les émoluments des prestations réalisées depuis le 1er mars 2026 (Guide du bailleur privé, Impayés et contentieux). Demandez à chaque étude un devis par type d'acte, frais de déplacement et taxe sur la valeur ajoutée (TVA) compris, afin de construire votre propre grille de coûts.

Le droit de recouvrement du commissaire de justice

Dans un recouvrement amiable, sans décision du juge, le créancier paie au commissaire de justice un droit de recouvrement proportionnel aux sommes récupérées. Jusqu'à 188 € récupérés, il est forfaitaire, à 25,80 € toutes taxes comprises en métropole. Au-delà, il se calcule par tranches, hors taxes, selon le barème suivant, dans la limite de 5 540 € (service-public.gouv.fr).

Tranche des sommes récupéréesTaux hors taxes
De 0 à 125 €11,73 %
De 125 € à 610 €10,75 %
De 610 € à 1 525 €10,26 %
De 1 525 € à 52 400 €3,91 %
Au-delà de 52 400 €3,01 %

Le barème est dégressif, ce qui rend le recouvrement amiable relativement plus coûteux sur les petites créances. Les montants suivants sont calculés avec ce barème et une TVA de 20 %. Pour 4 000 € récupérés, l'administration indique elle-même un droit de 257,45 € hors taxes.

Sommes récupéréesDroit hors taxesDroit toutes taxes comprisesPart des sommes récupérées
1 500 €158,11 €189,74 €12,65 %
4 000 €257,45 €308,94 €7,72 %
10 000 €492,05 €590,46 €5,90 %

Lorsque le débiteur paie par acomptes, le droit se calcule sur la totalité des sommes obtenues et non sur chaque acompte (service-public.gouv.fr).

Engager une mesure ou non

Chaque mesure se décide en comparant son coût à la somme qu'elle peut raisonnablement rapporter. Cette espérance dépend de la situation du débiteur, connue grâce aux recherches du commissaire de justice une fois le titre obtenu. Un débiteur salarié se prête à une saisie des rémunérations, un débiteur sans revenu saisissable ni bien de valeur ne rapportera rien quelle que soit la mesure.

Exemple illustratif. Une dette de 1 800 € est due par un ancien locataire dont l'adresse et l'employeur sont inconnus. Si l'on estime à une chance sur trois la probabilité de recouvrer la totalité, l'espérance est de 600 €. Une procédure dont le coût non récupérable dépasse ce montant n'a de sens que si le loueur entend dissuader les impayés sur l'ensemble du parc. À l'inverse, une dette de 6 000 € due par un débiteur salarié justifie presque toujours l'obtention d'un titre et une saisie des rémunérations.

La décision de ne pas poursuivre doit rester réversible. Un titre exécutoire se conserve dix ans, renouvelables par tout acte d'exécution. La situation d'un débiteur peut évoluer. Obtenir le titre puis le mettre en sommeil est souvent préférable à l'abandon pur et simple.

Mesurer la performance

Les indicateurs

Un recouvrement industrialisé se pilote par quelques indicateurs calculés chaque mois, sur le même périmètre et avec les mêmes définitions (chapitre 17).

IndicateurDéfinitionUsage
Taux d'impayéMontant des échéances non réglées à leur date, rapporté au montant quittancé sur la périodeMesure l'exposition du parc
Balance âgéeRépartition des sommes dues par ancienneté, moins de trente jours, trente à quatre-vingt-dix jours, plus de quatre-vingt-dix joursOriente les priorités
Taux de recouvrementSommes recouvrées rapportées aux sommes devenues impayées sur la périodeMesure l'efficacité du processus
Délai moyen de recouvrementDurée moyenne entre l'échéance impayée et son règlementMesure la réactivité
Coût du recouvrementFrais non récupérés rapportés aux sommes recouvréesMesure le rendement des démarches
Taux de passage en procédureDossiers ayant donné lieu à un commandement de payer, rapportés aux dossiers ouvertsMesure la qualité de la sélection et de l'amiable
Taux de perteCréances abandonnées ou effacées, rapportées au montant quittancéMesure le coût final des impayés

Comparez ces indicateurs d'une année sur l'autre et entre types de lots, comme les studios étudiants, les colocations ou les grands logements familiaux. Un écart durable signale un problème de sélection, de garantie ou de processus sur une partie du parc.

Un exemple chiffré

Exemple illustratif, sans valeur pour votre situation. Un loueur détient 80 lots loués en moyenne 620 € par mois, charges comprises. Le montant quittancé sur l'année est de 80 × 620 × 12, soit 595 200 €. Au cours de l'année, 21 080 € d'échéances n'ont pas été réglées à leur date, soit un taux d'impayé de 3,54 %.

À la clôture, 14 300 € de ces sommes ont été recouvrés, soit un taux de recouvrement de 67,8 %. Les frais non récupérés, lettres recommandées, actes non mis à la charge des débiteurs et droits de recouvrement, s'élèvent à 2 150 €, soit environ 0,15 € par euro recouvré. Le reste dû, 6 780 €, se répartit dans la balance âgée.

AnciennetéMontant dûPart du reste dû
Moins de 30 jours1 860 €27,4 %
De 30 à 90 jours2 120 €31,3 %
Plus de 90 jours2 800 €41,3 %
Total6 780 €100 %

La tranche de plus de quatre-vingt-dix jours concentre l'essentiel du risque de perte. Elle correspond aux dossiers à orienter vers un titre exécutoire et une exécution, ou vers une décision motivée de mise en sommeil.

Le contexte national

Les commissaires de justice publient des données agrégées issues de leurs actes. Selon la Chambre nationale des commissaires de justice, dont les chiffres ont été repris par le service Localtis de la Banque des Territoires le 17 mars 2026, environ 175 000 commandements de payer ont été délivrés à des locataires en 2025 et environ 30 500 ménages ont dû quitter leur logement à la suite d'une décision de justice la même année. Ces chiffres d'une profession ne constituent pas une statistique publique et ne mesurent pas le taux d'impayé d'un parc. Ils rappellent seulement que la procédure est d'usage courant et que son issue dépend largement de l'organisation du créancier.

Suivre les créances dans le temps

Le registre des créances

Chaque créance fait l'objet d'une fiche, tenue à jour à chaque événement. Elle comprend les éléments suivants.

  • Le lot, le bail, le locataire, la caution et la garantie éventuelle.
  • La date de la plus ancienne échéance impayée et la date à laquelle elle sera prescrite.
  • Le décompte détaillé, distinguant loyers, charges, indemnités d'occupation, réparations locatives, intérêts et frais.
  • Les démarches effectuées, avec leur date et la pièce correspondante.
  • Le titre exécutoire obtenu, sa date et la date du dernier acte d'exécution.
  • Le segment, la prochaine étape et la personne responsable.

La prescription et l'exécution

L'action en paiement des loyers et des charges se prescrit par trois ans. Une simple lettre, même recommandée, n'interrompt pas ce délai, alors qu'une reconnaissance de dette, un paiement partiel, une demande en justice ou un acte d'exécution forcée l'interrompent. Une fois le titre obtenu, il s'exécute pendant dix ans et chaque acte d'exécution fait courir un nouveau délai (Guide du bailleur privé, Recouvrer une dette locative).

Le registre doit donc signaler deux types d'échéances. Les premières sont les dates de prescription des créances sans titre, qui imposent d'agir en justice à temps. Les secondes sont les dates des derniers actes d'exécution, qui permettent de relancer les dossiers dormants avant la fin du délai de dix ans. Une revue annuelle avec chaque commissaire de justice permet de trier les dossiers à relancer, à maintenir en sommeil ou à abandonner.

Le locataire parti

Le départ du locataire change la nature du dossier. Arrêtez le décompte à la remise des clés ou au procès-verbal d'expulsion, imputez le dépôt de garantie, déclarez la sortie à l'assureur ou à Visale dans les délais, puis réclamez le solde à la caution. Demandez à chaque locataire sortant une adresse de correspondance, notée à l'état des lieux de sortie, car c'est souvent le seul moyen de lui notifier la dette sans recherche coûteuse.

Les réparations locatives se chiffrent à partir de la comparaison des états des lieux d'entrée et de sortie, vétusté déduite. Un poste mal justifié affaiblit l'ensemble du décompte et peut conduire à un rejet partiel sans appel en injonction de payer (chapitre 64).

Le surendettement

Lorsqu'un débiteur dépose un dossier de surendettement déclaré recevable, les saisies en cours sont suspendues et aucune nouvelle mesure d'exécution ne peut être engagée. Le créancier dispose de trente jours pour contester le montant retenu pour sa créance et transmettre ses justificatifs (Guide du bailleur privé, Recouvrer une dette locative). Sur un parc, ces courriers doivent être reconnus et traités en priorité, car un délai manqué peut faire retenir un montant inférieur à la créance réelle.

Les données et la communication avec le débiteur

Le recouvrement mobilise des données personnelles, comme la situation financière du locataire, son employeur ou ses difficultés familiales. Leur collecte doit se limiter à ce qui est nécessaire au recouvrement, leur accès aux personnes qui en ont besoin et leur conservation à la durée utile, selon les règles présentées au chapitre 111.

Plusieurs pratiques sont à proscrire. Informer l'employeur, les voisins ou la famille de la dette, hors des procédures légales comme la saisie des rémunérations, porte atteinte à la vie privée du locataire. Multiplier les appels ou les messages à toute heure peut être regardé comme une pression excessive. Ajouter au décompte des pénalités ou des frais de relance est interdit, ces clauses étant réputées non écrites dans un bail d'habitation.

Le ton des courriers compte aussi. Un courrier factuel, qui rappelle le montant, la base contractuelle et les étapes suivantes, est plus efficace et plus sûr qu'un courrier menaçant, qui pourra être produit devant le juge.

Les cas particuliers

La colocation

Dans une colocation à bail unique, la clause de solidarité permet de réclamer la totalité de la dette à chacun des colocataires et à leurs cautions, dans les limites prévues par le bail et par les actes de cautionnement. Le décompte doit alors distinguer les périodes, puisque la solidarité d'un colocataire qui a donné congé prend fin dans les conditions fixées par la loi. Avec des baux individuels, chaque bail est une créance distincte et suit son propre calendrier (chapitre 54).

Les étudiants

Les impayés d'étudiants se concentrent souvent sur les derniers mois de l'année universitaire, lorsque le départ approche. La caution, fréquemment un parent, est l'interlocuteur le plus efficace et doit être informée dès le premier incident. Le dépôt de garantie ne peut pas être imputé par le locataire sur le dernier loyer, ce qui impose de relancer normalement ces dernières échéances (chapitre 55).

Les baux commerciaux et professionnels

Les locaux commerciaux obéissent à des règles propres, avec un commandement de payer qui fait courir un délai d'un mois et un juge différent. Ces règles sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Impayés et résiliation du bail commercial. Dans un processus industrialisé, ces dossiers suivent un circuit distinct, confié à un avocat dès le commandement.

La comptabilité et la fiscalité des créances

Pour le loueur en meublé au régime réel des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), les loyers sont des créances acquises dès qu'elles sont certaines dans leur principe et déterminées dans leur montant, même si elles ne sont pas encaissées (bofip.impots.gouv.fr). Une créance douteuse peut donner lieu à une dépréciation et une créance devenue irrécouvrable à une perte, selon les conditions présentées au chapitre 106. Les indemnités versées par l'assureur GLI sont des produits imposables (chapitre 52).

Le registre des créances sert donc aussi à la clôture. Il fournit à l'expert-comptable, pour chaque créance, le montant, l'ancienneté, les démarches et la probabilité de recouvrement qui justifient le traitement retenu (chapitre 100).

Les erreurs fréquentes

  • Laisser chaque gestionnaire décider seul du moment de la mise en demeure, avec des pratiques différentes d'un lot à l'autre.
  • Oublier l'information annuelle des cautions avant le 31 mars, ou l'information du premier incident dans le mois.
  • Appliquer le taux d'intérêt légal du particulier alors que le loueur agit pour ses besoins professionnels.
  • Confier des dossiers à une société de recouvrement sans vérifier son assurance, son compte dédié et sa convention écrite.
  • Réclamer au locataire les frais de recouvrement amiable, qui restent à la charge du créancier.
  • Engager des mesures d'exécution dont le coût dépasse ce que le débiteur peut payer.
  • Abandonner un titre exécutoire au lieu de le mettre en sommeil et de le relancer avant dix ans.
  • Ignorer un courrier de la commission de surendettement et laisser passer le délai de trente jours.
  • Poursuivre le locataire pour des sommes déjà indemnisées par la GLI ou Visale.
  • Calculer les indicateurs sur des périmètres variables, ce qui empêche toute comparaison.

Liste de contrôle

  • Le processus de recouvrement est écrit, avec un calendrier, des seuils et des modèles validés.
  • Chaque impayé est détecté dans les jours qui suivent l'échéance et donne lieu à l'ouverture d'un dossier.
  • Les cautions personnes physiques reçoivent l'information du premier incident dans le mois et l'information annuelle avant le 31 mars.
  • Le commandement de payer est signifié à la caution dans les quinze jours.
  • Les lots couverts par une GLI ou par Visale suivent la procédure de l'organisme.
  • Le signalement à la CAF ou à la MSA est fait dans le délai lorsque l'aide est versée au loueur.
  • Chaque prestataire a fourni ses justificatifs et signé une convention écrite.
  • Le coût prévisible de chaque mesure est comparé à la somme que l'on peut espérer recouvrer.
  • Le registre des créances indique pour chacune la date de prescription et le dernier acte d'exécution.
  • Le taux d'impayé, la balance âgée, le taux de recouvrement et le coût du recouvrement sont calculés chaque mois.
  • Les données des débiteurs sont limitées au nécessaire et ne sont communiquées qu'aux intervenants de la procédure.
  • Le registre des créances est transmis à l'expert-comptable à la clôture.