Louer un appartement à trois étudiants et exploiter plusieurs dizaines de chambres réparties dans une série de logements ne relèvent pas du même métier. Au-delà de quelques colocations, le loueur gère un flux continu d'arrivées et de départs, des parties communes à entretenir, des charges à répartir et des relations entre occupants qu'il n'a pas choisis les uns pour les autres. Les règles juridiques restent celles de la colocation, mais leur application doit être organisée comme un processus.
Les bases de la colocation, notamment la solidarité, les cautions, l'assurance et le départ d'un colocataire, sont exposées dans le Guide du bailleur privé, La colocation. Ce chapitre traite de l'exploitation à grande échelle. Il présente le choix des baux individuels, la conception des logements, l'organisation du site, la gestion de la rotation et celle des charges, puis un exemple chiffré sur vingt-cinq chambres. Le coliving avec services, qui pose d'autres questions, fait l'objet du chapitre 56 et la résidence étudiante du chapitre 55.
Ce qui change à grande échelle
Une colocation isolée se gère au fil des événements. Une exploitation de plusieurs logements partagés impose au contraire des règles fixes, appliquées à toutes les chambres. Les sujets suivants deviennent structurants.
- La forme des baux, qui commande la solidarité, la vacance et la gestion des départs.
- La conformité des logements, car une erreur de surface ou de division se reproduit sur toutes les chambres.
- La rotation, qui peut concerner chaque année une large part des occupants.
- Les charges, dont la répartition entre occupants changeants doit rester simple et contrôlable.
- La vie commune, avec l'entretien des parties partagées et le traitement des conflits entre colocataires.
- La fiscalité, puisque les recettes de location meublée cumulées font souvent franchir les seuils du statut de loueur en meublé professionnel (LMP).
Bail unique ou baux individuels pour un parc
Les deux formes au regard d'une exploitation
La loi permet deux formes de colocation, un bail commun signé par tous les colocataires ou un bail individuel par colocataire, qui précise sa chambre privative et les parties communes (service-public.gouv.fr). Le guide privé compare les deux formes pour un logement isolé. Le tableau suivant les compare du point de vue d'un exploitant.
| Point | Bail unique | Baux individuels |
|---|---|---|
| Choix des occupants | Négocié avec les colocataires restants | Le bailleur choisit seul le remplaçant |
| Impayé d'un occupant | Réclamable aux autres s'il existe une clause de solidarité | Réclamable au seul défaillant et à sa caution |
| Chambre vacante | Le loyer entier reste dû par le groupe solidaire | Perte pour le bailleur |
| Dépôt de garantie | Un seul, rendu au départ du dernier colocataire | Un par colocataire, rendu à son départ |
| Contrat type | Le modèle réglementaire s'applique | Ne s'applique pas |
| Visale | Un visa pour deux colocataires au plus | Chaque colocataire fait sa demande à partir de trois |
| Conflit entre occupants | Peut déstabiliser tout le groupe | Reste limité aux relations entre occupants |
En baux individuels, le colocataire qui part ne doit sa part que jusqu'à la fin de son préavis. Son départ n'a pas d'effet sur les autres et le bailleur peut choisir le nouveau colocataire sans leur accord (anil.org). Cette maîtrise du peuplement explique que la plupart des exploitations importantes retiennent les baux individuels, en acceptant la perte de la solidarité.
Exemple illustratif, sans valeur de calcul pour votre situation. Un logement de quatre chambres est loué 1 800 € par mois, soit 450 € par chambre. Un occupant part et sa chambre reste vide trois mois. En bail unique avec clause de solidarité, le loyer entier reste dû par le groupe. Le partant ainsi que sa caution restent tenus jusqu'à six mois après la fin de son préavis si personne ne le remplace (chapitre 52). En baux individuels, la perte de 1 350 € reste au loueur. La solidarité protège donc le revenu, mais elle fait peser sur les occupants restants une charge qui fragilise le groupe et peut provoquer d'autres départs.
Passer d'un bail unique à des baux individuels
Un logement loué en bail unique ne se transforme pas en baux individuels en cours de contrat sans l'accord de tous les colocataires. Le changement se prépare au terme du bail ou au départ du dernier occupant, selon la séquence suivante.
- Attendre la libération complète du logement ou recueillir l'accord écrit de tous les colocataires à la résiliation du bail commun.
- Vérifier les conditions propres aux baux individuels, en particulier les 9 m² et 20 m³ par chambre et la condition de surface des aides au logement.
- Interroger la commune sur le permis de louer, qui s'appliquera ensuite à chaque bail individuel là où il existe.
- Rédiger le modèle de bail individuel avec la désignation de la chambre et des parties communes.
- Établir un état des lieux des parties communes de référence avant les premières entrées.
- Fixer le loyer de chaque chambre en vérifiant, en zone d'encadrement, que leur total respecte le plafond du logement entier.
Les conséquences du choix des baux individuels
Les baux individuels transforment chaque chambre en unité locative, avec son bail, son dépôt, son état des lieux et sa garantie. La gestion se rapproche de celle d'un ensemble de studios, avec en plus des parties communes à entretenir. La vacance d'une chambre devient une perte sèche, que seule une relocation rapide permet de limiter.
Chaque bail individuel doit désigner la chambre louée et les parties communes dont l'occupant a l'usage (anil.org). Les baux individuels n'étant pas soumis au contrat type, leur durée peut varier selon le statut de chaque colocataire (service-public.gouv.fr). Ils restent toutefois soumis à la loi du 6 juillet 1989 dès lors que l'occupant y a sa résidence principale. La durée, le dépôt et le préavis suivent donc le régime du bail, meublé dans la grande majorité des colocations exploitées à grande échelle (chapitre 53).
Le loyer en zone tendue
Dans les communes où le loyer est encadré, le plafond s'apprécie sur le logement entier. En bail commun, c'est la somme des loyers de tous les colocataires qui ne doit pas dépasser le plafond. En baux individuels, c'est le total des parts payées (service-public.gouv.fr). Multiplier les chambres ne permet donc pas de dépasser le loyer autorisé pour le logement. Hors zone tendue, le loyer est fixé librement à la première location.
Concevoir des logements conformes
Les surfaces
En baux individuels, chaque chambre doit mesurer au moins 9 m² et 20 m³, les pièces communes n'étant pas comptées. Le logement est ensuite apprécié dans son ensemble au regard de la décence. En bail commun, le logement doit comporter au moins une pièce principale de 9 m² et 2,20 m sous plafond ou de 20 m³, le règlement sanitaire départemental pouvant être plus strict (service-public.gouv.fr).
Les aides au logement ajoutent une condition propre. Le logement doit compter au moins 16 m² pour deux colocataires, plus 9 m² par colocataire supplémentaire (service-public.gouv.fr). Un logement de cinq chambres doit donc mesurer au moins 16 + 9 × 3, soit 43 m². Un logement de six chambres doit en mesurer 52 pour que chaque colocataire puisse prétendre à une aide.
Pour huit personnes et plus, une plaquette sur le surpeuplement publiée sur caf.fr par la caisse d'allocations familiales (CAF) retient 70 m², ce qui correspond au calcul de 16 + 6 × 9. La fiche du service public indique pour sa part 78 m². Faites confirmer le seuil par la CAF avant de concevoir un logement de huit chambres ou plus.
| Règle | Seuil | Effet d'un manquement |
|---|---|---|
| Chambre en bail individuel | 9 m² et 20 m³, pièces communes exclues | Logement non décent |
| Aides au logement | 16 m² pour deux, plus 9 m² par colocataire, 70 m² pour huit et plus selon la CAF | Perte de l'aide pour les colocataires |
| Division d'immeuble destiné à la location | 14 m² et 33 m³ par local créé | Division interdite, sanctions pénales |
| Règlement sanitaire départemental | Selon le département | Infraction aux règles locales d'occupation |
La division et le seuil de 14 m²
La chambre de 9 m² admise en colocation relève de la décence du logement. Elle ne doit pas être confondue avec la création de logements autonomes par division. Le Code de la construction et de l'habitation (CCH) interdit les divisions d'immeubles destinés à la location qui créent des locaux de moins de 14 m² ou de 33 m³, ainsi que des locaux privés d'eau potable, d'évacuation des eaux usées ou d'électricité. Certaines communes soumettent en outre à autorisation préalable les travaux qui créent plusieurs logements dans un immeuble existant, dispositif appelé permis de diviser (Guide du bailleur privé, Diviser, transformer ou changer l'usage d'un bien).
Une chambre équipée d'une kitchenette et d'une salle d'eau privatives, louée avec un accès très limité aux parties communes, se rapproche d'un logement autonome. Si elle a été créée en divisant un logement, elle peut tomber sous le seuil de 14 m² et 33 m³ applicable aux divisions. Faites vérifier ce type de projet par un notaire ou par l'ADIL avant les travaux.
Les équipements et la sécurité
La décence d'un logement partagé s'apprécie au regard du nombre d'occupants. Le nombre de salles d'eau et de toilettes, la capacité de la cuisine, le volume de rangement et la puissance électrique doivent correspondre à l'usage réel. Des équipements sous-dimensionnés provoquent des conflits entre colocataires, des pannes et une rotation plus forte.
Un logement loué en colocation de longue durée reste un local d'habitation. Les détecteurs de fumée, la sécurité électrique et la sécurité du gaz suivent les règles de l'habitation (chapitre 62). La situation change lorsque l'exploitation accueille une clientèle de passage avec des services, ce qui peut conduire au classement en établissement recevant du public (ERP). Ce basculement est traité aux chapitres 30 et 56.
Les formalités locales
Le permis de louer, là où la commune l'a instauré, s'applique à chaque nouvelle mise en location. Selon le guide privé, un bail individuel conclu pour une chambre est une mise en location qui appelle la formalité, alors que l'arrivée d'un colocataire par avenant à un bail unique ne l'est pas. Interrogez la collectivité sur la façon dont elle traite les baux individuels par chambre (Guide du bailleur privé, Le permis de louer). Avec une forte rotation, cette formalité peut se répéter plusieurs fois par an pour un même logement.
En copropriété, vérifiez que le règlement de copropriété ne restreint pas l'usage des lots et que la colocation ne contrevient pas à sa clause de destination. Le guide privé présente les règles applicables au bailleur copropriétaire et le chapitre 73 la situation du loueur qui détient de nombreux lots.
Organiser l'exploitation
Les processus à formaliser
Une colocation à grande échelle repose sur quelques processus répétés chaque semaine. Formalisez-les par écrit, avec un responsable et un délai cible pour chacun.
- La commercialisation de chaque chambre, avec des annonces qui mentionnent le loyer, les charges, le dépôt, la surface de la chambre et le classement énergétique du logement (chapitre 50).
- La sélection des candidats selon une grille unique et des pièces autorisées (chapitre 51).
- La garantie de chaque occupant, caution, Visale ou assurance contre les loyers impayés, selon la politique arrêtée (chapitre 52).
- La signature du bail individuel, de l'acte de cautionnement et de l'inventaire du mobilier.
- L'entrée, avec l'état des lieux de la chambre et des parties communes, la remise des clés et l'attestation d'assurance.
- La vie du logement, avec l'entretien des parties communes, les interventions techniques et le traitement des réclamations (chapitres 59 et 61).
- La sortie, avec l'état des lieux, la restitution du dépôt et la remise en location immédiate.
L'état des lieux en colocation à baux individuels
Chaque bail individuel donne lieu à son propre état des lieux. Il décrit la chambre louée avec précision, ainsi que l'état des parties communes au jour de l'entrée. Les dégradations des parties communes sont difficiles à imputer à un occupant précis lorsque plusieurs colocataires les utilisent. Un état des lieux des parties communes tenu à jour à chaque mouvement, avec des photographies datées, permet au moins de situer dans le temps l'apparition d'un dommage. La méthode d'un état des lieux à grande échelle est présentée au chapitre 64.
Les règles de vie commune
Les règles de vie dans le logement, comme l'usage de la cuisine, le bruit, les invités, le tri des déchets ou le ménage des parties communes, peuvent être portées à la connaissance des occupants dans un document remis avec le bail. Ce document ne peut pas ajouter d'obligations contraires à la loi du 6 juillet 1989. L'article 4 de cette loi répute non écrite la clause qui autorise le bailleur à percevoir des amendes ou des pénalités en cas d'infraction aux clauses du bail ou au règlement intérieur de l'immeuble (service-public.gouv.fr).
La même fiche range parmi les clauses interdites celle qui rend les locataires collectivement responsables des dégradations d'un élément commun. En colocation à baux individuels, le loueur ne peut donc pas répartir d'office entre tous les occupants le coût d'une dégradation des parties communes dont l'auteur n'est pas identifié. Les frais de relance ou d'envoi de quittance et l'obligation de payer par prélèvement automatique sont également exclus.
Les conflits entre colocataires relèvent d'abord des colocataires eux-mêmes. Le bailleur n'intervient qu'au titre de ses propres obligations, notamment la jouissance paisible du logement. Il peut agir contre un occupant qui manque gravement aux siennes, dans les conditions prévues par son bail. Un interlocuteur identifié et un délai de réponse annoncé limitent l'escalade de ces conflits.
Le ménage et les services
L'entretien des parties communes intérieures au logement est souvent laissé aux colocataires. Lorsque le loueur organise un ménage régulier, il doit l'intégrer dans le loyer ou dans le forfait de charges, selon des règles qui doivent rester cohérentes avec le régime choisi. Le ménage régulier fait partie des services para-hôteliers. Ajouté à d'autres services, il peut faire entrer l'exploitation dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et modifier sa qualification (chapitres 56 et 58).
Gérer la rotation
Mesurer la rotation
La rotation se mesure par le nombre de départs rapporté au nombre de chambres sur une année. En colocation étudiante, elle se concentre à la fin de l'année universitaire. En colocation de jeunes actifs, elle s'étale davantage au fil de l'année. Les indicateurs de pilotage, notamment le taux d'occupation financier et la durée moyenne de vacance, sont présentés au chapitre 17.
Organiser le cycle de relocation
En location meublée, le colocataire peut partir à tout moment avec un préavis d'un mois. La relocation doit donc pouvoir s'enclencher dès la réception du congé. Le cycle type est le suivant.
- Enregistrer le congé et calculer la date de fin du préavis.
- Publier l'annonce de la chambre le jour même, avec une date de disponibilité.
- Organiser les visites pendant le préavis, en informant les occupants dans les conditions prévues au bail.
- Sélectionner le candidat et préparer son bail avant la sortie du partant.
- Faire l'état des lieux de sortie, puis remettre la chambre en état dans les jours qui suivent.
- Faire entrer le nouvel occupant au plus près de la date de sortie.
- Restituer le dépôt du partant dans le délai d'un ou de deux mois selon l'état des lieux.
- Signaler les mouvements à la caisse qui verse les aides au logement et délivrer les attestations de loyer.
Pour les colocations étudiantes, le bail de neuf mois ou le bail mobilité permettent d'aligner la fin des contrats sur le calendrier universitaire. Ils déplacent la difficulté vers l'été, période pendant laquelle les chambres restent souvent vides (chapitre 55).
Les aides au logement des colocataires
Chaque colocataire peut demander individuellement une aide au logement pour sa part de loyer, sous condition de décence et de surface. Les colocataires de moins de 30 ans peuvent aussi demander l'aide Mobili-Jeune d'Action Logement (service-public.gouv.fr). Avec une forte rotation, le loueur délivre de nombreuses attestations de loyer et doit signaler sans délai les départs des colocataires dont il perçoit l'aide, afin d'éviter des indus. Les règles du tiers payant sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Le locataire en difficulté et les aides au logement.
Gérer les charges
Provisions ou forfait
En colocation, les charges peuvent être payées par provisions avec régularisation au moins une fois par an, le décompte étant transmis un mois avant. Elles peuvent aussi prendre la forme d'un forfait inscrit au bail, non disproportionné, sans régularisation ultérieure et révisable chaque année comme le loyer (service-public.gouv.fr).
À grande échelle, le forfait est souvent retenu. La régularisation de provisions entre des occupants qui se sont succédé en cours d'année oblige en effet à calculer une quote-part par chambre et par période d'occupation, puis à retrouver les anciens occupants pour leur réclamer un complément ou leur reverser un trop-perçu. Le forfait supprime ces calculs, mais il laisse au loueur le risque d'une hausse des consommations jusqu'à sa révision.
| Critère | Provisions | Forfait |
|---|---|---|
| Ajustement aux dépenses réelles | Oui, par la régularisation annuelle | Non, seulement par la révision annuelle |
| Charge administrative | Élevée avec une forte rotation | Faible |
| Risque de hausse des consommations | Supporté par les occupants | Supporté par le loueur |
| Contrôle du montant | Décompte et justificatifs | Montant non manifestement disproportionné |
| Rappels de charges | Possibles dans un délai de trois ans | Aucun rappel possible |
Fixer un forfait cohérent
Le forfait se calcule à partir des dépenses récupérables réelles du logement, puis se répartit entre les chambres. Il doit être réexaminé chaque année au regard des consommations, même si sa révision suit les mêmes conditions que le loyer. Les dépenses récupérables sont celles de la liste réglementaire, détaillée dans le Guide du bailleur privé, Les charges récupérables en détail.
Exemple illustratif, sans valeur de calcul pour votre situation. Un logement de cinq chambres génère 3 600 € de dépenses récupérables par an, essentiellement l'eau et l'énergie des parties communes et des chambres. Réparti sur cinq chambres et douze mois, ce montant correspond à un forfait de 60 € par chambre et par mois. Si les dépenses de l'année atteignent 4 200 €, le loueur supporte les 600 € d'écart et ne pourra qu'ajuster le forfait à la date de révision.
Sur un parc, comparez chaque année les forfaits facturés aux dépenses réelles de chaque logement. Un écart persistant dans un sens ou dans l'autre appelle une révision ou un réexamen du montant à la relocation. Le traitement des charges sur un grand parc est approfondi au chapitre 60.
L'assurance des occupants
Chaque colocataire doit être assuré au minimum contre les risques locatifs, à savoir l'incendie, l'explosion et le dégât des eaux. Le bailleur peut souscrire l'assurance pour le compte des colocataires si le bail le prévoit. La prime peut alors être majorée dans la limite fixée par décret et répercutée dans les loyers (service-public.gouv.fr). À grande échelle, cette option évite de relancer chaque année des dizaines d'occupants pour obtenir leur attestation. Elle suppose de prévoir la clause dès la signature de chaque bail.
Un exemple chiffré sur vingt-cinq chambres
Exemple illustratif, sans valeur de calcul pour votre situation. Un loueur exploite cinq logements de cinq chambres en baux individuels meublés. Chaque chambre est louée 370 € hors charges avec un forfait de charges de 60 €, soit 430 € par mois. Les loyers et forfaits potentiels atteignent 25 × 430 × 12, soit 129 000 € par an, dont 111 000 € de loyers hors charges et 18 000 € de forfaits.
Dans un premier scénario, quinze départs se répartissent sur l'année et chaque chambre reste vide en moyenne trois semaines, soit 0,75 mois. La vacance totale représente 11,25 mois de chambre, donc 4 837,50 € de loyers et forfaits perdus. Le taux d'occupation financier atteint 96,25 %. Les frais de relocation, estimés à 120 € par départ pour l'annonce, l'état des lieux et le ménage, s'élèvent à 1 800 €.
Dans un second scénario, dix des quinze départs ont lieu fin juin et les chambres ne sont relouées qu'en septembre, soit deux mois de vacance chacune. Les cinq autres départs gardent une vacance de 0,75 mois. La perte atteint 8 600 € pour les départs d'été et 1 612,50 € pour les autres, soit 10 212,50 €. Le taux d'occupation financier tombe à environ 92,1 %.
| Scénario | Mois de vacance | Perte de loyers et forfaits | Taux d'occupation financier |
|---|---|---|---|
| Départs étalés | 11,25 | 4 837,50 € | 96,25 % |
| Départs groupés en été | 23,75 | 10 212,50 € | Environ 92,1 % |
L'écart de 5 375 € entre les deux scénarios montre que le calendrier des départs compte autant que leur nombre. Il éclaire le choix des baux, par exemple un bail meublé d'un an plutôt qu'un bail de neuf mois pour des occupants susceptibles de rester l'été, ou une commercialisation estivale ciblée sur les stagiaires et les personnes en mobilité sous bail mobilité. Dans cet exemple, les forfaits ne couvrent les dépenses que pendant les mois occupés, alors que certaines dépenses courent aussi pendant la vacance.
Les situations particulières
Le couple dans une chambre
Un couple peut occuper une même chambre, sous réserve que le logement reste décent au regard du nombre total d'occupants. En baux individuels, les deux membres du couple signent le même bail de la chambre, ou l'un seulement, selon votre politique. Dans le second cas, seules les ressources du signataire et de sa caution garantissent le loyer (chapitre 51). La condition de surface des aides au logement s'apprécie en fonction du nombre de colocataires.
La colocation en bail mobilité
Le bail mobilité peut prendre la forme d'un bail unique signé par tous ou d'un bail par colocataire, mais toute clause de solidarité entre colocataires y est interdite (service-public.gouv.fr). Le dépôt de garantie est exclu. Ce bail convient à la commercialisation estivale auprès de stagiaires ou de salariés en mission, à condition que chaque occupant relève de l'un des publics prévus.
Le bailleur en indivision ou en société
Lorsque les logements partagés appartiennent à une indivision ou à un couple, tous les bailleurs figurent dans chaque bail individuel ou donnent pouvoir à l'un d'eux. Une exploitation logée dans une société civile immobilière (SCI) à l'impôt sur le revenu soulève la question de l'impôt sur les sociétés dès que la location meublée devient habituelle (chapitre 53). Un bailleur personne morale est aussi soumis aux limites du cautionnement propres aux sociétés (chapitre 52).
Le passage au statut de loueur professionnel
Une colocation de quelques chambres suffit souvent à franchir le seuil de 23 000 € de recettes, puisque les forfaits de charges s'ajoutent aux loyers. Le passage du statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) au statut LMP ne change rien aux baux, mais il modifie les cotisations sociales et le régime des plus-values. Il se surveille donc dès la conception du projet (chapitres 2 et 3).
Ce que vérifient les autorités
La caisse qui verse les aides au logement vérifie la décence et la surface du logement au regard du nombre de colocataires. Un logement non conforme peut voir l'aide suspendue ou conservée par la caisse, ce qui fragilise la capacité des occupants à payer. La commune et les services d'hygiène contrôlent les divisions, le permis de louer et les conditions d'occupation, avec une attention particulière pour les exploitations qui multiplient les chambres. L'administration fiscale, enfin, vérifie que les forfaits de charges figurent dans les recettes et que les services ajoutés n'ont pas fait entrer l'activité dans le champ de la TVA.
| Sujet | Petit parc | Grand parc |
|---|---|---|
| Forme des baux | Bail unique possible avec un groupe stable | Baux individuels pour maîtriser le peuplement |
| Charges | Forfait fixé sur le dernier décompte | Forfait par logement comparé chaque année aux dépenses réelles |
| Exploitation | Gestion directe par le loueur | Gestionnaire de site salarié ou prestataire |
| Parties communes | Visite à chaque mouvement | État des lieux des parties communes tenu à jour et contrôles périodiques |
| Rotation | Suivi au cas par cas | Calendrier annuel des départs, commercialisation estivale ciblée |
La fiscalité de l'exploitation
Les loyers et forfaits d'une colocation meublée constituent des recettes de location meublée, imposées dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Une exploitation de vingt-cinq chambres comme celle de l'exemple dépasse le seuil de recettes du micro-BIC et celui de 23 000 € du statut de LMP. Le statut dépend aussi de la comparaison avec les autres revenus d'activité du foyer (chapitres 2 et 3). Le régime réel, l'amortissement du mobilier des chambres et des parties communes ainsi que la cotisation foncière des entreprises (CFE) sont traités aux chapitres 75, 76 et 81.
Une colocation nue produit des revenus fonciers, qui ne comptent pas dans les recettes du statut de LMP. Les services ajoutés à la location peuvent modifier la qualification de l'activité et son régime de TVA (chapitres 5 et 58).
Les erreurs fréquentes
- Créer des chambres de moins de 9 m² ou diviser un logement en locaux autonomes de moins de 14 m² et 33 m³.
- Oublier la condition de surface des aides au logement, ce qui prive les colocataires de leur aide et fragilise leur capacité à payer.
- Dépasser en zone tendue le loyer autorisé pour le logement entier en additionnant les loyers des chambres.
- Utiliser un modèle de bail individuel non relu, reproduit ensuite sur toutes les chambres.
- Prévoir des pénalités financières dans un règlement de vie commune, clause réputée non écrite.
- Répartir entre tous les colocataires le coût d'une dégradation des parties communes dont l'auteur est inconnu.
- Accepter en bail unique des colocataires sans mesurer que la vacance d'une chambre, soit 1 350 € pour trois mois dans l'exemple, pèse sur les occupants restants.
- Prévoir une clause de solidarité dans une colocation en bail mobilité.
- Laisser les chambres vides tout l'été faute de calendrier de relocation adapté, soit 5 375 € de perte supplémentaire sur vingt-cinq chambres dans l'exemple.
- Fixer un forfait de charges sans le comparer chaque année aux dépenses réelles.
- Organiser un ménage régulier et d'autres services sans mesurer leurs effets sur la TVA et la qualification de l'activité.
- Négliger le permis de louer pour chaque nouveau bail individuel là où il existe.
- Tarder à signaler les départs à la caisse qui verse les aides au logement.
- Omettre les forfaits de charges dans les recettes déclarées ou dans le calcul des seuils, alors qu'ils en font partie au même titre que les loyers.
Liste de contrôle
- Forme. La forme des baux est choisie pour tout le parc, avec un modèle de bail individuel relu.
- Surfaces. Chaque chambre atteint 9 m² et 20 m³ et chaque logement respecte la condition de surface des aides au logement.
- Division. Aucun local autonome de moins de 14 m² ou 33 m³ n'a été créé par division et le permis de diviser a été obtenu là où il existe.
- Loyer. En zone tendue, le total des loyers ne dépasse pas le plafond du logement entier.
- Formalités. Le permis de louer est traité pour chaque nouvelle mise en location et le règlement de copropriété a été vérifié.
- Processus. Les étapes de commercialisation, de sélection, d'entrée, de vie du logement et de sortie sont écrites, avec un responsable.
- États des lieux. Chaque bail a son état des lieux et celui des parties communes est mis à jour à chaque mouvement.
- Charges. Le forfait de chaque logement est comparé chaque année aux dépenses récupérables réelles.
- Assurance. Chaque occupant est assuré ou l'assurance pour compte est prévue dans chaque bail.
- Rotation. Le calendrier des départs est suivi et la relocation commence dès la réception de chaque congé.
- Clauses. Le règlement de vie commune ne prévoit ni pénalités ni responsabilité collective pour les parties communes.
- Bail mobilité. Les colocations en bail mobilité ne comportent ni solidarité ni dépôt de garantie.
- Bailleurs. Tous les bailleurs figurent dans chaque bail ou ont donné pouvoir à l'un d'eux.
- Statut. Les recettes, forfaits compris, sont suivies au regard des seuils du micro-BIC et du statut de LMP.