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Locafis®

Guide du bailleur professionnel, chapitre 49

Industrialiser la mise en location

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Avec quelques logements, la relocation se gère au cas par cas. Avec plusieurs dizaines de lots, elle devient une opération répétée chaque mois, parfois chaque semaine. Chaque improvisation se paie alors en jours de vacance, en erreurs juridiques reproduites sur tous les baux et en litiges difficiles à défendre faute de traces. Industrialiser la mise en location consiste à décrire une seule fois la meilleure façon de faire, puis à l'appliquer à chaque lot avec des modèles, des délais cibles et des contrôles.

Ce chapitre ne reprend pas les règles de base de l'annonce, des visites, du dossier, du bail et de l'état des lieux, présentées dans le guide du bailleur privé. Il montre comment les assembler en un processus standard, qui fait quoi, dans quel délai et avec quels documents. La commercialisation est approfondie au chapitre 50, la sélection des candidats au chapitre 51, les garanties au chapitre 52, la vacance au chapitre 63 et les états des lieux à grande échelle au chapitre 64.

Pourquoi standardiser

Le premier motif est économique. Chaque jour entre deux locataires coûte un jour de loyer, alors que la taxe foncière, les charges non récupérables et les échéances de crédit continuent de courir.

Le deuxième motif est juridique. Une mention manquante dans un modèle de bail ou d'annonce n'est pas une erreur isolée, elle se reproduit sur chaque lot loué avec ce modèle. À l'inverse, un modèle juste et tenu à jour protège tous les baux d'un coup.

Le troisième motif tient à la preuve et à la délégation. Un processus écrit permet de déléguer sans perdre la maîtrise et de démontrer que tous les candidats ont été traités de la même façon.

Un exemple chiffré

Exemple illustratif, sans valeur de référence pour votre parc. Un loueur détient 40 logements meublés au loyer moyen de 520 € charges comprises. Le taux de rotation est de 30 % par an, soit 12 relocations. Le loyer quotidien moyen ressort à 520 × 12 / 365, soit environ 17,10 €.

SituationJours de vacance par relocationPerte annuellePart des loyers annuels
Sans processus255 128,77 €2,05 %
Avec processus81 641,21 €0,66 %
Écart173 487,56 €1,39 point

Les loyers annuels théoriques s'élèvent à 249 600 €. Réduire de dix-sept jours la vacance de chaque relocation représente ici près de 3 500 € par an, charges supportées pendant la vacance non comprises. Le gain vient surtout de la commercialisation pendant le préavis.

Second exemple illustratif. Un loueur détient 120 logements meublés au loyer moyen de 480 € charges comprises, avec un taux de rotation de 45 % par an, soit 54 relocations. Le loyer quotidien moyen ressort à environ 15,78 €. Avec vingt jours de vacance par relocation, la perte annuelle atteint environ 17 043 €. Avec six jours, elle tombe à environ 5 113 €. L'écart de 11 930 € représente environ 1,73 % des 691 200 € de loyers annuels théoriques. Sur un grand parc à forte rotation, chaque jour gagné par relocation vaut environ 852 € par an.

Le cadre juridique qui s'impose au processus

Un processus industrialisé ne peut pas raccourcir les délais fixés par la loi ni supprimer une formalité. Il doit au contraire les intégrer comme des étapes bloquantes, que nul ne peut contourner pour gagner du temps. Le tableau suivant rassemble les règles qui structurent chaque relocation de résidence principale.

ÉtapeRègle à intégrerFondement
AnnonceMentions obligatoires sur tout support, dont le loyer, les charges, le dépôt de garantie, la surface habitable et les classes du diagnostic de performance énergétique (DPE)Article 2-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989
VisitesPendant le préavis, pas de visite les jours fériés ni plus de deux heures les jours ouvrablesArticle 4 de la loi de 1989
RisquesÉtat des risques remis au candidat dès la première visiteCode de l'environnement
DossierListe limitative des pièces exigibles, aucune somme avant la signatureDécret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015, article 22-2 de la loi de 1989
ChoixInterdiction de toute discriminationArticle 1er de la loi de 1989, article 225-1 du Code pénal
GarantieContrat de cautionnement Visale validé en ligne avant la signature du bailConditions de la garantie Visale
AutorisationAutorisation préalable obtenue avant la signature, ou déclaration dans les quinze jours qui suivent, là où la collectivité l'a instituéeCode de la construction et de l'habitation
BailRespect du contrat type et annexion de la notice d'informationDécret n° 2015-587 du 29 mai 2015, arrêté du 29 mai 2015
AnnexesDossier de diagnostic technique complet et valideArticle 3-3 de la loi de 1989
EntréeÉtat des lieux contradictoire et attestation d'assurance du locataireArticles 3-2 et 7 de la loi de 1989
SortieRestitution du dépôt de garantie dans un mois ou deux mois selon l'état des lieux de sortieArticle 22 de la loi de 1989

Une règle domine toutes les autres, car elle détermine si le lot peut être reloué. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au DPE n'est plus décent en métropole pour un nouveau bail. Les logements classés F suivront en 2028. Le processus doit donc vérifier la classe du lot avant toute commercialisation, comme l'explique le Guide du bailleur privé, Le DPE et le calendrier énergétique. La stratégie énergétique d'un parc est traitée au chapitre 66.

Qui peut intervenir dans le processus

Vous pouvez louer vos propres logements sans carte professionnelle, puisque la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, vise les opérations portant sur les biens d'autrui. Vos salariés agissent en votre nom et sous votre responsabilité. En revanche, un tiers rémunéré qui recherche habituellement des locataires ou gère des lots pour votre compte doit en principe détenir la carte professionnelle correspondante (chapitre 14).

Lorsque la recherche du locataire, la visite, la constitution du dossier, la rédaction du bail ou l'état des lieux sont confiés à un professionnel, les honoraires facturables au locataire sont plafonnés par le décret n° 2014-890 du 1er août 2014. Lorsque vous accomplissez ces tâches vous-même ou par vos salariés, aucun frais ne peut être réclamé au locataire à ce titre (Guide du bailleur privé, Le bail et l'état des lieux d'entrée).

Cartographier le processus de bout en bout

La cartographie décrit chaque étape, son déclencheur, son livrable et son responsable. Elle tient sur une page et sert de référence à toute personne qui intervient dans la relocation. Le processus type comprend les huit phases suivantes.

  1. Anticiper. Réception du congé ou fin d'un bail connue, contrôle de sa validité et calcul de la date de départ.
  2. Préparer le lot. Visite technique, liste des travaux, contrôle des diagnostics et de l'autorisation de louer.
  3. Commercialiser. Annonce à partir du modèle du type de lot, diffusion, réponse type aux demandes.
  4. Faire visiter. Créneaux convenus avec le locataire en place, remise de l'état des risques, fiche récapitulative.
  5. Sélectionner. Réception des dossiers, contrôle des pièces, application de la grille, décision et réponses.
  6. Contractualiser. Mise en place de la garantie, génération du bail à partir du modèle, signature.
  7. Faire entrer. État des lieux et inventaire, remise des clés, relevés de compteurs, attestation d'assurance.
  8. Clôturer. Archivage du dossier, suppression des dossiers non retenus, mesure du délai et retour d'expérience.

Chaque phase a une condition de passage à la suivante. Un lot ne passe pas en commercialisation tant que sa classe énergétique, ses diagnostics et son autorisation de louer ne sont pas validés. Un bail n'est pas généré tant que la garantie n'est pas en place et que le dossier n'a pas été contrôlé.

Anticiper dès la réception du congé

Le congé du locataire sortant déclenche le processus. Enregistrez la date de réception, vérifiez la forme du congé et la durée du préavis applicable, puis calculez la date de fin. Les règles de forme et de préavis sont présentées dans le Guide du bailleur privé, La fin du bail.

Adressez au locataire un accusé de réception écrit qui indique la date de fin retenue, propose une date d'état des lieux de sortie et lui demande son accord sur des créneaux de visite. Cette lettre type fixe dès le premier jour le calendrier de la relocation et limite les contestations ultérieures.

Pour les fins de bail prévisibles, comme les baux étudiants de neuf mois ou les baux mobilité, le déclencheur est une date fixée dans un tableau des échéances revu chaque mois.

Préparer le lot pendant le préavis

Une visite technique pendant le préavis, convenue avec le locataire, permet de repérer les travaux à prévoir et de les commander avant le départ. Elle ne remplace pas l'état des lieux de sortie et ne doit pas en anticiper les conclusions vis-à-vis du locataire.

La préparation comprend aussi un contrôle documentaire du lot. Vérifiez la validité de chaque diagnostic à la date prévue de signature, la date de l'état des risques, qui doit avoir moins de six mois, ainsi que l'existence et la durée de l'autorisation de louer si la commune l'exige (Guide du bailleur privé, Le permis de louer). Pour l'autorisation préalable, la collectivité dispose d'un mois pour se prononcer, ce qui impose de déposer le dossier dès la réception du congé.

Commercialiser et faire visiter

L'annonce est produite à partir du modèle du type de lot, mis à jour du loyer applicable, des classes du DPE et de la date de disponibilité. Elle est publiée dès que la date de départ est certaine, jamais avant que les travaux soient planifiés de façon fiable. Les canaux, la marque et la réputation sont traités au chapitre 50.

Les visites se regroupent en créneaux courts convenus par écrit avec le locataire en place. Chaque candidat reçoit la même fiche récapitulative et l'état des risques.

Sélectionner et contractualiser

Les dossiers arrivent par un canal unique et sont contrôlés puis classés selon une grille fixée avant la commercialisation (chapitre 51). La décision est notifiée par écrit au candidat retenu, sous réserve de la mise en place de la garantie.

La garantie est mise en place avant le bail, qu'il s'agisse d'une caution, de Visale ou d'une garantie des loyers impayés (GLI), dont les conditions sont détaillées au chapitre 52. Le bail est ensuite généré à partir du modèle en vigueur, relu sur les seules zones variables puis signé.

Faire entrer et clôturer

L'état des lieux d'entrée suit une trame unique par type de lot, avec photographies et relevés de compteurs. L'attestation d'assurance du locataire est recueillie à la remise des clés et son renouvellement annuel est suivi.

La clôture comprend l'archivage du dossier du locataire retenu, la suppression des dossiers non retenus dans le délai prévu, le retrait de l'annonce de tous les supports et l'enregistrement des dates réelles de chaque étape. Ces dates alimentent les indicateurs présentés plus loin.

Les délais cibles

Les délais cibles sont des objectifs internes, pas des obligations légales. Ils doivent rester compatibles avec les délais impératifs de la loi, que le processus ne peut jamais réduire. Le tableau suivant distingue les deux, pour un lot meublé dont le préavis du locataire sortant est d'un mois.

ÉtapeContrainte légale ou externeCible interne illustrative
Accusé de réception du congéAucuneDeux jours ouvrés
Visite techniqueAccord du locataire en placeSept jours après le congé
Dépôt de l'autorisation de louerDécision dans le mois du dépôtTrois jours après le congé
Publication de l'annonceMentions obligatoires complètesCinq jours après le congé
Contrôle d'un dossier completListe limitative des piècesDeux jours ouvrés
Décision et réponsesÉgalité de traitementTrois jours après la clôture des visites
Signature du bailGarantie en place et contrat typeDix jours avant le départ du sortant
Entrée du nouveau locataireÉtat des lieux de sortie du précédent réaliséLendemain du départ du sortant
Déclaration de mise en locationQuinze jours après la signature, là où elle est exigéeDeux jours après la signature
Restitution du dépôt du sortantUn mois ou deux mois après la remise des clésQuinze jours après l'état des lieux de sortie

Un calendrier type

Exemple illustratif. Le locataire d'un studio meublé donne congé par une lettre reçue le 2 février. Son préavis d'un mois expire le 2 mars. Le tableau suivant montre un enchaînement qui permet une entrée du nouveau locataire le 3 mars.

DateÉtape
2 févrierRéception du congé, enregistrement, accusé de réception avec date de fin et proposition de créneaux
4 févrierDépôt de la demande d'autorisation de louer si la commune l'exige, contrôle des diagnostics
6 févrierVisite technique convenue avec le locataire, commande des menus travaux
7 févrierPublication de l'annonce sur les canaux retenus
12 et 14 févrierDeux créneaux de visites, remise de l'état des risques
15 au 18 févrierRéception et contrôle des dossiers
19 févrierDécision, réponses à tous les candidats, garantie engagée pour le dossier retenu
20 févrierSignature électronique du bail généré à partir du modèle en vigueur
2 marsÉtat des lieux de sortie, puis interventions de remise en état prévues
3 marsÉtat des lieux d'entrée et remise des clés au nouveau locataire

Les modèles à tenir à jour

Les modèles sont le cœur du processus. Ils garantissent que chaque document contient les mentions exigées et que tous les candidats reçoivent la même information. La bibliothèque d'un loueur professionnel comprend en général les documents suivants.

  • Un modèle d'annonce par type de lot, avec les mentions obligatoires prévues.
  • Une réponse type aux demandes, rappelant le loyer charges comprises, la date de disponibilité, le type de bail, les critères et la liste des pièces.
  • Une fiche récapitulative remise à la visite.
  • La grille de critères de sélection et la grille de contrôle des pièces (chapitre 51).
  • Une lettre de réponse favorable sous réserve et une lettre de refus neutre.
  • Un modèle de bail par régime, location vide, meublée, étudiante de neuf mois, colocation et mobilité (chapitre 53).
  • Un acte de cautionnement conforme au Code civil et à la loi de 1989.
  • La notice d'information en vigueur.
  • Une trame d'état des lieux et d'inventaire par type de lot (chapitre 64).
  • Les courriers types de l'accusé de réception du congé et de la convocation à l'état des lieux.

Le contrat type et ses mises à jour

Le bail d'une résidence principale, vide ou meublée, doit respecter le contrat type fixé par le décret n° 2015-587 du 29 mai 2015. Ce décret a été modifié à plusieurs reprises.

Le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 a modifié les contrats types pour les contrats conclus ou renouvelés à compter du 1er octobre 2026. Il permet d'indiquer les coordonnées téléphoniques du bailleur et du locataire et précise le contenu des clauses résolutoires. L'arrêté du 29 mai 2015 relatif à la notice d'information a lui-même été modifié par un arrêté du 9 octobre 2026 (anil.org). Les contrats types ne s'appliquent pas au bail mobilité, aux locations saisonnières ni aux logements-foyers.

Selon la même source, le respect du modèle type pour les clauses relatives au défaut de paiement et au défaut d'occupation du logement à titre de résidence principale vaut pour les contrats conclus ou renouvelés à compter du 1er octobre 2026. La clause de résiliation de plein droit pour défaut de paiement ne produit effet que six semaines après un commandement de payer resté infructueux. La clause fondée sur le défaut d'assurance des risques locatifs produit effet un mois après un commandement. L'ANIL rappelle aussi que le numéro de téléphone et l'adresse électronique des parties restent des mentions facultatives. Les exclusions s'étendent aux logements liés à une fonction ou à un emploi, aux locations consenties à des travailleurs saisonniers, aux résidences secondaires et aux locations professionnelles. Une colocation formalisée par plusieurs contrats n'utilise pas non plus le modèle type annexé au décret.

Cet exemple montre pourquoi un professionnel doit dater et numéroter ses modèles. Un bail signé le 2 octobre 2026 à partir d'un modèle antérieur au décret de juillet ne respecte plus entièrement le contrat type applicable, alors qu'un bail signé fin septembre le respectait encore.

La gestion des versions

Chaque modèle porte un numéro de version, une date d'entrée en vigueur et la référence des textes qu'il applique. Une seule version est active à un instant donné et les versions antérieures sont archivées, car elles restent nécessaires pour interpréter les baux signés avec elles.

Désignez une personne responsable de la veille et des mises à jour. Les sources à suivre sont le Journal officiel, les pages de Légifrance, les analyses juridiques de l'Agence nationale pour l'information sur le logement (ANIL) et les fiches de service-public.gouv.fr. Une revue complète de la bibliothèque une fois par an, en plus des mises à jour ponctuelles, évite qu'un modèle oublié reste en circulation.

La personnalisation contrôlée

Le modèle distingue les zones fixes, que personne ne modifie, des zones variables comme l'identité des parties, le loyer, la date d'effet ou la désignation du lot. Les clauses particulières ajoutées au cas par cas doivent rester rares, validées par la personne responsable et conformes à la loi.

L'article 4 de la loi de 1989 répute non écrites de nombreuses clauses, par exemple celles qui imposent un mode de paiement du loyer ou des pénalités hors du cadre légal. Une clause illicite insérée dans un modèle se retrouve dans tous les baux et ne produit aucun effet, tout en fragilisant votre position en cas de litige (Guide du bailleur privé, Le bail et l'état des lieux d'entrée).

Répartir les rôles

Un processus n'est fiable que si chaque tâche a un responsable identifié et un contrôle. Le loueur garde les décisions qui engagent le patrimoine ou exposent à un risque juridique. Il délègue les tâches d'exécution. Le tableau suivant donne une répartition type pour un parc géré avec un salarié et des prestataires.

TâcheExécutionValidation
Calcul du préavisSalariéLoueur pour les cas de préavis réduit contesté
Visite techniqueSalarié ou prestataireLoueur pour les travaux au-delà d'un seuil fixé
AnnonceSalarié à partir du modèleContrôle des mentions par sondage
VisitesSalarié ou prestataireAucune, registre tenu
Contrôle des piècesSalarié avec la grilleLoueur pour les cas douteux
Choix du candidatSalarié qui proposeLoueur qui décide
GarantieSalariéLoueur pour les dérogations aux critères
BailGénération automatique du modèleRelecture des zones variables
État des lieuxSalarié ou prestataireLoueur en cas d'écart important
Dépôt de garantieSalarié qui calculeLoueur qui valide les retenues

Les dérogations

Toute décision qui s'écarte de la règle écrite est une dérogation. Il peut s'agir d'un candidat accepté sous le seuil de ressources avec une garantie renforcée, d'une date d'entrée anticipée ou d'une remise de loyer. Chaque dérogation est décidée par la personne habilitée, motivée par écrit et conservée dans le dossier.

Une dérogation fréquente signale une règle mal calibrée. Révisez alors le critère plutôt que de multiplier des exceptions qui affaiblissent la démonstration de l'égalité de traitement.

Les outils et la traçabilité

Le processus s'appuie sur un dossier numérique par lot et par locataire, où sont rangés les documents dans un ordre identique. Le choix d'un logiciel de gestion d'un grand parc est traité au chapitre 16.

Le dossier du lot

Le dossier du lot contient les éléments permanents, à savoir les diagnostics avec leur date de validité, l'autorisation de louer, les plans, la liste des équipements et l'historique des travaux. Le dossier du locataire contient le bail, ses annexes, l'acte de garantie, les états des lieux et les échanges importants.

Un tableau de suivi indique pour chaque lot l'étape en cours, sa date de début et son responsable.

La signature et les envois électroniques

Le bail et l'acte de cautionnement peuvent être signés électroniquement. La signature électronique a la même valeur probante que la signature manuscrite dès lors qu'elle permet d'identifier son auteur et de garantir l'intégrité de l'acte (articles 1366 et 1367 du Code civil). Choisissez un niveau de signature adapté à l'enjeu du document, comme l'explique le Guide du bailleur privé, Les outils numériques du bailleur.

La lettre recommandée électronique a la même valeur qu'une lettre recommandée papier si elle passe par un prestataire de services de confiance qualifié. Lorsque le destinataire est un particulier, il doit avoir donné son accord préalable à ce mode d'envoi (service-public.gouv.fr). Prévoyez ce recueil d'accord dans le processus d'entrée plutôt que de le découvrir au moment d'un litige.

La traçabilité des décisions

Chaque réponse à un candidat, chaque contrôle de pièce et chaque dérogation laisse une trace datée. Elle sert à répondre à un candidat qui s'estime discriminé, à prouver vos contrôles à l'assureur et à analyser les relocations qui ont mal tourné.

La conservation de ces traces est elle-même encadrée par le règlement général sur la protection des données (RGPD). Les données des candidats non retenus ne se conservent pas au-delà du temps nécessaire. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) retient dans son référentiel relatif à la gestion locative une durée de trois mois pour les données collectées afin d'apprécier la solvabilité. Les obligations du professionnel en la matière sont détaillées au chapitre 111.

Mesurer et améliorer

La mesure transforme le processus en outil de pilotage. Quelques indicateurs suffisent, à condition d'être calculés chaque mois de la même façon. Leur intégration dans un tableau de bord d'ensemble est présentée au chapitre 17.

IndicateurCalculUsage
Délai de relocationJours entre le départ du sortant et l'entrée du suivantMesure directe de la vacance due au processus
Délai de commercialisationJours entre le congé et la signature du nouveau bailDétecte les annonces tardives
Taux de transformationDossiers reçus rapportés aux visitesQualité de l'annonce et du tri préalable
Taux de dossiers incompletsDossiers incomplets rapportés aux dossiers reçusClarté de la liste de pièces annoncée
Taux de dérogationDécisions dérogatoires rapportées aux décisionsCalibrage des critères
Délai de restitution des dépôtsJours entre la sortie et le versementRespect des délais légaux
Taux de litige à la sortieContestations rapportées aux sortiesQualité des états des lieux

Exemple illustratif. Sur un trimestre, un loueur constate 6 relocations, 48 visites et 18 dossiers reçus, dont 5 incomplets à la première transmission. Son taux de transformation est de 18 / 48, soit 37,5 %. Son taux de dossiers incomplets atteint 5 / 18, soit environ 27,8 %. Ce dernier chiffre l'incite à reformuler la liste des pièces dans sa réponse type.

Le retour d'expérience

Chaque incident donne lieu à une analyse courte, qu'il s'agisse d'un impayé dans les six premiers mois, d'un faux document découvert après la signature, d'une contestation d'état des lieux ou d'une vacance anormalement longue. Il s'agit de déterminer quelle étape du processus aurait dû l'éviter et s'il faut modifier un modèle, une grille ou un délai.

Les modifications qui en résultent sont datées et diffusées à toutes les personnes concernées.

Les cas particuliers

La résidence étudiante et les pics de rentrée

Dans une résidence étudiante, la majorité des relocations se concentre sur quelques semaines. Le processus doit alors être dimensionné pour le pic, avec des créneaux de visites groupées, des dossiers reçus en flux et des états des lieux planifiés à la chaîne. L'exploitation d'une résidence étudiante est présentée au chapitre 55 et les règles du bail étudiant dans le Guide du bailleur privé, Louer à des étudiants.

Le lot qui sort de travaux

Un lot qui sort de travaux lourds ne peut être commercialisé qu'avec une date de fin fiable. Prévoyez une étape de réception des travaux et de mise à jour des diagnostics concernés, en particulier du DPE après une rénovation énergétique, avant de publier l'annonce.

Un parc qui mêle location nue et location meublée

Un même processus peut servir les deux régimes, à condition de paramétrer ce qui les distingue. Le préavis du locataire d'un logement vide est de trois mois, réduit à un mois dans les cas prévus par la loi, notamment en zone tendue, alors qu'il est d'un mois en meublé. Le congé du bailleur se donne six mois avant l'échéance en location vide et trois mois en location meublée, selon le Guide du bailleur privé, La fin du bail. Chaque lot doit donc porter dans son dossier son régime, son préavis et le modèle de bail qui lui correspond.

Le bail mobilité et la colocation

Le bail mobilité dure de un à dix mois, n'est ni renouvelable ni reconductible et interdit tout dépôt de garantie, selon le Guide du bailleur privé, Le bail mobilité. Il échappe au contrat type et suppose un modèle propre, avec le contrôle de la situation de mobilité du locataire. Sa fin est connue dès la signature, ce qui permet de programmer la relocation suivante.

La colocation impose de choisir entre un bail unique signé par tous les colocataires et des baux séparés par chambre. Le choix détermine le modèle, la garantie et la gestion des départs. Les deux formules ne doivent pas coexister dans un même logement sans règle claire.

Selon la taille du parc

QuestionPetit professionnelGrand parc
Relocations par anQuelques-unesPlusieurs dizaines, parfois concentrées à la rentrée
Responsable du processusLe loueur lui-mêmeUn salarié ou une équipe, avec un valideur
ModèlesUn par régimeUn par régime et par type de lot, versionnés
MesureDates notées dans chaque dossierIndicateurs mensuels et retour d'expérience
Enjeu principalNe rien oublierGarantir l'égalité de traitement et la continuité

Les erreurs fréquentes

  • Commercialiser un lot avant d'avoir vérifié sa classe énergétique, ses diagnostics et son autorisation de louer.
  • Utiliser un modèle de bail non daté, antérieur à la dernière modification du contrat type.
  • Ajouter au modèle des clauses que la loi répute non écrites.
  • Attendre le départ du locataire pour publier l'annonce alors que le préavis permettait de faire visiter.
  • Signer le bail avant que la garantie Visale ou l'acceptation de l'assureur ne soit acquise.
  • Ne pas mesurer les dates réelles de chaque étape.
  • Conserver les dossiers des candidats non retenus sans limite de durée.
  • Confier les visites ou la sélection à un tiers rémunéré dépourvu de carte professionnelle.
  • Restituer les dépôts de garantie en retard faute d'étape planifiée. Chaque mois de retard commencé entraîne une majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges, selon le Guide du bailleur privé, Le dépôt de garantie, soit 180 € pour trois mois de retard sur un loyer de 600 €, multipliés par le nombre de sorties concernées.
  • Appliquer un même préavis à tous les lots sans distinguer location vide et location meublée.
  • Utiliser le modèle de bail type pour un bail mobilité ou réclamer un dépôt de garantie dans ce bail.

Liste de contrôle

  1. Cartographie. Le processus de relocation est décrit sur une page, avec ses phases, leurs déclencheurs, leurs livrables et leurs responsables.
  2. Étapes bloquantes. Aucun lot n'est commercialisé sans contrôle de la classe énergétique, des diagnostics et de l'autorisation de louer.
  3. Délais. Les délais légaux sont intégrés et des délais cibles internes sont fixés pour chaque étape.
  4. Modèles. Chaque modèle est daté, numéroté et rattaché aux textes qu'il applique.
  5. Contrat type. Les modèles de bail tiennent compte du décret du 6 juillet 2026 pour les contrats conclus ou renouvelés depuis le 1er octobre 2026.
  6. Notice. La notice d'information jointe aux baux est la version en vigueur.
  7. Rôles. Chaque tâche a un exécutant et un valideur, avec des seuils de délégation écrits.
  8. Dérogations. Toute dérogation est motivée, validée et conservée.
  9. Intervenants. Tout tiers rémunéré qui recherche des locataires pour votre compte détient la carte professionnelle requise.
  10. Garantie. Aucun bail n'est signé avant la mise en place de la garantie.
  11. Traçabilité. Les dates réelles et les décisions sont enregistrées dans le dossier du lot.
  12. Données. Les dossiers non retenus sont supprimés dans le délai retenu et l'annonce est retirée après la signature.
  13. Mesure. Les indicateurs sont calculés chaque mois et un retour d'expérience suit chaque incident.
  14. Veille. Une personne est chargée de suivre les réformes et la bibliothèque de modèles est revue au moins une fois par an.
  15. Clauses résolutoires. Les clauses de défaut de paiement et de défaut d'occupation suivent le modèle type pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er octobre 2026.
  16. Régimes. Chaque lot porte son régime, son préavis et son modèle de bail dans son dossier.
  17. Dépôts. La restitution des dépôts de garantie est planifiée dès l'état des lieux de sortie.