Une foncière cotée est une société qui possède et loue des immeubles et dont les actions s'échangent en bourse. L'actionnaire détient une fraction d'un parc souvent considérable, bureaux, commerces, entrepôts, logements ou établissements de santé, qu'il peut acheter ou vendre en quelques secondes pour un coût faible. Cette liquidité a une contrepartie. Le prix de l'action ne reflète pas seulement la valeur des immeubles mais aussi l'humeur des marchés financiers, les anticipations de taux et l'endettement de la société, si bien qu'il peut s'écarter durablement de la valeur du patrimoine.
Ce chapitre analyse les foncières cotées comme une stratégie d'exposition à l'immobilier. Il présente le régime des sociétés d'investissements immobiliers cotées (SIIC), la notion d'actif net réévalué et l'écart entre cours et actif, la volatilité, les dividendes et les enveloppes de détention. Deux cas chiffrés mesurent ensuite le rendement total d'une foncière comparé à celui d'une société civile de placement immobilier (SCPI) et de l'immobilier direct, puis l'effet de l'enveloppe sur le capital final. La présentation générale des supports figure dans le Guide du bailleur privé, Diversifier avec la pierre-papier et leur fiscalité dans le Guide de la fiscalité immobilière, La pierre-papier en fiscalité. Le droit et les données sont ceux connus au 26 octobre 2026.
Ce que l'on achète
Une société commerciale cotée
Une foncière cotée est une société par actions dont les titres sont admis sur un marché. Beaucoup ont opté pour le régime des SIIC prévu à l'article 208 C du Code général des impôts (CGI). Pour en bénéficier, la société doit être cotée sur un marché réglementé, disposer d'un capital minimum de quinze millions d'euros et avoir pour objet social principal l'acquisition ou la construction d'immeubles en vue de la location ou la détention de participations dans des sociétés ayant le même objet (BOI-IS-CHAMP-30-20). Les foncières étrangères relèvent du régime de leur pays, souvent comparable dans son principe.
Une exonération contre une obligation de distribuer
La SIIC est exonérée d'impôt sur les sociétés (IS) sur ses bénéfices de location et sur certaines plus-values, en contrepartie d'obligations de distribution. Elle doit distribuer 95 % des bénéfices provenant de la location, 70 % des plus-values de cession d'immeubles et de certaines participations, pour les exercices clos depuis le 31 décembre 2018, ainsi que 100 % des dividendes reçus de ses filiales ayant opté (BOI-IS-CHAMP-30-20-30, § 1). Selon l'Autorité des marchés financiers (AMF), une SIIC doit ainsi reverser au moins 95 % des loyers perçus et 70 % des plus-values réalisées.
Cette obligation explique deux traits de la stratégie. Les dividendes représentent une part importante du rendement total, ce qui en fait un placement de revenu. La société conserve peu de résultats pour financer sa croissance, de sorte qu'elle s'endette ou émet de nouvelles actions pour acheter. Son endettement devient alors un déterminant central du risque.
L'actif net réévalué
L'actif net réévalué (ANR) mesure la valeur des immeubles à dire d'expert, diminuée des dettes et ramenée à une action. Il ressemble à la valeur liquidative d'un fonds, mais le cours de bourse ne lui est pas lié mécaniquement. Lorsque le cours est inférieur à l'ANR, on parle de décote. Lorsqu'il est supérieur, on parle de prime. Une décote de 20 % signifie que l'acheteur paie 80 € un patrimoine estimé à 100 € par les experts.
La décote ou la prime traduit plusieurs éléments que l'expertise ne mesure pas. Les marchés peuvent anticiper une baisse des valeurs d'expertise qui n'est pas encore constatée, une hausse des taux qui alourdira la dette, des frais de structure, une qualité de gestion ou une stratégie de développement. Une décote n'est pas une bonne affaire en soi. Elle peut être justifiée par un patrimoine obsolète ou trop endetté.
Les véhicules d'accès
L'épargnant peut acheter directement des actions de foncières sur un compte-titres ordinaire, souscrire un fonds investi en foncières cotées ou loger ce fonds dans un contrat d'assurance vie ou un plan d'épargne retraite (PER). Les organismes de placement collectif immobilier (OPCI) détiennent aussi une poche de foncières cotées, ce qui transmet une partie de leur volatilité aux porteurs (chapitre 61).
La volatilité et la corrélation avec les marchés
Pourquoi le cours varie davantage que les immeubles
Trois mécanismes amplifient les variations du cours par rapport à celles des immeubles. Le premier tient au taux de capitalisation, c'est-à-dire au rapport entre les loyers et la valeur des immeubles. Lorsque les taux d'intérêt montent, les investisseurs exigent un rendement plus élevé et la valeur des immeubles baisse à loyers inchangés. Le second tient à l'endettement, qui concentre la baisse sur l'actif net. Le troisième tient à la décote, qui peut s'élargir au même moment parce que les marchés anticipent la suite.
| Ratio d'endettement | Taux de capitalisation de 4,5 % à 5 % | De 4,5 % à 5,5 % | De 4,5 % à 6 % |
|---|---|---|---|
| 20 % | Moins 12,50 % | Moins 22,73 % | Moins 31,25 % |
| 35 % | Moins 15,38 % | Moins 27,97 % | Moins 38,46 % |
| 50 % | Moins 20,00 % | Moins 36,36 % | Moins 50,00 % |
Ce tableau illustratif mesure la variation de l'ANR lorsque le taux de capitalisation des immeubles augmente, à loyers et à dette constants. Le passage de 4,5 % à 5,5 % fait baisser la valeur des immeubles de 18,18 %. Pour une foncière endettée à 35 %, l'ANR baisse de 27,97 %. Si la décote passe en même temps de 10 % à 30 %, le cours baisse de 43,98 %. Aucun loyer n'a pourtant diminué.
Une corrélation qui change avec l'horizon
À court terme, le cours d'une foncière évolue avec les marchés d'actions et surtout avec les taux d'intérêt à long terme. Une baisse générale de la bourse entraîne en général les foncières, même lorsque leurs loyers sont stables, parce que les investisseurs vendent ce qui est liquide. À long terme, le rendement total tend à rejoindre celui des immeubles détenus, loyers et évolution des valeurs, ajusté de l'endettement et des frais de la société. Ce guide ne cite pas de série de cours ou de corrélation, faute de série publiée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), la Banque de France ou les notaires de France adaptée à cette mesure. Les performances passées publiées par d'autres sources ne préjugent pas des performances futures.
Pour l'investisseur, la conséquence est pratique. Une foncière ne diversifie pas un portefeuille d'actions au moment où les marchés baissent ensemble. Elle diversifie en revanche un patrimoine composé de logements détenus en direct, en apportant d'autres secteurs, d'autres régions et une liquidité que les logements n'ont pas. Elle apporte aussi une valeur de marché quotidienne, ce que l'immobilier direct mesuré par des indices trimestriels ne montre pas (chapitre 6).
Lire une foncière avant d'acheter
Les indicateurs du rapport annuel
Une foncière publie chaque année un rapport qui contient les éléments nécessaires à l'analyse. L'investisseur qui achète des actions en direct les lit comme un prêteur lirait le dossier d'un emprunteur, car l'endettement et la qualité des loyers déterminent la résistance de la société à une hausse des taux. Le tableau suivant regroupe les indicateurs utiles et ce qu'ils révèlent.
| Indicateur | Ce qu'il mesure | Ce qui doit alerter |
|---|---|---|
| ANR par action | Valeur du patrimoine net à dire d'expert | Baisse répétée d'une publication à l'autre |
| Ratio d'endettement | Dette nette rapportée à la valeur des immeubles | Ratio élevé au moment où les valeurs baissent |
| Coût et durée de la dette | Taux moyen, part à taux fixe ou couverte, échéances | Gros remboursements à refinancer à court terme |
| Couverture des intérêts | Résultat d'exploitation rapporté aux frais financiers | Marge faible face à une hausse des taux |
| Taux d'occupation | Part des surfaces louées | Vacance en hausse dans un secteur fragile |
| Durée ferme des baux | Temps restant avant les possibilités de départ des locataires | Nombreuses échéances rapprochées |
| Taux de distribution | Part du résultat récurrent versée en dividende | Dividende supérieur au résultat récurrent |
La soutenabilité du dividende
Un dividende élevé peut résulter d'un cours déprimé plutôt que d'un résultat solide. La question utile consiste à savoir si le dividende est couvert par le résultat récurrent, c'est-à-dire les loyers nets diminués des frais de structure et des intérêts, hors plus-values exceptionnelles. Une société qui distribue plus que son résultat récurrent puise dans ses réserves ou cède des actifs, ce qui ne peut pas durer. Lorsque la dette arrive à échéance dans un contexte de taux plus élevés, le coût de son refinancement réduit mécaniquement le résultat distribuable. Le scénario défavorable de ce chapitre suppose une réduction de 30 % du dividende pour cette raison.
Pour un épargnant qui passe par un fonds, ce travail revient au gérant. Il se limite alors à lire la composition du fonds, sa concentration sur quelques sociétés, ses frais et sa politique de distribution ou de capitalisation.
Dividendes, fiscalité et enveloppes
L'imposition des dividendes et des plus-values
Les dividendes d'une foncière perçus en 2026 sont des revenus de capitaux mobiliers soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 30 juin 2026). Sur option globale pour le barème, l'abattement de 40 % ne s'applique pas aux dividendes prélevés sur les bénéfices exonérés d'une SIIC. La plus-value de cession des actions relève des plus-values mobilières et non du régime des plus-values immobilières, sans abattement pour durée de détention. Le détail figure dans le Guide de la fiscalité immobilière, La pierre-papier en fiscalité.
Pour un foyer imposé dans la tranche de 30 % ou plus, un dividende au PFU supporte moins de prélèvements qu'un revenu foncier, 31,4 % contre 47,2 % au moins. Pour un foyer imposé dans la tranche de 11 %, l'écart s'inverse, 31,4 % contre 28,2 %. La fiscalité seule peut donc inverser le classement d'une foncière et d'une SCPI d'un foyer à l'autre.
Les enveloppes possibles
| Enveloppe | Actions de SIIC en direct | Fonds investi en foncières | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Compte-titres ordinaire | Oui | Oui | Dividendes imposés chaque année |
| Plan d'épargne en actions (PEA) | Non depuis le 21 octobre 2011 | Selon les règles d'éligibilité du fonds | Vérifier l'éligibilité dans le DIC |
| Assurance vie | Selon les supports du contrat | Oui en unités de compte | Frais du contrat et du fonds cumulés |
| PER | Selon les supports du contrat | Oui en unités de compte | Sortie encadrée, horizon de retraite |
Les actions de SIIC ne sont plus éligibles au PEA depuis le 21 octobre 2011, selon la doctrine reprise dans le guide du bailleur privé. Un fonds investi en foncières n'est éligible que s'il respecte les règles du plan, ce que précise son document d'informations clés (DIC). Le chapitre 64 traite l'immobilier logé dans l'assurance vie et le PER.
L'impôt sur la fortune immobilière
Les actions de SIIC sont exclues de l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) lorsque le redevable détient, directement et indirectement, moins de 5 % du capital et des droits de vote (Guide de la fiscalité immobilière, Les titres de sociétés à l'IFI). Pour un épargnant particulier, cette condition est presque toujours remplie. Une foncière cotée permet donc d'être exposé à l'immobilier sans augmenter son assiette d'IFI, à la différence des parts de SCPI et des actions d'OPCI. Un emprunt qui finance ces actions n'est en contrepartie pas déductible de l'assiette.
Le premier cas, le rendement total sur dix ans
Les hypothèses
L'exemple qui suit est illustratif et ses valeurs sont des hypothèses, non des données de marché ni des prévisions. Le couple du chapitre 61, marié et imposé dans la tranche de 30 %, place 100 000 € en actions d'une foncière cotée détenues sur un compte-titres ordinaire pendant dix ans. Les résultats sont comparés à ceux obtenus au chapitre 61 pour une SCPI, un OPCI et un logement détenu en direct sous les mêmes conditions de fiscalité. L'indicateur est le taux de rendement interne (TRI) après impôt (chapitre 17).
| Hypothèse | Valeur retenue |
|---|---|
| Frais de transaction | 0,5 % à l'achat et à la vente |
| Écart à l'achat | Décote de 20 % sur l'ANR |
| Dividende | 4,4 % de l'ANR par an, soit 5,5 % du cours d'achat, la foncière étant endettée à hauteur d'environ un tiers de ses actifs |
| Évolution de l'ANR | Plus 1 % par an |
| Écart à la vente | Décote de 20 % sur l'ANR |
| Imposition | PFU de 31,4 % sur les dividendes et la plus-value, taux supposé inchangé |
Les résultats
| Indicateur | Foncière cotée | SCPI | OPCI | Logement en direct |
|---|---|---|---|---|
| Frais d'entrée | 500 € | 10 000 € | 4 000 € | 8 000 € |
| Revenus bruts perçus sur dix ans | 57 254 € | 45 000 € | 19 789 € | 52 939 € de loyers |
| Capital récupéré avant impôt | 109 360 € | 94 603 € | 102 629 € | 97 560 € |
| TRI après impôt | 4,44 % | 1,88 % | 1,52 % | 1,89 % |
La foncière perçoit 5 472 € de dividende brut la première année, soit 3 754 € après PFU. Sur dix ans, elle verse 57 254 € de dividendes et sa revente produit une plus-value de 9 360 €, soit 20 917 € d'impôt au total. Son TRI avant impôt atteint 6,39 %. Son avance sur les autres supports provient de trois hypothèses favorables, l'achat avec une décote de 20 % qui porte le dividende à 5,5 % du prix payé, l'absence de frais d'entrée significatifs et l'endettement de la société, qui amplifie le rendement des immeubles tant que les taux restent stables. La fiscalité au PFU, plus légère que celle des revenus fonciers pour ce foyer, joue dans le même sens.
Ce résultat ne montre pas que la foncière est préférable. Il dépend de la décote d'achat et de vente, comme le montrent les tests qui suivent. Avec un achat et une vente à l'ANR, hypothèse plus neutre, le TRI tombe à 3,68 % et l'écart avec la SCPI passe de 2,56 à 1,80 point. Pour un foyer imposé dans la tranche de 11 %, le TRI de la SCPI remonte à 2,75 %. Enfin le chemin compte autant que le point d'arrivée. Le tableau consacré aux taux montre que le cours peut perdre 43,98 % sans qu'aucun loyer ne baisse, ce que le TRI final ne montre pas.
Le second cas, l'effet de l'enveloppe
Les hypothèses
Le second exemple, également illustratif, compare deux façons de détenir 100 000 € de foncières pendant huit puis quinze ans. Le rendement total brut des foncières est supposé égal à 6 % par an, dont un dividende de 5 % du cours et une hausse du cours de 1 %. Dans le compte-titres, l'épargnant détient les actions en direct, paie 0,5 % de frais à l'achat et à la vente et réinvestit chaque année ses dividendes nets de PFU avec 0,2 % de frais. Dans l'assurance vie, il détient un fonds de foncières en unités de compte, dont les frais atteignent 1,5 % par an, auxquels s'ajoutent 0,75 % de frais du contrat. Le rachat total supporte 17,2 % de prélèvements sociaux et 7,5 % sur les gains au-delà de l'abattement de 9 200 € du couple.
Les résultats
| Durée | Compte-titres, actions en direct | Assurance vie, fonds en unités de compte | Écart |
|---|---|---|---|
| Huit ans | 137 441 € | 126 215 € | 11 226 € |
| Quinze ans | 183 539 € | 155 556 € | 27 983 € |
Dans ces hypothèses, l'empilement de 2,25 % de frais annuels coûte plus que l'imposition annuelle des dividendes. Le résultat s'inverse si les frais du fonds et du contrat sont faibles ou si l'épargnant n'achète que quelques foncières en direct sans diversification suffisante. L'assurance vie conserve des atouts que ce calcul ne mesure pas, comme l'absence d'imposition tant qu'aucun rachat n'est fait, la possibilité d'arbitrer sans fiscalité et le régime de transmission au décès présenté dans le Guide de la fiscalité immobilière, L'assurance vie et la transmission immobilière. Le compte-titres permet de choisir ses titres mais concentre le risque sur quelques sociétés si l'épargnant n'en détient que deux ou trois.
Les tests de sensibilité
La croissance de l'ANR et la décote de sortie
| Évolution annuelle de l'ANR | Décote de sortie nulle | 10 % | 20 % | 30 % | 40 % |
|---|---|---|---|---|---|
| Moins 1 % | 4,27 % | 3,64 % | 2,67 % | 1,58 % | 0,36 % |
| 0 % | 5,05 % | 4,39 % | 3,67 % | 2,56 % | 1,33 % |
| Plus 1 % | 5,83 % | 5,16 % | 4,44 % | 3,55 % | 2,30 % |
| Plus 2 % | 6,64 % | 5,94 % | 5,19 % | 4,40 % | 3,27 % |
Chaque élargissement de la décote de dix points à la sortie retire de 0,6 à 1,3 point de TRI, autant qu'un point de croissance annuelle de l'ANR lorsque la décote est déjà forte. Avec une décote stable de 20 %, le TRI devient nul lorsque l'ANR baisse de 3,67 % par an. Avec une croissance de 1 % par an, il faut une décote de 55,58 % à la sortie pour annuler le TRI, ce qui montre le poids du dividende sur dix ans.
La décote à l'achat et à la vente
| Écart à l'achat | Prime de 10 % à la vente | Vente à l'ANR | Décote de 10 % | Décote de 20 % | Décote de 30 % |
|---|---|---|---|---|---|
| Prime de 10 % | 3,40 % | 2,80 % | 1,89 % | 0,89 % | Moins 0,21 % |
| Achat à l'ANR | 4,28 % | 3,68 % | 3,00 % | 1,99 % | 0,89 % |
| Décote de 20 % | 6,47 % | 5,83 % | 5,16 % | 4,44 % | 3,55 % |
Un achat avec une prime de 10 % suivi d'une vente avec une décote de 20 % ramène le TRI à 0,89 %, en dessous de la SCPI et du logement en direct du chapitre 61. Le moment d'achat compte donc autant que le choix de la société. Personne ne connaît à l'avance l'écart qui prévaudra au moment de la vente, ce qui justifie d'étaler les achats dans le temps plutôt que de parier sur un niveau de décote.
Le scénario défavorable combiné
Le scénario défavorable suppose une hausse des taux qui fait baisser l'ANR de 15 % la deuxième année, une réduction de 30 % du dividende à partir de la troisième année et une vente forcée à la fin de la troisième année avec une décote de 35 %. Le couple récupère 70 445 € après 14 321 € de dividendes bruts, soit une perte de capital de 29 555 € et un TRI de moins 7,38 %. Si le couple peut conserver ses actions dix ans et que la décote revient à 20 %, le même choc laisse un TRI de 2,02 %. La différence entre ces deux issues tient entièrement à la capacité de ne pas vendre au mauvais moment.
Capital, temps, horizon et liquidité
| Critère | Foncière cotée | SCPI | Logement en direct |
|---|---|---|---|
| Capital requis | Prix d'une action | Prix d'une ou plusieurs parts | Apport et frais d'un bien |
| Temps de gestion | Très faible | Très faible | Régulier |
| Horizon | Au moins dix ans pour lisser la volatilité | Au moins huit à dix ans pour amortir les frais | Long, frais d'entrée élevés |
| Liquidité | Immédiate, au cours du jour | Conditionnelle | Plusieurs mois |
| Volatilité | Élevée | Faible en apparence | Faible en apparence |
| Levier pour l'investisseur | Rare, endettement porté par la société | Crédit possible | Crédit courant |
| IFI | Exclusion sous 5 % du capital | Quote-part immobilière | Valeur du bien moins dettes déductibles |
La stratégie cesse de fonctionner lorsque l'investisseur doit vendre pendant une baisse des marchés, lorsqu'il concentre son exposition sur une ou deux sociétés, lorsque la société porte un endettement trop lourd au moment d'une hausse durable des taux ou lorsque son secteur perd sa demande, comme certains bureaux ou centres commerciaux. Elle cesse aussi de diversifier lorsque le reste du patrimoine financier est déjà composé d'actions qui baissent en même temps.
Les situations patrimoniales particulières
Les couples, les familles recomposées et l'indivision
Les époux et les partenaires d'un pacte civil de solidarité (PACS) soumis à imposition commune déclarent ensemble leurs dividendes et leurs plus-values. L'option pour le barème vaut pour tout le foyer. Deux concubins forment deux foyers et peuvent ouvrir chacun leur compte. Des actions se partagent aisément entre héritiers ou ex-époux, ce qui facilite la liquidation d'un régime matrimonial ou d'une succession dans une famille recomposée par rapport à un immeuble indivis (chapitre 105). La valeur retenue est le cours au jour de l'évaluation, qui peut se trouver au plus bas.
Le démembrement et la transmission
Des actions peuvent être données en nue-propriété avec réserve d'usufruit, l'usufruitier percevant les dividendes (Guide de la fiscalité immobilière, Le démembrement de propriété en fiscalité). La volatilité du cours crée une opportunité et un risque. Une donation réalisée lorsque le cours est bas transmet une valeur fiscale réduite, mais personne ne sait si la baisse est passagère. La transmission par l'assurance vie relève de ses règles propres (chapitre 129).
La détention en société à l'IR ou à l'IS
Une société civile à l'impôt sur le revenu (IR) qui détient des actions de foncières transmet à ses associés des revenus de capitaux mobiliers. Une société à l'IS impose les dividendes et les plus-values dans son résultat et ne peut pas amortir ses titres, une provision pour dépréciation restant possible dans les conditions du droit commun (Guide des sociétés immobilières, L'amortissement en SCI à l'IS). La trésorerie d'une société placée en actions doit rester compatible avec ses échéances.
Le non-résident et l'outre-mer
Selon le guide de la fiscalité, les dividendes versés par une société française à l'IS à une personne physique non résidente supportent en principe une retenue à la source de 12,8 % que les conventions peuvent réduire. Ils ne supportent pas les prélèvements sociaux (Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français). Le traitement des distributions de SIIC prélevées sur des bénéfices exonérés se vérifie auprès de l'établissement payeur. Les épargnants domiciliés outre-mer accèdent aux mêmes marchés, dont les sociétés détiennent rarement des immeubles ultramarins (chapitres 88 et 103).
Le marché sous-jacent
Les foncières cotées détiennent surtout de grands actifs de métropoles françaises et européennes, centres commerciaux, tours de bureaux, plateformes logistiques, parcs de logements ou de santé. Elles n'offrent pas d'exposition aux villes moyennes, aux zones rurales ou aux petits logements que détiennent la plupart des bailleurs particuliers. Pour un investisseur dont les biens se trouvent en ville moyenne, elles apportent donc une diversification réelle de secteur et de géographie. En zone tendue, elles n'échappent pas à la régulation des loyers pour leurs logements, qui pèse sur leur ANR comme sur un bien détenu en direct (chapitre 87).
L'âge, l'horizon et le profil
Un investisseur de trente ou quarante ans peut traverser plusieurs cycles et renforcer sa position lorsque les décotes sont fortes, à condition de disposer d'une réserve qui lui évite de vendre. Un retraité qui dépend des dividendes pour son revenu supporte mal une réduction de 30 % du dividende au moment où le cours baisse aussi. Pour lui, la part des foncières dans le patrimoine se fixe en fonction de la baisse de revenu qu'il peut absorber plutôt que du rendement affiché. Le profil de risque présenté au chapitre 3 sert de point de départ.
Les risques de requalification
L'actionnaire d'une foncière cotée reste un investisseur passif et ne court pas de risque de requalification en activité professionnelle. Les montages qui entourent la détention appellent en revanche l'attention. L'interposition d'une société pour échapper à l'IFI, ou un démembrement temporaire de titres organisé à un prix sans rapport avec leur rendement, peuvent relever de l'abus de droit des articles L64 et L64 A du livre des procédures fiscales (LPF), présenté dans le Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal. Pour un actionnaire qui franchirait des seuils de détention importants, les règles de déclaration propres aux sociétés cotées s'appliquent, ce qui dépasse le cadre de ce guide.
Le projet de loi de finances pour 2027
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026 et aucune de ses mesures n'est adoptée. Selon les présentations publiées, son texte initial maintient à 12,8 % la part d'impôt sur le revenu du PFU et ne contient pas de réforme de l'IFI. Les sources consultées ne signalent pas de mesure propre aux SIIC. Des amendements peuvent modifier la fiscalité des dividendes pendant les débats. L'état du texte est suivi dans le Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027.
La méthode de décision pas à pas
- Définir le rôle de la poche, qu'il s'agisse de diversification sectorielle, de revenu, d'épargne immobilière liquide ou d'exposition hors IFI, puis la part du patrimoine qui lui est consacrée.
- Choisir le mode d'accès, actions en direct, fonds sur compte-titres ou unités de compte, en comparant frais, fiscalité et diversification.
- Pour une société détenue en direct, lire son rapport annuel, en particulier l'ANR, l'endettement, la durée moyenne de la dette, la part à taux fixe, la répartition sectorielle et la durée restante des baux.
- Mesurer l'écart entre cours et ANR et le comparer à son historique publié par la société, sans y voir une garantie de rattrapage.
- Chiffrer le TRI sous plusieurs décotes de sortie et un scénario de baisse des valeurs.
- Étaler les achats dans le temps pour ne pas dépendre d'un seul niveau de cours.
- Fixer une règle de vente à l'avance, liée à un besoin ou à un rééquilibrage, plutôt qu'au cours du jour.
- Revoir chaque année la part des foncières dans le patrimoine et leur corrélation avec le reste des placements (chapitre 65).
Les erreurs fréquentes et leur coût
- Acheter une prime en croyant acheter de l'immobilier au prix des experts. Une prime de 10 % à l'achat et une décote de 20 % à la vente ramènent le TRI de 4,44 % à 0,89 %.
- Vendre pendant une baisse. La vente forcée au bout de trois ans du scénario défavorable fait perdre 29 555 € de capital, alors que la conservation dix ans laisse un TRI de 2,02 %.
- Ignorer l'endettement de la société. Une hausse du taux de capitalisation d'un point fait baisser l'ANR de 22,73 % à 20 % d'endettement et de 36,36 % à 50 %.
- Confondre dividende élevé et rendement. Un dividende de 5,5 % du cours ne compense pas une décote qui s'élargit de 20 à 40 %, le TRI tombant de 4,44 % à 2,30 %.
- Empiler les frais. Dans l'assurance vie, 2,25 % de frais annuels font perdre 27 983 € sur quinze ans par rapport aux actions en direct dans l'hypothèse retenue.
- Croire à la diversification d'un portefeuille d'actions. Les foncières baissent souvent avec les marchés d'actions.
- Concentrer sur une seule société. Le risque propre à une entreprise, gouvernance, endettement ou secteur, s'ajoute alors au risque immobilier.
Liste de contrôle
- Le rôle de la poche de foncières et sa part maximale dans le patrimoine sont écrits.
- Le mode d'accès est choisi après comparaison des frais, de la fiscalité et de la diversification.
- L'ANR, l'endettement, la structure de la dette et la répartition sectorielle des sociétés détenues sont connus.
- L'écart entre le cours et l'ANR à l'achat est mesuré.
- Le TRI est calculé sous plusieurs décotes de sortie et un scénario défavorable.
- Une réserve de précaution permet de ne pas vendre pendant une baisse.
- La corrélation avec les autres placements financiers du foyer est prise en compte.
- La fiscalité des dividendes au PFU est comparée à l'option pour le barème sur l'ensemble des revenus du foyer.
- La détention de moins de 5 % du capital de chaque SIIC est vérifiée pour l'IFI.
- L'éligibilité d'un fonds au PEA est vérifiée dans son document d'informations clés.
- Les achats sont étalés et une règle de vente est fixée à l'avance.
- L'état du projet de loi de finances pour 2027 est vérifié avant tout arbitrage important.