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Guide des sociétés immobilières, chapitre 36

Le prêt immobilier à une société

À jour au

Lorsqu'une société immobilière emprunte, c'est elle qui signe le contrat de prêt, perçoit les fonds et rembourse les échéances. La banque prête pourtant rarement à la seule société. Elle regarde à travers elle la situation de chaque associé, leur demande des garanties personnelles et encadre la vie de la société par des clauses du contrat. Le prêt à une société obéit en outre à un cadre juridique différent de celui du crédit immobilier aux particuliers, souvent moins protecteur.

Ce chapitre expose ce cadre, les critères d'analyse des banques, les normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), la durée, les garanties, les clauses particulières et la fiscalité des frais d'emprunt. Les règles générales du crédit immobilier, comme le calcul du taux d'effort ou l'offre de prêt aux particuliers, figurent dans le Guide du bailleur privé, Financer son investissement locatif. La caution des associés est détaillée au chapitre 37 et l'assurance emprunteur au chapitre 38. Les règles citées sont celles en vigueur au 25 octobre 2026.

Qui emprunte et qui répond de la dette

La société civile immobilière (SCI), la société à responsabilité limitée (SARL) ou la société par actions simplifiée (SAS) emprunte en son nom. La dette figure à son passif et les échéances sont payées par son compte bancaire, alimenté par les loyers et, si nécessaire, par les avances des associés en compte courant (chapitre 28).

La forme de la société détermine ensuite l'exposition des associés.

FormeResponsabilité des associés sans cautionEffet d'une caution personnelle
SCI et autres sociétés civilesIndéfinie, à proportion des parts, subsidiaire après poursuite vaine de la société (articles 1857 et 1858 du Code civil)Engagement direct pour tout le montant garanti
Société en nom collectif (SNC)Indéfinie et solidaireEngagement direct, souvent redondant
SARL et SASLimitée aux apportsSeule source d'engagement personnel

La fiche officielle sur la SCI rappelle que les associés répondent des dettes de la société de manière indéfinie, à proportion de leurs parts. Ils n'en répondent qu'après que le créancier a poursuivi la société (entreprendre.service-public.gouv.fr). C'est pourquoi la banque demande presque toujours en plus la caution personnelle des associés. Celle-ci lui évite de poursuivre d'abord la société puis de diviser sa demande entre les associés.

Un cadre juridique différent du crédit aux particuliers

Le Code de la consommation ne s'applique pas en principe

Les règles protectrices du crédit immobilier aux consommateurs ne s'appliquent en principe pas à une SCI dont l'objet est la détention et la location d'immeubles, même familiale (Cass. civ. 1re, 14 octobre 2015, n° 14-24.915). La société n'est pas une personne physique et elle agit dans le cadre de son objet. Les parties peuvent toutefois convenir d'appliquer tout ou partie de ces règles. Le tableau qui suit résume les conséquences pratiques.

Protection du particulierPrêt à une SCI patrimoniale
Fiche d'information standardisée européenne et offre écrite valable trente joursPas d'obligation légale, contenu fixé par la banque
Délai de réflexion de dix jours avant acceptationPas de délai légal, sauf stipulation
Condition suspensive légale d'obtention du prêt dans l'avant-contratAucune condition de droit, à stipuler expressément (chapitre 35)
Plafond des indemnités de remboursement anticipéIndemnité fixée librement par le contrat
Caducité du prêt si la vente n'est pas conclue dans les quatre moisSelon le contrat

Le taux effectif global

Le taux effectif global, qui inclut les intérêts et l'ensemble des frais liés au prêt hors frais de notaire, doit figurer dans tout contrat de prêt, y compris consenti à une entreprise, selon la présentation des règles du crédit aux entreprises publiée par le ministère de l'économie sur economie.gouv.fr. Il permet de comparer les offres et de contrôler le respect du taux de l'usure.

Le taux de l'usure des personnes morales non commerciales

La Banque de France publie chaque trimestre les seuils de l'usure. Une catégorie spécifique vise les prêts aux personnes morales n'ayant pas d'activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou professionnelle non commerciale, ce qui correspond à une SCI de gestion patrimoniale.

Prêt à une personne morale sans activité commercialeTaux de l'usure au 1er octobre 2026
Taux fixe, 2 ans à moins de 10 ans5,96 %
Taux fixe, 10 ans à moins de 20 ans5,93 %
Taux fixe, 20 ans et plus5,83 %
Taux variable, durée initiale supérieure à 2 ans6,17 %
Autres prêts de 2 ans au plus6,79 %
Découverts en compte19,08 %

Ces seuils s'appliquent du 1er octobre au 31 décembre 2026, selon la publication de la Banque de France sur banque-france.fr. Ils sont plus élevés que ceux des crédits immobiliers aux particuliers, qui atteignent 5,40 % pour un prêt à taux fixe de vingt ans et plus sur la même période (service-public.gouv.fr).

Pour les personnes morales ayant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou professionnelle non commerciale, seul le découvert en compte reste soumis à un taux maximal. Une société qui exerce une activité de location meublée professionnelle relève de cette seconde catégorie. Pour une société commerciale par la forme qui se borne à louer nu, comme certaines SARL de famille, le rattachement dépend de l'activité réellement exercée et doit être vérifié avec la banque.

Les normes du HCSF et les sociétés

Le principe

La décision n° D-HCSF-2021-7 du 29 septembre 2021, modifiée, impose aux banques un taux d'effort maximal de 35 % assurance comprise, une durée maximale de vingt-cinq ans, portée à vingt-sept ans en cas de différé lié à certains projets, ainsi qu'une marge de flexibilité de 20 % de la production trimestrielle. Ces normes sont présentées en détail dans le Guide du bailleur privé, Financer son investissement locatif.

L'application aux SCI selon la foire aux questions du HCSF

La foire aux questions publiée par le HCSF, dans sa version du 29 janvier 2024 disponible sur economie.gouv.fr, apporte quatre précisions sur les SCI. Elle n'a pas de valeur normative mais reflète l'interprétation du régulateur.

  • Les prêts aux SCI, ou destinés à l'achat de parts de SCI, entrent dans le champ de la décision lorsqu'ils relèvent du crédit immobilier. Le taux d'effort n'étant généralement pas calculable pour une société, ces prêts relèvent a priori de la marge de flexibilité (question 29).
  • Par transparence, un crédit à une SCI peut être considéré comme portant sur une résidence principale lorsque l'un des associés y réside (question 30).
  • Lorsque le prêt peut être assimilé par transparence à un prêt à des co-emprunteurs, le taux d'effort s'apprécie selon les mêmes règles qu'un prêt aux particuliers (question 31).
  • Pour un emprunteur associé de SCI, les charges et revenus retenus dépendent de sa responsabilité sur la dette et de sa participation au capital (question 32).

La marge de flexibilité est elle-même limitée. Au moins 70 % de cette marge est réservée aux acquéreurs de leur résidence principale, ce qui laisse au plus 6 % de la production trimestrielle aux autres projets, dont l'investissement locatif (question 27). Une SCI patrimoniale entre donc en concurrence, dans chaque banque, avec tous les investisseurs locatifs pour cette enveloppe réduite.

Ce que cela change en pratique

Pour une petite SCI transparente composée de deux ou trois associés, la plupart des banques raisonnent comme pour des co-emprunteurs. Elles calculent le taux d'effort de chaque associé en ajoutant à ses charges sa quote-part de la mensualité et à ses revenus sa quote-part des loyers décotés. Si chacun reste sous 35 %, le dossier se traite comme un prêt conforme.

Pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) dont les loyers couvrent largement les échéances, ou pour un groupe familial important, la banque analyse plutôt la capacité de remboursement propre de la société. Le prêt est alors imputé sur la marge de flexibilité ou considéré par la banque comme hors du champ du crédit immobilier selon son analyse. Votre banque vous indiquera le traitement qu'elle retient.

Les critères d'analyse de la banque

Aucun texte ne fixe les ratios que la banque applique à une société. Les critères qui suivent sont des pratiques courantes, dont les seuils varient d'un établissement à l'autre et selon le contexte.

La société

La banque examine les statuts pour vérifier l'objet social, les pouvoirs du gérant et les clauses d'agrément. Elle veut savoir qui peut entrer dans la société et qui peut en sortir, car un changement d'associés modifie son risque. Pour une société existante, elle demande les derniers comptes annuels ou, pour une SCI à l'impôt sur le revenu (IR), les dernières déclarations de résultats 2072, ainsi que l'état des prêts en cours.

Le bien et ses revenus

Elle étudie le prix, la valeur estimée, l'état du bien, les baux en cours et les loyers attendus. Deux ratios d'usage courant résument cette analyse.

  • La quotité de financement, qui rapporte le montant prêté à la valeur du bien ou au coût total de l'opération.
  • Le taux de couverture de la dette, qui rapporte les loyers nets des charges non récupérables à l'annuité de remboursement.

Un taux de couverture inférieur à 1 signifie que les loyers ne suffisent pas à payer les échéances et que les associés devront compléter. La banque s'assure alors que leurs revenus le permettent.

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) pèse aussi sur l'analyse. Un logement dont la classe interdit ou interdira bientôt une nouvelle location réduit les loyers attendus, sauf si des travaux sont financés dans le même prêt. Le calendrier est présenté dans le Guide du bailleur privé.

Les associés

La banque demande pour chaque associé ses revenus, son patrimoine, ses crédits en cours, son âge et sa situation familiale. Ces éléments servent au calcul du taux d'effort par transparence, à l'appréciation des cautions et à la souscription de l'assurance emprunteur. Un associé très minoritaire, un associé âgé ou un associé non-résident peuvent compliquer le dossier.

Le groupe

Lorsque les mêmes associés détiennent plusieurs sociétés, la banque consolide souvent leur endettement. Les comptes courants d'associés figurant dans les sociétés sont alors analysés comme des quasi-fonds propres, à condition qu'ils ne soient pas remboursés avant le prêt.

La durée et la forme du prêt

Lorsque le prêt entre dans le champ du HCSF, la durée de vingt-cinq ans, ou de vingt-sept ans en cas de différé, s'applique comme pour un particulier, sauf imputation sur la marge de flexibilité. Hors de ce champ, aucun texte ne fixe de durée maximale et la banque décide selon la durée de vie économique du bien et l'âge des associés.

FormePrincipeUsage en sociétéPoints d'attention
AmortissableChaque échéance rembourse intérêts et capitalCas généralLes intérêts déductibles diminuent avec le temps
In fineSeuls les intérêts sont payés, le capital à l'échéanceSociétés à l'IS ou associés disposant d'un placement nantiCapital entier à rembourser au terme, intérêts totaux plus élevés
Différé d'amortissementPériode initiale sans remboursement du capitalTravaux, achat sur planIntérêts capitalisés en cas de différé total
Taux variable capéTaux indexé, avec plafondRare pour une petite SCIRisque de hausse dans la limite du plafond

Les garanties

L'hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers

Pour l'achat d'un bien existant, la banque peut bénéficier de l'hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers, qui a remplacé le privilège de prêteur de deniers pour les sûretés constituées depuis 2022. Elle ne finance ni des travaux ni un achat en vente en l'état futur d'achèvement. Son inscription n'est pas soumise à la taxe de publicité foncière. Elle produit effet pendant la durée du crédit augmentée d'un an et s'éteint ensuite automatiquement, mais une mainlevée anticipée, par exemple en cas de revente, entraîne des frais (service-public.gouv.fr).

L'hypothèque conventionnelle

L'hypothèque conventionnelle est consentie par acte notarié sur le bien financé ou sur un autre immeuble de la société ou d'un associé. Elle donne lieu à la taxe de publicité foncière prévue aux articles 663 et 844 du Code général des impôts (CGI), à la rémunération du notaire et à des frais de formalités. Elle reste inscrite un an après la fin du remboursement puis disparaît sans frais. Une mainlevée anticipée entraîne des frais qui dépendent du capital initial (service-public.gouv.fr).

La caution d'un organisme spécialisé

Certains organismes de caution acceptent de garantir des prêts consentis à des SCI, selon leurs propres critères d'éligibilité. La commission versée et la contribution à un fonds mutuel de garantie remplacent les frais d'hypothèque. Une partie de cette contribution peut être restituée à la fin du prêt selon les conditions de l'organisme. Interrogez votre banque sur l'éligibilité de la société.

La caution personnelle des associés

La banque demande généralement la caution de chaque associé, souvent solidaire et parfois limitée à un montant ou à une quote-part. Depuis la réforme du droit des sûretés entrée en vigueur le 1er janvier 2022, le régime du cautionnement figure aux articles 2288 et suivants du Code civil. Le formalisme, la proportionnalité de l'engagement et l'information annuelle de la caution sont traités au chapitre 37.

Lorsque l'associé est marié sous un régime de communauté, sa caution n'engage en principe que ses biens propres et ses revenus, sauf consentement exprès de son conjoint (article 1415 du Code civil). La banque demande donc souvent ce consentement, ou la caution des deux époux.

Le nantissement des parts sociales

Les parts d'une société civile peuvent faire l'objet d'un nantissement, constaté par acte authentique ou sous signature privée signifié à la société ou accepté par elle dans un acte authentique. Il est soumis à publicité (article 1866 du Code civil). L'associé peut obtenir des autres associés leur consentement au projet de nantissement dans les mêmes conditions que l'agrément d'une cession. Ce consentement emporte agrément du cessionnaire en cas de réalisation forcée des parts (article 1867). La banque obtient ainsi la possibilité de faire vendre les parts sans se heurter à la clause d'agrément.

Les garanties portant sur les loyers et les placements

La banque peut aussi demander les garanties suivantes.

  • La cession de créances professionnelles par bordereau, dite cession Dailly, des loyers à venir, ouverte aux personnes morales de droit privé (article L. 313-23 du Code monétaire et financier).
  • La délégation des loyers, par laquelle la société demande à ses locataires de payer directement la banque en cas de défaillance.
  • Le nantissement d'un contrat d'assurance vie ou d'un compte-titres d'un associé, en particulier pour un prêt in fine.
  • La promesse d'affectation hypothécaire, simple engagement de consentir une hypothèque à première demande, qui évite les frais d'inscription mais ne donne aucun rang à la banque tant qu'elle n'est pas exécutée.
GarantieQui la consentCoûtProtection de la banqueEffet pour les associés
Hypothèque légale spécialeLa sociétéFrais de notaire, sans taxe de publicité foncièreRang sur le bien financéAucun engagement personnel
Hypothèque conventionnelleLa société ou un associéTaxe de publicité foncière et frais de notaireRang sur le bien grevéEngagement si le bien d'un associé est grevé
Caution d'organismeL'organismeCommission et contribution au fondsPaiement par l'organismeRecours de l'organisme contre la société
Caution personnelleChaque associéFaible en frais, élevé en risquePatrimoine personnel des associésEngagement direct pour le montant garanti
Nantissement de partsChaque associéFrais d'acte et de publicitéVente forcée des partsPerte possible des parts
Cession Dailly ou délégation des loyersLa sociétéFaibleCaptation des loyersIndirect
Nantissement de placementUn associéFaiblePlacement affecté au remboursementPlacement immobilisé

Les clauses du contrat à lire

Le contrat de prêt à une société contient des clauses qui n'existent pas ou peu dans les prêts aux particuliers. Lisez en particulier les suivantes.

  • L'exigibilité anticipée. Elle énumère les événements qui permettent à la banque de réclamer tout le capital, comme un impayé, la vente du bien, une procédure collective ou une fausse déclaration.
  • Le changement de contrôle. La cession de parts, l'entrée d'un nouvel associé ou le changement de gérant peuvent être soumis à l'accord de la banque, sous peine d'exigibilité.
  • Le maintien des comptes courants. La banque peut exiger que les avances des associés restent dans la société jusqu'au remboursement, au moyen d'une convention de blocage ou de subordination (chapitre 28).
  • Les engagements financiers. Certains contrats imposent de respecter un taux de couverture ou une quotité de financement maximale, vérifiés chaque année.
  • L'information. La société doit transmettre chaque année ses comptes ou sa déclaration 2072 et informer la banque de tout événement significatif.
  • L'indemnité de remboursement anticipé. Son montant et ses cas d'exonération sont fixés par le contrat.

La procédure pas à pas

  1. Arrêtez le plan de financement complet, prix, frais d'acquisition, travaux, frais de garantie et réserve de trésorerie (chapitre 44).
  2. Vérifiez que les statuts autorisent le gérant à emprunter et à consentir les garanties, ou préparez la décision collective nécessaire.
  3. Constituez le dossier de la société, statuts, extrait d'immatriculation, comptes ou déclarations 2072, état des prêts et baux en cours.
  4. Constituez le dossier de chaque associé, pièces d'identité, avis d'imposition, justificatifs de revenus et de patrimoine, tableau des crédits en cours.
  5. Consultez plusieurs banques, ou un courtier immatriculé au registre des intermédiaires, en présentant le même dossier.
  6. Comparez les offres sur le taux effectif global, l'assurance exigée, les garanties, l'indemnité de remboursement anticipé et les clauses de changement de contrôle.
  7. Faites voter par les associés la décision qui autorise l'emprunt aux conditions retenues et les garanties.
  8. Faites signer les actes de caution par chaque associé, après lecture attentive (chapitre 37).
  9. Signez le contrat de prêt au nom de la société, puis l'acte d'acquisition chez le notaire, qui inscrit la garantie.
  10. Classez le contrat, le tableau d'amortissement et les actes de garantie dans le dossier permanent de la société.

La fiscalité des frais d'emprunt

Dans une SCI à l'IR

Les associés d'une SCI à l'IR déduisent de leur quote-part de revenus fonciers leur part des intérêts des emprunts contractés par la société. Ils déduisent aussi les intérêts de leurs prêts personnels servant à financer leur apport ou à acquérir leurs parts (BOI-RFPI-BASE-20-80, § 130). Les intérêts d'un emprunt personnel destiné à acquérir la seule nue-propriété de parts ne sont pas déductibles (§ 160).

Les frais d'emprunt sont déductibles comme les intérêts, qu'il s'agisse des frais de dossier, des frais d'inscription hypothécaire, des sommes versées à un organisme de caution hors fraction restituable ou des frais de mainlevée. Les primes d'assurance garantissant le prêt sont déductibles lorsque l'assurance est imposée par le contrat de prêt (§ 190 et 200). Les dépenses liées à un remboursement anticipé ne sont en principe pas déductibles, sauf lorsqu'un refinancement réduit effectivement la charge globale d'intérêts (§ 210 et 220).

Seules sont déductibles des revenus fonciers les dettes contractées pour l'acquisition, la construction, la conservation, la réparation ou l'amélioration des immeubles. Un emprunt de la société destiné à autre chose, par exemple à rembourser un associé ou à financer une distribution, ne donne pas lieu à déduction des intérêts sur ce fondement. Le déficit foncier provenant des intérêts ne s'impute pas sur le revenu global (chapitre 60).

Dans une société à l'IS

Dans une société soumise à l'IS, les intérêts et frais d'emprunt sont des charges financières déductibles du résultat imposable dans les conditions de droit commun (chapitre 72). Les intérêts versés aux associés sur leurs comptes courants sont soumis à une limitation propre (chapitre 28).

Les sociétés soumises à l'IS sont aussi concernées par le plafonnement général des charges financières nettes. Celles-ci sont déductibles dans la limite du plus élevé des deux montants suivants, 3 millions d'euros ou 30 % du résultat fiscal avant impôts, intérêts, dépréciations et amortissements, par exercice de douze mois (BOI-IS-BASE-35-40-10-20, § 10 et 30). Ce plafond ne concerne en pratique que les patrimoines très endettés. Pour une société de personnes dont un associé est soumis à l'IS, il s'applique à la quote-part de résultat de cet associé (§ 100).

Emprunt de la société ou emprunt de l'associé

CritèreEmprunt de la SCIEmprunt personnel de l'associé
Signataire et débiteurLa sociétéL'associé
GarantiesHypothèque sur le bien, caution des associésHypothèque sur ses biens, caution d'organisme
Déduction des intérêts en SCI à l'IRQuote-part de chaque associéAssocié seul, s'il finance l'apport ou l'achat des parts
Déduction en société à l'ISCharge de la sociétéSelon les règles propres à l'associé (chapitre 44)
Normes du HCSFChamp et flexibilité selon la foire aux questionsPrêt aux particuliers, règles complètes
Code de la consommationEn principe non applicableApplicable

L'emprunt personnel de l'associé donne accès aux protections du Code de la consommation, mais il oblige chaque associé à se financer séparément et rend plus difficile la cohérence du projet. Il est surtout utilisé pour l'achat de parts d'une société existante (chapitre 39).

Les situations particulières

Les couples

Lorsque des époux sont les seuls associés, la banque leur demande généralement à tous deux leur caution. Leur séparation ultérieure ne les libère pas de cet engagement, qui survit au divorce. Pour des partenaires liés par un pacte civil de solidarité (PACS) ou des concubins, la question est identique et doit être anticipée dans les statuts et dans une convention entre associés (chapitres 19 et 127).

Les enfants mineurs associés

Une SCI dont des enfants mineurs sont associés peut emprunter, mais les mineurs ne se portent pas caution. La banque reporte alors son exigence de garantie sur les parents associés, à hauteur de la totalité du prêt. Les décisions collectives auxquelles participent les mineurs sont votées par leur représentant légal, sous le contrôle prévu par les règles de l'administration légale (chapitre 20).

Les parts démembrées

Lorsque les parts ont été données en nue-propriété, la banque peut demander la caution de l'usufruitier, qui perçoit les revenus, ainsi que celle du nu-propriétaire, qui a la qualité d'associé. Les intérêts d'un emprunt personnel pour acquérir la seule nue-propriété des parts ne sont pas déductibles des revenus fonciers (BOI-RFPI-BASE-20-80, § 160).

Les associés non-résidents

Les banques sont plus réticentes lorsque des associés résident à l'étranger, en raison des difficultés de recouvrement d'une caution hors de France et des obligations de vigilance. La foire aux questions du HCSF prévoit des règles particulières pour les emprunteurs non-résidents (question 6). Attendez-vous à un apport plus élevé et à des garanties réelles plutôt que personnelles.

La SCI à l'IR qui passe à l'IS

L'option pour l'IS ne modifie pas le contrat de prêt, mais elle change l'analyse de la banque et le traitement fiscal des intérêts. Certains contrats imposent d'informer la banque de tout changement de régime fiscal. Les conséquences de l'option sont traitées au chapitre 71.

Plusieurs sociétés

Un associé de plusieurs SCI se porte souvent caution de chacune. Ses engagements cumulés peuvent dépasser son patrimoine, ce qui fragilise chaque nouvelle caution au regard de l'exigence de proportionnalité (chapitre 37). Dans un groupe structuré autour d'une holding, la banque peut demander une garantie de la holding ou une caution croisée entre sociétés, que les dirigeants doivent apprécier au regard de l'intérêt de chaque société.

Petit et grand patrimoine

Les points de vigilance de l'administration

L'administration vérifie l'affectation des emprunts. Dans une SCI à l'IR, les intérêts d'un emprunt dont les fonds ont servi à autre chose qu'à acquérir, construire, conserver, réparer ou améliorer les immeubles sont réintégrés. Un refinancement qui augmente le capital emprunté pour remettre des liquidités aux associés ne permet pas de déduire les intérêts de la fraction excédentaire.

Dans une société à l'IS, un emprunt destiné à financer une distribution ou le remboursement de comptes courants reste une charge de la société, mais l'opération est examinée si elle n'a d'autre but que de transformer des revenus en charges déductibles. Les avantages consentis à un associé à travers le financement, par exemple une garantie donnée par la société pour la dette personnelle d'un associé, peuvent être contestés par l'administration comme par les autres associés (chapitres 33 et 132).

Trois exemples chiffrés

Les exemples qui suivent sont des illustrations. Les montants, taux et critères bancaires sont des hypothèses et ne valent pas calcul pour votre situation.

Une petite SCI familiale

Deux sœurs détiennent chacune 50 % d'une SCI à l'IR. La société achète un immeuble de deux logements pour un coût total de 250 000 €, frais et travaux compris. Elle emprunte 200 000 € sur vingt ans au taux fixe de 3,7 %, avec une assurance emprunteur de 0,25 % par an du capital initial, chaque sœur étant assurée à 50 %. Les loyers attendus sont de 1 250 € par mois et la banque retient 70 % des loyers pour le calcul du taux d'effort.

ÉlémentMontant
Mensualité hors assurance1 180,58 €
Assurance mensuelle41,67 €
Mensualité totale1 222,25 €
Annuité totale14 667 €
Loyers annuels15 000 €
Loyers nets, après 25 % de charges non récupérables et de vacance (hypothèse)11 250 €
Taux de couverture de la dette0,77
Intérêts de la première année7 284 €
Intérêts sur toute la durée83 339 €

Les loyers ne couvrent pas l'annuité. Les associées devront compléter d'environ 3 417 € par an, soit environ 142 € par mois chacune, par des apports en compte courant. La banque calcule donc le taux d'effort de chacune par transparence.

AssociéeRevenus mensuelsCharges existantesTaux d'effort avec sa moitié de mensualité et de loyers décotés
A3 500 €700 €33,3 %
B2 600 €Aucune20,1 %

Les deux associées restent sous 35 %. Avec 1 000 € de frais de dossier et 2 400 € de frais de garantie, le taux annuel effectif global (TAEG) ressort à environ 4,38 %, sous le seuil de l'usure de 5,83 % applicable au quatrième trimestre 2026 aux prêts à taux fixe de vingt ans et plus consentis aux personnes morales sans activité commerciale.

Une société à l'IS au patrimoine important

Une SCI à l'IS détenue par une holding familiale achète un immeuble de rapport et emprunte 1 200 000 € sur vingt ans. Les loyers sont de 120 000 € par an et la banque retient des loyers nets de 96 000 € après 20 % de charges non récupérables et de vacance. Deux formules sont proposées.

ÉlémentAmortissable à 4,0 %In fine à 4,2 %
Mensualité7 271,76 €4 200,00 €
Annuité87 261 €50 400 €
Taux de couverture de la dette1,101,90
Intérêts sur vingt ans545 223 €1 008 000 €
Capital restant dû au terme0 €1 200 000 €

La formule in fine améliore la couverture annuelle, mais elle coûte environ 462 800 € d'intérêts de plus et suppose de rembourser 1 200 000 € au terme, par la vente du bien, un refinancement ou un placement nanti. Dans la formule amortissable, avec 21 000 € de frais et une assurance de 200 € par mois, le TAEG ressort à environ 4,61 %, sous le seuil de l'usure de 5,83 %. Les charges financières restent très inférieures au plafond de 3 millions d'euros.

L'indemnité de remboursement anticipé

Les deux sociétés revendent leur bien au bout de sept ans. Leur contrat fixe une indemnité de 3 % du capital remboursé pour la petite SCI et de 5 % pour la grande. Le tableau compare ces montants avec le plafond qui s'appliquerait à un prêt aux particuliers, soit le plus faible de six mois d'intérêts ou de 3 % du capital restant dû.

ÉlémentPetite SCIGrande SCI
Capital restant dû après sept ans146 026 €883 443 €
Indemnité contractuelle4 381 € (3 %)44 172 € (5 %)
Plafond d'un prêt aux particuliers2 701 €17 669 €
Surcoût lié à l'absence de plafond légal1 680 €26 503 €

La négociation de cette clause avant la signature est l'un des leviers les plus efficaces d'un prêt à une société.

Les erreurs fréquentes

ErreurConséquenceOrdre de grandeur
Accepter l'indemnité de remboursement anticipé standardSurcoût à la revente26 503 € dans l'exemple de la grande SCI
Ne pas lire la clause de changement de contrôleExigibilité anticipée lors d'une donation de partsCapital restant dû exigible
Rembourser les comptes courants malgré une convention de blocageManquement contractuel, exigibilité possibleTout le capital restant dû
Choisir l'in fine sans plan de remboursement du capitalVente forcée ou refinancement coûteux au terme1 200 000 € à trouver
Emprunter pour distribuer dans une SCI à l'IRIntérêts non déductiblesIntérêts annuels de la fraction concernée
Cumuler les cautions dans plusieurs sociétésPatrimoine personnel exposé au-delà de sa valeurTotalité des prêts garantis
Gérant qui emprunte sans l'autorisation statutaire requiseResponsabilité du gérant envers les associésVariable selon le préjudice

Liste de contrôle

  1. Le plan de financement complet, avec frais de garantie et réserve de trésorerie, est arrêté.
  2. Les statuts autorisent l'emprunt et les garanties, ou la décision collective est préparée.
  3. Le traitement du prêt au regard du HCSF a été demandé à la banque, transparence ou flexibilité.
  4. Le taux d'effort de chaque associé est calculé et reste compatible avec ses autres projets.
  5. Le taux de couverture de la dette est calculé et le complément éventuel des associés est chiffré.
  6. Le TAEG est comparé au seuil de l'usure des personnes morales du trimestre.
  7. Les garanties sont comparées en coût, en protection et en exposition des associés.
  8. L'indemnité de remboursement anticipé a été négociée par écrit.
  9. Les clauses de changement de contrôle, de blocage des comptes courants et d'engagements financiers sont lues et acceptées en connaissance de cause.
  10. Les cautions sont proportionnées au patrimoine de chaque associé et le conjoint a été consulté.
  11. L'affectation des fonds empruntés est documentée pour justifier la déduction des intérêts.
  12. Le contrat, le tableau d'amortissement et les garanties sont classés dans le dossier permanent.