L'impôt sur la fortune immobilière (IFI) frappe le patrimoine immobilier net d'un foyer au-delà de 1 300 000 €. Pour un loueur professionnel, la question centrale n'est pas le barème mais l'assiette. Les logements loués en meublé peuvent en sortir au titre des biens professionnels, à des conditions qui ne sont pas celles du statut de loueur en meublé professionnel (LMP) à l'impôt sur le revenu. Un LMP peut donc rester imposable sur ses meublés. L'exonération, lorsqu'elle s'applique, emporte la perte de la déduction des dettes correspondantes.
Ce chapitre présente le fondement de l'exonération, ses conditions, l'écart avec le statut de l'impôt sur le revenu, le cas du bénéfice nul, le sort des dettes, la détention par une société, puis un calcul complet sur trois profils. Les règles générales de l'impôt, à savoir le foyer, l'évaluation des biens, les dettes déductibles, le démembrement et la déclaration, figurent dans le Guide du bailleur privé, L'IFI du bailleur, que ce chapitre ne reprend pas.
Les repères de l'impôt
Le foyer est imposable lorsque la valeur nette taxable de ses biens et droits immobiliers non professionnels dépasse 1 300 000 € au 1er janvier (service-public.gouv.fr). Le barème s'applique alors dès 800 000 €, aux taux de 0,50 %, 0,70 %, 1 %, 1,25 % et 1,50 % selon les tranches. Une décote égale à 17 500 € moins 1,25 % du patrimoine net taxable joue entre 1 300 000 € et 1 400 000 €. La résidence principale bénéficie d'un abattement de 30 %.
| Fraction du patrimoine net taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 800 000 € | 0 % |
| De 800 000 € à 1 300 000 € | 0,50 % |
| De 1 300 000 € à 2 570 000 € | 0,70 % |
| De 2 570 000 € à 5 000 000 € | 1 % |
| De 5 000 000 € à 10 000 000 € | 1,25 % |
| Au-delà de 10 000 000 € | 1,50 % |
Le seuil s'apprécie sur le seul patrimoine non professionnel. Des biens professionnels exonérés ne comptent ni dans l'assiette ni dans l'appréciation du seuil. La loi de finances pour 2026 n'a modifié ni le seuil ni le barème. Les mesures discutées pour 2027 sont suivies au chapitre 87.
Le fondement de l'exonération
Le principe des biens professionnels
L'article 975 du Code général des impôts (CGI) exonère les biens et droits immobiliers affectés à l'activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale exercée à titre principal par un membre du foyer. L'activité doit constituer une véritable profession, appréciée selon un faisceau d'indices comme le caractère habituel et constant, le but lucratif, l'existence d'une clientèle ou l'affiliation au régime des non-salariés (BOI-PAT-IFI-30-10-10-10, § 150 à 180).
Les biens loués ou mis à la disposition de tiers ne sont pas, en principe, des biens professionnels. La location d'immeubles relève de la gestion d'un patrimoine privé, même lorsqu'elle porte sur un grand nombre de lots. La doctrine réserve deux exceptions, la location constitutive d'une profession commerciale et le bail rural à long terme (BOI-PAT-IFI-30-10-10-20, § 20 à 40). Le bailleur en location nue n'a donc aucune voie d'exonération pour ses logements, quelle que soit la taille de son parc.
La location meublée comme profession commerciale
Le 1° du V de l'article 975 permet de traiter comme une activité commerciale la location de locaux d'habitation meublés, ou destinés à l'être. La doctrine fixe les conditions suivantes (BOI-PAT-IFI-30-10-10-10, § 50 et 60).
- Les membres du foyer réalisent plus de 23 000 € de recettes annuelles de location meublée. Ces recettes comprennent les loyers, les charges, les taxes et les remboursements de frais effectivement perçus.
- Ils retirent de cette activité plus de 50 % des revenus du foyer soumis à l'impôt sur le revenu dans les catégories des traitements et salaires, des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des rémunérations des gérants et associés de l'article 62 du CGI.
- Seuls les locaux qui procurent effectivement des revenus au foyer peuvent être exonérés.
Pour la condition des 50 %, la doctrine compare le bénéfice net annuel de la location meublée, déterminé selon les règles des BIC, au revenu net du foyer dans les catégories citées, bénéfice de la location compris. L'activité doit en outre rester la profession principale du redevable ou d'un membre de son foyer.
Les autres locations professionnelles
La doctrine admet aussi comme biens professionnels, sous conditions, les établissements commerciaux ou industriels loués équipés, c'est-à-dire avec le matériel nécessaire à leur exploitation (même référence, § 70). Une simple location de murs nus à un commerçant n'est pas concernée. Le chapitre 29 présente l'achat de murs occupés par un exploitant.
L'écart avec le statut de l'impôt sur le revenu
Deux tests différents
Le statut de LMP à l'impôt sur le revenu repose sur des recettes supérieures à 23 000 € et supérieures aux autres revenus d'activité du foyer (chapitre 2). L'exonération d'IFI reprend le seuil de 23 000 €, mais remplace la comparaison des recettes par une comparaison des bénéfices. Les deux appréciations divergent dès que l'amortissement réduit fortement le résultat, ce qui est la situation normale des premières années d'un parc financé à crédit.
| Critère | Statut LMP à l'impôt sur le revenu | Exonération d'IFI |
|---|---|---|
| Seuil de recettes | Plus de 23 000 € | Plus de 23 000 € |
| Grandeur comparée | Recettes de location meublée | Bénéfice net de location meublée |
| Termes de comparaison | Autres revenus d'activité du foyer | Revenus professionnels du foyer, bénéfice de la location compris |
| Effet d'un bénéfice nul | Sans incidence | Condition non remplie |
| Biens concernés | Tous les meublés du foyer | Seuls les locaux qui procurent des revenus |
| Date d'appréciation | Année civile de perception des recettes | Situation au 1er janvier de l'année d'imposition |
Le bénéfice nul ou déficitaire
Le Gouvernement a confirmé cette lecture dans une réponse à la question écrite n° 9897 de Mme Annie Vidal, publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale le 9 avril 2024. Une activité de location meublée déficitaire ne remplit pas la condition des 50 %, même si les recettes dépassent 23 000 €. Seuls les locaux meublés source de revenus et non de déficit peuvent être exonérés au titre des biens professionnels.
Cette position a une conséquence directe. Un loueur dont toute l'activité consiste à louer des meublés, sans aucun autre revenu professionnel, n'est pas exonéré pour une année où son bénéfice est nul. L'absence d'autres revenus ne suffit pas. C'est précisément le cas de nombreux LMP au régime réel, dont l'amortissement par composants (chapitre 76) neutralise le résultat pendant plusieurs années.
Les revenus qui entrent dans la comparaison
La comparaison ne retient que les catégories professionnelles citées par la doctrine. Les revenus fonciers, les revenus de capitaux mobiliers et les plus-values n'y figurent pas. Le rapport du 122e Congrès des notaires de France, publié en 2026, relève en outre que les pensions de retraite, comptées pour le statut de l'impôt sur le revenu, ne le sont pas pour ce test. Un retraité dont le bénéfice de location est positif peut donc remplir la condition des 50 % même avec une pension élevée, sous réserve que la location reste son activité principale.
Prenons un loueur retraité qui perçoit 60 000 € de pension et dégage 30 000 € de bénéfice de location meublée, sans autre revenu professionnel dans le foyer. Selon cette lecture, la location représente 100 % de ses revenus professionnels et la condition des 50 % est remplie. Au regard de l'impôt sur le revenu, ses recettes doivent en revanche dépasser ses autres revenus d'activité, ce qui s'apprécie selon les règles du chapitre 2. Cet exemple est illustratif et la position mérite d'être confirmée avec un conseil, la doctrine administrative ne traitant pas expressément des pensions dans ce test.
L'année de référence
La doctrine parle de recettes et de bénéfices annuels sans préciser l'exercice retenu pour une imposition donnée. L'IFI étant établi d'après la situation au 1er janvier, le dossier doit au minimum s'appuyer sur les comptes du dernier exercice clos et sur la situation de l'activité à cette date. En cas de doute sérieux, notamment l'année d'un démarrage, d'une forte variation du résultat ou d'un départ à la retraite, l'avis d'un avocat fiscaliste ou une demande de rescrit à l'administration permet de sécuriser la position (chapitre 88).
Les locaux concernés
Les logements effectivement loués
L'exonération porte sur les locaux d'habitation loués meublés ou destinés à l'être, qui procurent effectivement des revenus au foyer. Un logement entre deux locations, meublé et proposé à la location, relève de l'activité. Un logement laissé durablement vide, réservé à l'usage de la famille ou sorti du marché pour des travaux de longue durée s'en détache. La réponse ministérielle de 2024 ajoute que les locaux déficitaires n'ouvrent pas droit à l'exonération, ce qui peut conduire à examiner la situation lot par lot dans un parc hétérogène.
Les dépendances et les parties communes
Les dépendances louées avec les logements, comme les caves, les parkings ou les locaux techniques d'une résidence, suivent en pratique le sort des logements dont elles sont l'accessoire. Un parking loué séparément à un tiers relève d'une autre activité et reste imposable. Le mobilier n'entre de toute façon pas dans l'assiette de l'IFI, qui ne vise que l'immobilier.
Le parc mixte
Un foyer qui détient des logements loués nus et des meublés n'exonère que les seconds. Les logements nus, les locaux commerciaux nus, les terrains et la résidence secondaire restent dans l'assiette. La ventilation des biens et des dettes entre ces deux catégories doit être faite bien par bien et conservée avec la déclaration.
Le petit et le grand patrimoine
Un foyer dont le patrimoine immobilier net, meublés compris, reste sous 1 300 000 € n'est pas imposable, que ses meublés soient exonérés ou non. Le test des 50 % n'a alors d'enjeu que si l'inclusion des meublés fait franchir le seuil. Pour un grand patrimoine, l'enjeu se compte en milliers d'euros par an. Le plafonnement des dettes applicable au-delà de 5 000 000 € de biens imposables s'ajoute alors à l'analyse, de même que la ventilation de chaque prêt entre biens exonérés et biens imposables.
Le calendrier diffère aussi. Le petit professionnel vérifie sa situation une fois par an, à partir de la liasse et de l'avis d'impôt du foyer. Le grand parc, dont le résultat varie avec les acquisitions, les travaux et les ventes, gagne à simuler le test des 50 % avant chaque opération importante de fin d'année, puisque la situation au 1er janvier suivant en dépend.
Le sort des dettes
La règle
Les dettes ne sont déductibles que si elles se rapportent à des biens imposables. L'emprunt qui a financé un meublé exonéré cesse donc d'être déductible l'année où l'exonération s'applique. Il en va de même de la taxe foncière de ces logements et des autres dettes qui leur sont attachées. Les règles générales de déductibilité, dont celle des prêts in fine et des prêts familiaux, sont présentées dans le guide du bailleur privé.
| Dette au 1er janvier | Meublé exonéré | Meublé imposable |
|---|---|---|
| Capital restant dû du prêt d'acquisition | Non déductible | Déductible |
| Prêt de travaux sur le logement | Non déductible | Déductible |
| Taxe foncière de l'année | Non déductible | Déductible |
| Fraction du prêt finançant le mobilier | Non déductible | Non déductible, le mobilier n'étant pas imposable |
| Prêt global finançant plusieurs biens | À ventiler | À ventiler |
Un prêt unique qui a financé un immeuble comprenant des logements nus et des meublés se ventile selon l'affectation des fonds. Conservez l'offre de prêt, le tableau d'amortissement et la répartition du prix entre les lots dans l'acte d'acquisition.
Le plafonnement des dettes des patrimoines importants
Lorsque la valeur des biens imposables dépasse 5 000 000 € et que les dettes déductibles excèdent 60 % de cette valeur, la fraction des dettes qui dépasse ce seuil n'est retenue que pour moitié, sauf justification d'un objectif non principalement fiscal. Ce plafonnement s'apprécie après exclusion des biens professionnels et de leurs dettes. Le chapitre 39 présente le crédit in fine, dont le traitement fiscal limite l'intérêt à l'IFI.
L'exonération n'est pas toujours favorable
L'exonération s'applique dès que ses conditions sont réunies. Le foyer ne choisit pas de déclarer ou non ses meublés professionnels. Pour un parc récent, financé entièrement à crédit, la dette peut excéder la valeur vénale des logements. Dans ce cas, sortir les meublés de l'assiette fait aussi disparaître une dette nette qui aurait réduit l'impôt dû sur les autres biens.
L'exemple qui suit est une illustration. Un couple détient sa résidence principale estimée à 600 000 €, des logements nus sans dette estimés à 1 300 000 € et des meublés estimés à 1 200 000 €. Le crédit qui a financé le prix, les frais et d'importants travaux sur ces meublés atteint 1 250 000 € au 1er janvier, sans part affectée au mobilier.
| Situation | Calcul de l'actif net | Patrimoine net taxable | IFI |
|---|---|---|---|
| Meublés exonérés | 420 000 € plus 1 300 000 € | 1 720 000 € | 5 440 € |
| Meublés imposables | 420 000 € plus 1 300 000 € plus 1 200 000 € moins 1 250 000 € | 1 670 000 € | 5 090 € |
Dans cette configuration, l'exonération coûte 350 € par an. L'écart s'inverse dès que le capital restant dû passe sous la valeur des meublés, ce qui arrive en quelques années avec un prêt amortissable.
Les meublés détenus par une société
Le principe
Lorsque les meublés appartiennent à une société, ce sont les parts sociales que le foyer détient. Leur exonération relève des règles applicables aux parts de sociétés qui constituent l'outil de travail du redevable. Pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), le rapport du 122e Congrès des notaires résume ces conditions. Le redevable y exerce une fonction de direction, il perçoit une rémunération normale qui représente plus de la moitié de ses revenus professionnels et il détient au moins 25 % des droits de vote, sauf cas particuliers. Un seul niveau d'interposition est admis.
Le même rapport souligne que la gestion de son propre patrimoine immobilier n'est pas une activité commerciale, la location meublée faisant exception. Il relève aussi que les seuils de 23 000 € et de 50 % du 1° du V visent l'activité exercée à titre individuel, la détention par une société relevant des conditions propres aux parts. Ces règles sont détaillées dans la doctrine relative aux sociétés (BOI-PAT-IFI-30-10-40), à examiner avec un avocat fiscaliste avant toute structuration.
Les situations courantes
| Structure | Traitement à l'IFI | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Société civile immobilière (SCI) louant nu | Parts imposables pour leur fraction immobilière | Aucune exonération possible |
| SCI à l'IS louant meublé | Parts exonérables si les conditions des parts sociales sont remplies | Fonction de direction et rémunération à justifier |
| Société à responsabilité limitée (SARL) de famille louant meublé | Parts exonérables sous les conditions des parts sociales | Rémunération du gérant et activité réelle |
| Participation inférieure à 10 % d'une société opérationnelle | Exclue de l'assiette dans certains cas | Conditions de l'article 965 du CGI |
Une détention passive ne suffit pas. Le rapport des notaires mentionne des décisions qui ont refusé la qualité de loueur professionnel aux associés d'une SARL propriétaire de plusieurs immeubles, qui confiaient la gestion à un tiers et résidaient loin des biens. Le transfert d'un parc en société et ses effets sont présentés au chapitre 124.
Le couple et le foyer
Les conditions s'apprécient au niveau du foyer IFI. La doctrine raisonne sur les membres du foyer définis par la loi pour cet impôt (BOI-PAT-IFI-30-10-10-10, § 60). Ce foyer comprend la personne seule ou le couple, marié, pacsé ou vivant en concubinage notoire, ainsi que les enfants mineurs, comme le rappelle le Guide du bailleur privé, L'IFI du bailleur. Les revenus professionnels d'un concubin notoire entrent donc en principe dans la comparaison, alors qu'il ne fait pas partie du foyer fiscal à l'impôt sur le revenu. Les recettes et les bénéfices de location meublée de tous ses membres s'additionnent, comme leurs revenus professionnels. Les biens appartenant à un membre du foyer et utilisés pour l'activité d'un autre membre peuvent être professionnels (BOI-PAT-IFI-30-10-10-20, § 50). Un meublé détenu par un époux et exploité dans l'activité de location de l'autre n'est donc pas exclu par principe.
Le salaire du conjoint pèse en revanche directement sur le test des 50 %. Un départ à la retraite, un passage à temps partiel ou une séparation peuvent faire entrer le foyer dans l'exonération sans aucun changement du parc. L'inverse est également vrai. Le chapitre 21 traite de la place du conjoint dans l'activité et le chapitre 131 du couple de loueurs professionnels.
L'indivision et le démembrement
Un meublé détenu en indivision se déclare pour la quote-part du foyer. L'exonération ne peut porter que sur cette quote-part. Elle suppose en outre que le foyer remplisse lui-même les conditions. L'indivisaire extérieur au foyer suit sa propre situation. Deux frères qui louent ensemble un immeuble meublé peuvent ainsi être l'un exonéré et l'autre imposable sur leurs parts respectives.
En cas de démembrement, l'usufruitier déclare en principe le bien pour sa valeur en pleine propriété, le nu-propriétaire n'ayant rien à déclarer, selon la règle présentée dans le guide du bailleur privé. Lorsque l'usufruitier exploite lui-même le meublé, la question de l'exonération se pose à son niveau, selon ses propres recettes et revenus. Un parent qui a donné la nue-propriété de ses meublés en conservant l'usufruit reste donc concerné par le test des 50 % tant qu'il loue. Ces situations sont examinées avec le notaire lors de la transmission (chapitre 125).
Les événements qui modifient l'exonération
La situation se refait chaque année. Le tableau suivant recense les événements courants et leur effet le plus fréquent, à vérifier au cas par cas.
| Événement | Effet le plus fréquent | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Acquisition financée à crédit | Bénéfice réduit par l'amortissement et les intérêts | Condition des 50 % pour l'année suivante |
| Fin de l'amortissement du mobilier ou d'un composant | Bénéfice en hausse | Entrée possible dans l'exonération |
| Retraite ou temps partiel du conjoint | Revenus professionnels du foyer en baisse | Entrée possible dans l'exonération |
| Mariage, pacte ou concubinage avec un salarié | Revenus professionnels du foyer en hausse | Sortie possible de l'exonération |
| Vente d'une partie du parc | Recettes et bénéfice en baisse | Seuil de 23 000 € et condition des 50 % |
| Mise en gestion complète par un mandataire | Caractère professionnel discuté | Preuve d'une activité réellement exercée |
| Apport des meublés à une société | Conditions des parts sociales substituées | Fonction de direction et rémunération |
Le calcul sur trois profils
L'exemple qui suit est une illustration. Les montants sont des hypothèses et ne valent pas évaluation de votre situation. Dans les trois profils, le foyer réalise plus de 23 000 € de recettes de location meublée, supérieures à ses autres revenus d'activité. Il est donc LMP à l'impôt sur le revenu et la location est l'activité principale du loueur.
| Profil | Bénéfice de location meublée | Autres revenus professionnels du foyer | Part de la location | Exonération |
|---|---|---|---|---|
| A, loueur seul | 0 € après amortissement | 0 € | Sans objet | Non |
| B, couple | 40 000 € | 30 000 € de salaires nets du conjoint | 57,1 % | Oui |
| C, couple | 40 000 € | 50 000 € de salaires nets du conjoint | 44,4 % | Non |
Le patrimoine des profils B et C est identique. La résidence principale vaut 700 000 €, les meublés 2 400 000 € et les logements loués nus 900 000 €. Au 1er janvier, le capital restant dû atteint 1 500 000 € sur les meublés et 200 000 € sur les logements nus. La taxe foncière de l'année est de 5 000 € pour les meublés et de 3 000 € pour les logements nus.
| Poste | Profil B, meublés exonérés | Profil C, meublés imposables |
|---|---|---|
| Résidence principale après abattement de 30 % | 490 000 € | 490 000 € |
| Meublés | Exclus | 2 400 000 € |
| Logements nus | 900 000 € | 900 000 € |
| Actif imposable | 1 390 000 € | 3 790 000 € |
| Emprunts des meublés | Non déductibles | 1 500 000 € |
| Emprunts des logements nus | 200 000 € | 200 000 € |
| Taxe foncière | 3 000 € | 8 000 € |
| Passif déductible | 203 000 € | 1 708 000 € |
| Patrimoine net taxable | 1 187 000 € | 2 082 000 € |
| IFI | 0 € | 7 974 € |
Pour le profil C, l'impôt se calcule ainsi. La tranche de 800 000 € à 1 300 000 € donne 2 500 €. La fraction de 782 000 € au-delà de 1 300 000 €, taxée à 0,70 %, donne 5 474 €. Le total atteint 7 974 €, sans décote puisque le patrimoine dépasse 1 400 000 €.
Un écart de 20 000 € de salaires du conjoint suffit donc à faire passer le foyer d'un IFI nul à près de 8 000 € par an, à patrimoine identique. Pour le profil A, le résultat dépend de la valeur nette de ses meublés et de ses autres biens. Ses meublés restent imposables tant que son bénéfice est nul, comme ceux du profil C.
Déclarer et justifier
La déclaration
Les biens professionnels exonérés n'entrent pas dans l'actif imposable de la déclaration n° 2042-IFI. Le foyer dont le patrimoine non professionnel net reste sous le seuil n'a pas de déclaration d'IFI à souscrire. Celui qui le dépasse déclare ses biens imposables, ses dettes déductibles et le calcul de l'impôt avec sa déclaration de revenus, selon le calendrier présenté dans le guide du bailleur privé.
Le dossier de justification
L'exonération est une position que le foyer prend sous sa responsabilité. L'administration peut la remettre en cause dans le délai de reprise, avec intérêts de retard et majorations (chapitre 89). Le dossier annuel doit permettre de la justifier sans reconstitution.
- Arrêtez au 1er janvier la liste des meublés loués ou proposés à la location, avec leurs baux et leurs annonces.
- Joignez les comptes du dernier exercice clos et le calcul du bénéfice net de la location meublée.
- Relevez les revenus professionnels nets de chaque membre du foyer dans les catégories retenues.
- Calculez la part de la location et conservez le tableau.
- Rassemblez les preuves du caractère professionnel et principal de l'activité, comme le temps consacré, l'affiliation aux organismes sociaux et l'organisation de la gestion.
- Ventilez les biens et les dettes entre biens exonérés et biens imposables, prêt par prêt.
- Archivez l'ensemble avec la déclaration de revenus de l'année.
Sécuriser ou corriger la position
Lorsque la situation est incertaine, par exemple l'année d'un démarrage, d'un départ à la retraite ou d'une délégation complète de la gestion, une demande de rescrit permet d'obtenir une prise de position formelle de l'administration sur les faits exposés (chapitre 88). Elle suppose un exposé complet et sincère de la situation et se prépare bien avant la date de déclaration.
Un foyer qui découvre après coup avoir exonéré ses meublés une année où les conditions n'étaient pas remplies a intérêt à régulariser de lui-même par une déclaration rectificative, plutôt que d'attendre un contrôle. Le rappel porte alors sur l'impôt et l'intérêt de retard, sans les difficultés d'une procédure engagée par l'administration. Faites établir le calcul corrigé par votre conseil avant le dépôt.
Les cas particuliers
Le début d'activité. L'année du démarrage, le bénéfice est souvent nul ou négatif en raison des frais d'acquisition et de l'amortissement. L'exonération est alors peu probable. Elle peut apparaître les années suivantes, lorsque le résultat devient positif.
La retraite. Le départ à la retraite fait souvent basculer la comparaison, puisque le salaire disparaît du foyer. Le loueur retraité qui délègue toute la gestion à un mandataire doit cependant pouvoir établir que la location reste une activité professionnelle exercée par lui. Ce point est discuté par la pratique et doit être examiné avant la cessation de l'activité salariée (chapitre 128).
La cessation et la vente. L'exonération cesse avec l'activité. Un meublé vendu en cours d'année n'est plus dans le patrimoine au 1er janvier suivant. Un parc conservé mais dont l'exploitation est arrêtée redevient imposable, avec ses dettes (chapitre 123).
Le non-résident. Un non-résident n'est imposable que sur ses biens immobiliers situés en France. La qualification de ses meublés comme biens professionnels suit les mêmes conditions. Le chapitre 90 présente sa situation au regard du statut de LMP.
Les points de vigilance de l'administration
L'administration dispose de la déclaration de revenus et de la liasse de l'activité. Elle peut donc rapprocher l'exonération déclarée à l'IFI du bénéfice de la location meublée et des revenus professionnels du foyer. Un foyer qui exonère ses meublés une année où sa liasse fait apparaître un résultat nul ou déficitaire présente une incohérence immédiatement visible. Les autres points examinés sont la déduction de dettes rattachées à des biens exonérés et la composition du foyer, notamment en cas de concubinage. Le caractère réellement professionnel de l'activité fait aussi l'objet de questions lorsque la gestion est entièrement déléguée.
Les erreurs fréquentes
Une exonération revendiquée à tort coûte cher. Prenons le loueur seul du profil A, dont le bénéfice est nul après amortissement. Il détient des meublés estimés à 2 000 000 €, financés par 800 000 € de capital restant dû. Il détient aussi 600 000 € d'autres biens imposables. En exonérant ses meublés, il ne déclare que 600 000 € et ne paie aucun IFI. Son patrimoine net taxable est en réalité de 1 800 000 €, soit 6 000 € d'impôt par an. Sur trois années rappelées, la régularisation atteint 18 000 €, auxquels s'ajoutent l'intérêt de retard de 0,20 % par mois, soit 144 € par an de retard pour chaque année rappelée. Des majorations peuvent encore s'y ajouter selon la nature du manquement.
- Croire que le statut de LMP à l'impôt sur le revenu exonère automatiquement les meublés d'IFI.
- Comparer aux revenus du foyer les recettes au lieu du bénéfice net.
- Oublier qu'un bénéfice nul après amortissement fait perdre l'exonération.
- Inclure les revenus fonciers ou les dividendes dans les revenus professionnels comparés.
- Continuer à déduire les emprunts de meublés exonérés.
- Exonérer un logement durablement vide ou utilisé par la famille.
- Supposer qu'une SARL de famille ou une SCI à l'IS exonère ses parts sans fonction de direction ni rémunération.
- Ne pas recalculer la situation l'année d'un changement de revenus du conjoint.
- Oublier les revenus professionnels d'un concubin notoire, membre du foyer IFI.
- Exonérer la totalité d'un meublé indivis au lieu de la seule quote-part du foyer.
- Déclarer une exonération incompatible avec le résultat nul ou déficitaire de la liasse.
Liste de contrôle
- Chaque 1er janvier, recensez les meublés loués ou proposés à la location.
- Vérifiez que les recettes de location meublée du foyer dépassent 23 000 €.
- Calculez le bénéfice net du dernier exercice et comparez-le aux revenus professionnels nets du foyer.
- Écartez de l'exonération tout logement durablement vide ou affecté à un usage personnel.
- Retirez du passif les emprunts et la taxe foncière des meublés exonérés.
- Ventilez tout prêt global entre biens exonérés et biens imposables.
- Pour des parts de société, vérifiez la fonction de direction, la rémunération et le seuil de droits de vote.
- Comparez l'IFI avec et sans exonération pour mesurer l'effet de la perte des dettes.
- Conservez le dossier de justification avec la déclaration de l'année.
- Refaites le calcul après tout changement de revenus, de résultat ou de composition du foyer.
- Intégrez les revenus professionnels d'un concubin notoire dans le test des 50 %.
- Limitez l'exonération à la quote-part du foyer pour les meublés indivis.
- Vérifiez que l'exonération déclarée est cohérente avec le résultat de la liasse de l'année.