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Guide des stratégies immobilières, chapitre 98

La profession libérale

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Médecins, chirurgiens-dentistes, kinésithérapeutes, avocats, architectes, experts-comptables ou consultants partagent une situation patrimoniale proche. Leurs revenus sont souvent élevés mais variables et leur outil de travail tient dans un cabinet dont ils sont locataires ou propriétaires. Leur retraite obligatoire remplace rarement une part importante de leurs revenus d'activité. L'immobilier répond chez eux à trois besoins distincts, loger l'activité, placer un excédent d'épargne fortement imposé et préparer un revenu complémentaire pour la retraite.

Ce chapitre traite d'abord la question qui leur est propre, celle des murs du cabinet, achetés seul ou à plusieurs, par une société civile immobilière (SCI) ou par la structure d'exercice. Il chiffre le rachat des murs d'un cabinet de groupe, le départ d'un associé de la SCI, puis le choix fiscal d'un praticien seul. Il aborde ensuite l'investissement des excédents et la préparation de la retraite. Les règles de la SCI qui loue à l'activité de son associé figurent dans le Guide des sociétés immobilières, La SCI qui loge l'activité professionnelle de l'associé. Le chapitre 54 compare les modes de détention des murs pour tous les dirigeants.

Ce qui distingue le professionnel libéral

Des revenus élevés et irréguliers

Le libéral en nom propre relève des bénéfices non commerciaux (BNC). Son bénéfice supporte à la fois l'impôt sur le revenu (IR) au barème et des cotisations sociales personnelles, ce qui donne à chaque euro de charge déductible une valeur élevée. Ses revenus varient avec l'activité, les remplacements, les congés, la maladie ou la réforme de sa profession, d'où une attention particulière à la réserve de trésorerie (chapitre 99).

Pour 2026, 2027 et 2028, le régime micro s'applique aux prestations de services et aux professions libérales jusqu'à 83 600 € de recettes hors taxes, contre 77 700 € auparavant, puis le régime réel simplifié jusqu'à 286 000 € selon l'arrêté du 27 janvier 2026 (entreprendre.service-public.gouv.fr). En dessous de ce seuil, l'abattement forfaitaire tient lieu de toutes les charges, si bien que l'achat du cabinet n'apporte aucune déduction au praticien qui reste au micro. Le choix du régime réel de la déclaration contrôlée précède donc toute réflexion sur les murs.

L'exercice en société

Les professions libérales réglementées peuvent exercer en société d'exercice libéral (SEL), sous forme de SELARL, de SELAS ou d'autres formes. Selon la fiche officielle vérifiée le 16 décembre 2025, la SEL relève en principe de l'impôt sur les sociétés (IS) avec une option possible pour l'IR. Plus de la moitié de son capital et de ses droits de vote est détenue par les professionnels qui y exercent, directement ou par une société de participations financières de professions libérales (SPFPL). La fiche indique aussi que la rémunération versée par la SEL au titre de l'activité libérale relève désormais des BNC (entreprendre.service-public.gouv.fr).

La société civile de moyens (SCM) met en commun les moyens d'exercice, locaux, matériel et personnel, sans exercer elle-même la profession. Elle n'est pas imposée à son niveau. Chaque membre déclare sa part de résultat selon son propre régime, en BNC pour un praticien en nom propre. Une SCM peut être propriétaire des locaux nus qu'elle met à disposition, les revenus de locations à des tiers étant alors imposés dans leur catégorie propre (BOI-BNC-SECT-70-20, § 1, § 10, § 110 et § 330).

Le bail du cabinet

Le cabinet libéral est en principe loué sous bail professionnel, d'une durée d'au moins six ans, que le locataire peut résilier à tout moment avec un préavis de six mois (Guide du bailleur privé, Le bail professionnel). Cette souplesse est un avantage pour le praticien locataire et un risque pour le praticien bailleur. Une SCI qui loue à la SCM de ses propres associés peut voir partir son locataire avec six mois de préavis si le groupe se défait.

Les modes de détention du cabinet

ModeFiscalité du loyer ou de l'immeubleSortiePoint d'attention
Locataire d'un tiersLoyer déductible des BNCAucuneDépendance au bailleur, hausse au renouvellement
Patrimoine privé du praticien seul, loyer à soi-mêmeLoyer versé déductible des BNC et imposé en revenus fonciersPlus-value des particuliersLe loyer doit être réellement versé
Inscription au registre des immobilisationsAmortissement, intérêts et charges déductibles des BNCPlus-value professionnelle, amortissements imposés à court termeChoix difficile à défaire
SCI à l'IR louant au praticien ou à la SCMRevenus fonciers des associésPlus-value des particuliersEffort personnel à taux marginal élevé
SCI à l'ISIS après amortissementIS puis prélèvement forfaitaire unique (PFU)Accès aux revenus coûteux
SCM propriétaireAmortissement déductible chez les membresPlus-value professionnelle répartie entre membresImmeuble lié à la vie du groupe
SEL propriétaireIS de la SEL après amortissementIS puis distributionImmeuble cédé avec les titres

Pour un praticien en BNC, l'inscription de l'immeuble au registre des immobilisations est facultative, les immeubles n'étant pas des biens affectés par nature à la profession. S'il le conserve dans son patrimoine privé, il peut déduire un loyer à soi-même à condition de le verser effectivement et de le déclarer en revenus fonciers (Guide de la fiscalité immobilière, L'immeuble dans le patrimoine de l'entreprise individuelle). L'exemple 2 chiffre ce choix.

Méthode de décision pas à pas

  1. Vérifier le régime fiscal de chaque praticien, micro ou déclaration contrôlée, ainsi que celui de la structure d'exercice.
  2. Évaluer la stabilité du groupe sur l'horizon du crédit, âges, projets de départ, arrivée de successeurs.
  3. Documenter la valeur locative du cabinet par des références datées, pour fixer un loyer normal.
  4. Chiffrer le maintien en location comme scénario de référence, puis chaque mode d'achat, avec une valeur actuelle nette (VAN) calculée selon le chapitre 18.
  5. Organiser la sortie d'un associé dans les statuts de la SCI, prix, agrément, délai de rachat et sort de la caution bancaire.
  6. Tester le départ du groupe, avec vacance et relocation à un tiers, puis le prix de revente d'un local spécialisé (chapitre 24).
  7. Préparer la retraite, conservation des murs loués au successeur, vente au repreneur de la patientèle ou de la clientèle, transmission familiale.

Exemple 1, trois kinésithérapeutes rachètent leur cabinet

Les hypothèses

L'exemple est illustratif et ses montants sont des hypothèses. Trois masseurs-kinésithérapeutes exerçant chacun en nom propre au régime de la déclaration contrôlée partagent une SCM, locataire d'un cabinet de 180 m² dans une ville moyenne. Le propriétaire propose de le leur vendre. Ils comparent le maintien en location et l'achat par une SCI détenue à parts égales, soumise à l'IR ou à l'IS. Le loyer versé par la SCM reste le loyer de marché dans tous les cas, de sorte que leur bénéfice professionnel ne change pas et que la comparaison porte sur les seuls flux de la SCI et de ses associés.

PosteHypothèse
Cabinet360 000 € dont 54 000 € de terrain, plus 28 800 € de frais d'acquisition
Financement388 800 € empruntés sur vingt ans à 3,9 % hors assurance, mensualité de 2 335,61 €
Loyer de marché27 000 € par an, exonéré de taxe sur la valeur ajoutée, indexé de 1,5 % par an, taxe foncière refacturée
Charges du propriétaire2 400 € par an, indexées de 2 % par an
AssociésTaux marginal d'imposition (TMI) de 41 % et 17,2 % de prélèvements sociaux sur les revenus fonciers
SCI à l'ISAmortissement de 11 016 € par an, 1 200 € de comptabilité, IS à 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %, besoins couverts par des avances en compte courant
Revente400 000 € au bout de vingt ans, frais de 3 %
Sortie de la SCI à l'ISRemboursement des comptes courants puis distribution du solde au PFU de 31,4 %, taux de 2026 supposé constant
Actualisation3 % par an

Les résultats

Poste sur vingt ansSCI à l'IRSCI à l'IS
Cash-flow de la SCI la première annéemoins 3 427 €moins 4 627 € après comptabilité
Impôt annuel la première année5 628 € d'IR et de prélèvements sociauxAucun
Impôt annuel la vingtième année18 477 €55 513 € d'IS, plus-value comprise
Impôt cumulé pendant la détention229 470 €19 564 € hors année de vente
Effort cumulé des trois associés223 992 €41 190 € d'avances en compte courant
Impôt sur la plus-value de reventeAucun après forfaitsCompris dans l'IS de la vingtième année, puis PFU sur 294 401 € de boni
VAN à 3 % par rapport à la location52 034 €, soit 17 345 € par associé100 545 €, soit 33 515 € par associé

Le loyer de marché couvre presque l'annuité. Dans la SCI à l'IR, chaque associé paie pourtant l'impôt sur sa quote-part du revenu foncier, qui augmente à mesure que les intérêts baissent, soit un effort personnel d'environ 3 000 € par an au début et près de 4 700 € à la fin. Dans la SCI à l'IS, l'amortissement efface presque tout l'impôt pendant la détention et les associés n'avancent que 41 190 € à eux trois en dix-neuf ans. L'avantage de l'IS se paie à la sortie, puisque le solde ne leur parvient qu'après le PFU.

Les deux voies créent de la valeur par rapport à la location dans ces hypothèses. Le classement entre IR et IS dépend surtout de l'usage des fonds à terme. Des associés qui veulent percevoir les loyers à la retraite, une fois le crédit remboursé, supporteront en IS le PFU sur chaque distribution, alors qu'en IR ils percevront directement des revenus fonciers imposés à un taux marginal souvent plus faible qu'en activité.

La sensibilité

Chaque case donne la VAN de la SCI à l'IR puis de la SCI à l'IS.

Prix de reventeTaux de 3,4 %Taux de 3,9 %Taux de 4,4 %
320 000 €15 793 € et 89 912 €9 068 € et 78 439 €2 147 € et 66 410 €
400 000 €58 758 € et 112 018 €52 034 € et 100 545 €45 113 € et 88 516 €
480 000 €99 850 € et 134 123 €93 125 € et 122 650 €86 204 € et 110 622 €

Un loyer inférieur de 10 % à l'hypothèse, par exemple parce que la valeur locative a été surestimée, ramène les VAN à 32 902 € en IR et 70 539 € en IS. Le TMI des associés modifie fortement la voie IR, dont la VAN passe à 82 458 € à 30 % et à 40 970 € à 45 %. Un praticien jeune, encore dans les tranches basses, n'a donc pas le même intérêt à l'IR qu'un associé en fin de carrière.

Le point mort

Le prix de revente qui annule la VAN est de 303 115 € pour la SCI à l'IR, soit 16 % sous le prix d'achat de 2026. Il est de 69 868 € pour la SCI à l'IS, parce que le loyer payé par la SCM rembourse presque tout le crédit sans impôt pendant la détention. Ce chiffre suppose toutefois que la SCM paie son loyer pendant vingt ans, condition que le scénario suivant remet en cause.

Le scénario défavorable, le groupe se défait

À la fin de la dixième année, deux associés partent à la retraite sans successeur et le troisième rejoint une maison de santé. La SCM résilie le bail avec six mois de préavis. Le local reste vide vingt-quatre mois, puis il est reloué à un tiers 20 % moins cher. Le taux du crédit est de 4,4 % et la revente finale se fait à 320 000 €. La VAN devient négative en IR, à moins 31 191 €, alors qu'elle tombe à 16 815 € en IS.

En IR, les trois associés doivent alors apporter environ 32 200 € par an pendant les deux années de vacance, soit plus de 10 700 € chacun, en plus de l'impôt. En IS, les avances en compte courant cumulées atteignent 155 611 €. Le risque principal d'une SCI de praticiens n'est donc ni le taux ni le prix, mais la dépendance à un locataire unique qui n'est autre que le groupe lui-même (chapitre 108).

Exemple 1 bis, le départ d'un associé de la SCI

Reprenons la SCI à l'IR. À la fin de la huitième année, l'un des trois associés s'installe dans une autre région. Le cabinet vaut 380 000 €, le capital restant dû est de 268 252 € et les associés ont avancé 17 131 € en compte courant pour couvrir les déficits de trésorerie. L'actif net de la SCI est de 94 617 € et le tiers des parts vaut 31 539 €, auxquels s'ajoute le remboursement de 5 710 € de compte courant.

Les deux associés restants rachètent les parts et paient le droit de 5 % assis sur le prix des parts, soit 1 577 €. Depuis le 27 juin 2026, la cession de parts d'une société à prépondérance immobilière doit être passée par acte notarié ou contresigné par avocat, ou dans certains cas par acte d'expert-comptable, à peine de nullité. Sans ces honoraires, le coût de sortie reste modeste parce que l'actif net est faible au bout de huit ans de crédit.

L'associé sortant semble réaliser une plus-value de 30 539 € sur ses parts souscrites 1 000 €, ce qui lui coûterait 9 751 € d'impôt après les abattements de huit ans de détention. Le prix de revient des parts d'une société de personnes est toutefois majoré des bénéfices imposés au nom de l'associé, soit ici 34 472 € de quote-part de revenus fonciers déclarés en huit ans. Après cette correction, la plus-value devient une moins-value de 3 933 € et aucun impôt n'est dû (Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value de cession de parts de sociétés immobilières).

Exemple 2, le praticien seul et le choix du registre

Les hypothèses

Une médecin en nom propre, au régime de la déclaration contrôlée, achète le local de son cabinet 250 000 € dont 50 000 € de terrain, plus 20 000 € de frais, entièrement financés sur vingt ans à 3,9 %, soit 1 621,95 € par mois. La valeur locative est de 18 000 € par an, indexée de 1,5 %. Les charges de propriété sont de 3 000 € par an, indexées de 2 %. Son TMI est de 41 % et ses cotisations sociales personnelles sont représentées, par hypothèse simplificatrice, par un taux marginal de 25 % appliqué aux variations du bénéfice.

Elle prend sa retraite au bout de vingt ans et vend le local 300 000 €, avec 3 % de frais. Les flux sont comparés à la location du même local auprès d'un tiers.

Trois options comparées

PosteLocataire d'un tiersLocal conservé dans le patrimoine privé, loyer à soi-mêmeLocal inscrit au registre des immobilisations
Déduction des BNC la première année18 000 € de loyer18 000 € de loyer versé20 569 € d'intérêts, de charges et d'amortissement
Imposition du revenu du localAucune2 695 € sur 4 631 € de revenu foncier la première annéeAucune
Économie d'impôt et de cotisations sur vingt ansSans objet144 303 € après impôt foncier221 866 €
Impôt à la venteAucunAucun, plus-value nulle après forfaits59 040 € d'IR sur 144 000 € d'amortissements imposés à court terme
VAN à 3 % par rapport à la locationRéférence32 875 €58 737 €

L'inscription au registre déduit davantage pendant la détention, parce que l'amortissement et les intérêts dépassent le loyer les premières années et qu'aucun revenu foncier n'est imposé. Elle se paie à la sortie. Les amortissements déduits, 144 000 € en vingt ans, forment une plus-value à court terme imposée au barème, alors que la part à long terme de 21 000 € est effacée par l'abattement de 10 % par année au-delà de la cinquième prévu à l'article 151 septies B du Code général des impôts (CGI) (Guide de la fiscalité immobilière, Les plus-values immobilières professionnelles). Le calcul ne retient sur ce court terme que l'IR, les prélèvements ou cotisations dus selon le cas devant être chiffrés avec l'expert-comptable.

Le classement est sensible au prix de sortie. Pour une revente à 220 000 €, l'avantage du registre tombe à 15 772 € et l'option privée devient défavorable de 10 090 € par rapport à la location, l'impôt sur le court terme restant de 59 040 €. À un TMI de 30 %, les avantages atteignent 72 854 € pour le registre et 50 005 € pour le patrimoine privé. Le taux de cotisations retenu ne change pas l'avantage de l'option privée, dont la déduction du loyer est identique à celle du locataire. Il fait varier celui du registre de 63 598 € à 15 % à 53 877 € à 35 %.

Investir les excédents d'un revenu libéral

Une fois le cabinet réglé, le libéral fortement imposé dispose souvent d'une épargne régulière à placer. Les stratégies du cadre fortement imposé s'appliquent, déficit foncier, location meublée au réel, nue-propriété ou dispositifs d'investissement, sous le plafonnement global des avantages fiscaux (chapitre 96). Deux traits propres au libéral modifient le raisonnement.

Le premier est la protection contre le statut de loueur en meublé professionnel (LMP). Les BNC comptent parmi les revenus d'activité auxquels sont comparées les recettes meublées, si bien qu'un libéral aux revenus élevés peut détenir un parc meublé important sans devenir professionnel, tant que ses recettes restent inférieures à son bénéfice (Guide de la fiscalité immobilière, La frontière entre LMNP et LMP). Cette protection disparaît à la retraite si les pensions sont plus faibles que les recettes.

Le second est la variabilité. Une année faible réduit à la fois la capacité d'épargne et l'économie d'impôt attendue d'un déficit foncier ou d'une déduction. Les projets dont la rentabilité repose sur l'impôt évité supposent un TMI stable sur toute la durée, ce qui n'est pas garanti pour un libéral exposé à une baisse d'activité, à un arrêt maladie ou à une réforme tarifaire.

La retraite du professionnel libéral

Les régimes de retraite des libéraux sont organisés par profession et leurs pensions remplacent souvent une part modeste des revenus d'activité. Les montants dépendent de chaque caisse et doivent être demandés par chaque praticien à la sienne. L'immobilier sert alors de complément, sous trois formes principales.

  • Les murs loués au successeur. Le praticien conserve le cabinet et le loue à celui qui reprend sa patientèle ou sa clientèle. Le loyer devient un revenu de retraite, à condition que le successeur reste et que le local garde son attrait.
  • Le patrimoine locatif désendetté. Les biens achetés pendant l'activité sont remboursés à la date de cessation (chapitre 34).
  • La vente des murs au repreneur. Elle libère un capital réinvesti selon les besoins de la retraite (chapitre 127).

La valeur d'un local médical ou paramédical dépend du tissu de praticiens alentour. Dans une commune qui perd ses médecins, le cabinet peut ne trouver preneur ni à la location ni à la vente. À l'inverse, dans un secteur recherché, sa liquidité est bonne. Le praticien qui prépare sa retraite vérifie donc plusieurs années à l'avance s'il aura un successeur et quelles transformations le local permettrait, en logement ou en bureau, si aucun praticien ne le reprend (chapitres 70 et 71).

Pour le praticien qui a inscrit son local au registre, la cessation fait apparaître une plus-value professionnelle même s'il garde le local. L'exonération de l'article 151 septies est totale jusqu'à 90 000 € de recettes et partielle jusqu'à 126 000 € pour les prestations de services et les BNC, après cinq ans d'activité, selon les seuils présentés dans le guide de la fiscalité cité plus haut. Au-delà, seuls l'abattement pour durée de détention sur le long terme et l'étalement éventuel atténuent l'impôt.

Les situations familiales et patrimoniales

Couples mariés, pacsés ou concubins

Un couple de praticiens, ou un praticien marié à un conjoint sans lien avec le cabinet, doit décider qui détient les parts de la SCI. Sous un régime de communauté, les parts acquises avec des fonds communs sont en principe communes. En cas de divorce, le conjoint non praticien peut se retrouver associé de la SCI qui loge le cabinet de son ancien époux. Les partenaires d'un pacte civil de solidarité (PACS) et les concubins détiennent ce qu'ils financent, sans protection successorale entre concubins hors testament (chapitre 95).

Familles recomposées

Les parts de la SCI du cabinet sont une valeur patrimoniale que le praticien peut vouloir attribuer à l'un de ses enfants, par exemple celui qui exerce la même profession. Une donation-partage qui répartit parts de SCI, autres biens et liquidités entre enfants de plusieurs unions évite qu'un enfant locataire se retrouve face à des demi-frères ou demi-sœurs bailleurs (chapitre 105).

Indivision et démembrement

L'achat direct du cabinet en indivision entre praticiens est à éviter. Tout acte important exige l'accord d'une majorité d'indivisaires et chacun peut en principe demander le partage, ce qui fragilise le groupe au moindre départ. Le démembrement des parts de la SCI, nue-propriété donnée aux enfants et usufruit conservé, prépare la transmission en conservant les loyers pendant la retraite (Guide des sociétés immobilières, Le démembrement des parts sociales).

Non-résidents et outre-mer

Le praticien qui part exercer à l'étranger reste imposé en France sur les loyers de la SCI et sa sortie du groupe se traite comme le départ d'un associé (chapitre 103). Outre-mer, les mêmes structures existent, avec des coûts de construction et d'assurance plus élevés et des risques naturels à intégrer dans la valeur de revente du local (chapitre 88).

Les types de marchés

En zone rurale ou dans une ville moyenne qui manque de praticiens, le loyer d'un cabinet est souvent modeste et la revente dépend d'un repreneur de la même profession. En métropole, la valeur du local tient davantage à l'emplacement, ce qui facilite une reconversion en bureau ou en logement. Le libéral qui investit ses excédents hors de son cabinet gagne à choisir un autre marché que celui de son activité (chapitre 114).

L'âge et l'horizon

Le jeune praticien qui s'installe consacre ses ressources au rachat de patientèle ou de clientèle, au matériel et à la constitution d'une réserve. Il reste en général locataire, sauf opportunité d'achat en groupe avec des associés d'âges proches. Entre quarante et cinquante-cinq ans, ses revenus sont au plus haut et le rachat des murs, avec un crédit qui se termine avant la retraite, prend tout son sens. Après cinquante-cinq ans, un crédit de vingt ans dépasse la date de cessation et l'achat se justifie surtout si un successeur est identifié pour reprendre le bail.

Capital, temps, liquidité et limites

StratégieCapital requisTemps de gestionHorizonLiquiditéCesse de fonctionner quand
Rester locataireAucunNulLibreTotaleLe bailleur reprend le local ou augmente fortement le loyer
SCI à l'IR du groupeFaible si crédit total, effort fiscal annuelFaibleDurée du crédit au moinsFaible, rachat de partsLe groupe se défait ou le TMI reste élevé
SCI à l'IS du groupeFaible, avances en compte courantMoyen, comptabilitéLongFaibleLes associés veulent les loyers à la retraite
Registre du praticien seulApport ou créditFaibleLong, sortie lointaineFaibleLa revente intervient tôt ou à un prix faible
Patrimoine privé avec loyer à soi-mêmeApport ou créditFaibleMoyen à longMoyenneLe loyer n'est pas réellement versé

Les risques de requalification

Ce qui est en discussion au 26 octobre 2026

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026 et aucune de ses mesures n'est adoptée. Selon les analyses publiées reprises dans le Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027, le texte initial ne modifie ni les revenus fonciers ni le micro-foncier. Son article 2 revaloriserait de 2,1 % les tranches du barème et son article 7 plafonnerait l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels, ce qui concerne le libéral qui place ses excédents en meublé. Aucune mesure propre aux SCM, aux SEL ou à l'inscription d'un immeuble au registre des immobilisations n'apparaît dans les sources consultées.

Les erreurs fréquentes

Les coûts cités proviennent des exemples illustratifs.

  • Acheter sans prévoir la dislocation du groupe. Dans le scénario défavorable, la VAN de la SCI à l'IR passe de 52 034 € à moins 31 191 €.
  • Ignorer la correction du prix de revient des parts. L'associé sortant paierait 9 751 € d'impôt au lieu de zéro.
  • Oublier la caution bancaire de l'associé sortant, qui reste exposé aux dettes d'une SCI qu'il a quittée.
  • Inscrire le local au registre en vue d'une revente proche ou à bas prix. Pour une revente à 220 000 €, l'avantage du registre tombe de 58 737 € à 15 772 €.
  • Surestimer la valeur locative. Un loyer inférieur de 10 % réduit la VAN de la SCI à l'IR de 52 034 € à 32 902 €.
  • Rester au micro en achetant son cabinet. L'abattement forfaitaire couvre déjà toutes les charges et l'achat ne procure aucune déduction.
  • Ne pas verser réellement le loyer à soi-même, ce qui expose à la remise en cause de la déduction.

Liste de contrôle

  1. Régime fiscal de chaque praticien et de la structure d'exercice vérifié avant tout achat.
  2. Stabilité du groupe examinée, âges, projets, successeurs, sur toute la durée du crédit.
  3. Valeur locative documentée par des références datées.
  4. Maintien en location chiffré comme scénario de référence.
  5. SCI à l'IR et à l'IS comparées sur l'horizon, sortie et usage des loyers à la retraite compris.
  6. Sensibilité au prix de revente, au taux, au loyer et au TMI établie, avec le point mort.
  7. Départ du groupe simulé avec vacance et relocation à un tiers.
  8. Clause de sortie des statuts rédigée, prix, agrément, délai et substitution de caution.
  9. Forme de la cession de parts prévue par acte notarié ou contresigné par avocat, avec le droit de 5 % budgété.
  10. Déclarations n° 2072 et quotes-parts imposées conservées pour corriger le prix de revient des parts.
  11. Registre ou patrimoine privé choisi pour le praticien seul, au regard de la date de revente.
  12. Retraite préparée, successeur, location ou vente des murs, reconversion possible du local.
  13. Situation familiale intégrée, régime matrimonial, PACS, concubinage, enfants de plusieurs unions.
  14. Projet de loi de finances pour 2027 suivi jusqu'à sa promulgation.