Hériter de biens immobiliers n'est pas un choix d'investissement. L'héritier reçoit des biens qu'il n'a pas sélectionnés, dans des villes qu'il ne connaît pas toujours, avec des locataires en place, des travaux en attente, parfois des dettes. Il compose presque toujours avec des cohéritiers dont les besoins diffèrent des siens. La tentation est double, tout vendre vite pour en finir ou tout garder par attachement. Aucune des deux n'est une stratégie tant qu'elle n'a pas été comparée aux autres.
Ce chapitre traite de la décision patrimoniale de l'héritier, garder, vendre ou restructurer. Les démarches de la succession sont présentées dans le Guide du bailleur privé, Le décès du bailleur et la succession et sa fiscalité dans le Guide de la fiscalité immobilière, L'immeuble dans la succession. Le chapitre s'appuie sur un cas chiffré d'indivision de trois biens entre trois héritiers, avec quatre options comparées sur dix ans, puis sur un second exemple d'héritier unique. Les règles sont celles en vigueur au 26 octobre 2026.
Les premières semaines, protéger avant de décider
Le décès ne suspend ni les baux, ni les loyers, ni les échéances de crédit. Le contrat de location se poursuit avec les héritiers aux mêmes conditions. Les comptes personnels du défunt sont bloqués, alors que les assurances, la taxe foncière et les appels de charges continuent. La première tâche de l'héritier est donc conservatoire. Il maintient les assurances, indique au locataire le compte sur lequel verser le loyer, prévient le syndic et l'assureur emprunteur, puis rassemble les baux, les tableaux d'amortissement et les diagnostics.
Chaque héritier choisit ensuite entre l'acceptation pure et simple, l'acceptation à concurrence de l'actif net et la renonciation. Personne ne peut le contraindre à choisir pendant quatre mois. Passé ce délai, une sommation lui laisse deux mois. Encaisser les loyers sur un compte identifié ou payer l'assurance ne vaut pas acceptation, alors que vendre un bien de la succession vaut acceptation pure et simple. Lorsque l'endettement des biens est mal connu, l'acceptation à concurrence de l'actif net protège le patrimoine personnel de l'héritier (Guide du bailleur privé, Le décès du bailleur et la succession).
Établir l'inventaire stratégique
L'état de chaque bien
La décision suppose une fiche par bien, établie avant toute discussion entre héritiers. Elle comprend la valeur libre et la valeur occupée, le bail et sa date d'échéance, le loyer comparé au marché, la classe énergétique et les travaux qu'elle impose, l'état de la copropriété, la taxe foncière, le crédit éventuel et son assurance. Un bien loué à un loyer bas, classé F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) et situé dans une copropriété qui prépare de gros travaux n'a pas la même valeur stratégique qu'un bien récent loué au prix du marché, même si leurs estimations sont proches (chapitres 21 et 110).
Le bien hérité énergivore
Le calendrier énergétique pèse lourdement sur les successions, qui comprennent souvent des logements anciens jamais rénovés. Un logement classé G ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail depuis le 1er janvier 2025 et un logement classé F ne le pourra plus à partir du 1er janvier 2028, puis la classe E en 2034, avec un calendrier décalé outre-mer. Le loyer des logements classés F ou G ne peut plus augmenter (Guide du bailleur privé, Le DPE et le calendrier énergétique). Pour un tel bien, l'héritier choisit entre trois issues, rénover pour continuer à louer, vendre en l'état avec une décote ou l'occuper lui-même. La rénovation n'a de sens que si la valeur et le loyer obtenus après travaux justifient la dépense, ce que le cas chiffré mesure pour la maison (chapitre 46).
Les critères pour garder un bien
Un bien hérité mérite d'être conservé lorsqu'il remplit plusieurs critères à la fois. Son rendement net après impôt, rapporté à sa valeur de vente nette, dépasse celui d'un réemploi comparable. Il ne réclame pas de travaux que les héritiers ne peuvent pas financer et se situe dans un marché où il se relouera et se revendra sans difficulté. Il répond enfin à l'objectif d'au moins un héritier qui accepte de le gérer. Un bien qui ne coche aucun de ces critères est rarement gardé par choix, il l'est par inertie (chapitre 120).
La valeur déclarée et ses conséquences
Les biens sont déclarés pour leur valeur vénale au jour du décès. Un logement loué se vend en général moins cher qu'un logement libre et cette décote d'occupation se justifie bail par bail, sans taux légal. L'indivision entre héritiers sur un bien reçu ensemble ne justifie en revanche aucune décote. L'abattement de 20 % réservé à la résidence principale du défunt ne concerne pas les logements loués. La valeur retenue a une double portée. Elle fixe les droits de succession et devient le prix d'acquisition des héritiers pour leur future plus-value. Une valeur trop basse se paie donc deux fois, par un rappel de droits puis par une plus-value plus forte (Guide de la fiscalité immobilière, L'immeuble dans la succession).
Les dettes et la liquidité
Les emprunts en cours au jour du décès sont déductibles de l'actif, sauf la part remboursée par l'assurance décès. Les frais funéraires le sont dans la limite de 1 500 €. Le vrai sujet est souvent la liquidité. La déclaration de succession se dépose dans les six mois du décès, ou douze mois s'il est survenu à l'étranger. Les droits sont en principe payés au dépôt. Un retard entraîne un intérêt de 0,20 % par mois, auquel s'ajoute une majoration de 10 % à partir du treizième mois (Guide de la fiscalité immobilière, Le passif successoral et les dettes immobilières).
Lorsque les liquidités manquent, le paiement fractionné permet d'étaler les droits sur un an en trois versements, ou sur trois ans en sept versements lorsque l'actif comprend au moins 50 % de biens non liquides comme des immeubles. Pour les demandes formées depuis le 1er janvier 2026, le crédit porte intérêt à 2 % par an. Les héritiers qui reçoivent des biens en nue-propriété peuvent demander un paiement différé jusqu'à la réunion de l'usufruit. Les intérêts de ce crédit, comme ceux d'un emprunt contracté pour payer les droits, sont déductibles des revenus fonciers procurés par les biens loués (Guide de la fiscalité immobilière, Déclarer une succession comprenant des immeubles).
Les quatre voies
Une fois l'inventaire établi, quatre voies s'offrent aux héritiers, seules ou combinées bien par bien.
- Vendre. Les biens sont vendus et le prix partagé. La vente libère chacun, mais elle supporte les frais de vente et prive la famille des loyers et de la valorisation future.
- Partager en nature. Chaque héritier reçoit un ou plusieurs biens. Celui qui reçoit plus que sa part verse une soulte aux autres. Le partage d'une succession supporte un droit de partage de 2,5 % de l'actif net partagé, sans droit de vente sur la soulte ni plus-value pour ceux qui la reçoivent.
- Rester en indivision organisée. Les biens sont gérés en commun, par un mandataire ou un gérant désigné dans une convention d'indivision publiée, qui peut suspendre le droit de demander le partage pendant cinq ans au plus, renouvelable.
- Apporter à une société. Les héritiers apportent les biens à une société civile immobilière (SCI) dont les statuts fixent la gérance, les majorités et la sortie. L'apport pur et simple à une SCI soumise à l'impôt sur le revenu (IR) est enregistré gratuitement, mais la reprise d'un emprunt par la société rend l'apport onéreux à hauteur de la dette.
En indivision, les actes conservatoires peuvent être faits par un seul indivisaire. Les actes d'administration, dont la conclusion d'un bail d'habitation, exigent les deux tiers des droits indivis. La vente exige en principe l'unanimité. Le tribunal peut toutefois l'autoriser à la demande des indivisaires titulaires des deux tiers des droits, voie qui n'est pas ouverte lorsque la propriété est démembrée ou qu'un indivisaire est hors d'état de manifester sa volonté ou placé sous protection. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a maintenu ce seuil des deux tiers (anil.org). Chacun peut en outre demander le partage, car nul n'est tenu de rester dans l'indivision (Guide de la fiscalité immobilière, L'indivision en fiscalité).
La méthode de décision pas à pas
- Sécuriser les baux, les assurances, les comptes et les crédits pendant le délai d'option.
- Inventorier chaque bien avec sa valeur libre et occupée, son état, son DPE, son loyer et sa dette.
- Chiffrer la liquidité nécessaire aux droits, aux frais et aux échéances, puis décider du paiement fractionné.
- Recueillir les objectifs de chaque héritier, revenu, liquidité, logement ou transmission, avec son horizon.
- Comparer les quatre voies bien par bien et globalement, en valeur acquise à un horizon commun pour chaque héritier, après frais et impôts.
- Tester la sensibilité au prix, au rendement des placements alternatifs et à la valeur après travaux, puis un scénario de blocage.
- Formaliser la voie retenue, acte de partage, convention d'indivision ou statuts, avec un notaire.
Le cas chiffré, trois biens et trois héritiers
Les hypothèses
L'exemple est illustratif. Les montants sont des hypothèses et l'évolution des prix n'est pas une prévision. Une mère veuve décède en 2026 en laissant ses trois enfants. Anne, 52 ans, salariée imposée dans la tranche marginale de 30 %, souhaite des revenus. Benoît, 48 ans, vit au Canada, où il est affilié à la sécurité sociale. Non-résident, il est imposé en France au taux minimum de 20 % et aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Claire, 44 ans, imposée dans la tranche de 11 %, souhaite à terme acheter sa résidence principale.
| Élément | Hypothèse |
|---|---|
| T3 loué en métropole | 240 000 € en valeur occupée, loyer de 900 € par mois, charges non récupérables de 2 450 € par an |
| Maison vacante en zone rurale | Classée F au DPE, 150 000 € en l'état, 45 000 € de travaux pour la louer 750 € par mois, valeur portée à 190 000 € |
| Studio loué en ville moyenne | 80 000 €, loyer de 400 € par mois, charges de 1 300 € par an, prêt restant de 30 000 € à 2 % sur six ans |
| Liquidités | 45 000 €, dont 4 000 € de frais funéraires et 6 000 € de frais de notaire de succession |
| Vacance | Un demi-mois par an pour le T3, un mois pour la maison et le studio |
| Évolution | Loyers plus 1,5 % par an, charges plus 2 %, prix plus 1 % par an sauf le studio, stable |
| Sortie | Revente de tous les biens conservés au bout de dix ans, frais de vente de 5 % |
| Placement alternatif | 2,5 % par an net d'impôt, taux auquel tous les flux sont capitalisés |
L'actif brut atteint 515 000 € et le passif déductible 31 500 €, soit un actif net de 483 500 €. Chaque enfant reçoit 161 166,67 €, taxés après l'abattement de 100 000 € sur 61 166,67 €. Les droits atteignent 10 427,68 € par enfant, soit 31 283,05 € au total. Après les frais funéraires, les frais de notaire et les droits, il ne reste que 3 716,95 € de liquidités, alors que le prêt du studio coûte 5 310 € par an et que la maison attend 45 000 € de travaux. Les immeubles représentant 91,26 % de l'actif, le paiement fractionné sur trois ans en sept versements de 4 469 € serait ouvert, pour environ 938 € d'intérêts.
Les quatre options
La première option vend les trois biens en l'état et place le produit. La deuxième partage en nature.
Dans le partage, Anne reçoit le T3, Claire la maison et Benoît le studio avec son prêt, les liquidités restantes et les soultes. Chaque lot vaut 147 906 €, si bien qu'Anne doit 92 094 € de soulte, financés par un prêt sur quinze ans à 3,5 %. Claire doit 2 094 €. Anne et Claire gèrent elles-mêmes leur bien, Benoît confie le studio à un mandataire à 7 % des loyers.
La troisième option conserve tout en indivision organisée, travaux financés par les héritiers et gestion confiée à un mandataire à 7 % des loyers. La quatrième apporte les biens à une SCI à l'IR, avec la même gestion, 4 000 € de frais d'actes, 1 896 € de droits sur l'apport du prêt repris et 800 € de frais annuels.
Les intérêts du prêt d'Anne ne sont pas déduits de ses loyers dans le calcul, par prudence. La doctrine ne vise pas expressément l'emprunt qui finance une soulte, même si son objet le rattache à une dette d'acquisition (Guide de la fiscalité immobilière, Les intérêts d'emprunt). Les déficits nés des travaux sont reportés sur les revenus fonciers ultérieurs de chacun, sans imputation sur le revenu global, autre hypothèse prudente.
Les résultats
| Indicateur | Vente | Partage avec soultes | Indivision organisée | SCI à l'IR |
|---|---|---|---|---|
| Frais immédiats | 23 500 € de frais de vente | 15 593 € de droit de partage et d'acte | 1 500 € de convention | 5 896 € d'actes et de droits |
| Liquidités reçues ou versées au départ | 140 072 € chacun | Anne moins 5 198 €, Benoît 92 708 €, Claire moins 7 292 € | 739 € chacun | moins 726 € chacun |
| Valeur acquise à dix ans, Anne | 179 304 € | 170 022 € | 184 950 € | 181 475 € |
| Valeur acquise à dix ans, Benoît | 179 304 € | 178 811 € | 188 982 € | 185 212 € |
| Valeur acquise à dix ans, Claire | 179 304 € | 193 229 € | 192 610 € | 188 576 € |
| Total familial | 537 913 € | 542 061 € | 566 542 € | 555 263 € |
Dans ces hypothèses, conserver les biens et rénover la maison produit environ 28 600 € de plus que la vente immédiate pour l'ensemble de la famille. L'écart vient surtout de la maison. Vendue en l'état 150 000 €, elle rapporte 142 500 € nets. Rénovée pour 45 000 €, elle produit des loyers pendant neuf ans et se revend 207 800 €. La SCI coûte 11 279 € de plus que l'indivision en frais d'actes, de droits et de gestion annuelle, prix d'une gouvernance plus solide.
Le partage en nature est équitable au jour de l'acte, puisque chaque lot vaut 147 906 €, mais pas dix ans plus tard. Claire, faiblement imposée, tire parti de la rénovation. Anne, imposée à 47,2 % prélèvements sociaux compris et endettée pour payer la soulte sans déduction des intérêts dans le calcul, finit au plus bas. Benoît, qui place ses soultes, obtient presque le résultat de la vente. L'égalité des lots ne garantit donc pas l'égalité des résultats, qui dépend de la fiscalité, du levier et des choix de chacun.
La sensibilité
Le tableau suivant donne le total familial à dix ans selon l'évolution annuelle des prix et selon le rendement du placement alternatif.
| Hypothèse modifiée | Vente | Partage avec soultes | Indivision organisée | SCI à l'IR |
|---|---|---|---|---|
| Prix moins 1 % par an | 537 913 € | 463 886 € | 488 367 € | 477 088 € |
| Prix stables | 537 913 € | 501 297 € | 525 778 € | 514 499 € |
| Prix plus 1 % par an | 537 913 € | 542 061 € | 566 542 € | 555 263 € |
| Prix plus 2 % par an | 537 913 € | 586 442 € | 610 923 € | 599 644 € |
| Placement à 1,5 %, prix plus 1 % | 487 679 € | 537 919 € | 567 207 € | 556 728 € |
| Placement à 3,5 %, prix plus 1 % | 592 758 € | 546 623 € | 565 715 € | 553 573 € |
| Maison rénovée à 165 000 € | 537 913 € | 516 086 € | 540 567 € | 529 288 € |
| Maison rénovée à 210 000 € | 537 913 € | 562 841 € | 587 322 € | 576 043 € |
Le classement s'inverse facilement. La vente immédiate l'emporte dès que les prix stagnent, que le placement alternatif rapporte 3,5 % net ou que la maison rénovée ne vaut que 165 000 €. Le point mort entre l'indivision organisée et la vente se situe à une hausse des prix de 0,31 % par an. Conserver un patrimoine hérité revient donc à faire un pari sur les prix et sur la création de valeur des travaux, qu'il faut assumer comme tel (chapitres 11 et 120).
Le scénario défavorable, le blocage
Claire demande la sortie dès la première année. Benoît refuse une vente amiable, les travaux de la maison ne sont pas engagés et celle-ci perd 3 % de valeur par an. Après trois ans de procédure, les biens sont vendus par décision judiciaire à la fin de la quatrième année, avec une décote de 15 % et 3 % de frais de procédure. La valeur de marché de 462 539 € ne rapporte que 370 961 € nets. La valeur acquise familiale à dix ans tombe à 435 219 €, soit 102 694 € de moins qu'une vente immédiate et 131 323 € de moins que l'indivision organisée du scénario central.
Dans la SCI, la même demande se règle autrement. Claire cède ses parts à son frère et à sa sœur à la fin de la première année, à la valeur de l'actif net réévalué de 487 154 € diminuée d'une décote de 10 %, soit 146 146 €. Les acquéreurs paient un droit de 5 %, soit 7 307 €. La cession exige depuis le 27 juin 2026 un acte notarié ou contresigné par avocat, ou dans certains cas un acte d'expert-comptable. Claire obtient une valeur acquise de 163 981 €, inférieure aux 179 304 € de la vente immédiate, mais le patrimoine familial reste géré. La structure ne supprime pas le coût d'une sortie, elle évite qu'une sortie détruise la valeur de tous.
Second exemple, l'héritier unique d'un studio
L'exemple est illustratif. Un héritier unique reçoit un studio déclaré 100 000 €, loué 480 € par mois avec un demi-mois de vacance et 1 500 € de charges annuelles. Imposé dans la tranche de 30 %, il relève du micro-foncier. Son revenu net après impôt atteint 2 196 € la première année, soit 2,20 % de la valeur. S'il vend, il place 95 000 € à 2,5 % net. Sur dix ans, avec des prix en hausse de 1 % par an, garder produit une valeur acquise de 130 798 € contre 121 608 € en vendant, soit 9 190 € d'écart.
| Tranche marginale | Prix moins 1 % par an | Prix stables | Prix plus 1 % par an | Prix plus 2 % par an | Point mort |
|---|---|---|---|---|---|
| 11 % | moins 1 057 € | 8 027 € | 17 966 € | 28 598 € | moins 0,88 % par an |
| 30 % | moins 9 833 € | moins 749 € | 9 190 € | 19 821 € | 0,08 % par an |
| 41 % | moins 14 914 € | moins 5 831 € | 4 109 € | 14 740 € | 0,60 % par an |
Le tableau donne l'avantage de la conservation sur la vente. Un héritier faiblement imposé garde l'avantage même si les prix baissent légèrement. Un héritier imposé à 41 % a besoin d'une hausse de 0,60 % par an pour ne pas perdre à conserver un bien au rendement modeste. La décision dépend donc autant de la situation fiscale de l'héritier que du bien lui-même (chapitre 120).
La fiscalité qui oriente la décision
La plus-value après une succession
La plus-value se calcule à partir de la valeur déclarée, majorée des frais d'acte et des droits de succession afférents au bien. La durée de détention court du décès, si bien qu'une vente rapide ne bénéficie d'aucun abattement, mais ne dégage en principe aucune plus-value si elle se fait au prix déclaré. Après un partage familial avec soulte, l'attributaire retient la valeur au jour de l'entrée dans l'indivision pour tout le bien, sans ajouter la soulte versée (Guide du bailleur privé, Le décès du bailleur et la succession). Un prix de revente nettement supérieur à la valeur déclarée peut aussi être rapproché par l'administration de l'évaluation retenue pour les droits.
Les revenus et le régime
Chaque héritier déclare sa quote-part des loyers selon sa propre situation, micro-foncier ou réel, tranche marginale, résidence ou non. Les mêmes loyers sont donc imposés à des taux très différents, comme le montre le cas chiffré. Les héritiers qui poursuivent une location meublée démarrent une nouvelle activité et amortissent les biens sur leur valeur au jour du décès. La cessation de l'activité du défunt et ses amortissements en report se règlent avec un expert-comptable (Guide du bailleur privé, Le décès du bailleur et la succession).
L'impôt sur la fortune immobilière
Chaque foyer déclare sa quote-part indivise à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), pour sa valeur au 1er janvier. Un héritage peut faire franchir le seuil d'imposition à un foyer déjà propriétaire. La vente d'un bien peu rentable ou l'apport à une société ne changent pas cette situation par eux-mêmes, mais l'endettement et la composition du patrimoine se réexaminent (chapitre 111).
Les situations particulières
Le conjoint survivant usufruitier
Lorsque le conjoint survivant recueille l'usufruit, les enfants deviennent nus-propriétaires. L'usufruitier perçoit les loyers et décide seul des baux d'habitation, mais la vente de la pleine propriété exige l'accord de tous, la vente judiciaire à la majorité des deux tiers n'étant pas ouverte en cas de démembrement. Les enfants paient des droits sur la seule nue-propriété, évaluée selon l'âge de l'usufruitier. Ils recueillent la pleine propriété sans nouveaux droits à son décès. Leur stratégie se limite alors souvent à préparer cette échéance, en accord avec l'usufruitier (chapitre 105).
L'héritier non-résident
Lorsque le défunt était domicilié en France, tous les biens reçus sont taxables en France, quel que soit le domicile de l'héritier. L'héritier non-résident déclare ensuite ses loyers selon les règles des non-résidents. Lors d'une vente, sa quote-part de plus-value relève du prélèvement propre aux non-résidents et, le cas échéant, d'un représentant fiscal, ce qui allonge les délais d'une vente indivise (chapitre 103 et Guide de la fiscalité immobilière, La plus-value immobilière du non-résident).
L'héritier mineur ou protégé
Un héritier mineur ou placé sous une mesure de protection agit par son représentant, avec l'autorisation du juge pour certains actes. La vente judiciaire à la demande des deux tiers est alors exclue. Une indivision qui comprend un mineur est donc lente à dénouer, ce que le défunt peut anticiper par un mandat à effet posthume ou par une société dont les statuts règlent la gestion.
Les couples d'héritiers et les familles recomposées
Un bien reçu par succession reste en principe propre à l'héritier marié, sauf sous le régime de la communauté universelle, mais les revenus qu'il produit et les soultes payées avec des fonds communs créent des comptes à faire en cas de divorce. Un héritier pacsé ou en concubinage reçoit seul. Dans une famille recomposée, les enfants de différentes unions et le conjoint survivant deviennent coïndivisaires, ce qui multiplie les conflits d'objectifs (chapitre 105).
L'outre-mer et les marchés
Les indivisions successorales anciennes sont fréquentes dans les départements d'outre-mer, où le droit de partage et les règles de plus-value s'appliquent comme en métropole. Les règles locales de sortie d'indivision se vérifient avec le notaire (chapitre 88). Le marché du bien pèse sur la décision. Un logement en zone tendue se vend vite et se reloue facilement, alors qu'une maison rurale vacante ou un bien de ville moyenne en déclin peut rester longtemps sans acquéreur, ce qui plaide pour une décision rapide (chapitres 84 à 87).
L'âge, l'horizon et la taille du patrimoine
L'âge de l'héritier change la décision. À 30 ou 40 ans, un héritage peut servir d'apport et de garantie pour constituer un patrimoine, quitte à vendre un bien mal placé pour en acheter un meilleur. À 55 ans, il prépare la retraite et justifie de conserver les biens qui produisent un revenu net sans gros travaux (chapitre 126). Un héritier âgé pense aussi à sa propre transmission. Une donation aux petits-enfants ou un démembrement peuvent alors se combiner avec la décision de garder ou de vendre (chapitre 129).
Pour un petit patrimoine, l'héritage d'un bien unique se résume souvent à une alternative entre attribution et vente. Pour un grand patrimoine, il ouvre une restructuration complète, avec plusieurs biens, plusieurs héritiers, l'IFI et des sociétés, qui se prépare sur plusieurs années.
Quand chaque voie cesse de fonctionner
| Voie | Capital requis | Temps de gestion | Horizon | Liquidité | Risque principal | Cesse de fonctionner quand |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Vente | Aucun | Faible | Immédiat | Forte après la vente | Vente à contretemps | Les prix montent ou un bien gagnerait à être rénové |
| Partage avec soultes | Financement des soultes | Variable | Libre pour chacun | Faible pour l'attributaire | Endettement de l'attributaire | L'attributaire ne peut pas financer la soulte |
| Indivision organisée | Travaux en commun | Moyen | Cinq ans renouvelables | Faible | Blocage | Un indivisaire a besoin de liquidités |
| SCI familiale | Frais d'actes | Moyen à élevé | Long | Faible, parts peu liquides | Conflit de gérance | Les associés n'ont plus d'objectif commun |
Les risques de requalification
- Le partage déguisant une vente. Un partage qui attribue un bien à un tiers à l'indivision ou un rachat de quote-part qui dissimule une donation peut être requalifié, sur le fondement de l'abus de droit des articles L64 et L64 A du Livre des procédures fiscales (LPF) (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal).
- La division et la revente par lots. Diviser un immeuble ou un terrain hérité, faire des travaux et revendre les lots de façon répétée peut relever des règles des marchands de biens ou des lotisseurs (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles).
- La location meublée professionnelle. Plusieurs meublés hérités peuvent faire franchir les seuils du statut de loueur professionnel, qui s'apprécie par foyer.
- La sous-évaluation. Une décote d'occupation non justifiée entraîne un rappel de droits, l'intérêt de retard et, en cas de manquement délibéré, une majoration de 40 %.
Ce qui est en discussion au 26 octobre 2026
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026 et aucune de ses mesures n'est adoptée. Selon la présentation publiée par le ministère de l'économie le 7 octobre 2026, il porterait de 31 865 € à 50 000 € l'exonération temporaire des dons familiaux jusqu'au 30 juin 2027, plafond relevé à 100 000 € et période étendue au 31 décembre 2027 par un vote provisoire du 16 octobre en première lecture. Il créerait aussi un taux de 6 % pour certaines donations à des bénéficiaires de moins de 50 ans. Ces mesures pourraient intéresser un parent qui aide un héritier à payer une soulte. L'exonération des dons familiaux pour un logement neuf ou une rénovation énergétique s'applique quant à elle jusqu'au 31 décembre 2026 sauf prorogation (Guide du bailleur professionnel, La loi de finances et le projet de loi de finances pour 2027).
Les erreurs fréquentes
Les coûts cités reprennent les exemples illustratifs du chapitre.
- Laisser l'indivision se bloquer. La vente judiciaire après trois ans de procédure coûte 131 323 € à la famille par rapport à une indivision organisée.
- Vendre dans l'urgence sans comparer. Dans le scénario central, la vente immédiate produit 28 629 € de moins que l'indivision organisée, alors qu'elle l'emporte si les prix stagnent.
- Croire que des lots égaux donnent des résultats égaux. Anne finit à 170 022 € contre 193 229 € pour Claire, pour des lots identiques au départ.
- Oublier la liquidité. Les droits et les frais absorbent 37 283 € sur 41 000 € de liquidités disponibles, sans compter l'échéance du prêt.
- Sous-évaluer le bien. Une décote injustifiée de 25 000 € sur le T3 expose chaque enfant à un rappel de 1 667 € de droits, puis à une plus-value plus forte.
- Utiliser les loyers avant d'avoir choisi, ce qui vaut acceptation pure et simple et engage l'héritier sur les dettes.
- Sortir d'une SCI familiale sans négocier la décote. Claire perd 24 595 € par rapport au maintien dans la société.
Liste de contrôle
- Mesures conservatoires prises, assurances maintenues, locataires informés, syndic et assureur emprunteur prévenus.
- Option successorale choisie en connaissance de l'actif et des dettes, dans les délais.
- Fiche par bien établie, valeur libre et occupée, bail, DPE, travaux, copropriété, dette.
- Valeur déclarée justifiée bien par bien, décote d'occupation documentée.
- Liquidité chiffrée, paiement fractionné ou différé demandé si nécessaire.
- Objectifs et horizon de chaque héritier recueillis par écrit.
- Quatre voies comparées en valeur acquise à un horizon commun, après frais et impôts de chacun.
- Sensibilité au prix, au rendement alternatif et aux travaux, scénario de blocage chiffré.
- Situations particulières examinées, usufruit du conjoint, non-résident, mineur, famille recomposée.
- Acte formalisé, partage, convention d'indivision publiée ou statuts de SCI.
- Risques de requalification vérifiés pour tout partage, rachat de quote-part ou division.
- État du projet de loi de finances pour 2027 vérifié à la date de la décision.