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Guide des stratégies immobilières, chapitre 96

Le cadre fortement imposé

À jour au

Le cadre ou le dirigeant salarié dont le foyer atteint la tranche à 41 % aborde souvent l'immobilier par la question fiscale. Chaque euro de loyer supplémentaire lui coûte plus de la moitié en impôt et en prélèvements sociaux, alors que chaque euro de charge déductible lui rapporte autant. Cette asymétrie rend tentants les régimes et dispositifs qui réduisent l'impôt. Elle conduit aussi à des erreurs coûteuses, lorsque l'avantage fiscal fait oublier la qualité du bien, le prix payé ou l'impôt différé à la revente.

Ce chapitre explique comment mesurer le taux d'imposition réel du foyer, ce que vaut chaque mécanisme d'allègement, comment s'articulent déficit foncier, location meublée, nue-propriété et dispositifs, puis comment le plafonnement des niches limite les réductions d'impôt. Il compare sur quinze ans quatre stratégies pour un même foyer à 41 %. Le barème est détaillé dans le Guide de la fiscalité immobilière, Le barème et le quotient familial face aux revenus immobiliers et le plafonnement dans le Guide de la fiscalité immobilière, Le plafonnement global des avantages fiscaux. Les exemples sont illustratifs et non personnalisés.

Mesurer le taux d'imposition réel du foyer

Le taux marginal et le quotient familial

Pour les revenus de 2025, le barème de l'impôt sur le revenu (IR) applique 41 % à la fraction du quotient familial comprise entre 84 578 € et 181 917 € et 45 % au-delà. Pour un couple marié ou pacsé, le taux de 41 % commence donc vers 169 000 € de revenu net imposable. L'avantage de chaque demi-part pour enfant est plafonné à 1 807 €, si bien que, chez un foyer aisé, le taux marginal se lit en général sur le quotient calculé avec les seules parts de base.

L'exemple est illustratif. Un couple marié avec deux enfants déclare 190 000 € de revenu net imposable. L'impôt calculé avec trois parts serait de 36 311,97 €, mais l'impôt calculé avec deux parts diminué de deux fois 1 807 € atteint 41 887,04 €, montant retenu. Son taux moyen est de 22,05 % alors que tout revenu supplémentaire, ou toute charge déduite dans une plage d'au moins 10 000 € de part et d'autre, modifie l'impôt au taux de 41 %. Raisonner sur le taux moyen conduirait à sous-estimer de moitié l'impôt sur un loyer.

Les prélèvements sociaux et les contributions sur les hauts revenus

Aux 41 % s'ajoutent les prélèvements sociaux, de 17,2 % sur les revenus fonciers et de 18,6 % sur les bénéfices de location meublée non professionnelle depuis les revenus de 2025. Un revenu foncier supplémentaire coûte donc 58,2 % et un bénéfice meublé 59,6 %, avant la déduction l'année suivante d'une fraction de la contribution sociale généralisée (CSG).

Au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule et de 500 000 € pour un couple soumis à imposition commune, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) ajoute 3 % puis 4 % sur la fraction excédentaire. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) impose en outre un taux minimal d'imposition de 20 % aux foyers concernés, ce qui peut neutraliser une partie des avantages fiscaux (Guide de la fiscalité immobilière, La contribution sur les hauts revenus et la contribution différentielle). Le foyer de l'exemple n'est pas concerné.

Ce que vaut un euro selon le mécanisme

MécanismeCe qu'il réduitValeur de 1 000 € pour un foyer à 41 %Plafonnement globalCoût différé
Charge imputée sur des revenus fonciersRevenu foncier, IR et prélèvements sociaux582 €NonAucun en général
Déficit foncier imputé sur le revenu globalRevenu global, IR seulement410 €NonReprise si le bien n'est pas loué trois ans
Amortissement en location meubléeBénéfice, IR et prélèvements sociaux596 €NonRéintégration dans la plus-value
Amortissement JeanbrunRevenu foncier ou revenu global410 € à 582 €NonMinoration du prix d'acquisition
Réduction d'impôtImpôt1 000 €Oui, 10 000 € par an et par foyerReprise en cas de rupture

Un déficit imputé sur des revenus fonciers vaut ainsi 42 % de plus que le même déficit imputé sur le revenu global, car il efface aussi les prélèvements sociaux. Une réduction d'impôt vaut son montant, mais elle est plafonnée et ne se reporte pas toujours.

Les leviers à la disposition du foyer

Le choix du régime

Le micro-foncier impose 70 % des loyers lorsque les revenus fonciers bruts du foyer ne dépassent pas 15 000 €. Le micro des bénéfices industriels et commerciaux (micro-BIC) de la location meublée de longue durée impose 50 % des recettes jusqu'à 83 600 € pour les revenus de 2026. Avec un crédit, le régime réel est presque toujours à calculer (Guide de la fiscalité immobilière, Le micro-foncier en détail).

Le déficit foncier

En location nue au régime réel, les charges qui dépassent les loyers créent un déficit foncier. La fraction qui ne provient pas des intérêts s'impute sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an. Cette limite est portée à 21 400 € pour les dépenses de rénovation énergétique qui font passer un logement d'une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D, pour des devis acceptés depuis le 5 novembre 2022 et des dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2027. Le surplus et la fraction issue des intérêts se reportent sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Le bien doit rester loué jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit l'imputation (Guide de la fiscalité immobilière, Le déficit foncier en détail).

Pour un foyer qui perçoit déjà des revenus fonciers, le report sur ces revenus vaut 58,2 % alors que l'imputation sur le revenu global ne vaut que 41 %. La limite majorée de 21 400 € n'est donc pas toujours la plus favorable, comme le montre le cas chiffré. Les travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ne sont pas déductibles et ne créent pas de déficit.

La location meublée au réel

Le loueur en meublé non professionnel (LMNP) au réel déduit ses charges, ses intérêts et l'amortissement du bâti et du mobilier. L'amortissement ne peut ni créer ni augmenter un déficit et l'excédent se reporte sans limite de durée en droit actuel. Pour un foyer à 41 %, l'effet est puissant tant que le crédit pèse peu. En contrepartie, les amortissements déduits minorent le prix d'acquisition retenu pour la plus-value des cessions intervenues depuis le 15 février 2025 (Guide de la fiscalité immobilière, L'amortissement du loueur en meublé et ses limites).

Le statut de loueur en meublé professionnel (LMP) suppose des recettes meublées du foyer supérieures à 23 000 € et aux autres revenus d'activité du foyer. Un cadre en activité, dont les salaires sont élevés, y bascule rarement. Il peut en revanche y entrer l'année d'une cessation d'activité ou d'un départ à la retraite, si ses recettes meublées deviennent supérieures à ses revenus d'activité (Guide de la fiscalité immobilière, La frontière entre LMNP et LMP).

La nue-propriété

L'achat de la nue-propriété d'un logement dont l'usufruit est cédé pour quinze ans environ à un bailleur social ne procure aucun loyer et n'entre pas dans le revenu imposable. Les intérêts de l'emprunt sont déductibles des autres revenus fonciers du nu-propriétaire. Faute de tels revenus, ils forment un déficit reportable dix ans sur les seuls revenus fonciers, donc en partie perdu. Le bien n'entre pas dans l'assiette de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) du nu-propriétaire et la pleine propriété se reconstitue au terme sans impôt (Guide de la fiscalité immobilière, L'usufruit locatif social et l'achat de nue-propriété).

Pour le calcul de la plus-value au terme, la doctrine admet de retenir la valeur de la pleine propriété au jour de l'achat de la nue-propriété, ce qui limite l'impôt à la hausse de valeur du logement. La stratégie est développée au chapitre 58.

Les dispositifs

DispositifNatureParamètres principaux en 2026Plafonnement globalDate limite
JeanbrunAmortissement en revenus fonciers3,5 % à 5,5 % de 80 % du prix dans le neuf, 3 % à 4 % dans l'ancien rénové, 8 000 € par foyer et par an, porté à 10 000 € ou 12 000 € en location sociale ou très sociale, neuf ans de location nueHors plafondActe signé au 31 décembre 2028
DenormandieRéduction12 %, 18 % ou 21 % du prix de revient pour six, neuf ou douze ans, travaux d'au moins 25 % du coût total10 000 €31 décembre 2027
Loc'AvantagesRéduction sur les loyers15 % à 65 % des loyers bruts selon le niveau de loyer et l'intermédiation10 000 €Convention demandée au 31 décembre 2027
MalrauxRéduction sur les travaux22 % ou 30 % des dépenses, dans la limite de 400 000 € sur quatre ansHors plafond pour les opérations engagées depuis 2013Selon le secteur
Monuments historiquesDéduction de chargesCharges déductibles du revenu global sous conditionsHors plafondSans échéance générale

Ces paramètres sont repris du Guide de la fiscalité immobilière, Panorama et articulation des dispositifs d'investissement, qui renvoie aux fiches officielles. L'option pour le Jeanbrun exclut le micro-foncier pour tous les biens loués nus du foyer et ne se cumule pas avec le Denormandie ou le Loc'Avantages sur le même logement. Les amortissements Jeanbrun déduits minorent le prix d'acquisition retenu pour la plus-value (Guide de la fiscalité immobilière, Le dispositif Jeanbrun, analyse technique).

Le plafonnement des niches

Le total des réductions et crédits d'impôt soumis au plafonnement de l'article 200-0 A du Code général des impôts (CGI) ne peut excéder 10 000 € par foyer et par an, ou 18 000 € pour certaines réductions outre-mer et les souscriptions au capital des sociétés pour le financement de l'industrie cinématographique et audiovisuelle (Sofica). L'excédent est perdu. Le crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile consomme ce plafond au même titre qu'une réduction immobilière. Le déficit foncier, l'amortissement du meublé, l'amortissement Jeanbrun, le Malraux engagé depuis 2013 et les monuments historiques sont hors plafond, car ce sont des déductions ou des régimes exclus.

Pour un cadre qui emploie une aide à domicile pour 12 000 € de dépenses, le crédit de 6 000 € ne laisse que 4 000 € de place. Une fraction annuelle de Denormandie de 6 000 € serait écrêtée de 2 000 €, définitivement perdus chaque année. Les déductions échappent à cette limite.

La société à l'impôt sur les sociétés

Une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) paie 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions puis 25 % et amortit le bien. Les dividendes perçus en 2026 supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. Pour un cadre qui n'a pas besoin des loyers, la capitalisation en société réduit l'imposition courante, au prix d'une plus-value calculée sur la valeur nette comptable (Guide des sociétés immobilières, Transparence fiscale ou impôt sur les sociétés). Ce choix relève du chapitre 125.

Les critères objectifs de décision

CritèreOriente vers le déficit foncierOriente vers le meublé au réelOriente vers la nue-propriétéOriente vers un dispositif
Autres revenus fonciersÉlevés, report utileIndifférentÉlevés, intérêts déductiblesÉlevés pour le Jeanbrun
Besoin de revenusMoyen termeCourt termeAucun pendant quinze ansFaible
Temps disponibleChantier à piloterGestion plus lourdeAucunFaible
HorizonAu moins huit ansLong ou transmissionDurée de l'usufruitDurée de l'engagement et au-delà
Évolution prévisible du taux marginalStableStable ou en baisseIndifférenteStable
Plafonnement global déjà consomméIndifférentIndifférentIndifférentSeuls les dispositifs hors plafond restent utiles
Liquidité recherchéeFaibleMoyenneTrès faibleFaible pendant l'engagement

La méthode de décision pas à pas

  1. Calculez votre taux marginal effectif, avec le plafonnement du quotient familial, la décote éventuelle et les prélèvements sociaux, à partir de votre dernier avis d'imposition.
  2. Recensez vos revenus fonciers existants, qui déterminent la valeur d'un déficit reporté ou d'intérêts de nue-propriété.
  3. Recensez vos avantages soumis au plafonnement, crédit d'impôt pour l'emploi à domicile compris, puis la place restant sous les 10 000 €.
  4. Choisissez le bien avant le régime, sur des critères de marché, de prix et de demande locative, puis seulement le régime qui lui convient.
  5. Projetez l'impôt sur toute la durée, y compris le moment où le crédit s'allège, celui où le taux marginal baisse et l'impôt de plus-value à la revente.
  6. Comparez les taux de rendement interne (TRI) des fonds propres avec et sans avantage fiscal, pour mesurer la part du rendement qui tient à la fiscalité.
  7. Testez les hypothèses, prix de revente, vacance, taux marginal, adoption des mesures du projet de loi de finances.
  8. Vérifiez les contraintes, engagement de location, plafonds de loyer et de ressources, statut de LMP, puis écrivez la règle de sortie.

Le cas chiffré, quatre stratégies pour un foyer à 41 %

Le foyer et les hypothèses communes

L'exemple suivant est illustratif. Le couple décrit plus haut, à 41 %, dispose de 50 000 € d'apport et perçoit déjà 12 000 € de revenus fonciers nets par an au régime réel. Il compare quatre opérations détenues quinze ans, de 2027 à 2041, puis revendues. Les crédits sont au taux de 3,4 % hors assurance, assurance de 0,25 % du capital par an. Les loyers progressent de 1,5 % par an, les charges de 2 % et les prix de 1 % par an, par convention et non par prévision. La revente supporte 3 % de frais et l'impôt de plus-value après abattements, avec le forfait de 15 % pour travaux ouvert après cinq ans, applicable même lorsque des travaux ont été déduits des revenus fonciers (Bulletin officiel des finances publiques, BOI-RFPI-PVI-20-10-20-20, § 350 et 390).

StratégieBien et prixFinancementLoyer et chargesFiscalité
1, déficit foncierAncien à rénover, 140 000 € plus 10 500 € de frais et 70 000 € de travaux déductibles payés en 2027, valeur après travaux 200 000 €170 500 € sur 20 ans850 € par mois à partir du septième mois, vacance 3 %, charges 2 350 € par anLocation nue au réel
2, meublé au réelT2 à 200 000 € plus 15 000 € de frais et 7 000 € de mobilier, renouvelé pour 3 000 € la neuvième année172 000 € sur 20 ans900 € par mois, vacance 5 %, charges 2 350 €, comptabilité 400 € et CFE 300 € par anLMNP au réel, amortissement par composants
3, nue-propriétéLogement neuf dont la pleine propriété vaut 250 000 €, nue-propriété pour quinze ans à 60 %, soit 150 000 € plus 3 750 € de frais103 750 € sur 15 ansAucun loyer, aucune chargeIntérêts déduits des autres revenus fonciers
4, JeanbrunT2 neuf de 50 mètres carrés en zone B1, 230 000 € plus 5 750 € de frais185 750 € sur 20 ans590 € par mois au plafond intermédiaire de 11,80 € par mètre carré, vacance 3 %, charges 1 670 € par anAmortissement de 6 440 € par an

La CFE désigne la cotisation foncière des entreprises, nulle la première année et réduite de moitié la deuxième. Pour les deux logements neufs, la valeur de marché à la livraison est supposée inférieure de 8 % au prix payé, ce qui représente la marge commerciale du neuf. Le plafond de loyer de 11,80 € est celui des baux conclus en 2026 en zone B1, la location intermédiaire supposant aussi le respect de plafonds de ressources du locataire. La plus-value de la nue-propriété est calculée sur la valeur de la pleine propriété à l'achat, sans forfait pour travaux par prudence.

Les résultats

Indicateur sur quinze ans1, déficit foncier2, meublé au réel3, nue-propriété4, Jeanbrun
Mensualité hors assurance980,09 €988,72 €736,61 €1 067,75 €
Cash-flow après impôt, première annéePlus 2 381 €Moins 4 785 €Moins 6 943 €Moins 3 470 €
Effort mensuel moyen, années 1 à 14287 €386 €646 €355 €
Impôt économisé ou payé sur les revenus, cumuléÉconomie de 7 618 €0 € payéÉconomie de 19 049 €Économie de 48 402 €
Impôt de plus-value à la revente11 800 €4 874 €1 156 €14 197 €
Gain net non actualisé54 294 €47 319 €90 425 €50 182 €
TRI des fonds propres4,51 %3,12 %4,53 %3,47 %
TRI sans impôt ni avantage sur les revenus3,08 %3,12 %3,44 %0,11 %

Dans la stratégie 1, la première année réunit 4 947 € de loyers, 71 750 € de charges et travaux et 6 129 € d'intérêts et d'assurance. Avec les 12 000 € d'autres revenus fonciers, le foyer constate un déficit de 60 932 €, dont 10 700 € s'imputent sur le revenu global et 50 232 € se reportent. L'impôt de l'année baisse de 11 371 €, à savoir 4 387 € d'IR sur le revenu global et 6 984 € d'impôt effacé sur les autres revenus fonciers. Le report absorbe ensuite les revenus fonciers des années suivantes, puis l'opération redevient imposable, ce qui explique que l'économie cumulée sur quinze ans ne soit que de 7 618 €.

Dans la stratégie 2, aucun impôt n'est payé sur les loyers pendant quinze ans. Les amortissements du bâti effectivement déduits atteignent 41 964 € et 62 203 € restent en report. Dans la stratégie 4, les 96 600 € d'amortissements déduits procurent 48 402 € d'économie, mais ils minorent d'autant le prix d'acquisition et portent la plus-value imposable à 64 641 €, d'où 14 197 € d'impôt à la revente.

Ce que montre le cas

Dans ces hypothèses, la nue-propriété et le déficit foncier obtiennent les meilleurs TRI, proches de 4,5 %, le Jeanbrun 3,47 % et le meublé au réel 3,12 %. La nue-propriété dégage le gain le plus élevé mais demande l'effort mensuel le plus lourd, 646 € en moyenne, sans aucun revenu pendant quinze ans. Le déficit foncier tire son rendement de la création de valeur par les travaux autant que de l'impôt.

La dernière ligne du tableau, calculée sans impôt ni avantage sur les revenus, isole la part du rendement qui tient à la fiscalité courante. Le Jeanbrun n'a presque aucun rendement hors avantage fiscal, à 0,11 %, du fait du loyer plafonné et de la marge du neuf. Son intérêt dépend entièrement du taux marginal du foyer. Le meublé au réel a le même TRI avec ou sans impôt, puisque son amortissement efface l'impôt mais que sa plus-value est alourdie. Ce classement n'est pas une règle générale et les tests suivants montrent qu'il peut s'inverser.

Les tests de sensibilité

Le taux marginal

TMI1, déficit foncier2, meublé au réel3, nue-propriété4, Jeanbrun
11 %3,59 %3,12 %3,96 %1,67 %
30 %4,14 %3,12 %4,31 %2,79 %
41 %4,51 %3,12 %4,53 %3,47 %
45 %4,65 %3,12 %4,60 %3,72 %

Le TRI du Jeanbrun double entre 11 % et 41 %. Celui du meublé au réel ne bouge pas, faute d'impôt payé sur les loyers.

L'évolution des prix et la vacance

Hypothèse1, déficit foncier2, meublé au réel3, nue-propriété4, Jeanbrun
Prix moins 1 % par an0,80 %Moins 0,51 %1,47 %0,17 %
Prix stables2,77 %1,53 %3,05 %1,87 %
Prix plus 2 % par an6,14 %4,54 %5,71 %5,00 %
Vacance nulle4,70 %3,64 %Sans objet3,57 %
Vacance de 10 %4,07 %2,62 %Sans objet3,22 %

Le prix de revente pèse davantage que la vacance. Les points morts, évolution annuelle des prix qui annule le gain net, se situent à moins 1,31 % par an pour le déficit foncier, moins 0,76 % pour le meublé, moins 1,90 % pour la nue-propriété et moins 1,10 % pour le Jeanbrun.

Les autres revenus fonciers

Si le foyer ne perçoit aucun autre revenu foncier, le TRI du déficit foncier tombe de 4,51 % à 2,62 %, celui de la nue-propriété de 4,53 % à 3,44 % et celui du Jeanbrun de 3,47 % à 2,42 %. Les intérêts de la nue-propriété ne trouvent alors aucun revenu foncier sur lequel s'imputer et le déficit est perdu. La présence de revenus fonciers existants est donc un critère décisif.

Le déficit majoré et le projet de loi de finances

Si les travaux de la stratégie 1 permettaient d'appliquer la limite de 21 400 €, le TRI baisserait de 4,51 % à 4,40 %, car le foyer imputerait sur son revenu global, à 41 %, un déficit qui aurait sinon effacé des revenus fonciers à 58,2 %. Si le plafonnement de l'amortissement prévu par l'article 7 du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 était adopté, l'amortissement du bâti du meublé serait limité à 2,5 % de sa base, soit 4 569 € par an. Le TRI passerait de 3,12 % à 3,08 %, avec 1 287 € d'impôt sur les loyers sur quinze ans, l'effet restant faible tant que l'amortissement est déjà bridé par le résultat.

La baisse du taux marginal et le scénario défavorable

Un départ à la retraite, une expatriation ou une baisse d'activité peuvent faire passer le foyer à 30 % au bout de sept ans. Les TRI deviennent alors 4,84 % pour le déficit foncier, dont les revenus fonciers ultérieurs sont moins taxés, 3,12 % pour le meublé, 4,47 % pour la nue-propriété et 3,22 % pour le Jeanbrun. Le scénario défavorable combine cette baisse, des prix en recul de 1 % par an et une vacance de 10 %.

Scénario défavorable1, déficit foncier2, meublé au réel3, nue-propriété4, Jeanbrun
TRI des fonds propres0,69 %Moins 1,24 %1,40 %Moins 0,49 %
Gain ou perte nettePlus 6 703 €Moins 15 193 €Plus 23 243 €Moins 5 754 €

Capital, temps, horizon et liquidité de chaque stratégie

StratégieCapital requisTemps de gestionHorizonLiquiditéRisque principalCesse de fonctionner quand
Déficit foncierApport et réserve pour aléas de chantierÉlevé la première annéeHuit ans et plusFaible pendant trois ansDérive des travaux, valeur après travauxPas d'autres revenus fonciers, travaux non déductibles
Meublé au réelApport, mobilierÉlevéLong ou transmissionMoyenneVacance, réintégration, réforme de l'amortissementRevente rapide, plafonnement voté
Nue-propriétéApport et effort mensuel élevéNulDurée de l'usufruitTrès faiblePrix d'entrée, état du bien au termePas d'autres revenus fonciers, revente anticipée
JeanbrunApportFaible à moyenNeuf ans et plusFaible pendant l'engagementMarge du neuf, loyer plafonnéTMI en baisse, rupture d'engagement

Les situations particulières

Le couple marié, pacsé ou concubin

Les époux et partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) forment un seul foyer, avec un seul plafond de 10 000 € pour les niches, un seul plafond Jeanbrun de 8 000 € et une appréciation commune du statut de LMP. Deux concubins forment deux foyers, chacun avec ses plafonds et son taux marginal. Lorsque les revenus sont déséquilibrés, faire détenir un bien loué par le concubin le moins imposé réduit l'impôt sur les loyers, mais ce choix déplace aussi la propriété et doit répondre à une réalité patrimoniale. Pour un couple marié, le taux est commun et la question ne se pose pas.

La famille recomposée

Une famille recomposée combine souvent des pensions alimentaires déductibles et des enfants en résidence alternée, dont dépend le taux marginal du foyer. Un engagement de neuf ou quinze ans doit tenir compte d'une séparation possible, qui ferait rompre l'engagement ou partager un bien démembré (chapitre 105).

L'indivision

En indivision, chaque indivisaire déclare sa quote-part dans son foyer, à son taux marginal. Entre un cadre à 41 % et un proche faiblement imposé, les économies diffèrent fortement, ce que la convention d'indivision doit anticiper.

Le démembrement familial

Un cadre peut donner la nue-propriété d'un bien loué à ses enfants en conservant l'usufruit, ou acheter un bien en démembrement avec eux. L'usufruitier déclare les loyers à son taux marginal. La donation d'un usufruit temporaire à un enfant faiblement imposé transfère l'impôt sur les loyers mais doit répondre à une motivation autre que fiscale, faute de quoi elle s'expose à l'abus de droit (Guide de la fiscalité immobilière, Le démembrement de propriété en fiscalité). L'achat démembré en famille fait jouer la présomption de l'article 751 du CGI.

La société

Une société civile immobilière (SCI) à l'IR transmet son résultat aux associés, qui l'imposent à leur taux marginal. Elle peut porter un déficit foncier et, sous réserve de confirmation écrite, un Jeanbrun. Une société à l'IS amortit et capitalise mais ne peut ouvrir droit ni aux réductions d'impôt des particuliers ni au déficit foncier sur le revenu global des associés. Une SCI à l'IR qui loue meublé de façon habituelle devient passible de l'IS, sauf si ses recettes commerciales restent sous 10 % de ses recettes totales (Guide des sociétés immobilières, Comparer IR, IS et SARL de famille sur un même projet).

Le non-résident

Un cadre expatrié reste imposable en France sur ses loyers de source française, au barème avec un taux minimum de 20 % ou de 30 %. Il ne peut en général pas bénéficier des réductions d'impôt, réservées aux contribuables domiciliés en France, sauf situation particulière des non-résidents qui tirent de France l'essentiel de leurs revenus. Une expatriation prévue rend donc fragiles les engagements fondés sur un revenu global français élevé (Guide de la fiscalité immobilière, Le non-résident et ses revenus immobiliers français).

L'outre-mer

Les réductions d'impôt pour investissement outre-mer relèvent du plafond majoré de 18 000 €, avec une fraction retenue de 34 %, 44 % ou 30 % selon l'investissement. Elles attirent les foyers dont le plafond de 10 000 € est consommé, mais reposent sur des montages complexes, avec un risque de reprise si l'exploitant défaille. Le Jeanbrun s'applique aussi dans les départements d'outre-mer (chapitre 88).

Les types de marchés

Le déficit foncier suppose un parc ancien à rénover et le meublé une demande de petites surfaces, étudiante ou de mobilité. La nue-propriété se trouve surtout dans des programmes neufs où les bailleurs sociaux recherchent des logements. Le Jeanbrun impose un bâtiment collectif et des loyers plafonnés, dont l'écart avec le loyer libre se mesure commune par commune (chapitres 84 à 87).

L'âge et l'horizon

Un cadre de 35 à 45 ans a l'horizon pour amortir les frais d'entrée et tenir un engagement de neuf ou quinze ans. À l'approche de 55 ans, la retraite fait baisser le taux marginal futur, ce qui favorise les biens qui produiront alors un revenu peu imposé, comme le meublé au réel ou la pleine propriété reconstituée d'une nue-propriété (chapitres 101 et 126).

Les risques de requalification

Le déficit foncier suppose des travaux d'entretien, de réparation ou d'amélioration. Des travaux qui équivalent à une reconstruction ou à un agrandissement ne sont pas déductibles et leur requalification fait tomber le déficit imputé, avec intérêts de retard. L'achat, la rénovation et la revente rapides de plusieurs biens peuvent faire qualifier l'activité de marchand de biens (Guide de la fiscalité immobilière, Le marchand de biens et les opérations habituelles). La vente avant la fin de la troisième année qui suit l'imputation entraîne la reprise du déficit imputé sur le revenu global.

En meublé, la multiplication des biens peut faire basculer le foyer en LMP au moment où ses revenus d'activité baissent. Les montages destinés uniquement à éluder l'impôt, comme une donation d'usufruit temporaire sans motivation patrimoniale ou une interposition de foyers pour démultiplier les plafonds, relèvent de l'abus de droit au sens des articles L64 et L64 A du Livre des procédures fiscales (LPF), sanctionné par une majoration de 80 % (Guide de la fiscalité immobilière, L'abus de droit fiscal).

Le projet de loi de finances pour 2027

Le PLF pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en discussion au 26 octobre 2026, sans aucune mesure adoptée. Son article 2 revaloriserait de 2,1 % les tranches des revenus de 2026, portant le seuil de la tranche à 41 % à 86 353 € par part. Son article 7 plafonnerait l'amortissement des locaux des LMNP à 2,5 % de leur valeur dans la limite de 7 000 € par foyer, sans report de l'excédent. Il n'avait pas été voté en séance à cette date. La prorogation du Denormandie et du Loc'Avantages au-delà de 2027, adoptée ou discutée en commission, est tombée ou a été rejetée. Les députés ont voté en séance, à titre provisoire, la sortie de l'assiette de l'IFI des logements loués nus sous plafonds de loyer Pinel (Guide de la fiscalité immobilière, La loi de finances pour 2026 et le projet de loi de finances pour 2027).

Les erreurs fréquentes et leur coût

Les montants qui suivent reprennent le cas de ce chapitre et sont illustratifs.

  • Raisonner sur le taux moyen. À 22,05 % de taux moyen et 41 % de taux marginal, un revenu foncier de 10 000 € coûte 5 820 € d'impôt et de prélèvements au lieu de 2 205 €.
  • Choisir un dispositif pour l'économie d'impôt seule. Sans avantage fiscal, le Jeanbrun du cas a un TRI de 0,11 %. Si le taux marginal tombe à 11 %, son TRI n'est plus que de 1,67 %.
  • Oublier l'impôt de plus-value différé. Le Jeanbrun du cas paie 14 197 € à la revente, soit près de 30 % de l'économie réalisée pendant quinze ans.
  • Acheter de la nue-propriété sans autres revenus fonciers. Le TRI tombe de 4,53 % à 3,44 % et les intérêts ne sont jamais déduits.
  • Chercher le déficit majoré à tout prix. Pour un foyer qui a d'autres revenus fonciers, imputer 21 400 € sur le revenu global au lieu de 10 700 € fait baisser le TRI du cas de 4,51 % à 4,40 %.
  • Saturer le plafonnement global. Avec 6 000 € de crédit d'impôt pour l'emploi à domicile, une réduction de 6 000 € perd 2 000 € par an.
  • Ignorer la baisse future du taux marginal. Un passage à 30 % après sept ans ramène le TRI du Jeanbrun de 3,47 % à 3,22 %.
  • Compter sur un vote provisoire. Une stratégie fondée sur une mesure du PLF pour 2027 non adoptée peut perdre son avantage à la promulgation.

Liste de contrôle

  • Le taux marginal effectif est calculé avec le plafonnement du quotient familial et les prélèvements sociaux.
  • Les revenus fonciers existants et leur évolution sont connus.
  • La place restant sous le plafonnement global est chiffrée, crédit d'impôt pour l'emploi à domicile compris.
  • Le bien est choisi pour sa qualité, son prix et sa demande locative avant le régime fiscal.
  • L'impôt est projeté sur toute la durée, y compris l'impôt de plus-value à la revente.
  • Le TRI est calculé avec et sans avantage fiscal.
  • La sensibilité au prix de revente, à la vacance et au taux marginal est testée.
  • L'évolution prévisible du taux marginal, retraite ou expatriation comprise, est prise en compte.
  • Les engagements de location, plafonds de loyer et de ressources et durées sont compatibles avec les projets du foyer.
  • Le risque de requalification des travaux et le statut de LMP sont vérifiés.
  • L'état du PLF pour 2027 est vérifié avant toute signature.
  • La stratégie fiscale est inscrite dans la feuille de route patrimoniale et revue chaque année (chapitres 10 et 119).