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Guide de la fiscalité immobilière, chapitre 49

Le plafonnement global des avantages fiscaux

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Un foyer qui cumule une réduction d'impôt pour investissement locatif, un crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile et une souscription au capital d'une petite entreprise ne peut pas réduire son impôt sans limite. L'article 200-0 A du Code général des impôts (CGI) fixe un plafond annuel au montant total de certains avantages fiscaux. Au-delà, l'excédent est ajouté à l'impôt et définitivement perdu.

Ce chapitre expose le fondement du plafonnement, les avantages qu'il vise et ceux qu'il épargne, le calcul en deux temps du plafond de 10 000 € puis du plafond majoré de 18 000 €, l'ordre de prise en compte des avantages acquis selon les années, puis les situations particulières du couple, de l'indivision, des sociétés de personnes et des non-résidents. Il se termine par des exemples chiffrés, les erreurs fréquentes et une liste de contrôle. Les dispositifs eux-mêmes sont étudiés aux chapitres 50 à 63. La présentation destinée au bailleur figure dans le Guide du bailleur privé, Les dispositifs fiscaux en cours d'engagement.

Le fondement et la logique du plafonnement

Le texte et la doctrine

Le plafonnement global a été créé pour l'imposition des revenus de 2009. Il est codifié à l'article 200-0 A du CGI et commenté au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) dans la série BOI-IR-LIQ-20-20-10. La section consacrée au champ d'application, BOI-IR-LIQ-20-20-10-10, a été republiée le 27 août 2026. La section consacrée au calcul, BOI-IR-LIQ-20-20-10-30, date du 18 juin 2015 et reste la version en vigueur au 25 octobre 2026.

La brochure pratique annuelle de l'impôt sur le revenu reprend ces règles (impots.gouv.fr, brochure 2025, plafonnement). Elle permet de suivre la liste des avantages concernés, qui évolue avec les lois de finances.

Un plafonnement par foyer et non par avantage

Chaque réduction d'impôt comporte ses propres limites, par exemple un prix de revient retenu dans la limite de 300 000 € pour le Pinel ou un plafond de dépenses sur quatre ans pour le Malraux. Le plafonnement global s'ajoute à ces limites. Il ne s'apprécie pas dispositif par dispositif mais sur le total des avantages retenus pour un même foyer fiscal et une même année d'imposition (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 10).

Le contribuable n'accomplit aucune démarche particulière. L'administration effectue elle-même le double calcul à partir de la déclaration de revenus et de ses annexes. L'éventuel excédent apparaît sur l'avis d'impôt (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 1). Il appartient en revanche au contribuable d'anticiper cet effet avant de souscrire un nouvel engagement, car l'avantage écrêté ne se récupère pas.

Les montants du plafond

Le plafond général de 10 000 €

Depuis le 1er janvier 2013, le plafond général est fixé à 10 000 € par foyer et par an pour les avantages accordés au titre des investissements réalisés ou des dépenses payées à compter de cette date (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 75). Ce montant n'est pas indexé et ne varie ni avec le revenu ni avec le nombre de parts.

Le plafond majoré de 18 000 €

Le plafond est porté à 18 000 € pour les réductions d'impôt accordées au titre des investissements outre-mer des articles 199 undecies A à 199 undecies C du CGI et pour la réduction au titre des souscriptions au capital des sociétés pour le financement de l'industrie cinématographique et audiovisuelle (Sofica) de l'article 199 unvicies. Selon la brochure pratique, il s'applique aussi aux réductions Pinel et Denormandie afférentes à des logements situés outre-mer. Les investissements Pinel outre-mer réalisés entre le 1er septembre et le 31 décembre 2014 ont été soumis au plafond de 10 000 € pour l'imposition des revenus de 2014, puis à celui de 18 000 € à partir des revenus de 2015 (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 75).

Le plafond de 18 000 € ne s'ajoute pas au premier. Les avantages ordinaires restent limités à 10 000 €. Les avantages relevant du plafond majoré viennent ensuite s'ajouter au montant retenu après ce premier écrêtement, l'ensemble étant comparé à 18 000 € (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 110). Un foyer ne peut donc jamais obtenir plus de 10 000 € d'avantages ordinaires, même s'il ne détient aucun investissement outre-mer.

Les plafonds antérieurs à 2013

Les avantages acquis avant 2013 restent soumis au plafond de leur année d'acquisition, composé d'une somme fixe et d'un pourcentage du revenu imposable.

AnnéePlafond applicable
200925 000 € plus 10 % du revenu imposable
201020 000 € plus 8 % du revenu imposable
201118 000 € plus 6 % du revenu imposable
201218 000 € plus 4 % du revenu imposable
Depuis 201310 000 € ou 18 000 €

Le revenu imposable retenu pour ces pourcentages est le revenu net global, augmenté le cas échéant de la fraction des revenus imposés selon le système du quotient, après division par le coefficient de ce quotient, selon la brochure pratique. Ces plafonds anciens gardent une portée en 2026, car certaines réductions acquises entre 2009 et 2012 s'imputent encore par fractions ou par report.

Les avantages pris en compte

Le critère général

Entrent dans le plafonnement les avantages accordés en contrepartie d'un investissement ou d'une prestation dont bénéficie le contribuable. Les réductions et crédits d'impôt sont en principe inclus, sauf exclusion expresse (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 40). Les dispositifs éteints continuent d'être pris en compte pour les investissements réalisés avant leur extinction (§ 50).

Les avantages immobiliers inclus

Les avantages suivants, liés à l'immobilier, entrent dans le plafond, selon la brochure pratique et le tableau du § 70 de la doctrine.

  • Les réductions Pinel, Duflot et Denormandie de l'article 199 novovicies du CGI.
  • La réduction Scellier de l'article 199 septvicies.
  • La réduction Censi-Bouvard, désignée dans la brochure comme réduction en faveur du loueur en meublé non professionnel (LMNP), de l'article 199 sexvicies, pour les logements de résidences services loués meublés.
  • La réduction Loc'Avantages de l'article 199 tricies.
  • La réduction pour réhabilitation de résidences de tourisme de l'article 199 decies G.
  • Les réductions pour investissements outre-mer des articles 199 undecies A à 199 undecies C, dans les conditions propres décrites plus loin.
  • La réduction Malraux de l'article 199 tervicies, pour les seules opérations engagées avant 2013.
  • Les amortissements Robien et Borloo de l'article 31 du CGI, pour les seuls investissements de 2009, pris en compte à hauteur du taux marginal appliqué au montant amorti.

Les autres avantages inclus

Le plafond se partage avec des avantages sans lien avec l'immobilier, ce qui explique qu'un bailleur peut le dépasser sans détenir plusieurs logements défiscalisés.

  • La réduction pour souscription au capital de petites et moyennes entreprises (PME), d'entreprises solidaires d'utilité sociale et de fonds d'investissement de proximité ou dans l'innovation de l'article 199 terdecies-0 A.
  • La réduction pour souscription au capital d'entreprises de presse et la réduction Sofica.
  • La réduction pour acquisition d'objets mobiliers classés monuments historiques de l'article 199 duovicies.
  • Le crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile de l'article 199 sexdecies.
  • Le crédit d'impôt pour frais de garde des jeunes enfants de l'article 200 quater B.
  • Le crédit d'impôt pour investissements forestiers de l'article 200 quindecies.
  • Le crédit d'impôt pour l'installation de bornes de recharge de véhicules électriques de l'article 200 quater C.

Les avantages exclus

Les exclusions de principe

Échappent au plafonnement les avantages liés à la situation personnelle du contribuable ou accordés dans un objectif d'intérêt général sans contrepartie (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 80). Sont expressément exclus le quotient familial, la décote et les crédits d'impôt représentatifs d'une retenue à la source étrangère (§ 90). Le § 100 liste d'autres exclusions, notamment les dons aux œuvres des articles 200 et 200 bis, les réductions liées à la dépendance et les frais de scolarité.

Les exclusions par nature, essentielles en immobilier

Le § 110 exclut par nature les exonérations, abattements et déductions calculés sur un revenu catégoriel, les déficits, les charges déductibles du revenu global et les prélèvements libératoires. Pour un investisseur immobilier, cette exclusion couvre l'essentiel des régimes de déduction.

  • L'abattement du micro-foncier et celui du micro-BIC des bénéfices industriels et commerciaux (chapitres 25 et 36).
  • Le déficit foncier imputé sur le revenu global, y compris dans sa limite majorée de 21 400 € pour certains travaux de rénovation énergétique (chapitre 30).
  • L'amortissement du LMNP au régime réel (chapitre 38).
  • L'amortissement du dispositif Jeanbrun, que la fiche officielle déclare expressément hors plafonnement (service-public.gouv.fr, fiche F39735).
  • La déduction spécifique de l'ancien dispositif Cosse sur les loyers bruts (chapitre 54).
  • La déduction des charges des immeubles classés ou inscrits au titre des monuments historiques (chapitre 56).

Le cas particulier du Malraux

La réduction Malraux est exclue du plafonnement pour les dépenses et investissements engagés à compter de 2013, dans les conditions précisées au § 95 de la doctrine. Elle reste en revanche dans le plafond de son année pour les opérations engagées avant 2013. Le Malraux récent obéit à son propre plafond de dépenses de 400 000 € sur quatre années consécutives, présenté au chapitre 55. Il n'est donc pas illimité, mais il ne consomme pas l'enveloppe de 10 000 €.

Le cas des amortissements Robien et Borloo

Les amortissements Robien et Borloo ont été pris en compte pour les seuls investissements réalisés en 2009. La doctrine précise que ces déductions sont comparées au plafond de 2009 quelle que soit l'année où elles s'appliquent (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 40). Seule la fraction du déficit foncier imputable sur le revenu global est retenue, la fraction reportée sur les revenus fonciers n'étant pas comptée lors de sa création (§ 50). Pour ces engagements anciens (chapitre 58), l'avantage se mesure au taux marginal du foyer.

Tableau de synthèse

AvantageNaturePlafond global
Pinel, Denormandie en métropoleRéduction10 000 €
Pinel, Denormandie outre-merRéduction18 000 €
ScellierRéductionPlafond de l'année d'engagement
Censi-BouvardRéduction10 000 € ou plafond antérieur selon l'année
Loc'AvantagesRéduction10 000 €
Outre-mer, 199 undecies A à CRéduction18 000 €, fraction retenue selon le cas
SoficaRéduction18 000 €
Malraux engagé depuis 2013RéductionHors plafond
Monuments historiquesDéductionHors plafond
JeanbrunAmortissement déduitHors plafond
Déficit foncierImputationHors plafond
Amortissement LMNPDéduction catégorielleHors plafond
CosseDéduction spécifiqueHors plafond
Emploi à domicileCrédit d'impôt10 000 €

Le calcul du plafonnement

Le double calcul

La doctrine décrit une méthode en trois temps (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 10 et 20).

  1. L'administration calcule l'impôt dû dans les conditions de droit commun, avec tous les avantages déclarés.
  2. Elle calcule un impôt théorique, sans les avantages soumis au plafonnement.
  3. La différence entre ces deux montants mesure l'avantage global. Si elle n'excède pas le plafond, l'impôt n'est pas modifié. Si elle l'excède, l'excédent est ajouté à l'impôt de droit commun.

Cette méthode a une conséquence pratique. L'avantage pris en compte n'est pas le montant nominal de la réduction mais l'économie qu'elle procure réellement. Une réduction de 4 000 € qui ne s'impute qu'à hauteur de 2 500 € faute d'impôt suffisant ne compte que pour 2 500 €, sous réserve des règles de report propres au dispositif. Un crédit d'impôt, remboursable, compte en revanche pour son montant entier.

La place des réductions dans le calcul de l'impôt

Les réductions d'impôt s'imputent sur l'impôt progressif, calculé après plafonnement des effets du quotient familial et après décote, avant les crédits d'impôt et les prélèvements ou retenues non libératoires (article 197 I 5 du CGI, rappelé au § 40 de BOI-IR-RICI-230-30-30). Elles ne s'imputent pas sur les impositions à taux proportionnel et ne donnent pas lieu à remboursement (BOFiP, réduction Scellier). Le barème et la décote sont présentés au chapitre 45.

Un foyer faiblement imposé peut donc perdre une partie de ses réductions faute d'impôt suffisant, dès lors que le dispositif ne prévoit pas de report. Les deux limites se cumulent et se vérifient séparément.

L'ordre entre le plafond de 10 000 € et celui de 18 000 €

Lorsque le foyer bénéficie la même année d'avantages des deux catégories, la doctrine impose un calcul en cascade (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 110).

  1. Les avantages ordinaires sont comparés au plafond de 10 000 €. L'excédent éventuel est ajouté à l'impôt.
  2. Le montant retenu après ce premier écrêtement, au plus 10 000 €, est additionné aux avantages relevant du plafond majoré.
  3. Ce total est comparé au plafond de 18 000 €. L'excédent éventuel est à son tour ajouté à l'impôt.

La fraction retenue des réductions outre-mer

Les réductions d'impôt outre-mer sont d'abord soumises au plafonnement propre de l'article 199 undecies D du CGI, puis au plafonnement global (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 80). Pour les investissements productifs de l'article 199 undecies B et pour les investissements dans le logement social de l'article 199 undecies C, seule une fraction de la réduction est retenue, censée représenter la part non rétrocédée à l'exploitant ou à l'organisme.

FractionInvestissement concerné
34 %Article 199 undecies B, premières phrases des vingt-sixième et vingt-septième alinéas du I
44 %Article 199 undecies B, seconde phrase du vingt-sixième alinéa du I
30 %Article 199 undecies C

Ces fractions s'appliquent aux investissements dont le fait générateur intervient à compter du 1er janvier 2015. Elles remplacent les fractions antérieures de 37,5 %, 47,37 % et 35 % (§ 90). Elles ne s'appliquent pas lorsque le contribuable exploite directement l'investissement dans le cadre d'une activité professionnelle au sens du 1° bis du I de l'article 156 du CGI. La réduction est alors retenue en totalité. Le détail de ces régimes relève du chapitre 59.

L'excédent est définitivement perdu

L'excédent ajouté à l'impôt n'est ni reporté ni remboursé. Les réductions, crédits ou déductions écrêtés sont définitivement perdus (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 100). Cette règle distingue le plafonnement global du report propre à certains dispositifs, qui ne joue qu'en cas d'impôt insuffisant.

Une exception concerne la réduction pour souscription au capital de PME. Pour cette réduction, la fraction qui excède le plafond peut être reportée jusqu'à la cinquième année suivante incluse (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 75). Aucune règle comparable n'existe pour les réductions immobilières.

Les avantages étalés, reportés et le rattachement à une année

Le principe de l'année d'acquisition

Les fractions de réduction étalées sur plusieurs années et les reports de réduction non imputée restent soumis au plafond applicable à l'année au cours de laquelle l'avantage a été acquis, selon la brochure pratique. Une fraction annuelle de Pinel imputée en 2026 au titre d'un investissement de 2019 est donc comparée au plafond en vigueur pour les avantages de 2019, soit 10 000 €. Depuis 2013, le montant étant le même chaque année, la règle n'a d'effet pratique que pour les avantages acquis entre 2009 et 2012.

Les règles de rattachement propres à certains dispositifs

La brochure pratique précise plusieurs règles de rattachement qui touchent l'immobilier.

  • Pour le Scellier, l'investissement relève du plafond de l'année de la promesse d'achat ou de la demande de permis de construire lorsqu'elle est antérieure. Un Scellier réalisé en 2013 mais engagé en 2012 relève ainsi du plafond de 2012.
  • Pour la réduction Censi-Bouvard, le même raisonnement s'applique selon la date de la promesse d'achat, lorsqu'elle a été signée avant le 1er janvier de l'année de réalisation.
  • Pour l'outre-mer, l'avantage se rattache à l'année de la demande d'agrément, de la déclaration d'ouverture de chantier ou du versement d'un acompte d'au moins 50 %, si elle est antérieure.

L'ordre d'imputation entre les années

Lorsqu'un foyer cumule des avantages rattachés à plusieurs années, l'administration procède dans l'ordre suivant (BOI-IR-LIQ-20-20-10-30 § 120).

  1. Les avantages du régime de 2013 et suivants, comparés à 10 000 € puis à 18 000 €.
  2. Les avantages de 2012, comparés à 18 000 € plus 4 % du revenu imposable.
  3. Les avantages de 2011, comparés à 18 000 € plus 6 % du revenu imposable.
  4. Les avantages de 2010, comparés à 20 000 € plus 8 % du revenu imposable.
  5. Les avantages de 2009, comparés à 25 000 € plus 10 % du revenu imposable.

Si le plafond d'une année n'est pas atteint, les avantages de cette année s'ajoutent à ceux de l'année précédente avant comparaison avec le plafond de celle-ci. S'il est atteint, seul le montant retenu après plafonnement s'y ajoute. À chaque étape, l'excédent constaté est ajouté à l'impôt.

Les reports de réduction et le plafonnement

Report pour impôt insuffisant et plafonnement global

Certains dispositifs permettent de reporter la fraction de réduction qui excède l'impôt de l'année. Pour le Scellier, ce solde se reporte jusqu'à la sixième année incluse, les fractions les plus anciennes s'imputant en priorité. Le report suppose le maintien en location du logement (BOI-IR-RICI-230-30-30 § 1 à 30). Pour le Malraux, le solde peut s'imputer sur l'impôt des trois années suivantes, selon la doctrine reprise dans le guide du bailleur privé.

D'autres dispositifs ne prévoient aucun report, de sorte que la fraction annuelle non imputée faute d'impôt est perdue. Les conditions de report se lisent dans l'article propre à chaque réduction et sont précisées aux chapitres 52 à 59. Le report ne fait pas échapper au plafonnement global. La fraction reportée reste soumise au plafond de l'année d'acquisition de l'avantage.

Les engagements de 2009 à 2012 encore actifs en 2026

Une réduction Scellier acquise en 2012 et étalée sur neuf ans a vu sa dernière fraction s'imputer vers 2020. Le solde non imputé de cette dernière fraction peut se reporter jusqu'à la sixième année suivante, ce qui peut conduire jusqu'à l'imposition des revenus de 2026 selon le calendrier de l'opération. Ce solde est comparé au plafond de 2012, soit 18 000 € plus 4 % du revenu imposable, non au plafond de 10 000 €. Les anciens dispositifs sont détaillés au chapitre 58.

Les situations particulières

Le couple marié ou pacsé

Le plafond s'apprécie par foyer fiscal (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 10). Un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune dispose donc d'un seul plafond de 10 000 € et non de deux. Deux personnes seules qui se marient perdent en pratique la moitié de leur capacité cumulée, si chacune utilisait auparavant son propre plafond.

L'année du mariage ou de la conclusion du pacte civil de solidarité (PACS), le couple dépose en principe une déclaration commune pour l'année entière et dispose d'un seul plafond. L'option pour l'imposition séparée l'année de l'union, l'année de la séparation et l'année du décès conduisent à plusieurs impositions distinctes. La règle de foyer conduit alors à appliquer le plafond à chaque imposition établie, avec les avantages qui s'y rattachent. La répartition des réductions entre ces impositions suit les règles exposées au chapitre 133. En cas de doute sur l'affectation d'une fraction de réduction, interrogez votre service des impôts des particuliers.

Les concubins

Deux concubins forment deux foyers fiscaux distincts. Chacun dispose de son propre plafond de 10 000 €. Lorsqu'ils investissent ensemble, chacun déclare la réduction afférente à sa quote-part et la compare à son propre plafond, ce qui peut conduire à une capacité totale supérieure à celle d'un couple marié. Cet écart ne justifie pas à lui seul une organisation patrimoniale (chapitre 3).

Les enfants rattachés et les enfants mineurs propriétaires

Un enfant rattaché au foyer fiscal de ses parents n'a pas de plafond propre. Les avantages dont il bénéficierait sont déclarés par le foyer et consomment son plafond. Un enfant majeur qui se détache du foyer et déclare seul dispose en revanche de son propre plafond pour les avantages de son foyer.

L'indivision et le démembrement

En indivision, chaque indivisaire bénéficie de la réduction à proportion de ses droits, lorsque le dispositif admet l'indivision. Il la rattache à son propre foyer (chapitre 8). Le plafond s'apprécie donc indivisaire par indivisaire. En démembrement, la plupart des réductions immobilières sont exclues ou réservées au plein propriétaire selon le texte du dispositif. La question du plafonnement ne se pose qu'une fois l'éligibilité vérifiée (chapitre 7).

Les associés de sociétés de personnes

Les associés des sociétés de personnes relevant des articles 8, 8 bis et 8 ter du CGI sont soumis au plafonnement à hauteur de leurs droits dans la société (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 20). La réduction obtenue par l'intermédiaire d'une société civile immobilière (SCI) à l'impôt sur le revenu (IR) ou d'une société civile de placement immobilier (SCPI) fiscale vient donc s'ajouter aux avantages personnels de l'associé. Une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) n'ouvre pas droit à ces réductions (chapitres 99 et 100).

Les non-résidents

Le plafonnement peut s'appliquer quel que soit le domicile fiscal, mais les réductions et crédits d'impôt sont en général réservés aux contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B du CGI (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 30). Les non-résidents dits Schumacker, qui tirent de France l'essentiel de leurs revenus, peuvent toutefois en bénéficier sous conditions et entrent alors dans le plafonnement. La situation du non-résident est développée au chapitre 115.

L'outre-mer

Un contribuable domicilié dans un département d'outre-mer applique les mêmes plafonds. Les réductions afférentes aux logements situés outre-mer relèvent du plafond majoré de 18 000 € lorsque le dispositif y est éligible. Les investissements productifs supportent en outre le plafonnement spécifique de l'article 199 undecies D (chapitre 59).

Articuler plusieurs réductions d'impôt

Les questions à se poser avant d'investir

Le plafonnement global se raisonne sur plusieurs années, car les réductions immobilières s'étalent sur six, neuf ou douze ans. La procédure suivante permet de vérifier la place disponible avant tout nouvel engagement.

  1. Listez tous les avantages du foyer, immobiliers ou non, avec leur article, leur année de rattachement et leur montant annuel prévisible.
  2. Séparez les avantages soumis au plafond de 10 000 €, ceux qui relèvent du plafond de 18 000 € avec leur fraction retenue, puis ceux qui sont hors plafond.
  3. Estimez l'impôt progressif après décote de chaque année à venir, pour vérifier que les réductions s'imputeront effectivement.
  4. Comparez le total des avantages de chaque année au plafond, en appliquant la cascade de 10 000 € puis de 18 000 €.
  5. Identifiez les années où le plafond serait dépassé et chiffrez la perte.
  6. Envisagez le décalage dans le temps d'un engagement, le choix d'un régime de déduction hors plafond ou la renonciation à l'opération, en mesurant pour chaque option ses coûts et ses risques.

Réduction plafonnée ou déduction hors plafond

Le choix entre un dispositif de réduction et un régime de déduction ne se résume pas au plafonnement. Une réduction procure une économie fixe, indépendante du taux marginal d'imposition (TMI), mais plafonnée et perdue en cas d'impôt insuffisant sans report. Une déduction procure une économie proportionnelle au TMI et aux prélèvements sociaux, hors plafond, mais elle peut avoir un coût différé, comme la minoration du prix d'acquisition retenu pour la plus-value dans le dispositif Jeanbrun (chapitre 51).

CritèreRéduction d'impôtDéduction ou amortissement
EffetDiminue l'impôt dûDiminue le revenu imposable
Dépendance au TMIAucuneForte
Prélèvements sociauxAucun effetÉconomie sur les revenus fonciers ou BIC concernés
Plafonnement globalOui, sauf exceptionsNon
Impôt insuffisantPerte ou report selon le texteDéficit reportable selon les règles de la catégorie
Coût différéReprise en cas de ruptureReprise en cas de rupture et, selon le régime, plus-value accrue

Les dispositifs actuels et leur nature sont présentés dans le panorama du chapitre 50.

Exemples chiffrés

Les exemples qui suivent sont illustratifs. Les montants sont des hypothèses et ne valent pas calcul pour votre situation. Les calculs ont été vérifiés.

Premier exemple, un foyer sous le plafond malgré un Malraux

Un couple marié déclare pour 2026 un impôt progressif de 42 000 € après décote. Il bénéficie d'une fraction annuelle de réduction Pinel de 2 400 €, d'une réduction Loc'Avantages de 1 080 € sur un autre logement, calculée au taux de 15 % sur 7 200 € de loyers bruts, ainsi que d'un crédit d'impôt de 6 000 € pour l'emploi d'un salarié à domicile, correspondant à 12 000 € de dépenses. Il a payé en 2026 des travaux d'une opération Malraux engagée après 2013 ouvrant droit à une réduction de 22 000 €.

AvantageMontantSoumis au plafond
Pinel2 400 €Oui
Loc'Avantages1 080 €Oui
Emploi à domicile6 000 €Oui
Total plafonnable9 480 €Sous 10 000 €
Malraux engagé après 201322 000 €Non

Le total plafonnable de 9 480 € reste inférieur à 10 000 €. Aucun excédent n'est ajouté à l'impôt. La réduction Malraux, exclue du plafonnement pour les opérations engagées depuis 2013, s'impute en totalité sur l'impôt, qui la couvre. Si le couple souscrivait l'année suivante une nouvelle réduction de 1 000 €, le total passerait à 10 480 € et 480 € seraient perdus.

Deuxième exemple, un foyer qui dépasse les deux plafonds

Un foyer fortement imposé cumule en 2026 une fraction Pinel de 4 000 €, une fraction Denormandie de 3 500 €, une fraction Censi-Bouvard de 3 300 € et un crédit d'impôt pour l'emploi à domicile de 2 500 €, soit 13 300 € d'avantages ordinaires. Il bénéficie aussi d'une réduction Sofica de 5 400 € et d'une réduction outre-mer de 20 000 € dont la fraction retenue au plafonnement est de 44 %, soit 8 800 €. Son impôt permet d'imputer toutes ces réductions.

ÉtapeCalculExcédent ajouté
Plafond de 10 000 €13 300 € comparés à 10 000 €3 300 €
Montant retenu10 000 €
Plafond de 18 000 €10 000 € plus 5 400 € plus 8 800 €, soit 24 200 €6 200 €
Total ajouté à l'impôt9 500 €

Sur 41 200 € de réductions et crédits nominaux, 9 500 € sont repris par le plafonnement. Ces 9 500 € sont définitivement perdus. Ses avantages ordinaires saturaient déjà le premier plafond avant toute souscription outre-mer ou Sofica.

Troisième exemple, l'impôt insuffisant

Un foyer retraité dont l'impôt progressif après décote est de 6 000 € bénéficie de fractions Pinel, Denormandie et Censi-Bouvard pour un total de 9 200 €. Le plafond de 10 000 € n'est pas atteint, mais seuls 6 000 € de réductions s'imputent. Les 3 200 € restants sont perdus pour les réductions qui ne prévoient pas de report et reportés pour celles qui le prévoient, selon le texte de chaque dispositif. L'avantage pris en compte pour le plafonnement est de 6 000 €, puisque la différence entre l'impôt avec et sans avantages ne peut pas dépasser l'impôt dû.

Les points de vigilance de l'administration

Le contrôle du calcul

Le calcul du plafonnement est automatique, mais il dépend de l'exactitude des montants déclarés. Une réduction déclarée dans une case erronée, par exemple un avantage outre-mer déclaré comme une réduction ordinaire ou une réduction Malraux récente déclarée dans une case relevant du plafond, fausse le résultat. La correction d'une déclaration déposée et la réclamation sont présentées au chapitre 134. Le délai de reprise de l'administration est présenté au chapitre 122.

L'abus de droit

L'administration peut écarter un montage destiné à contourner le plafonnement, par exemple une interposition artificielle destinée à multiplier les foyers ou à reclasser un avantage. L'article L64 du livre des procédures fiscales (LPF) vise les actes à but exclusivement fiscal. L'abus de droit est alors sanctionné par une majoration de 80 %, ramenée à 40 % lorsque le contribuable n'a ni pris l'initiative de l'acte ni été son principal bénéficiaire. L'article L64 A vise les actes à motif principalement fiscal passés depuis le 1er janvier 2020.

Avant une opération dont la qualification est incertaine, le rescrit prévu à l'article L64 B du LPF permet d'interroger l'administration. Le rescrit général de l'article L80 B permet aussi de faire confirmer l'éligibilité d'un investissement à un dispositif. Ces procédures sont présentées aux chapitres 10 et 127. Les intérêts de retard et les majorations de droit commun figurent au chapitre 126.

Les engagements rompus

Lorsqu'une réduction est reprise à la suite de la rupture d'un engagement, la reprise s'ajoute à l'impôt de l'année de la rupture. Elle ne restitue pas le plafond consommé les années précédentes. Les causes et le calcul de la reprise sont détaillés au chapitre 63.

Les évolutions en discussion

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre 2026 et il est en discussion au 25 octobre 2026. Aucune de ses mesures n'est adoptée. Les sources consultées ne font pas état, dans le texte déposé, d'une modification des montants de 10 000 € et de 18 000 € ni de la liste des avantages concernés. Des amendements portant sur des avantages compris dans le plafond, notamment le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile et la réduction pour souscription au capital de PME, ont été discutés en séance. Ils restent soumis au vote de la première partie du projet et à la suite de la navette. Le suivi du projet figure au chapitre 136 et dans le Guide du bailleur professionnel, La loi de finances et le projet de loi de finances pour 2027.

Toute modification du plafonnement s'appliquerait selon les dates prévues par la loi définitive. La règle constante est que les avantages déjà acquis restent soumis au plafond de leur année d'acquisition, ce qui protège en principe les engagements en cours contre une baisse ultérieure du plafond.

Petit et grand patrimoine

Pour un grand patrimoine, le plafonnement devient une contrainte d'allocation. Les réductions plafonnées ne peuvent dépasser 10 000 € par an, quelles que soient la taille du patrimoine et la tranche d'imposition. Les régimes hors plafond, comme le déficit foncier, l'amortissement en location meublée, le dispositif Jeanbrun, le Malraux récent ou les monuments historiques, présentent chacun leurs propres limites, coûts et risques, détaillés aux chapitres 30, 38, 51, 55 et 56. Le Guide du bailleur privé, Optimiser sa fiscalité immobilière présente les arbitrages de gestion qui en découlent.

Les erreurs fréquentes

  • Croire que le plafond est de 10 000 € par personne, alors qu'il s'applique par foyer. Un couple qui raisonne sur 20 000 € peut perdre jusqu'à 10 000 € d'avantages par an.
  • Oublier le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile dans le total. Avec 6 000 € de crédit, il ne reste que 4 000 € pour les réductions immobilières.
  • Additionner les plafonds de 10 000 € et de 18 000 € pour obtenir 28 000 €. Le plafond majoré englobe le premier, de sorte que le maximum est de 18 000 €.
  • Compter une réduction outre-mer pour son montant nominal. Une réduction de 20 000 € retenue à 44 % ne compte que pour 8 800 €.
  • Inclure le Malraux engagé depuis 2013 ou le déficit foncier dans le calcul et renoncer à tort à un autre avantage.
  • Penser que l'excédent se reporte. Il est perdu, sauf pour la réduction PME qui bénéficie d'un report propre.
  • Confondre le report pour impôt insuffisant, prévu par certains dispositifs, avec un report d'excédent de plafonnement, qui n'existe pas pour l'immobilier.
  • Négliger les fractions Scellier ou les reports antérieurs à 2013, comparés à des plafonds anciens différents.
  • Supposer qu'une mesure du projet de loi de finances pour 2027 est applicable avant son adoption définitive.

Liste de contrôle

  1. Tous les avantages du foyer sont recensés, immobiliers ou non, avec leur article du CGI.
  2. Chaque avantage est classé soumis au plafond de 10 000 €, soumis au plafond de 18 000 € ou hors plafond.
  3. Pour les réductions outre-mer, la fraction retenue de 34 %, 44 % ou 30 % est identifiée, ainsi que le plafonnement propre de l'article 199 undecies D.
  4. L'année de rattachement de chaque avantage est connue, en particulier pour les engagements de 2009 à 2012.
  5. L'impôt progressif après décote de l'année permet d'imputer les réductions prévues.
  6. La cascade de 10 000 € puis de 18 000 € est simulée pour l'année en cours et les années suivantes.
  7. La situation de famille de l'année est prise en compte, en particulier en cas de mariage, de PACS, de séparation ou de décès.
  8. Les quotes-parts de réductions obtenues par une SCI à l'IR, une SCPI ou une indivision sont ajoutées aux avantages personnels.
  9. Le calcul figurant sur l'avis d'impôt est vérifié et, en cas d'erreur, une correction ou une réclamation est déposée.
  10. Avant tout nouvel engagement, la place disponible sous le plafond est chiffrée pour toute la durée de la réduction.
  11. L'état du projet de loi de finances pour 2027 est vérifié à la date de chaque décision.