Une société immobilière dure souvent plus longtemps que l'entente entre ceux qui l'ont créée. Un couple se sépare, des frères et sœurs héritent ensemble des parts de leurs parents, un associé veut vendre quand l'autre veut garder, un gérant refuse de rendre des comptes. Le droit des sociétés offre une série d'outils pour sortir de ces situations, du plus doux au plus radical, mais aucun n'est rapide ni gratuit.
Ce chapitre distingue d'abord le simple désaccord du blocage, puis présente les clauses qui préviennent les conflits, les outils à la disposition des associés sans juge, les solutions de sortie négociées et les interventions du juge, jusqu'à la dissolution pour mésentente. Il traite ensuite les situations particulières, les conséquences fiscales des différentes sorties, les erreurs fréquentes et une liste de contrôle. La révocation du gérant est détaillée au chapitre 31, le retrait et l'exclusion au chapitre 32, les contentieux de la société au chapitre 34 et la dissolution judiciaire au chapitre 124.
Désaccord, mésentente et blocage
Trois niveaux de conflit
Le désaccord est normal dans une société. Les associés votent et la majorité l'emporte. Il ne devient un problème juridique que lorsqu'il empêche la société de fonctionner ou qu'un associé abuse de son vote. Il faut donc distinguer trois situations.
| Niveau | Description | Réponse adaptée |
|---|---|---|
| Désaccord | Les associés s'opposent mais les décisions sont prises à la majorité | Vote, information, négociation |
| Mésentente | Les relations sont dégradées, la confiance a disparu | Médiation, sortie négociée d'un associé |
| Blocage | Les décisions nécessaires ne peuvent plus être adoptées | Mandataire, administrateur provisoire, retrait ou dissolution judiciaire |
Le critère du juge, la paralysie
Pour prononcer la dissolution, le juge exige une mésentente qui paralyse le fonctionnement de la société. La fiche officielle parle d'un véritable blocage, c'est-à-dire d'une impossibilité d'adopter les décisions collectives (entreprendre.service-public.gouv.fr). Une mauvaise ambiance, des reproches réciproques ou un désaccord sur la stratégie ne suffisent pas tant que la société continue de percevoir ses loyers, de payer ses charges et d'approuver ses comptes.
Les causes typiques de mésentente
| Situation | Origine du conflit | Risque principal |
|---|---|---|
| Couple séparé | Divorce, rupture de pacte civil de solidarité (PACS) ou de concubinage | Blocage à 50 % et 50 % |
| Fratrie héritière | Parts reçues en succession, projets divergents | Indivision des parts, inertie |
| Associé minoritaire | Mise en réserve, avantages de la majorité | Abus de majorité |
| Gérant contesté | Absence de comptes, conflit d'intérêts | Révocation, responsabilité |
| Parts démembrées | Usufruitier et nu-propriétaire aux intérêts opposés | Conflit sur l'affectation |
| Associé en difficulté | Besoin de liquidités, saisie des parts | Arrivée d'un tiers |
| Associé éloigné | Non-résident ou injoignable | Quorum non atteint |
Les répartitions égalitaires sont les plus exposées. Deux associés à 50 % chacun ne peuvent prendre aucune décision à la majorité si l'un s'oppose à l'autre. C'est la configuration la plus fréquente dans les sociétés civiles immobilières (SCI) de couple. Le partenariat de PACS, le concubinage et le mariage sont traités aux chapitres 18 et 19 et le divorce au chapitre 127.
Prévenir la mésentente dans les statuts
Les clauses utiles
Le meilleur moment pour régler un conflit est la rédaction des statuts, quand tout le monde s'entend. Les clauses suivantes, adaptées à chaque situation par un professionnel, réduisent fortement le risque de blocage.
- Des majorités réalistes, qui évitent l'unanimité pour les décisions courantes comme l'approbation des comptes.
- Une organisation de la gérance qui prévoit le remplacement du gérant défaillant ou décédé.
- Une clause de conciliation ou de médiation préalable à toute action en justice entre associés.
- Une clause de retrait conventionnel qui fixe les conditions de sortie d'un associé et le délai de remboursement de ses parts.
- Une méthode d'évaluation des parts, que l'expert devra appliquer en cas de désaccord sur le prix.
- Une clause d'agrément et de préemption pour garder le contrôle de l'entrée de nouveaux associés.
- Une clause d'exclusion pour des motifs précis, comme la condamnation pénale ou l'inexécution grave des obligations, dans les limites présentées au chapitre 32.
- Un régime des comptes courants avec préavis et remboursement échelonné (chapitre 28).
Lorsque la loi renvoie à une expertise pour fixer la valeur des droits sociaux, comme en cas de retrait, l'expert est désigné par les parties ou, à défaut d'accord, par le président du tribunal. Il doit appliquer les règles et méthodes de valorisation prévues par les statuts ou par toute convention liant les parties, s'il en existe (article 1843-4 du Code civil). Une méthode écrite à l'avance réduit donc la marge de discussion.
La clause de médiation préalable
Une clause statutaire qui impose une tentative de conciliation ou de médiation avant toute action en justice entre associés est en principe valable. Depuis un arrêt de la chambre mixte de la Cour de cassation du 14 février 2003, l'action engagée sans avoir mis en œuvre une telle clause est irrecevable. Rédigez la clause avec précision, à savoir désignation du médiateur ou de l'organisme, délai, partage des frais et sort des mesures urgentes, pour qu'elle ne devienne pas elle-même un outil de blocage.
Les outils des associés sans juge
Le droit d'information
Tout associé a le droit d'obtenir, au moins une fois par an, communication des livres et des documents sociaux. Il peut poser par écrit des questions sur la gestion sociale, auxquelles il doit être répondu par écrit dans le délai d'un mois (article 1855 du Code civil, Légifrance). Le gérant doit en outre rendre compte de sa gestion au moins une fois par an par un rapport écrit d'ensemble (article 1856 du même code). Ce droit est la première étape de tout conflit, car il permet de fonder ses demandes sur des pièces. Il est détaillé au chapitre 27.
Provoquer une délibération des associés
L'associé non gérant d'une société civile peut demander à tout moment au gérant de provoquer une délibération des associés sur une question déterminée. Si le gérant s'y oppose ou garde le silence pendant un mois, l'associé peut demander au président du tribunal judiciaire de désigner un mandataire chargé de provoquer cette délibération (article 39 du décret n° 78-704 du 3 juillet 1978).
La Cour de cassation a précisé que cette désignation relève du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond, à l'exclusion du juge des référés (Cass. 3e civ., 28 mai 2025, n° 23-20.769). Elle a aussi jugé que le juge doit apprécier la conformité de la demande à l'intérêt social, ce qui exclut par exemple de faire trancher par l'assemblée une question qui ne relève pas de sa compétence (Cass. com., 20 décembre 2023, n° 21-18.746).
La procédure pas à pas est la suivante.
- Rédigez la question précise à soumettre aux associés, par exemple la révocation du gérant ou la vente d'un bien.
- Adressez la demande au gérant par lettre recommandée avec avis de réception.
- Attendez un mois. Conservez la preuve du refus ou du silence.
- Faites assigner la société devant le président du tribunal judiciaire du siège, selon la procédure accélérée au fond, avec un avocat.
- Le mandataire désigné convoque les associés et organise le vote sur la question posée.
L'absence de gérant
Si la société se trouve dépourvue de gérant, tout associé peut demander au président du tribunal, statuant sur requête, la désignation d'un mandataire chargé de réunir les associés en vue de nommer un ou plusieurs gérants. Si la société reste sans gérant depuis plus d'un an, tout intéressé peut demander au tribunal la dissolution anticipée (articles 1846 et 1846-1 du Code civil, Légifrance). Le décès du gérant unique d'une SCI familiale est un cas fréquent.
La négociation et les modes amiables
Les modes amiables sont adaptés aux conflits entre associés, parce qu'ils permettent de traiter ensemble la gérance, les comptes courants, le prix des parts et le sort des biens. Les principaux sont les suivants.
- La médiation conventionnelle, conduite par un médiateur choisi par les associés et rémunéré par eux.
- La conciliation, notamment par un conciliateur de justice, gratuite.
- La convention de procédure participative, conclue avec l'assistance d'avocats, par laquelle les parties s'engagent à rechercher ensemble une solution (article 2062 du Code civil).
- La transaction, contrat écrit par lequel les parties terminent une contestation par des concessions réciproques (article 2044 du Code civil).
Les déclarations faites en médiation ne peuvent en principe pas être produites devant le juge sans l'accord des parties. Le recours à la médiation ou à la conciliation suspend la prescription. Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025, entré en vigueur le 1er septembre 2025, a regroupé les règles des modes amiables au livre V du Code de procédure civile. Ces outils sont présentés en détail dans le Guide du bailleur professionnel, La médiation et les modes amiables.
Les solutions de sortie négociées
La cession des parts à un autre associé
La sortie la plus simple consiste pour l'associé qui veut partir à céder ses parts à celui qui reste. La cession à un coassocié est en principe soumise à agrément, sauf clause contraire des statuts. Pour une SCI à prépondérance immobilière, les droits d'enregistrement sont de 5 % du prix, en principe à la charge de l'acquéreur. Depuis le 27 juin 2026, l'acte doit être un acte authentique, un acte contresigné par avocat ou, dans certains cas, un acte rédigé par un expert-comptable, à peine de nullité (entreprendre.service-public.gouv.fr).
Le prix des parts tient compte de la valeur des immeubles, des dettes de la société et des comptes courants. Le compte courant du cédant est cédé ou remboursé séparément (chapitre 28). La cession de parts est détaillée au chapitre 117 et l'évaluation des parts au chapitre 107.
La cession à un tiers
Si aucun associé ne veut racheter, le cédant peut chercher un tiers. La cession est alors soumise à l'agrément des associés représentant au moins la moitié des parts, ou à une majorité plus forte prévue par les statuts. Le projet de cession est notifié à la société et à chaque associé (article 1862 du Code civil). En cas de refus, les associés, un tiers agréé ou la société doivent racheter les parts, à un prix fixé à l'amiable ou à dire d'expert. Si aucune offre d'achat n'est faite au cédant dans un délai de six mois à compter de la dernière des notifications, l'agrément est réputé acquis, sauf dissolution anticipée décidée dans le même délai (article 1863 du Code civil). Les statuts ne peuvent modifier ce délai qu'en le fixant entre un mois et un an (article 1864). La fiche officielle consacrée à la cession de parts de SCI, vérifiée le 9 juillet 2026, présente des délais de trois mois prorogeables une fois jusqu'à six mois, qui reprennent le régime de la SARL (entreprendre.service-public.gouv.fr). En cas de doute, retenez le délai le plus long du Code civil et faites vérifier la clause des statuts par un notaire ou un avocat.
Ce mécanisme protège l'associé sortant d'un blocage total. Il ne s'applique cependant pas, sauf clause contraire, si le cédant détient ses parts depuis moins de deux ans, selon la même fiche. Trouver un tiers acheteur de parts minoritaires d'une SCI familiale reste difficile et le prix obtenu subit souvent une décote.
Le retrait conventionnel
Un associé peut se retirer totalement ou partiellement de la société dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, avec l'autorisation unanime des autres associés. Il a alors droit au remboursement de la valeur de ses droits sociaux, fixée à défaut d'accord par expert (article 1869 du Code civil). Le retrait est financé par la société, qui doit disposer de la trésorerie ou emprunter. Le retrait est détaillé au chapitre 32.
Le partage des biens
Dans une SCI qui détient plusieurs biens, les associés peuvent s'entendre pour que chacun reparte avec un ou plusieurs immeubles. Cette solution passe par une réduction de capital avec attribution de biens, par une scission ou par une dissolution suivie d'un partage. Elle a des conséquences fiscales lourdes, notamment l'imposition de la plus-value et les droits de partage, qui doivent être chiffrées avant toute décision (chapitres 120 et 123).
La dissolution amiable
Les associés peuvent décider ensemble de dissoudre la société, en général à la majorité prévue pour modifier les statuts. Un liquidateur est nommé, il vend les biens ou les attribue aux associés, paie les dettes et répartit le solde. La dissolution amiable est présentée au chapitre 122 et la liquidation au chapitre 123.
Les interventions du juge
La révocation judiciaire du gérant
Sauf clause contraire, le gérant de société civile est révocable par les associés détenant plus de la moitié des parts. Il est également révocable par les tribunaux pour cause légitime, à la demande de tout associé (article 1851 du Code civil). Cette action permet à un associé minoritaire, ou à un associé à 50 % face à un gérant à 50 %, d'écarter un gérant défaillant sans dissoudre la société. Les causes admises et la procédure sont présentées au chapitre 31.
L'administrateur provisoire
La jurisprudence admet, à titre exceptionnel, la désignation d'un administrateur provisoire qui remplace temporairement les organes de gestion. Elle suppose des circonstances qui rendent impossible le fonctionnement normal de la société et la menacent d'un péril imminent. La mesure est demandée au président du tribunal, le plus souvent en référé. Elle est temporaire et coûteuse, car l'administrateur est rémunéré par la société. Elle sert à passer un cap, comme l'approbation des comptes ou la vente d'un bien déjà promise, pas à régler le fond du conflit.
Les mesures d'urgence et de preuve
Le président du tribunal judiciaire peut ordonner en référé, en cas d'urgence, les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend, ainsi que les mesures nécessaires pour faire cesser un trouble manifestement illicite (articles 834 et 835 du Code de procédure civile). Avant tout procès, un associé peut aussi demander une mesure d'instruction, comme une expertise de gestion ou la production de pièces, s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve des faits (article 145 du même code).
L'abus de majorité, de minorité ou d'égalité
Lorsque la mésentente prend la forme d'un vote abusif, le juge peut annuler la décision prise par une majorité abusive ou, face à un minoritaire ou un associé égalitaire qui bloque une décision essentielle dans son seul intérêt, désigner un mandataire chargé de voter en son nom. Ces mécanismes sont présentés au chapitre 29.
Le retrait judiciaire pour justes motifs
À défaut de clause ou d'accord unanime, l'associé d'une société civile peut demander au tribunal l'autorisation de se retirer pour justes motifs (article 1869 du Code civil). Une mésentente grave, qui rend impossible la poursuite d'une collaboration, est souvent invoquée. L'associé retrayant a droit au remboursement de la valeur de ses parts, fixée à défaut d'accord par expert selon l'article 1843-4 du Code civil. Cette voie a l'avantage de laisser vivre la société et l'inconvénient d'obliger celle-ci à trouver les fonds. Elle n'existe pas dans les sociétés à responsabilité limitée (SARL) ni dans les sociétés par actions simplifiées (SAS), qui ne connaissent pas de droit de retrait légal.
La dissolution judiciaire pour justes motifs
La société prend fin par la dissolution anticipée prononcée par le tribunal à la demande d'un associé pour justes motifs, notamment en cas d'inexécution de ses obligations par un associé ou de mésentente entre associés paralysant le fonctionnement de la société (article 1844-7 du Code civil). Tout associé peut agir, quel que soit le nombre de ses parts (entreprendre.service-public.gouv.fr).
Le juge apprécie au cas par cas. La même fiche cite parmi les exemples de mésentente la rupture des relations entre associés concubins, l'impossibilité de réunir la majorité nécessaire pour remplacer un dirigeant démissionnaire ou un conflit qui bloque des décisions exigeant l'unanimité. L'associé qui est lui-même à l'origine de la mésentente risque de voir sa demande rejetée. Le tribunal compétent est le tribunal judiciaire du siège pour une société civile et le tribunal de commerce pour une société commerciale.
La dissolution entraîne la liquidation. Un liquidateur, désigné par les associés ou à défaut par le juge, vend les immeubles, paie les dettes, rembourse les comptes courants et les apports puis partage le solde. La vente d'un immeuble dans un délai contraint, souvent occupé, se fait rarement au meilleur prix. La dissolution judiciaire est présentée au chapitre 124.
Le tableau comparatif des remèdes
| Remède | Qui agit | Condition | Juge | Effet sur la société |
|---|---|---|---|---|
| Délibération provoquée | Associé non gérant | Refus ou silence du gérant pendant un mois | Président du tribunal judiciaire, procédure accélérée au fond | Maintenue |
| Mandataire pour nommer un gérant | Tout associé | Absence de gérant | Président du tribunal, sur requête | Maintenue |
| Médiation ou conciliation | Tous les associés d'accord | Volonté commune | Aucun, ou homologation | Maintenue ou sortie négociée |
| Révocation judiciaire du gérant | Tout associé | Cause légitime | Tribunal | Maintenue |
| Administrateur provisoire | Tout associé | Fonctionnement impossible et péril imminent | Président du tribunal | Maintenue, gestion suspendue |
| Annulation pour abus | Associé lésé | Décision contraire à l'intérêt social au profit de la majorité | Tribunal | Maintenue |
| Retrait judiciaire | Associé de société civile | Justes motifs | Tribunal judiciaire | Maintenue, associé remboursé |
| Dissolution judiciaire | Tout associé | Mésentente paralysante ou inexécution | Tribunal judiciaire ou de commerce | Dissoute et liquidée |
Exemple 1, deux concubins associés à 50 % et 50 %
À titre illustratif, Émilie et François, concubins, détiennent chacun 50 % d'une SCI à l'impôt sur le revenu (IR) qui possède un immeuble estimé à 320 000 €. Le capital restant dû de l'emprunt est de 140 000 € et Émilie a un compte courant de 30 000 €. Ils se séparent. Émilie veut sortir, François veut garder l'immeuble.
Dans une sortie négociée, la valeur des parts est égale à 320 000 €, diminués de 140 000 € de dette bancaire et de 30 000 € de compte courant, soit 150 000 €. Les parts d'Émilie valent 75 000 €. François les rachète et la société, ou François, rembourse le compte courant de 30 000 €. Émilie perçoit 105 000 €, hors impôt sur sa plus-value éventuelle. François paie 3 750 € de droits d'enregistrement à 5 %, en plus des frais d'acte et d'un éventuel nouveau financement.
Si le conflit aboutit à une dissolution judiciaire et que le liquidateur vend l'immeuble 288 000 €, soit 10 % sous l'estimation, avec 15 000 € de frais de procédure et de liquidation à titre d'hypothèse, il reste 103 000 € après remboursement de la banque, du compte courant et des frais. Chacun reçoit 51 500 €. Émilie perçoit au total 81 500 € avec son compte courant et François perd l'immeuble.
| Issue | Émilie | François | Valeur perdue |
|---|---|---|---|
| Rachat négocié | 105 000 € perçus | Parts de 75 000 € conservées, 3 750 € de droits | Droits et frais d'acte |
| Dissolution judiciaire | 81 500 € perçus | 51 500 € perçus, immeuble perdu | 47 000 € de valeur nette |
L'écart de 47 000 € correspond à la décote de vente et aux frais. Il ne tient pas compte de l'indemnité éventuelle de remboursement anticipé de l'emprunt, de l'impôt sur la plus-value ni de la durée de la procédure, souvent de plusieurs années.
Exemple 2, le retrait d'un associé minoritaire
À titre illustratif, une SCI familiale détient trois appartements. Sa valeur nette après dettes est estimée à 500 000 €. Un des enfants, associé à 20 %, ne s'entend plus avec ses frères et sœurs et obtient du tribunal l'autorisation de se retirer pour justes motifs. Faute d'accord sur la valeur, un expert est désigné et retient la valeur de 500 000 €.
La société doit rembourser 100 000 € à l'associé retrayant. Elle n'a que 20 000 € de trésorerie. Elle doit soit emprunter, soit vendre un appartement, soit obtenir des autres associés qu'ils rachètent les parts. Le retrait règle le conflit mais déplace la difficulté vers le financement. Une clause statutaire de remboursement échelonné, prévue à l'avance, aurait permis d'étaler la charge.
Exemple 3, le coût fiscal d'un blocage dans une SCI à l'IR
À titre illustratif, une SCI à l'IR détenue à 50 % et 50 % par deux frères dégage 18 000 € de résultat foncier par an. Le compte bancaire est bloqué par le conflit et aucune distribution n'est votée. Chaque frère est imposé sur 9 000 €. Avec une tranche marginale de 30 % et 17,2 % de prélèvements sociaux, chacun paie 4 248 € par an, soit 12 744 € en trois ans de procédure, sans rien percevoir. Le blocage a donc un coût fiscal immédiat qui pèse sur la négociation (chapitre 29).
Les situations particulières
Le couple marié en instance de divorce
Lorsque les époux sont associés, le divorce ne met pas fin à la société. Les parts sont réparties dans la liquidation du régime matrimonial et les époux peuvent rester associés après le divorce, situation rarement durable. La convention de divorce ou le jugement règle souvent l'attribution des parts à l'un des époux. Les comptes courants, la gérance et le logement de la famille dans un bien de la société doivent être traités en même temps (chapitre 127).
Les héritiers en indivision sur les parts
Au décès d'un associé, ses parts peuvent rester en indivision entre ses héritiers. Les copropriétaires d'une part sociale indivise sont représentés par un mandataire unique, choisi parmi eux ou en dehors d'eux. En cas de désaccord, le mandataire est désigné en justice à la demande du plus diligent (article 1844 du Code civil). Le conflit entre héritiers se transporte ainsi dans la société. La transmission au décès est présentée au chapitre 108.
Les enfants mineurs associés
Lorsqu'un parent et son enfant mineur sont associés et que leurs intérêts s'opposent, par exemple dans un vote sur la vente d'un bien ou dans le rachat des parts de l'enfant, le parent ne peut pas représenter librement l'enfant. Le juge des tutelles peut désigner un administrateur ad hoc chargé de représenter le mineur. Cette situation est fréquente après une séparation des parents, lorsque l'un est gérant et l'autre administrateur légal (chapitre 20).
Les parts démembrées
L'usufruitier et le nu-propriétaire ont des intérêts opposés sur la distribution, l'entretien et la vente des biens. Leur conflit peut bloquer la société lorsque les statuts répartissent mal les droits de vote. Une clause précise de répartition des votes et des charges prévient ces blocages (chapitre 89).
L'associé non-résident ou injoignable
Un associé installé à l'étranger, ou dont l'adresse est inconnue, peut empêcher la réunion d'un quorum ou l'adoption d'une décision à l'unanimité. Les statuts peuvent prévoir la consultation écrite et le vote par voie électronique. À défaut, les procédures judiciaires de désignation d'un mandataire restent possibles, mais la signification des actes à l'étranger allonge les délais de plusieurs mois (chapitre 130).
L'associé en difficulté
Un associé surendetté ou en procédure collective peut voir ses parts saisies et vendues. La vente doit être notifiée un mois à l'avance aux associés et à la société, qui peuvent se substituer à l'acquéreur dans les cinq jours francs suivant la vente (article 1867 du Code civil). La mésentente naît souvent de cette arrivée d'un tiers non désiré (chapitre 128).
La société à l'impôt sur les sociétés
Dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS), la sortie d'un associé ou la dissolution déclenche des impôts supplémentaires. La vente de l'immeuble par la société dégage une plus-value calculée sur la valeur nette comptable, après amortissements, puis la distribution du solde aux associés est imposée comme un revenu distribué. Le retrait d'un associé, financé par la société, a aussi des conséquences fiscales propres au régime de la société, présentées au chapitre 32. Ces coûts doivent être chiffrés avant de choisir entre retrait, cession de parts et dissolution (chapitres 76 et 125).
Plusieurs sociétés ou une holding
Lorsque les mêmes associés détiennent plusieurs sociétés, le conflit se propage souvent de l'une à l'autre. Une sortie globale, par cessions croisées de parts ou par scission, peut être plus efficace qu'une série de procédures. Lorsque la société immobilière est détenue par une holding, la mésentente se traite au niveau de la holding, dont les statuts et le pacte d'associés doivent prévoir les mêmes clauses de sortie (chapitres 85 et 92).
Les conséquences fiscales des sorties
Chaque sortie a son coût fiscal propre, qui pèse souvent plus que les frais de procédure.
| Sortie | Principaux impôts | Chapitre |
|---|---|---|
| Cession de parts | Droits d'enregistrement de 5 %, plus-value du cédant | 63 et 117 |
| Retrait | Imposition de l'associé retrayant selon le régime de la société | 32 |
| Partage des biens | Plus-value, droit de partage, droits de mutation éventuels | 120 et 123 |
| Dissolution | Plus-value de la société ou des associés, droit de partage, boni de liquidation en IS | 122 à 124 |
Le régime de la SCI, à l'IR ou à l'IS, change profondément le résultat. Dans une SCI à l'IR, la plus-value est calculée selon le régime des particuliers avec abattements pour durée de détention (chapitre 62). Dans une société à l'IS, elle est calculée sur la valeur nette comptable puis la distribution est imposée une seconde fois. Faites chiffrer chaque scénario par votre notaire ou votre expert-comptable avant d'engager la négociation.
Les points de vigilance de l'administration
Les sorties négociées entre membres d'une même famille attirent l'attention de l'administration. Une cession de parts consentie à un prix nettement inférieur à leur valeur réelle peut être requalifiée en donation indirecte et soumise aux droits de donation, ou entraîner un rehaussement des droits d'enregistrement. Une transaction qui prévoit des indemnités doit identifier clairement leur nature, car leur traitement fiscal en dépend.
Un retrait, une réduction de capital ou une dissolution suivis immédiatement d'une reconstitution des mêmes avoirs sous une autre forme peuvent être examinés sous l'angle de l'abus de droit, si leur seul but est d'éluder l'impôt. La valeur retenue pour les parts doit pouvoir être justifiée par une méthode sérieuse, idéalement par l'expertise prévue à l'article 1843-4 du Code civil. L'abus de droit est présenté au chapitre 132.
État du droit au 25 octobre 2026
Au 25 octobre 2026, trois évolutions récentes intéressent la mésentente entre associés. Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 a regroupé depuis le 1er septembre 2025 les modes amiables au livre V du Code de procédure civile, de sorte que les numéros d'articles cités dans d'anciens statuts peuvent avoir changé. La Cour de cassation a précisé le 28 mai 2025 la procédure de désignation du mandataire chargé de provoquer une délibération. Enfin, depuis le 27 juin 2026, la cession de parts d'une SCI à prépondérance immobilière exige un acte authentique, un acte d'avocat ou, dans certains cas, un acte d'expert-comptable. Vérifiez ces points avec votre avocat avant d'engager une procédure ou de signer une cession.
Les erreurs fréquentes
- Créer une SCI à 50 % et 50 % sans clause de sortie. Dans l'exemple 1, la dissolution judiciaire coûte 47 000 € de valeur nette par rapport à un rachat négocié.
- Laisser le conflit bloquer la trésorerie d'une SCI à l'IR. Dans l'exemple 3, chaque associé paie 12 744 € d'impôt en trois ans sans rien percevoir.
- Saisir le juge des référés pour faire désigner un mandataire chargé de convoquer les associés, alors que la procédure accélérée au fond est la seule voie admise.
- Assigner sans mettre en œuvre la clause statutaire de médiation, au risque d'une irrecevabilité et d'une perte de plusieurs mois.
- Demander la dissolution alors que la société fonctionne encore, ce qui expose à un rejet et à une condamnation aux frais.
- Obtenir un retrait judiciaire sans avoir anticipé le financement du remboursement par la société, comme dans l'exemple 2.
- Signer une cession de parts sous seing privé après le 27 juin 2026, au risque de nullité.
- Négocier une sortie sans chiffrer l'impôt sur la plus-value, les droits et, en société à l'IS, l'imposition de la distribution.
- Céder des parts à un membre de la famille à un prix sous-évalué, au risque d'une requalification en donation.
La liste de contrôle
- Les statuts prévoient des majorités réalistes, une clause de médiation, une clause de retrait et une méthode d'évaluation des parts.
- Le conflit est qualifié avec précision, désaccord, mésentente ou blocage, avant de choisir un outil.
- Les documents sociaux et les réponses écrites du gérant ont été demandés au titre du droit d'information.
- La demande de délibération a été adressée au gérant par lettre recommandée et le délai d'un mois est expiré avant toute saisine du juge.
- Une médiation, une conciliation ou une procédure participative a été proposée et la preuve de cette proposition est conservée.
- Chaque scénario de sortie, cession, retrait, partage ou dissolution, est chiffré en valeur nette pour chaque associé, impôts compris.
- Le financement du rachat ou du remboursement des parts est identifié avant la signature.
- La forme de l'acte de cession respecte les exigences en vigueur depuis le 27 juin 2026.
- Les situations familiales sensibles, à savoir divorce, indivision successorale, enfants mineurs et démembrement, sont traitées avec le notaire.
- Un avocat a vérifié la juridiction compétente, la procédure applicable et les délais avant toute assignation.