Transformer une société, c'est lui faire adopter une autre forme juridique sans la dissoudre. Une société civile immobilière (SCI) peut devenir une société à responsabilité limitée (SARL), une société par actions simplifiée (SAS) ou une société en nom collectif (SNC). Une société commerciale peut à l'inverse devenir une société civile. L'opération paraît légère, puisque la société garde son patrimoine, ses contrats et son numéro d'immatriculation. Elle peut pourtant coûter cher lorsqu'elle change le régime fiscal de la société.
Ce chapitre distingue d'abord la transformation de l'option fiscale et du changement d'activité, avec lesquels elle est souvent confondue. Il présente ensuite les conditions juridiques, la procédure pas à pas, puis les conséquences fiscales de chaque sens de passage, illustrées par des exemples chiffrés. L'option pour l'impôt sur les sociétés (IS) est traitée au chapitre 71, la sortie de l'IS au chapitre 77, la SARL de famille au chapitre 79 et la SAS immobilière au chapitre 80.
Ce qu'est une transformation
Un changement de forme sans personne morale nouvelle
Selon l'article 1844-3 du Code civil, la transformation régulière d'une société en une société d'une autre forme n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle. La société continue. Elle reste propriétaire de ses immeubles, partie à ses baux et débitrice de ses emprunts, sans qu'aucun transfert de propriété ne soit nécessaire. Le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) retient la même analyse pour les droits d'enregistrement (BOI-ENR-AVS-20-30-10, § 10).
Deux conditions encadrent ce principe. La transformation doit être régulière, c'est-à-dire autorisée par la loi ou les statuts et décidée selon les règles applicables. Elle ne doit pas s'accompagner de modifications statutaires importantes, non nécessitées par le changement de forme, dont l'ensemble serait incompatible avec le maintien du pacte social primitif (même document, § 50). Le BOFiP cite comme exemple de création d'une personne morale nouvelle la transformation d'une société civile en société anonyme accompagnée d'un changement d'objet statutaire (même document, § 60).
Trois notions à distinguer
La transformation touche à la forme juridique. L'option pour l'IS touche au régime fiscal sans changer la forme. Le changement d'activité touche à ce que fait réellement la société, par exemple le passage de la location nue à la location meublée. Ces trois événements peuvent survenir ensemble ou séparément, chacun avec ses propres conséquences.
| Événement | Exemple | Effet fiscal principal |
|---|---|---|
| Option pour l'IS | La SCI notifie son option au service des impôts | Passage à l'IS sans changement de forme, option révocable jusqu'au cinquième exercice suivant |
| Transformation | La SCI devient SAS | Passage automatique à l'IS si la nouvelle forme y est soumise de plein droit |
| Changement d'activité | La SCI loue désormais en meublé | Risque d'assujettissement à l'IS au-delà de la tolérance de 10 % de recettes commerciales |
Une SCI qui veut seulement passer à l'IS n'a donc pas besoin de se transformer. L'option suffit et elle reste réversible pendant cinq exercices, ce qu'une transformation en SAS n'offre pas (chapitre 71). La transformation se justifie par un besoin juridique, comme la limitation de la responsabilité des associés, la souplesse de gouvernance de la SAS ou l'accès au régime de la SARL de famille.
Les transformations rencontrées en pratique
| Transformation | Motif habituel | Régime fiscal après l'opération |
|---|---|---|
| SCI à l'impôt sur le revenu (IR) en SARL ou SAS | Limiter la responsabilité, exercer une activité commerciale, gouvernance | IS de plein droit |
| SCI à l'IR en SARL de famille | Louer en meublé en restant transparent | IR sur option, en bénéfices industriels et commerciaux (BIC) |
| SCI à l'IS en SAS | Gouvernance, entrée d'investisseurs, actions plus simples à céder | IS inchangé |
| SARL ou SAS à l'IS en SCI | Revenir à la location nue et à la transparence | IR, avec les conséquences d'une sortie de l'IS |
| SARL de famille en SCI à l'IR | Abandon du meublé au profit de la location nue | IR, sans cessation selon la doctrine |
| SCI en SNC | Activité commerciale en transparence fiscale, montage spécifique | IR, associés commerçants responsables indéfiniment et solidairement |
Les conditions juridiques
La décision des associés
Dans une SCI, la transformation est une modification des statuts. À défaut de clause contraire, elle exige l'accord unanime des associés et les engagements d'un associé ne peuvent jamais être augmentés sans son consentement (article 1836 du Code civil). La transformation en SARL ou en SAS réduit la responsabilité des associés, ce qui permet aux statuts de prévoir une majorité. La transformation en SNC, qui rend chaque associé commerçant et tenu indéfiniment et solidairement, augmente au contraire leurs engagements et suppose l'accord de chacun.
La transformation en SAS est décidée à l'unanimité des associés (article L. 227-3 du Code de commerce). La fiche officielle consacrée au changement de forme rappelle cette unanimité pour une SARL ou une société anonyme qui devient SAS et donne les majorités applicables aux autres sociétés commerciales (entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 5 septembre 2025).
| Transformation | Décision requise |
|---|---|
| SCI en SARL | Majorité prévue par les statuts pour les modifications, unanimité à défaut de clause |
| SCI ou toute société en SAS | Unanimité |
| SCI ou SARL en SNC | Unanimité |
| SARL en société anonyme | Deux tiers des parts, majorité simple si les capitaux propres du dernier bilan dépassent 750 000 € |
| SAS en SARL | Selon les statuts |
| Société anonyme en SARL | Deux tiers |
Le commissaire à la transformation
Lorsqu'une société de quelque forme que ce soit, qui n'a pas de commissaire aux comptes, se transforme en société par actions, un ou plusieurs commissaires à la transformation apprécient la valeur des biens qui composent l'actif social et les avantages particuliers (article L. 224-3 du Code de commerce, rappelé par la réponse ministérielle n° 30656 publiée au Journal officiel du 25 mars 2014). Une SCI qui devient SAS relève donc de cette règle. Le rapport protège les associés et les créanciers contre une surévaluation du capital.
Selon la fiche officielle, le commissaire est choisi sur les listes d'experts des tribunaux, par accord unanime des associés ou, à défaut, par le tribunal de commerce. Son rapport est déposé au greffe au moins huit jours avant l'assemblée. Pour une SARL ou une SAS qui se transforme, son absence rend l'opération irrégulière, sauf dans les cas de transformation en SNC et, pour la SAS, en SARL. Une SCI qui devient SARL ne relève pas de l'article L. 224-3, mais le rédacteur peut recommander une évaluation des immeubles pour fixer le capital de façon sincère.
La responsabilité des associés
La SCI expose ses associés aux dettes sociales en proportion de leurs parts, de façon subsidiaire (chapitre 5). La SARL et la SAS limitent ce risque au montant des apports. Cette limitation vaut pour l'avenir. Les dettes nées avant la transformation restent soumises, selon l'analyse généralement retenue, au régime de responsabilité en vigueur lorsqu'elles sont nées. Un associé qui transforme sa SCI pour échapper à une dette déjà existante ne s'en libère donc pas.
En pratique, la limitation est souvent neutralisée par les cautions personnelles exigées par les banques (chapitre 37). Une transformation motivée par la seule protection des associés doit donc être confrontée aux engagements déjà signés et à ceux que les prêteurs demanderont.
La procédure pas à pas
- Définissez l'objectif. Responsabilité, gouvernance, activité meublée ou fiscalité. Vérifiez qu'une simple option fiscale ou une modification des statuts ne suffit pas.
- Chiffrez les conséquences fiscales. Faites établir par l'expert-comptable l'impôt dû au titre du changement de régime, les droits d'enregistrement exigibles et le coût annuel de la nouvelle forme.
- Consultez la banque et les cocontractants. Certains prêts et baux commerciaux prévoient une information préalable ou un accord en cas de changement de forme.
- Désignez le commissaire à la transformation lorsque la société devient SAS ou société anonyme et qu'elle n'a pas de commissaire aux comptes.
- Rédigez les nouveaux statuts. Forme, dénomination suivie de la nouvelle mention de forme, capital, organes de direction, règles de cession des titres et de décision.
- Réunissez les associés. Faites voter la transformation, l'approbation du rapport du commissaire s'il existe, les nouveaux statuts et la nomination des dirigeants.
- Publiez un avis dans un support d'annonces légales dans le mois.
- Déclarez la modification au guichet unique des formalités d'entreprises dans le mois, avec le procès-verbal, les statuts mis à jour, le rapport éventuel et l'attestation de publication. L'insertion au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC) rend l'opération opposable aux tiers.
- Faites enregistrer le procès-verbal au service des impôts des entreprises (SIE) dans le mois lorsque la société devient SAS, SARL ou SNC.
- Informez le service de la publicité foncière lorsque la société est propriétaire d'immeubles, ainsi que la banque, l'assureur et les locataires.
- Ouvrez la comptabilité de la nouvelle forme. Bilan d'ouverture, plan d'amortissement à l'IS, nouvelles déclarations fiscales.
- Mettez à jour les bénéficiaires effectifs seulement si leurs informations changent, ce que la seule transformation n'entraîne pas.
Les étapes 7 à 12 reprennent la fiche officielle sur le changement de forme (entreprendre.service-public.gouv.fr). Les frais de greffe et le tarif de l'annonce légale sont réglementés. Le chapitre 7 en donne l'ordre de grandeur et le chapitre 97 présente le dépôt des comptes, obligatoire pour la SARL et la SAS.
La vie de la société après la transformation
La société garde son numéro d'immatriculation, mais sa dénomination doit désormais être suivie de la mention de sa nouvelle forme sur tous ses documents. Ses organes changent. Le gérant de SCI devient gérant de SARL ou président de SAS, avec un statut social et fiscal propre lorsqu'il est rémunéré (chapitres 15 et 80). Les décisions annuelles suivent les règles de la nouvelle forme, avec une approbation des comptes dans les six mois de la clôture et leur dépôt au greffe (chapitres 26 et 97).
Les déclarations fiscales changent aussi. Une SCI à l'IR dépose la déclaration n° 2072. Une société à l'IS dépose une liasse de résultat et ses annexes, tandis qu'une SARL de famille dépose une déclaration de résultat en BIC (chapitres 58 et 78). L'exercice au cours duquel intervient la transformation doit être découpé avec l'expert-comptable, afin que le résultat antérieur au changement de régime soit imposé selon les anciennes règles.
Les cessions de titres obéissent enfin aux règles de la nouvelle forme. Les clauses d'agrément de la SCI disparaissent au profit de celles que prévoient la loi et les nouveaux statuts. Vérifiez que la protection familiale voulue à l'origine, contre l'entrée d'un tiers ou d'un ex-conjoint, est reprise dans les statuts de la SARL ou de la SAS (chapitres 22 et 135).
Les conséquences fiscales
Le passage de l'IR à l'IS
L'article 202 ter du CGI, Code général des impôts, applique les conséquences d'une cessation d'entreprise aux sociétés qui cessent d'être soumises au régime des sociétés de personnes pour devenir passibles de l'IS. Le BOFiP cite parmi les cas visés l'option pour l'IS et la transformation en société soumise à l'IS (BOI-BIC-CESS-10-20-30, § 310 et § 330, version du 23 novembre 2022). Une SCI à l'IR qui devient SARL ou SAS entre donc dans ce cas, sauf si la SARL opte immédiatement pour le régime des sociétés de personnes.
La conséquence la plus fréquente est l'imposition immédiate du résultat non encore taxé à la date du changement, chez les associés. Le traitement des plus-values latentes sur les immeubles dépend de la nature de l'activité exercée jusque-là et des écritures comptables. Faites-le analyser par un expert-comptable ou un avocat fiscaliste, car il conditionne la valeur à laquelle l'immeuble entre au bilan et donc la plus-value future (chapitres 71 et 76).
Une seconde conséquence touche les droits d'enregistrement. Lorsqu'une société qui n'était pas soumise à l'IS le devient, les droits de mutation à titre onéreux deviennent exigibles sur les apports purs et simples qu'elle a reçus de personnes non soumises à cet impôt (II de l'article 809 du CGI). Une SCI familiale qui a reçu une maison en apport gratuit paie donc, au moment de sa transformation en SAS, les droits que l'apport n'avait pas supportés. Le chapitre 14 présente ce droit spécial, de 5 % selon la fiche officielle consacrée à la SCI.
Après la transformation, la société tient une comptabilité commerciale, amortit ses immeubles hors terrain et paie l'IS au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions, puis au taux normal de 25 % (entreprendre.service-public.gouv.fr). Les associés ne sont plus imposés que sur les distributions. Les plus-values futures se calculent sur la valeur nette comptable, sans abattement pour durée de détention.
Exemple chiffré, une SCI familiale qui devient SAS
Les exemples de ce chapitre sont illustratifs. Des parents ont apporté en 2024 à leur SCI à l'IR une maison louée, évaluée 250 000 €, sans dette, en apport pur et simple non taxé. En 2026, ils veulent transformer la SCI en SAS pour accueillir un investisseur. Si l'assiette retenue pour le droit spécial est de 250 000 €, le droit de 5 % représente 12 500 €. S'y ajoutent l'imposition du résultat foncier de l'année jusqu'à la date de la transformation, les honoraires du commissaire à la transformation, les formalités puis, chaque année, le coût d'une comptabilité commerciale et d'un dépôt des comptes.
| Poste | SCI à l'IR qui opte pour l'IS | SCI transformée en SAS |
|---|---|---|
| Droit spécial sur l'apport de 2024 | 12 500 € | 12 500 € |
| Commissaire à la transformation | Aucun | Honoraires à prévoir |
| Annonce légale et formalité | Aucune pour l'option | Oui |
| Possibilité de revenir à l'IR | Renonciation possible jusqu'au cinquième exercice | Non, sauf nouvelle transformation avec les conséquences d'une sortie de l'IS |
| Responsabilité des associés | Inchangée | Limitée aux apports pour l'avenir |
L'exemple montre que le coût fiscal de l'entrée à l'IS est le même dans les deux cas. La différence tient à la réversibilité et à la gouvernance. Si l'objectif est seulement fiscal, l'option est plus souple. Si l'investisseur exige une SAS, la transformation s'impose, mais en connaissance de son caractère définitif.
Les transformations sans changement de régime fiscal
Une société à l'IS qui change de forme sans changer de régime, par exemple une SCI ayant opté qui devient SAS ou une SARL qui devient SAS, ne subit pas les conséquences d'une cessation, dès lors qu'aucune personne morale nouvelle n'est créée. Elle conserve ses déficits reportables, sa valeur nette comptable et ses plans d'amortissement. L'acte de transformation relève alors des droits fixes d'enregistrement et non des droits proportionnels.
Le BOFiP règle aussi le cas de la SARL de famille. La transformation d'une SARL de famille soumise à l'IR en SCI à l'IR n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle et n'emporte pas les conséquences d'une cessation. Il en va de même dans le sens inverse. Le passage de la location nue, exercée par une SCI, à la location meublée, exercée par une SARL de famille ayant opté pour le régime des sociétés de personnes, n'emporte pas en lui-même ces conséquences (BOI-BIC-CESS-10-20-30, § 410).
Une société civile qui exerce une activité civile et patrimoniale ne subit les conséquences d'une cessation que dans les cas prévus au II de l'article 202 ter, qui n'incluent pas le changement d'activité réelle (même document, § 410). Le passage inverse, de la location meublée à la location nue, n'entraîne ces conséquences que s'il est assimilé, selon les faits, à un changement d'activité réelle.
La SCI qui devient SARL de famille
La SARL de famille permet de louer en meublé tout en restant soumis à l'IR, à condition d'opter pour le régime des sociétés de personnes prévu par l'article 239 bis AA du CGI. Elle doit réunir des associés parents en ligne directe, frères et sœurs, conjoints ou partenaires de pacte civil de solidarité (PACS) et exercer une activité commerciale, ce qu'est la location meublée. Une SARL qui loue nu exerce une activité civile et ne peut pas opter (Guide du bailleur privé, La SARL de famille et les autres sociétés).
La transformation d'une SCI en SARL de famille doit donc être accompagnée d'une option immédiate, faute de quoi la SARL serait soumise à l'IS avec les conséquences décrites plus haut. Le résultat est ensuite déterminé selon les règles des BIC, avec amortissement des immeubles et du mobilier. La société tient une comptabilité commerciale. Les associés sont imposés sur leur quote-part en BIC. Le chapitre 79 présente ce régime, sa sortie et ses limites.
Exemple chiffré, une SCI qui passe au meublé en SARL de famille
Une SCI à l'IR loue nu un appartement 18 000 € par an et déduit 6 000 € de charges. Son revenu foncier de 12 000 € supporte, chez un associé imposé à 30 %, 3 600 € d'impôt sur le revenu et 2 064 € de prélèvements sociaux à 17,2 %, soit 5 664 €. Les associés la transforment en SARL de famille, optent pour l'IR et louent en meublé 22 000 € par an. Les charges passent à 7 500 €, comptabilité commerciale comprise. L'amortissement de l'immeuble et du mobilier atteint 9 000 € dans cette hypothèse.
| Poste | SCI à l'IR, location nue | SARL de famille, location meublée |
|---|---|---|
| Recettes | 18 000 € | 22 000 € |
| Charges déductibles | 6 000 € | 7 500 € |
| Amortissements | Aucun | 9 000 € |
| Revenu imposable | 12 000 € en revenus fonciers | 5 500 € en BIC |
| Impôt sur le revenu à 30 % | 3 600 € | 1 650 € |
| Prélèvements sociaux | 2 064 € à 17,2 % | 1 023 € à 18,6 % |
| Total | 5 664 € | 2 673 € |
Les revenus de la location meublée non professionnelle supportent en 2026 les prélèvements sociaux au taux général de 18,6 %, alors que les revenus fonciers restent à 17,2 % (service-public.gouv.fr). L'écart annuel de 2 991 € doit être comparé au coût de la transformation, au travail d'exploitation du meublé et à la fiscalité de la revente, puisque les amortissements déduits dans une SARL de famille relèvent des règles des BIC. Il dépend aussi du sort du projet de loi de finances pour 2027 sur l'amortissement en meublé.
Le passage de l'IS à l'IR
Une SARL ou une SAS à l'IS qui se transforme en SCI à l'IR change de régime fiscal dans l'autre sens. La transformation d'une société de capitaux en société de personnes est en principe traitée comme une cessation d'entreprise. Toutefois, en l'absence de personne morale nouvelle et si les conditions de l'article 221 bis du CGI sont remplies, les bénéfices en sursis d'imposition et les plus-values latentes ne sont pas imposés immédiatement (BOI-BIC-CESS-10-20-30, § 150).
Ces conditions tiennent à l'absence de modification des écritures comptables du fait de la transformation et à la possibilité d'imposer ultérieurement ces bénéfices et plus-values sous le nouveau régime. Pour une société qui passe à un régime de revenus fonciers et de plus-values des particuliers, cette seconde condition pose une difficulté sérieuse, car les plus-values latentes ne seraient plus imposées dans les mêmes conditions. Retenez par prudence l'hypothèse d'une imposition immédiate et faites valider toute autre analyse par un rescrit.
Les réserves accumulées à l'IS sont par ailleurs regardées comme distribuées lors de la sortie du régime et imposées chez les associés comme des revenus de capitaux mobiliers. En 2026, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) atteint 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (service-public.gouv.fr). Le chapitre 77 présente les autres voies de sortie de l'IS, comme la renonciation à l'option, encore possible pendant cinq exercices pour une SCI qui a opté.
Exemple chiffré, une SAS qui redevient SCI
Une SAS soumise à l'IS détient un immeuble inscrit pour une valeur nette comptable de 180 000 € et estimé 400 000 €. Elle a accumulé 80 000 € de réserves. Ses associés veulent la transformer en SCI à l'IR pour revenir à la location nue. Dans l'hypothèse d'une imposition immédiate, la plus-value latente de 220 000 € supporte l'IS.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Plus-value latente | 220 000 € |
| IS à 15 % sur 42 500 € | 6 375 € |
| IS à 25 % sur 177 500 € | 44 375 € |
| IS total | 50 750 € |
| Réserves réputées distribuées | 80 000 € |
| PFU de 31,4 % sur les réserves | 25 120 € |
| Coût fiscal total de la sortie | 75 870 € |
Le calcul suppose que la société remplit les conditions du taux réduit et ne tient pas compte des bénéfices dégagés par l'imposition de la plus-value, qui augmenteraient à leur tour les sommes réputées distribuées. Il montre surtout que la sortie de l'IS par transformation a un coût proche de celui d'une vente. Comparez-le avec le maintien de la société à l'IS et avec une vente de l'immeuble suivie d'une dissolution (chapitres 118 et 125).
Les droits d'enregistrement de l'acte
L'acte de transformation qui ne crée pas de personne morale nouvelle n'entraîne aucune mutation des immeubles et ne supporte pas les droits de vente. Il est enregistré selon les règles des actes de société, en principe aux droits fixes. Deux exceptions comptent pour une société immobilière. Le passage à l'IS rend exigibles les droits sur les apports purs et simples reçus de personnes non soumises à l'IS. La création d'une personne morale nouvelle, si la transformation est irrégulière ou trop étendue, fait au contraire percevoir les droits d'une dissolution et d'un nouvel apport.
Comparer les voies
| Besoin | Option pour l'IS | Transformation en SAS | Transformation en SARL de famille | Modification des statuts de la SCI |
|---|---|---|---|---|
| Amortir les immeubles | Oui | Oui | Oui, en BIC | Non |
| Louer en meublé sans risque d'IS imposé | Oui, à l'IS | Oui, à l'IS | Oui, à l'IR | Non au-delà de la tolérance |
| Limiter la responsabilité | Non | Oui | Oui | Non |
| Revenir en arrière | Pendant cinq exercices | Coût d'une sortie de l'IS | Simple selon le BOFiP | Toujours possible |
| Coût annuel | Comptabilité commerciale | Comptabilité commerciale, dépôt des comptes | Comptabilité commerciale, dépôt des comptes | Inchangé |
| Droits sur apports antérieurs gratuits | Exigibles | Exigibles | Non exigibles si l'option IR est immédiate | Aucun |
Ce tableau ne désigne aucune voie comme préférable en soi. Le choix dépend de l'activité réelle, des associés, de l'horizon de détention et de la sortie envisagée. Le chapitre 83 compare les régimes sur un même projet de vingt ans.
Les situations particulières
Le couple, les enfants et les parts démembrées
Entre époux, la transformation ne modifie pas la nature propre ou commune des parts. La transformation en SNC fait de chacun un commerçant, ce qui peut intéresser son régime matrimonial et suppose son accord personnel. Entre partenaires de PACS ou concubins, chacun reste propriétaire de ses titres, mais le passage à l'IS change la fiscalité des sommes que la société pourra leur verser (chapitres 18 et 19).
Un mineur non émancipé ne peut pas avoir la qualité de commerçant, ce qui exclut en pratique la transformation en SNC d'une société dont un enfant mineur est associé. Pour les autres formes, ses représentants légaux votent pour lui et l'autorisation du juge des tutelles peut être nécessaire, en particulier lorsque la transformation modifie ses droits ou l'expose à un impôt (chapitre 20).
Lorsque des parts sont démembrées, les statuts répartissent le droit de vote entre usufruitier et nu-propriétaire. Une transformation qui exige l'unanimité suppose en pratique l'accord des deux. La nouvelle forme doit reprendre le démembrement dans ses statuts, notamment pour les actions de SAS, dont le régime est fixé librement (chapitre 89).
Les associés non-résidents et les sociétés associées
Un associé non-résident subit le changement de régime comme les autres. Le passage à l'IS transforme ses revenus fonciers de source française en dividendes, dont l'imposition dépend de la convention fiscale applicable (chapitre 65). Un associé soumis à l'IS qui détenait des parts d'une SCI à l'IR change également de traitement, puisque sa quote-part de résultat cède la place aux dividendes, éligibles le cas échéant au régime mère-fille (chapitre 86).
La société endettée ou locataire d'un bail commercial
La transformation ne transfère pas les contrats, puisque la personne morale demeure. Certains contrats de prêt imposent toutefois d'informer la banque ou d'obtenir son accord avant tout changement de forme, sous peine d'exigibilité anticipée. Vérifiez aussi les clauses des baux commerciaux et des cautions données au profit de la société, ainsi que l'assurance de l'immeuble, dont l'assuré change de dénomination.
Les cessions de parts après la transformation
Depuis le 27 juin 2026, l'article 1865-1 du Code civil impose, à peine de nullité, un acte notarié, un acte contresigné par avocat ou, dans certains cas, un acte établi par l'expert-comptable pour céder des parts d'une société à prépondérance immobilière (entreprendre.service-public.gouv.fr). Selon les commentaires publiés, la règle s'attache à la composition de l'actif et non à la forme civile. Une transformation en SARL ou en SAS ne suffit donc pas à l'écarter. Faites vérifier ce point par le rédacteur de l'acte avant toute cession.
Plusieurs sociétés
Un groupe qui détient plusieurs SCI ne doit pas les transformer en bloc par habitude. Chaque société a son propre historique d'apports, de déficits et de valeurs, donc son propre coût de transformation. Lorsque l'objectif est de regrouper les immeubles, une fusion ou un apport des parts à une holding peut être plus adapté qu'une série de transformations (chapitres 85 et 120).
Les points de vigilance de l'administration
L'administration vérifie d'abord la réalité de la continuité de la personne morale. Une transformation accompagnée d'un changement d'objet, d'associés et de capital peut être regardée comme une création nouvelle, avec les droits et impositions correspondants. Elle vérifie ensuite que le changement de régime a bien été pris en compte dans les déclarations, en particulier l'imposition du résultat à la date du changement et les droits du II de l'article 809.
Une transformation enchaînée avec une cession, par exemple une SAS créée par transformation puis dont les actions sont cédées quelques mois plus tard, peut être examinée sous l'angle de l'abus de droit, prévu aux articles L. 64 et L. 64 A du livre des procédures fiscales, si son seul but est de modifier l'impôt dû sur la cession. Une transformation motivée par un besoin réel, documenté dans le procès-verbal, offre la meilleure protection. En cas de doute, la procédure de rescrit permet d'interroger l'administration avant l'opération (chapitres 94 et 132).
Ce qui est en discussion au 25 octobre 2026
Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, est en cours d'examen en première lecture à l'Assemblée nationale. Il comporte selon les analyses publiées une limitation de l'amortissement des loueurs en meublé non professionnels, dont l'application aux sociétés de personnes louant en meublé, comme la SARL de famille, n'est pas détaillée à cette date. Une transformation en SARL de famille motivée par l'amortissement doit donc attendre la loi définitive (Guide du bailleur professionnel, La loi de finances et le projet de loi de finances pour 2027).
Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 peut modifier les prélèvements sociaux applicables aux dividendes, donc le coût d'une sortie de l'IS. Aucune mesure adoptée au 25 octobre 2026 ne modifie les règles juridiques de la transformation.
Erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence chiffrée dans les exemples |
|---|---|
| Transformer en SAS pour passer à l'IS alors qu'une option suffisait | Perte de la faculté de renonciation pendant cinq exercices, sortie ultérieure de l'IS chiffrée à 75 870 € dans l'exemple |
| Oublier les droits du II de l'article 809 | 12 500 € de droits non prévus sur un apport gratuit de 250 000 € |
| Transformer une SCI en SARL sans option immédiate pour l'IR | Passage à l'IS et conséquences d'une cessation, au lieu d'une transformation neutre en SARL de famille |
| Changer à la fois forme, objet et associés | Risque de création d'une personne morale nouvelle, avec les droits et impôts d'une dissolution suivie d'un apport |
| Omettre le commissaire à la transformation en SAS | Opération irrégulière, à reprendre avec de nouveaux frais |
| Ne pas prévenir la banque | Exigibilité anticipée possible du prêt selon le contrat |
| Laisser entrer un associé hors du cercle familial dans une SARL de famille | IS de plein droit et conséquences d'une cessation |
Liste de contrôle
- L'objectif est écrit et l'option fiscale ou la modification des statuts a été écartée pour une raison précise.
- La transformation ne s'accompagne pas de modifications qui feraient naître une personne morale nouvelle.
- La majorité requise et l'accord individuel des associés dont les engagements augmentent sont réunis.
- Le commissaire à la transformation est désigné lorsque la loi l'exige.
- L'impôt dû au titre du changement de régime a été chiffré par l'expert-comptable.
- Les droits sur les apports purs et simples antérieurs ont été calculés.
- Pour une SARL de famille, les conditions de parenté et d'activité sont réunies et l'option est jointe.
- La banque, l'assureur, les locataires et les cautions ont été informés ou ont donné leur accord.
- Les situations particulières sont réglées, mineur, démembrement, non-résident, associé société.
- Les nouveaux statuts reprennent le démembrement, les clauses d'agrément et les règles de décision.
- L'annonce légale, la formalité au guichet unique et l'enregistrement sont faits dans le mois.
- Le bilan d'ouverture et le plan d'amortissement de la nouvelle forme sont établis.
- Le coût annuel de la nouvelle forme est budgété.
- Les textes en discussion au moment de l'opération ont été vérifiés.